ACTE I, SCÈNE I
Rangez-vous du party des Destins et des Dieux1, 80
Et, sans les accuser d'injustice ou d'outrage8,
Puisqu'ils font les heureux, adorez leur ouvrage3;
Quels que soient Jours décrets, déclarez-vous pour eux,
Et, pour leur obéir, perdez le malheureux.
Pressé de toutes parts des4 colères célestes, 85
Il en vient dessus8 vous faire fondre les restes,
Et sa teste, qu'à peine il a pu dérober,
Toute preste6 de choir, cherche avec qui tomber :
Sa retraite chez vous en effet n'est qu'un crime :
Elle marque sa haine, et non pas son estime; 90
Il ne vient que vous perdre en venant prendre port7,
Et vous pouvez douter8 s'il est digne <le mort!
1. Des destins el des dieux. Les deux termes ne font pas double emploi, le destin étant une puissance distincte des dieux, et supérieure à eux.
2. Outrage a ici un sens abstrait et général, conforme à son ecvmologie (ultra ; d'où ultrage. — Ch. de Rolan portée aux ex violences. Cf. Froissart, 1, 1,49: «Si vous diray comme les Flamands furent desconfits, et tout par leur outrage (leur insolence).
3. Juvénal dit en parlant du peuple qui applaudit à la chute de Séjan :
Sequitur fortanam, ut souper, et odit Damnatos.
4. Des est fréquemment employé pour: j I ailleurs critique l'emploi que fait Corneille nu mot colère au pluriel. Cette forme était parfaitement admise au xvne siècle (V. Mol. Fâc eux, 111. — De notre temps même Chateaubriand <*n a 'ait un heureux usage : « Marie ignore les saintes colères du seigneur, elle reste toute bonté.» Gèn. du Christ., 1. S.