‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 30 sur 122 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

CÉSAR , CORNÉLIE , CLÉOPÂTRE , ACHORÉE , ANTOINE, LÉPIDE, CHARMION , Romains.

César , prends garde à toi.

Ta mort est résolue , on la jure, on l’apprête;

A celle de Pompée on veut joindre ta tête;

Prcnds-y garde , César , ou ton sang répandu ,

Bientôt parmi le sien sc verra confondu.

Mes esclaves en sont : apprends de leurs indices L’auteur de l’attentat , et l’ordre , et les complices i le te les abandonne.

CÉSAR

O cœur vraiment Romain ,

Et digne du Héros qui vous donna la main !

Ses mânes , qui du Ciel ont vu de quel courage

Je

Je préparois la mienne k venger son outrage , Mettant leur haine bas, me sauvent aujourd’hui Par la moitié qu’en terre il nous laisse de lui.

Il vit , il vit encore en l’objet de sa flamme ,

Il parle par sa bouche, il agit dans son ame ,

Il la pousse et l’oppose à cette indign'tc ,

Pour me vaincre par elle en générosité.

Cornéliï.

Tu te flattes , César , de mettre en ta croyance , Que la haine ait fait place à la reconnoissancc. Ne le présume plus : le sang de mon époux A rompu pour jamais tout commerce entre nous. J’attends la liberté qu’ici tu m’as offerte ,

Afin de l’employer toute entière à ta perte ;

Et je te chercherai par-tout des ennemis.

Si tu m’oses tenir ce que tu m’as promis.

Mais, avec cette soif que j’ai de ta ruine,

Je me jette au-devant du coup qui t’assassine.

Et forme des désirs avec trop de raison ,

Pour en aimer l’effet par une trahison.

■Qui la sait et la souffre a part à l’infamie î Si je veux ton trépas , c’est en juste ennemie :

Mon époux a des fils , il aura des neveux.

Quand ils te combattront , c’cst-là que je le veux ;

Et qu’une digne main , pat moi-même animée ,

Dans ton champ de bataille , aux yeux de ton armée. T’immole noblement , et par un digne effort ,

Aux mânes du héros dont tu venges la mort.

Tous mes soins , tous mes vœux hâtent cette vengeance ;

a perte la recule, et ton salut l’avance.

Quelque espoir qui d’ailleurs me l’ose ou puisse offrir ,

Ma juste impatience auroit trop à souffrir.

La vengeance éloignée est à demi perdue ,

Et quand il faut l’attendre , elle est trop cher vendue.

Je n’irai point chercher sur les bords Africains Le foudre souhaité que je vois en tes mains:

La tête qu’il menace en doit être frappée.

J’ai pu donner la tienne au lieu d’elle à Pompce,

Ma haine avoit le choix ; mais cette haine enfin Sépare son vainqueur d'avec son assaflin ,

Et ne croit avoir droit de punir ta victoire,

Qu’après le châtiment d’une action si noire.

Rome le veut ainsi; son adorable front Auroit de quoi rougir d’un trop honteux affront ,

De voir en meme jour, après tant de conquêtes ,

Sous un indigne fer ses deux plus nobles têtes.

Son grand cœur, qu’à tes loix enfin tu crois soumis»

En veut aux criminels plus qu’à ses ennemis ;

Et tiendroic à malheur le bien de se voir libre ,

Si l’attentat du Nil affranchissoit le Tibre.

Comme autre qu’un Romain n’a pu l’assujettir ,

Autre aussi qu’un Romain ne l’en doit garantir.

Tu tomberois ici sans être sa victime :

, Au lieu d’un châtiment, ta mort seroit un crime ;

Et , sans que tes pareils en conçussent d’effroi ,

L’exemple que tu dois périroit avec toi.

Venge-îa de l’Égypte à son appui fatale ,

Et je la vengerai , si je puis , de Pharsale.

Va! ne perds point de teins » il presse. Adieu : tu peux Te vanter qu’une fois j’ai fait pour toi des vœux.

( Elit sort. ) '

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