‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 41 sur 122 · DE POMPÉE. S · texte numérisé non relu

DE POMPÉE. S

coucha de Césarion. Quand Pompée sc présenta peur entrer en Egypte , cette Princesse et le Roi son frété avoient chacun leur armée prête à en venir aux mains l’une contre l’autre, et n’avoient garde ainsi de loger dans le meme paiais. Ce'sar dans scs commentaires ne parle point de ses amours avec elle , ni que la tece de Pompée lui fut présentée quand il arriva. C’est Plutarque et Lucain qui nous apprennent l’un et l’autre; mais ils ne lui font présenter cette tête, que par un des Ministres du loi, nommé Théodore, et non pas par le Roi meme , comme je l’ai fait.

11 y a quelque chose d’extraordinaire dans le titre de ce Poème, qui po*tc V; le nom d’un héros qui n’y parle point ; mais il ne laisse pas d’en être en quelque sorte le principal Acteur , puisque sa mort est la cause unique de tout ce qui s’y passe. J’ai justifié ailleurs l’unité d’action qui s’y rencontre, par cette raison, que les événemens y ont une telle dépendance l’un de l’autre, que la Tragédie n’auroit pas été complette > si je ne l’eusse poussée jusques au terme où je la fais finir. C’est à ce dessein que dès le premier Acte je fais connoître la venue de César, à qui la Cour d’Egypte immole Pompée pour gagner les bonnes grâces du victorieux , et ainsi il m’a fallu nécessairement faire voir , quelle réception il feroit à leur lâche et cruelle politique. J’ai avance l’âge de Ptoloméc , afin qu’il pût agir, et que portant le titre de Roi , il tâchât d’en soutenir le caractère. Bien que des Historiens et le Poèta Lucain l’appellent communément Rex puer , le Roi cn~

' faut , il ne l’étost pas à tel point, qu’il ne fût en état

U EXAMEN

d’épouser sa sœur Cléopâtre , comme Pavoit ordonné son pere. Hirtius dit qu’il étoit puer jam adu.Ua truite, et Lucain appelle Cléopâtre incestueuse , dans ce vers qu’il adresse à ce Roi , par apostrophe.

Incestcr sceptris cessure sororis.

Soit qu’elle eût déjà contracté ce mariage incestueux > soit à cause qu’après la guerre d’Alexandrie et la mort de Ptolomée , César la fit épouser à son jeune frere, qu’il rétablit dans le trône , d’où l’on peut tirer une conséquence infaillible , que si le plus jeune des deux frères étoit en âge de se marier quand César partit d’Egypte, l’aîné en étoit capable quand il y arriva» puisqu’il n’y tarda pas plus d’un an.

Le caractère de Cléopâtre garde une ressemblance ennoblie par ce qu’on y peut imaginer de plus illustre. Je ne la fais amoureuse que par ambition , et en sorte qu’elle semble n’avoir point d’amour, qu’en tant qu’il peut servir à sa grandeur. Quoique la réputation qu’elle a laissée la fasse passer pour une femme lascive et abandonnée à ses plaisirs, et que Lucain, peut-ctrc en haine de César, la nomme en quelque endroit meretrix Rfgina , et fasse dire ailleurs à l’Eunuque Photin qui gouvernoit sous le nom de son frere Ptolomée :

Quem non è nobis crédit Cleopatra nocentem ,

A quo casta fuit !

Je trouve qu’à bien examiner l’histoire, elle n’avoit que de l’ambition sans amour, et que, par politique, elle 6c servoit des avantages de sa beauté , pour affermir sa

fortune.

DE POMPÉE. ff f

fortune. Cela paroît visible , en ce que les Historiens ne marquent point qu’elle se soit donnée qu’aux deux premiers hommes du monde , César et Antoine , et qu’apres la déroute de ce dernier , elle n’épargna aucun artifice pour engager Auguste dans la meme passion qu’ils avoient eue pour elle , et fit voir par-là qu’elle ne s’étoit attachée qu’à la haute puissance d’Antoine , et non pas à sa personne.

Pour le style , il est plus élevé en ce Pocme qu’en aucun des miens, et ce sont, sans contredit, les vers les plus pompeux que j’aie faits. La gloire n’en est pas toute à moi. J’ai traduit de Lucain tout ce que j’y ai trouvé de propre à mon sujet, et, comme je n’ai point fait de scrupule d’enrichir notre langue du pillage que j’ai pu faire chez lui, j’ai tâché pour le reste à entrer si bien dans sa manière de former ses pensées, et de s’expliquer , que ce qu.’il m’a fallu y joindre du mien sentît son génie, et ne fut pas indigne d’être pris pour un larcin que je lui eusse fait. J’ai parlé en l’examen de Polveucte de ce que je trouve à dire en la confidence que fait Cléopâtre à Charmion, au second Acte. Il ne me reste qu’un mot touchant les narrations d’Achorée, qui ont toujours passé pour fort belles ; en quoi je ne veux pas aller contre le jugement du public, mais seulement faire remarquer de nouveau que celui qui les fait , et les personnes qui les écoutent, ont l’esprit assez tranquille pour avoir toute la patience qu’il y faut donner. Celle du troisième Acte, qui est, à mon gré, la plu* magnifique , a été accusée de n’etre pas reçue par une personne digne de la recevoir j mais bien que Charmioa

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