CHARMION, ACHORÉE
O v i , tandis que le Roi va lui-même en personne Jusqu’aux pieds de César prosterner sa couronne , Cléopâtre s’enferme en son appartement ,
Et sans s’eti émouvoir attend son compliment. Comment nommerez-vous une humeur si hautaine?
Un orgueil noble et juste, et digne d’une Reine ,
Qui soutient avec cœur et magnanimité L’honneur de sa naissance et de sa dignité.
Lui pourrai-je parler i
Chàrmion. *•
Non; mais elle m’envoié Savoir à cet abord ce qu’on a vu de joie ,
Ce qu’à ce beau présent César a témoigné;
S’il a paru content, où s’il l’a dédaigné ;
S’il traite avec douceur , s’il traite avec empire i Ce qu’à nos assassins enfin il a pu dire.
Ackokéi.
La tête de Pompée a produit des effets Dont ils n’ont pas sujet d’être fort satisfaits.
Je ne sais si César prendroit plaisir à feindre,
Mais pour eux jusqu’ici je trouve lieu de craindre $
S’ils aimoient Ptolomée, ils l’ont fort mal servi.
Vous l’avez vu partir , et moi je l’ai suivi.
Ses vaisseaux en bon ordre ont éloigné la ville.
Et pour joindre César n’ont avancé qu’un mille.
II venoit à plein voile; et si dans les hasards Il éprouva toujours pleine faveur de Mars,
Sa flotte , qu’à l’envi favorisoit Neptune ,
Avoit le vent en pouppe ainsi que sa fortune.
Dès le premier abord notre Prince étonné Ne s’est plus souvenu de son front couronné*
Sa frayeur a paru sous sa fausse alégresse ,
Toutes ses actions ont senti la bassesse:
J’en ai rougi moi-meme , et me suis plaint à moi De voir là Ptolomée , et n’y voir point de Roi*
Et César qui lisoit sa peur sur son visage Le flattoit par pitié pour lui donner courage.
Lui d’une voix tombante , offrant ce don fatal :
»? Seigneur, vous n’avez plus , lui dit-il, de rival, ai Ce que n’ont pu les Dieux dans votre Thessalie ,
»> Je vais mettre en vos mains Pompée et Cornéliet » En voici déjà l’un , et pour l’autre elle fuit;
»> Mais avec six vaisseaux un des miens la poursuit. i» A ces mots Achillas découvre cette t8tc:
Il semble qu’à parler encore elle s’apprête ,
Qu’à ce nouvel affront un reste de chalcus
3* POMPÉ E
En sanglots mal formés exhale sa douleur.
Sa bouche encore ouverte et sa vue égarée Rappellent sa grande amc à peine séparée ;
Et son courroux mourant fait un dernier effort Pour reprocher aux Dieux sa défaite et sa mort.
César à cet aspect comme frappé du foudre ,
Et comme ne sachant que croire ou que résoudre , Immobile, et les yeux sur l’objet attachés.
Nous tient assez Iong-tems scs sentimens cachés?
Et je dirai , si j’ose en faire conjecture.
Que par un mouvement commun à la nature.
Quelque maligne joie en son ccrur s’élevoit,
Dont sa gloire indignée à peine le sauvoit.
L’aise de voir la terre à son pouvoir soumise Chatouilloit malgré lui son amc avec surprise ;
Et de cette doqccur son esprit combattu Avec un peu d’effort rassuroit sa vertu.
S’il aime sa grandeur, il hait la perfidie r Il se juge en autrui, se tâte, s’étudie.
Examine en secret sa joie et ses douleurs.
Les balance, choisit, laisse couler des pleurs;
Et, forçant sa vertu d’etre encor la maîtresse ,
Se montre généreux par un trait de foiblessc.
Ensuite il fait ôter ce présent de ses yeux ,
Levé les mains ensemble et les regards aux Cicux ;
Lâche deux ou trois mots contre cette insolence ,
Puis, tout triste et pensif , il s’obstine au silence ,
Et m8me à scs Romains ne daigne repartir Que d’un regard farouche et d’un profond soupir.
Enfin, ayant pris terre avec trente cohortes ,
îl se saisit du port , il se saisit des portes,
. Met des gardes par-tout et des ordres secrets, fait voir sa défiance ainsi que ses regrets,
Parle d’Egypte en maître , et de son adversaire ,
Non plus comme ennemi , mais comme son bcau-pere. Voilà ce que j’ai vu.
Voilà ce qu’attendoit ,
Ce qu’au juste Osiris la Reine demandoit.
Je vais bien la ravir avec cette nouvelle...
Vous , continuez-lui ce service fidele.