‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 15 sur 122 · PO M P É E · texte numérisé non relu

PO M P É E

Cléopâtre.

Photin, je parle au Roi; vous répondrez pouf tous , Quand je m’abaisserai jusqu’à patler à vous.

PlOLOMÉt, à Photin .

Il faut un peu souffrir de cette humeur hautaine ;

Je sais votre innocence , et je connoissa haine. %

Après tout , c’est ma soeur , oyez sans répartir.

Cléopâtre.

Ah ! s’il est encor tems de vous en repentir , Aftranchisscx-vous d’eux et de leur tyrannie !

Rappeliez la vertu par leurs conseils bannie ,

Cette haute vertu dont le Ciel et Je sang Enflent toujours les coeurs de ceux de notre rang !

, Ptolomée. ' * ■

Quoi ! d’un frivole espoir déjà préoccupée.

Vous me parlez en Reine en parlant de Pompée ?

Et d’un faux xele ainsi votre orgueil revêtu pait agir l’intérêt sous le nom de vertu ?

Confessez- le, ma sœur, vous sauriez vous en taire* U’étoit le testament du feu Roi notre perc ?

Vous savez qu’il le garde.

Cléopâtre.

Et vous saurez aussi

Que la seule vertu me fait parler ainsi ;

Et que si l’intérêt m’avoit préoccupée , l'agirais pour César et non pas pour Pompée.

Apprenez un secret que je vouîois cacher.

Et cessez désormais de me rien reprocher.

Quand ce peuple insolent qu’enferme Alexandrie, Bit quitter au feu Roi son trône et sa patrie ,

It que jusqucs dans Rome il alla du Sénat Implorer la pitié contre un tel attentat,

11 nous mena tous deux pour toucher son courage , Vous assez jeune encor, moi déjà dans un âge Où ce peu de beauté que m’ont donné les Cieux D’un assez vif éclat faisoit briller mes yeux.

César en fut épris, et du moins j’eus la gloire De le voir hautement donner lieu de le croire »

Mais voyant contre lui le Sénat irrité,

• Il fit agir Pompée et son autorité.

Ce dernier nous servit à sa seule prière Qui de leur amitié fut la preuve dernierc.

Vous en savez l’effet et vous en jouissez ;

Mais pour un tel amant ce ne fut pas assez.

Après avoir pour nous employé ce grand homme Qui nous gagna soudain toutes les voix de Rome , Son amour en voulut seconder les efforts ,

Et nous ouvrant son cœur nous ouvrit ses trésors. Nous eûmes de ses feux, encore en leur naissance , Et les nerfs de la guerre et ceux de la puissance ;

Et les mille talens qui lui sont encor dûs Remirent en nos mains tous nos États perdus.

Le Roi qui s’en souvint à son heure fatale ,

Me laissa comme à vous la dignité Royale t Et par son testament il vous fit cette loi ,

Pour me rendre une part de ce qu’il tint de moi.

C’est ainsi qu’ignorant d’où vient ce bon office , Vous appeliez faveur ce qui n’est que justice ,

Et l’osez accuser d’une aveugle amitié,

Quand du tout qu’il me doit il me rend la moitié.

B il

t6 POMPÉE,

Ptoioméï.

Certes , ma soeur , le conte est fait avec adresse. Cléopâtre.

César viendra bientôt, et j’en ai lettre expresses Et peut-être aujourd’hui vos yeux seront témoin»

De ce que votre esprit s’imagine le moins.

Ce n’est pas sans sujet que je parlois en Reine :

Je n’ai reçu de vous que mépris et que haine ;

Et , de ma part du sceptre indigne ravisseur ,

Vous m’avez plus traitée en esclave qu’en soeur. Même pour éviter des effets plus sinistres ,

II m’a fallu flatter vos insolens Ministres,

Dont j’ai craint jusqu’ici le fer ouïe poison}

Mais Pompée ou César m’en va faire raison ,

Et quoi qu’avec Photin Achillas en ordonne ,

Ou l’une ou l’autre main me rendra ma couronne. Cependant mon orgueil vous laisse à démêler Quel étoit l’intérêt qui me faisoit parler .

( Elle sort. )

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