‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 37 sur 122 · CÉSAR , CORNÉLIE , CLÉOPÂTRE , ANTOINE LÉPIDE , CH ARM ION , PHILIPPE · texte numérisé non relu

CÉSAR , CORNÉLIE , CLÉOPÂTRE , ANTOINE LÉPIDE , CH ARM ION , PHILIPPE

CORNliLIE.

C^ésar , tiens-moi parole, et me rends mes gaîeres ; Achillasct Photin ont reçu leurs salaires.

Leur Roi n’a pu jouir de ton cœur adouci ,

Et Pompée est vengé ce qu’il peut l’être ici.

Je n’y saurois plus voir qu’un funeste rivage ,

Qui de leur attentat m’offre l’horrible image,

Ta nouvelle victoire , et le bruit éclatant

Qu’aux changemens de Roi pousscunpeupleinconstant j

Et parmi ces objets ce qui le plus m’afflige ,

C’est d’y revoir toujours l’ennemi qui m’oblige. Laisse-moi m’affranchir de çette indignité,

Et souffre que ma haine agisse en liberté.

• A cct empressement j’ajoute une requête :

Vois l’urne de Pompée, il y manque sa tête;

Ne me la retiens plus, c’est l’unique faveur Donc je te puis encor prier avec honneur.

CÉSAR

Il est juste , et César est tout prêt de vous rendre Ce reste où vous avez tant de droit de prétendre ; Mais il est juste aussi, qu’aptes tant de sanglots , A ses mânes écrans nous rendions le repos ,

Qu’un bûcher allumé par ma main et la vôtre ,

Le venge pleinement de la honte de l’autre ,

Que son ombre s’apaise en voyant notre ennui ,

Et qu’une urne plus digne et de vous et de lui , Apres la flamme éteinte et les pompes hnies , Renferme avec éclat scs cendres réunies.

De cette meme main dont il fut combattu ,

Il verra des autels dressés à sa vertu ;

Il recevra des vœux , de l’encens , des victimes , Sans recevoir par-ià d’honneurs que légitimes.

Pour ces justes devoirs je ne veux que demain;

Ne me refusez pas ce bonheur souverain.

Faites un peu de force à votre impatience ,

Vous êtes libre après; partez en diligence :

Portez à notre Rome un si digne trésor ,

Portez....

Non pas. César, non pas à Rome encor.

Il faut que ta défaite et que tes funérailles A cette cendre aimée en ouvrent les murailles;

Et , quoiqu’elle la tienne aussi chcrc que moi *

G ij.

Fille n’y doit rentrer qu’en triomphant de toi.

Je la porte en Afrique; et c'est-là que j’espere Que les fils de Pompée, et Caton , et mon pere , Secondés par l'effort d’un Roi plus généreux ,

Ainsi que la justice auront le sort pour eux.

C’est-là que tu verras , sur la terre et sur l’onde ,

Le débris de Pharsalc armer un autre monde ;

Et c’est-là que j’irai , pour hâter tes malheurs , Porter de rang en rang ces cendres et mes pleurs.

Je veux que de ma haine ils reçoivent des jegles , Qu’ils suivent au combat des urnes au lieu d’aigles , Et que ce triste objet porte en leur souvenir Les soins de le venger et ceux de te punir.

Tu veux à ce Héros rendre un devoir suprême; L’honneur que tu lui rends rejaillit sur toi-même.

Tu m’en veux pour témoin : j’obéis au vainqueur ;

Mais ne présume pas toucher par-là mon cœur.

La perte que j’ai faite est trop irréparable ,

La source de ma haine est trop inépuisable.

A l’égal de mes jours je la ferai durer :

Je veux vivre avec elle , avec elle expirer.

Je t’avoûrai pourtant , comme vraiment Romaine , Que pour toi mon estime est égale à ma haine ,

Que l’une et l’autre est juste et montre le pouvoir, L’une de ta vertu , l’autre de mon devoir ;

Que l’une est généreuse et l’autre intéressée ,

Et que dans mon esprit l’une et l’autre est forcée.

Tu vois que ta vertu , qu’en vain on veut trahir ,

Me force de priser ce que je dois haïr :

Juge ainsi de la haine où mon devoir me lie ;

T.a veuve de Pompée y force Cornélic.

J’irai , n’en doute point , au sortir de ccs lieux , Soulever contre toi les hommes et les Dieux ,

Ces Dieux qui t’ont flatte' , ces Dieux qui m'ont trompée, Ces Dieux qui dans Pharsale ont mal servi Pompée , Qui , la foudre à la main , l’ont pu voir égorger i Ils connoîtront leur faute , et le voudront venger. Mon zcle à leur refus , aidé de sa mémoire ,

Te saura bien sans eux arracher la victoire ; lit , quand tout mon effort se trouvera rompu , Cléopâtre fera ce que je n’aurai pu.

Je sais quelle est ta flamme et quelles sont ses forces ». Que tu n’ignores pas comme on fait les divorces ,

Que ton amour t’aveugle, et que pour l’épouser Rome n’a point de loix que tu n’oses briser ;

Mais sache aussi qu’aiors la jeunesse Romaine Se croira tout permis sur l’époux d’une Reine,

Et que de cet hymen tes amis indignés,

Vengeront sur ton sang leurs avis dédaignés.... J’empêche ta ruine, empêchant tes caresses.

Adieu. J’attends demain l’effet de tes promesses*.

( Elle sort avec Philippe. )

G iïj

POMPÉE

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