‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 18 sur 122 · I.eut générosité soumet tout à leur gloire · texte numérisé non relu

I.eut générosité soumet tout à leur gloire

Tout est illustre en eux quanti ils daignent se croire ; Et si le peuple y voit quelques déréglemens ,

C’est quand l’avis d’autrui corrompt leurs sentimens. Ce malheur de Pompée achevé la ruine ; ï.e Roi l’eût secouru , mais Photin l’assassine :

Il croit cette ame basse et se montre sans foi.

Mais s’il croyoit la sienne il agiroit en Roi.

Ainsi donc de César l’amante et l’ennemie....

Cléopâtre.

Je lui garde une flamme exempte d’infamie ,

Un cœur digne de lui.

Charmion.

Vous possédez le sien ?

Cléopâtre.

Te crois le posséder.

Charm ion.

Mais le savez-vous bien ?

Cléopâtre.

Apprends qu’une Princesse aimant sa renommée , Quand elle dit qu’elle aime, est sûre d’etre aimée; Et que les plus beaux feux dont son coeur soit épris , N’oseroient l’exposer aux hontes d’un mépris.

Notre séjour à Rome enflamma son courage ?

U j’ eus de son amour le premier témoignage ;

Et depuis jusqu’ici chaque jour ces couriers M’apportent en tribut ses vœux et ses lauriers. Par-tout, en Italie, ^ux Gaules, en Espagne ,

La fortune le suit et l’amour l’accompagne j

Son bras ne dompte point de peuples , ni de lieux Dont il ne rende hommage au pouvoir de mes yeux ; Et de la même main dont il quitte l’épée Fumante encor du sang des amis de Pompée ,

11 trace des soupirs , et d’un style plaintif Dans son champ de victoire il se dit mon captif.

Oui , tout victorieux il m’écrit de Pharsale ,

Et si sa diligence à ses feux est égale ,

Ou plutôt si la mer ne s’oppose à ses feux ,

L’Égvpte le va voir me présenter scs vœux.

Il vient , ma Charmion , jusques dans nos murailles Chercher auprès de moi le prix de ses batailles , M’offrir toute sa gloire, et soumettre à mes îoix Ce cœur et cette main qui commandent aux Rois»

Et ma rigueur mêlée aux faveurs de la guerre Feroit un malheureux du maître de la terre.

Charmion.

J’oscrois bien jurer que vos divins appas Se vantent d’un pouvoir dont ils n’useront pas »

Et que le grand César n’a rien qui l’importune ,

Si vos seules rigueurs ont droit sur sa fortune.

Mais quelle est votre attente , et que prétendez-vous , Puisque d’une autre femme il est déjà l’époux?

Et qu’avec Calpumie un paisible hymenée Par des liens sacrés tient son ame enchaînée ?

Cléopâtre.

Le divorce aujourd’hui si commun aux Romains Peut rendre en ma faveur tous ces obstacles vains; César en sait l’usage et la cérémonie ,

Un divorce chez lui fit place à Calpumie.

T R A G É D I E- zt

Page 1