XII NOTICE HISTORIQUE
Quelques années plus tard, en 1654, lorsque Brébeuf1 donna la traduction du 7e et du 8e livre de la Pharsale, que Corneille avait particulièrement mis à contribution, il crut devoir dans l'avertissement qui la précède, aller au-devant d'une comparaison périlleuse pour lui, et proclamer la supériorité de son illustre devancier. Cet hommage spontanément rendu à Corneille fait honneur au caractère de Brébeuf; on peut dire en même temps qu'il ne pouvait s'appliquer qu'à une œuvre consacrée par l'admiration publique, et qu'il nous donne ainsi la mesure de l'estime dont jouissait encore la tragédie de Pompée : « Sur tout je ne me suis pas satisfait moy-mesme dans les sujets que Monsieur de Corneille a traitez, et ses nobles expressions estoient si présentes à mon esprit, qu'elles n'étoient pas un médiocre empeschement aux miennes. Dans ce poëme inimitable qu'il a fait de la Mort de Pompée, il a traduit avec tant de succès, ou mesme rehaussé avec tant de force ce qu'il a emprunté de Lucain, et il a porté si haut la vigueur de ses pensées et la majesté de son raisonnement, qu'il est sans sans-doute un peu mal- aisé de le suivre. Vous sçavez qu'il n'y a ordinairement qu'un beau jour et qu'une agréable manière d'exprimer noblement les choses, et vous sçavez encore mieux qu'il est assez inutile de la chercher après lu y. Mais je croy, Lecteur, qu'il m'a esté permis de n'égaler pas un stile qui semble estre la dernière élévation du Génie, et que je ne seray pas coupable dans vostre esprit pour n'avoir pas imiié assez heureusement ce qui a esté l'admiration de tout le monde 2. »
Si l'on s'en rapporte à l'autorité souvent suspecte du chevalier de Mouhy 3 ,1a tragédie de Pompée aurait été jouée à l'origine par la Troupe royale, c'est-à-dire par les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne*. Il est beaucoup plus probable qi:e la pièce nouvelle fut créée par la troupe du Marais3 à laquelle Corneille donna la plupait de ses premières pièces, y compris le Cid, et qui, en cette même année 164 k} allait interpréter le Menteur*. La question