‹ PompéeChapitre 51 sur 203 · ACTE I, SCÈNE I 2i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I 2i

La Justice et le Droit sont de vaines idées !, Et qui veut estre juste en de telles saisons2 Balance3 le pouvoir, et non pas les raisons.

Voyez donc vostre force et regardez Pompée, Sa fortune abatuë et sa valeur trompée. César n'est pas le seul qu'il fuye en cet état, 55

Il fuit et le reproche et les yeux du sénat, Dont plus de la moitié piteusement ; étale Une indigne curée1 aux vautours de Pharsale; 11 fuit Rome perdue0, il fuit tous les Romains A qui par sa défaite il met les fers aux mains; 11 fuit le désespoir <\>>> Peuples el des Prin -

mot Sire par le mot Seigneur. Nous indiquons donc cette variante une fois pour toutes.

« On vide un procès, une querelle, on ne vide pas une chose. »(Volt.) Ce qui justifie 1 expression c'est que choses a ici le sens d'intérêts en cause.

1. Idéeê conserve ici son sens étymologique d'images vaine apparence :

Le roi n'est qu'une idée, et n*a de son pouvoir Que ce que par pitié vous lui laissez avoir.

m.. III, 2.)

2. Saisons, circonstances, conjonctures. Cette acception figurée. usitée au xvie siècle, était encore admise dans la première \ ériode du xvne siècle : « La bienveillance que vous aves esprouvée et recogneue en nous en tant de diverses et périlleu !tt. miss, de Henri IV)

3. C'est-à-dire : peser dans la balance, examiner ce en :otre pouvoir, et non les raisons qui doivent nous guidei .

Voltaire trouve « impropre et obscure » est encore employée {dus loin (v. 784). — Molière (Mal. Imag. III, 3) a dit : « Un homme qui ne balance aucune chose. »

4. / qui ne s'emploient plus que familièrement, conservaient encore au temps de Corneille l'acception primitive avaient au moyen âge : de façon à exciter la pitié, diurne de compassion : — Cf. Guy Patin (Lett.): « On ne parle plus ici de la Pologne que fort piteusement ; on dit que tout y est perdu. »

5. Curée, image énergique qu'on s'étonne <i'entendre appeler par Voltaire « expression basse ». — Brébeuf l'a empruntée à Corneille et maladroitement amplifiée :

Ces oiseaux dont la gorce est de san:r .'. Il

: du sang des Romains ont souvent fait curée,

tiibeaux animez, ces .ants.

Vont se gorger de meurtre en <.es funestes champs.

(Ut. VII.)

fi. « Perdue n'est pas le mot propre; on ne fuit pas ce qu'on a perdu. » (Volt.) Un trait plaisant n'.-st pas un argument; Voltaire se trompe sur le sens du mot perdu, qui signifie ici: ruiné, dont on a eau» idée que développe le vers suivant.

Lucain :

52-53. Metiri sua régna decet, vires que, fateri. (Vin, 55-56. Nec soceri tantuin arma fugit, rugit ora senatua,

Cujus thessalicas saturât pars magna volucres ; Et metuit gentes, quas uno in sanguine mixtas Deseruit; reges que timet, quorum omnia mersit. (VIII, 5(

Qui vengeroient sur luy le sang de leurs provinces1, Leurs Etats et d'argent et d'hommes épuisez, Leurs trosnes mis en cendre, et leurs sceptres brisez. Autheur des maux de tous, il est à tous en bute2, G5

Et fuit le Monde entier écrasé sous sa chùle. "*N Le défendrez-vous seul contre tant d'ennemis? L'espoir de son salut en luy seul étoit mis, Luy saul pouvoit pour soy3 : cédez alors qu'il tombe. Soûliendrez-vous un faix sous qui Rome succombe, 70

Sous qui* tout l'Univers se trouve foudroyé5, Sous qui le grand Pompée a luy-mesme ployé0? Quand on veut soutenir ceux que le - >rt accable, A force d'estre juste on est souvent coupable, Et la fidélité qu'on garde imprudemment 75

Apre- un peu d'éclat traisne7 un long châtiment, Trouve un noble revers, dont les coups invincibles8, Pour estre glorieux, ne sont pas moins sensibles. Seigneur, n'attirez point le tonnerre en ces lieux,

i. Yar. Qui veut venger sur luy le sang de leurs province*.

■2. A t ,us il est ea bute. — La butte désignait, au sens propre, le tertre njr lequel était placé le but, qui servait aux exercices de tir. Cette acception est précisée par ces mots de Montaigne : « Aux canonades depuis qu'on leur est planté en butte. » (Etymol. buter, bouter, du haut allemand 'ûzen. frapper, heur • r .

3. Jusqu'au xvme siècle l'usage du pronom réfléchi soi était beaucoup plus étendu qu'aujourd'hui. On l'employait même quand le sujet de la proposition était une personne déterminée, tandis que nous en avons restreint l'emploi aux propositions générales et indéfinies: Yaugela-, dès 1647, admet déjà cette restriction. — (Yoy. Chass mg, Gram. fr. § 248 .

4. Qui, complément et précédé u'uno préposition ne se dit plus que des personnes ; avec les noms de choses on emploie lequel. Cette différence n'était pas observée au xvne siècle, ni même toujours au xvme.

o. Voltaire fait avec raison observer que V univers foudroyé forme avec le mot faix une image incohérente.

6. 11 y aurait subtilité à vouloir, comme l'ont essayé quelques grammair.ens. établir une distinction entre les acceptions déplier et ployer, verbes d'origine commune (plicare): i ;e change fréquemment en oi dans la vieille langue.

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