‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 38 sur 122 · CÉSAR, C LÉO P AT RE, ANT O I N E , LÉ P 1 D E„ CHARMION · texte numérisé non relu

CÉSAR, C LÉO P AT RE, ANT O I N E , LÉ P 1 D E„ CHARMION

Cléopâtre.

IPlu tô r qu’à ces périls je vous puisse exposer. Seigneur, perdez, en moi ce qui les peut causer , Sacrifiez ma vie au bonheur de la vôtre ;

Le mien sera trop grand, et je n’en veux point d autre , Indigne que je suis d’un César pour époux ,

Que de vivre en votre amc , étant morte pour vous.

CÉSAR

Reine , ces vains projets sont le seul avantage Qu’un grand coeur impuissant a du Ciel en partage : Comme il a peu de force , il a beaucoup de soins ,

Et s’il pouvoit plus faire, il souhaiteroit moins.

Les Dieux empêcheront l’effet de ces augures ,

Et mes félicités n’en seront pas moins pures ,

Pourvu que votre amour gagne sur vos douleurs Qu’en faveur de César vous tarissiez vos pleurs ,

Et que votre bonté , sensible à ma priere ,

Pour un fidele amant oublie un mauvais frere.

On aura pu vous dire avec quel déplaisir J’ai vu le désespoir qu’il a voulu choisir ,

Avec combien d’efforts j’ai voulu le défendre Des paniques terreurs qui l’avoient pu surprendre»

Il s’est de mes bontés jusqu’au bout défendu,

Et , de peur de se perdre, il s’est enfin perdu.

O honte pour César , qu’avec tant de puissance ,

Tant de soins de vous rendre entière obéissance ,

II n’ait pu toutefois , en ces événemens ,

Obéir au premier de voscommandemens î Prenez vous -en au Ciel dont les ordres sublimes ,

Malgré tous nos efforts, savent punir nos crimes;

Sa rigueur envers lui vous offre un sort plus doux , Puisque par cette mort l’Egypte est toute à vous. Cléopâtre.

Je sais que j’en reçois un nouveau diadème ,

Qu’on n’en peut accuser que les Dieux, et lui-même; Mais comme il est. Seigneur, de la fatalité Que l’aigreur soit mêlée à la félicité ,

Ne vous offensez pas si cet heur de vos armes.

Qui me rend tant de biens, me coûte un peu de larmes , Et si , voyant sa mort due à sa trahison ,

Je donne à la nature ainsi qu’à la raison.

Je n’ouvre point les yeux sur ma grandeur si proche , Qu’aussi-tôt à mon cœur mon sang ne le reproche ;

J’en ressens dans mon ame un murmure secret ,

. Et ne puis remonter au trône sans regret.

So POMPEE, TRAGEDIE

Page 1