X NOTICE HISTORIQUE
avez le projet d'en ajouter un quatrième.... J'ai entendu parler de je ne sais quel poëme' sacré de vous; écrivez-moi, je vous prie, s'il est avancé ou terminé '. » Ces trois drames divins sont incontestablement le Cid. Horace et Cinna; quant à cette quatrième pièce, ce poème sacré, dont il a vaguement entendu parler, tout porte à croire qu'il s'agit de Polyeucte. Ainsi Polyeucte, qui, d'après les chronologies ordinaires, fut représenté vers la fin de 1640, n'était pas encore achevé, ou s'achevait à peine au mois de décembre 1642. Or les deux pièces de Pompée et du Menteur, postérieures l'une et l'autre à Polyeucte, « sont, ainsi que nous l'apprend Corneille lui-même, parties toutes deux de la mesme main, dans le mesme hyver2. » Il faut donc conclure que Pompée a été composé et joué pendant cet hiver de 164 2-43, qui vit naître Polyeucte. M. Marty-Laveaux adopte même l'hypothèse de l'hiver 1643-44; mais le Projet de Lettres patentes, dont nous parlons plus loin ', et qui fut rédigé en 1643, ne nous permet pas de dépasser cette année dans nos conjectures : à la fin de l'année 164 3, au plus tard,Pompée était composé et joué.
La pièce fut publiée la même année 1044, chez Antoine de Sommaville et Augustin Courbé, en deux éditions, l'une in-4°, l'autre in-12; l'achevé d'imprimer est du 16 février4. Dans ces deux éditions figure, après la dédicace, une pièce de vers intitulée : A son Eminence , Remerciments, dont Corneille explique en ces termes la publication : « Ayant dédié ce poème [Pompée] à M. le Cardinal Mazarin. j'ai creu à propos de joindre à l'epistre le remerciment que je présentai il y a trois mois à Son Eminence pour une libéralité dont elle me surprit 6. » Gabriel Naudé " nous apprend que cette libéralité consistait en une pension de cent pistoles. Corneille remercie avec une certaine fierté le Cardinal de lui avoir accordé ce bienfait sans l'avoir contraint à le solliciter :
Ts dons ont dévaneé mesme mon espérance; Et ton cœur généreux m'a surpris d"un bien— lait Qui ne m'a pa^ cousté se. lement un souhait.
Puis sa reconnaissance se laisse aller à toutes les audaces de l'hyperbole; il ne se contente pas d'établir entre Mazarin et Auguste
1. «Ut valeas tu cum tuis mnsis scire imprirnis desidero, et utrum tribus eximiis et divinis dramatibus quartum adjungere mediteris... Inaudivi nescio quid de aliquo tuo poemate sacro, quod an aîfectum an perfectum sit, qureso, rescribe. » iMarty-Laveaux. X, 438-440. J