X ARGUMENT
n’ayant Jamais fait parler de cette seconde Médée que sous celui de la Reine j et je me suis enhardi à cette licence d’autant plus librement , que j’ai remarqué parmi nos anciens Maîtres , qu’ils se sont fort peu mis en peine de donner à leurs Poèmes le nom des Héros qu’ils y faisoient paroître, et leur ont souvent fait porter celui des Choeurs , qui ont encore bien moins de part dans l’action que les personnages épisodiques comme Rodogune : témoin les Trachimenncs de Sophocle , que nous n’aurions jamais voulu nommer autrement que la mort d’Hercule.
Pour le second point , je le tiens un peu plus difficile à résoudre , et n'en voudrois pas donner mon opinion' pour bonne : j’ai cru que , pourvu que nous conservassions les effets de l’Histoire , toutes les circonstances , ou , comme je viens de les nommer , les acheminemens , étoient en notre pouvoir ; au moins je ne pense point avoir vu de réglé qui restreigne cette liberté que j’ai prise. Je m’en suis assez bien trouvé en cette Tragédie j mais comme je l’ai poussée encore plus loin dans Héraclius que je viens de mettre
sur
DE R O D O G U N E. xj
sut le Théâtre , ce sera en le donnant au Public que je tâcherai de la justifier , si je vois que les Savans s’en offensent , ou que le peuple en murmure. Cependant ceux qui auront quelque scrupule , m’obligeront de considérer les deux Electres de Sophocle et d’Euripide, qui, conservant le même effet , y parviennent par des voies si différentes , qu’il faut nécessairement conclure que l’une des deux est tout-à-fait de l’invention de son Auteur. Ils pourront encore jctter l’œil sur l’Iphigénie in Tauris , que notre Aristote nous donne pour exemple d’une parfaite Tragédie , et qui a bien la mine d’être toute de même nature , vu qu’elle n’est fondée que sur cette feinte que Diane enleva Iphigénie du sacrifice dans une nuée , et supposa une biche en sa place. Enfin ils pourront prendre garde à l’Hélene d’Euripide , où la principale action et les épisodes , le nœud et le dénouement sont entièrement inventés sous des noms véritables.
Au reste , si quelqu’un a la curiosité de voir cette histoire plus au long , qu’il prenne la peine de lire Justin , qui la commence au trcntc-
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sixième Livre , et , l'ayant quittée , la reprend sur la fin du trente-huitieme , et l’acheve au trcnte-ncuvieme. Il la rapporte un peu autrement , et ne dit pas que Cléopâtre tua son mari , mais qu’elle l’abandonna , et qu’il fut tué par le commandement d’un des Capitaines d’un Alexandre qu’il lui oppose. Il varie aussi beaucoup sur ce qui regarde Tryphon et son pupille, qu’il nomme Antiochus, et ne s’accorde avec Appian que sur ce qui se passe entre la mere et les deux fils.
Le premier Livre des Machabées , aux Chapitres 1 1 , i? , 14 et 1 5 , parle de ces guerres d< Tryphon , et de la prison de Démétrius chez les Partîtes j mais il nomme ce pupille Antiochus , ainsi que Justin , et attribue la défaite de Tryphon à Antiochus , fils de Démétrius , et non pas à son frere , comme fait Appian que j’ai suivi, et ne dit rien du reste.
Joseph , au treizième Livre des Antiquités Judaïques , nomme encore ce pupille de Tryphon , Antiochus , fait marier Cieopâtre à Aji-
DE RODOGUNE. xYtf
tiochus , frère de Démétrius , durant la captivité de ce premier mari chez les Parthes , lui attribue la défaite et la mort de Tryphon, s’accorde avec Justin touchant la mort de Démé-
trius > abandonné , et non pas tué par sa femme , et ne parle point de ce qu’Appian et lui rapportent d’elle et de scs deux fils, dont j’ai fait cette Tragédie.
b if
JUGEMENS ET ANECDOTES
SUR RODOGUNE
« IR.ODOGUNE neressembîe pas plus à Pompée que Pompée à Cinna etCinna au Cid , ( Voltaire , Préface de Rodogune , édition de P. Corneille avec des Commentaires ). C’est cette variété qui caractérise le vrai génie. Le sujet en est aussi grand et aussi terrible que celui de Théodore est bizarre et impraticable. Il y eut la même rivalité entre cette Rodogune et celle de Gilbert , qu’on vit depuis entre la Phedre de Racine et celle de Pradon. La Piece de Gilbert fut jouée quelques mois avant celle de Corneille, en 164*. Elle mourut, dès sa naissance, malgré la protection de Monsieur , fils de Louis XIII, et Lieutenant-Général du Pvoyaume, à qui Gilbert, Résident de la Reine Christine , la dédia, La Reine de Suede , et le premier Prince de France ne soutinrent point cc mauvais Ouvrage ,
JUGEMENS ET ANECDOTES. xv
comme, depuis , l’Hôtel de Bouillon et l’Hôtel de Nevers soutinrent la Phedre de Pradon. En vain le Résident présente à son Altesse Royale , dans son Épître dédicatoire , la généreuse Rodo~ gune , femme et mere des deux plus grands Monarques de l y Asie ; en vain compare-t-il cette Rodogune à Monsieur , qui cependant ne lui ressembloit en rien , ce mauvais Ouvrage fut oublié du Protecteur et du Public.... La Rodogune de Corneille ne parut sur le papier qu’un an , ou environ , après les représentations de la Piece de Gilbert ; c’est-à-dire , un an après que cette Piece n’existoit plus. Ce qui est étrange , c’est qu’on retrouve dans ces deux Tragédies précisément les mêmes situations et souvent les mêmes sentimens que ces situations amènent. Le cinquième est différent : il est terrible et pathétique dans Corneille. Gilbert crut rendre sa Piece intéressante en rendant le dénouement heureux j et il en fit l’acte le plus froid et le plus insipide qu’on pût mettre sur le Théâtre. On peut encore remarquer que Rodogune joue dans la Piece de Gilbert le rôle que Corneille donna à Cléopâtre , et que Gilbert a falsifié l’Histoire,
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xvj JUGEMENS ET ANECDOTES.
Il est étrange que Corneille n’ait point parlé d’une ressemblance si frappante. Fontenelle dit dans sa seconde Vie de Corneille , qu’il fit confidence du plan de sa Piece à un ami j que cet ami indiscret donna le plan au Résident , qui s’en empara contre le droit des gens. Ce trait est peu vraisemblable. Rarement un homme revêtu d’un emploi public se déshonore et se rend ridicule pour si peu de chose. Tous les Mémoires du tems en auroient parlé : ce larcin auroit été une chose publique. On parle d’un ancien Roman de Rodogune. Je ne l’ai pas vu. Il fut , dit-on , imprimé chez Sommavillc , et servit également au grand Auteur et au mauvais. Corneille embellit le Roman , et Gilbert le gâta. Te style nuisit aussi beaucoup à Gilbert , car malgré les inégalités de Corneille , il y eut autant de différence entre ses vers et .ceux de se* contemporains jusqu’à Racine , qu’entre le pinceau de Michel-Ange et la brosse des barbouilleurs. Il y a un autre Roman de Rodogune ; mare il ne fut imprimé qu’en îtctt. Il est trèsrare , presqu’oublié , et le premier l’est entièrement. »
JUGEMENS ET ANECDOTES, xvij
« La personne qui communiqua à Gilbert le plan de Corneille , ne donna au premier qu’une fausse idée de la Piece , et ne lui parla point du • cinquième acte , qui est le chef-d’œuvre de Corneille , et peut-être celui de l’esprit humain en ce genre, dit Parfaict ( Histoire du Théâtre François , tome sixième , page et suivantes). Par une faute inconcevable , cet indiscret confident de Corneille confondit Rodogunc avec Cléopâtre , et mit sur le compte de la première tout ce que Corneille fait dire et faire à l’autre. Cette erreur fut peut-être occasionnée par l’attention qu’eut Corneille de ne point nommer Cléopâtre dans toute sa Piece. Cependant , on ne peut assez s’étonner au change pris sur ces deux persennages j et ce qui achevé de rendre ce. fait plus singulier, c’est que le second , le troisième et le quatrième actes de la Piece de Gilbert sont pareils , non-seulement par le plan avec celle de Corneille , mais encore qu’on y trouve les mêmes situations, et quelquefois le même discours. Comment est-il possible qu’une personne qui retient si bien la marche d’une Piece puisse confondre deux caractères aussi
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marques que ceux de Cléopâtre et de Rodogune ? Cette réflexion conduit à demander la raison du silence que garda Corneille sur la trahison de son ami et l'entreprise de Gilbert. Sans doute que son triomphe lui fit dédaigner le procédé de ces deux personnes. Ce noble orgueil étoit digne du caractère de Corneille. L’extrait suivant , continue Parfaict , fera connoître la mal-adresse de l’ami infidèle et le peu dégoût de Gilbert , lorsqu’il fut abandonné à son propre génie. » , .
« Rodogune , femme d’Hydaspe , Roi de Perse , commence la Piece et raconte à ses fils , Artaxerce et Darie , qu’Hydaspe , vaincu dans une bataille et prisonnier de Tigrane , Roi d’Arménie , a fait sa paix avec ce Roi, en épousant la Princesse Lydie sa sœur. Ce récit est suivi d’imprécations contre son infidèle époux et contre Lydie , qui vient remplir sa place au trône de Perse. Oronte , que Rodogune a envoyé suc la route de la Princesse , pour l’enlever à main armée , vient apprendre à cette Reine que son ordre a été exécuté , et que Lydie est en sa puissance ; mais il ajoute que parmi les morts ,
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il a reconnu Hydaspe. Ce dernier événement force Rodogune à feindre quelque douleur de la perte de son époux s mais la foie de tenir Lydie en sa possession l'emporte sur sa politique. C’est ce qui termine le premier acte. Le second ouvre par Rodogune et Lydie. La première accable d’infures sa malheureuse rivale. La suite de cet acte ressemble absolument pour le fonds et la
marche au second de Corneille. Egalement dans celui-ci Rodogune propose à ses fils de la défaire de Lydie, et met la couronne et le droit d’aînesse, dont elle seule sait le secret, à cc prix. Les Princes refusent de servir sa vengeance : ils restent ensemble , et , comme ils sont tous deux amoureux de Lydie , Artaxerce , qui tient ici la place du Séleucus de Corneille , offre à Darie , qui en est l’Antiochus , tout ce qu’il peut espérer de sa naissance , s’il veut lui céder Lydie.
Darie.
et De cent peuples fameux il faut être vainqueut « Avant que de prétendre une place en soncœur.
» Quoi que vous me disiez et quoi que je vous die » y> L’on ne peut séparer l’Empire de Lydie :
Cette illustre beauté veut une illustre Cour ;
XX JUGEMENS ET ANECDOTES
sî Ici l’ambition s’accorde avec l’amour.
En vain nous opposons ces passions diverses , s-> Il faut que son époux soit Monarque des Perses ;
« Et puisque la couronne appartient à l’aîné ,
» Il faut qu’un seul l’obtienne et soit seul fortuné , si Et , sans que le plus jeune en prenne jalousie ,
» Qu’il ait seul la Princesse et l’Empire d’Asie. «
« Voyez comment Corneille fait répondre Antiochus dans le même cas , acte premier, sccne cinquième. »
« Le reste de la Tragédie de Gilbert n’est , jusqu’au cinquième acte , qu’une copie très-mal faite de celle de Corneille. Dans la scene ou Artaxerce et Darie pressent Lydie de déclarer ses sentimens pour l’un ou pour l’autre , après quelques refus , elle leur dit enfin :
«Entre deux grands Hdros difficile est le choix.
»> Puisque vous le voulez , je veux vous satisfaire.
» Vous et moi nous pleurons la mort de votre pere :
De parricides mains l’ont mis dans le tombeau ,
» Avant que notre hymen fit luire son flambeau.
« Je veux de mon amour lui donner une preuve.
■» Ayant reçu sa foi , je dois agir en veuve : s> Soyez dignes de moi ; je veux l’être de vous.
« Perdez les assassins d’un pere et d’un époux :
» Lavez dedans leur sang leur noire perfidie i
JUGEMENS ET ANECDOTES, xxj
» C’est par-là seulement qu’on peut plaire à Lydie.
» Elle n’épousera , quoi qu’ordonne le sort ,
Que celui de ses fils qui vengera sa mort. »
«c Voyez ce que répond Rodogune , dans Corneille , acte troisième , scene quatrième , aux sollicitations semblables d’Antiochus et de Sclcucus. »
«Le cinquième acte de la Tragédie de Gilbert n’a rien d’emprunté de celui de Corneille } aussi est- il misérable , du commencement à la fin. Rodogune , qui veut faire périr Lydie , a donné ordre à Oronte de lui amener cette infortunée Princesse. Oronte revient, avec Lydie , et apprend à la Reine que Darie, ayant voulu s’opposer ^ son dessein , s’est précipité sur les gardes , avec si peu de précaution , qu’il est tombé mort d’un coup d’epée , oii il s’est enferré. Rodogune regrette ce fils qu’elle avoit déclaré Roi , et veut venger sa mort sur Lydie. Artaxerce s’y oppose , et Darie , qui n’a reçu qu’une légère blessure , paroît à propos pour sauver sa cherc Lydie. Rodogune , surprise de cet événement , change de caractère : elle embrasse Lydie , lui demande son amitié , l’unit
xxij JUGEMENS ET ANECDOTES.
avec Darie , et promet de donner à Artaxerce la sœur' de Lydie, qui a été faite prisonnière en même tems que cette Princesse. »
« Le Cid de Corneille , et tous les Poëmes qu’il donna ensuite au Théâtre , doivent être regardés comme autant de chef-d’œuvres. Chacun d’eux est marqué au coin de l’immortalité , par un genre de beauté qui lui es; propre et le caractérise. Ces différentes perfections se trouvent rassemblées dans sa Rodogune , et elle en a de particulières , qu’on ne voit point ailleurs. L’Auteur , qui est inimitable par la disposition de ses Pièces et la peinture de ses caractères , s’est ici surpassé lui-même. » Ibidem , f ag. 3 1 1 et 311.
« On sait que Corneille prrftroit Rodogune à toutes scs autres Pièce* , et Corneille savoit juger ses propres Ouvrages , dit l’Auteur du Dictionnaire dramatique , tome troisième , pag. 67 a «8. P^crdogune a sur Polyeucte la force du style , et sur Horace la gradation d’intérêt. Elle est plus tragique que Cinna, plus régulière que le Cid. Le caractère de Cléopâtre est d’un genre neuf et d’une vigueur soutenue. Séleucus et An-
tiochus
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tiochus intéressent $ et , grâce au talent de Corneille , Rodogune ne révolte pas. C'est pourtant ce qui devoit résulter de la proposition qu’elie fait aux deux fils de Cléopâtre. En la lisant , on voit combien Corneille exprimoit facilement les choses les plus difficiles. Je ne parle point du dénouement j c’est un coup de génie que rien n’a peut-être encore égalé ! »
« Il est également naturel qu’une action se dénoue par quclqu’accident qui vienne de dehors , par quelque chose d’étranger , ou par un événement dont les principes soient dans cette action même. (Fontenelle, Réflexions sur la Poétique, section soixante - douzième ) Cléopâtre , dans Rodogune , a fait tant de crimes , qu’il pourroit fort bien se trouver hors de la Piece quelqu’un qui , pour une vengeance particulière., conspirât contre elle , et la fît mourir ; et alors finiroient tous les malheurs qu’elle cause à Antiochus et à Rodogune. Il est vraisemblable aussi qu’ayant prépare à Antiochus et Rodogune un poison qu’ils refusent de prendre , elle le prenne eliexnêmç pour leur ôter toute défiance , et meure dans le moment qu’ils alloient suivre son exemple.
xxiv JUGEMENS ET ANECDOTES.
Mais entre ces deux dénouemens , tous deux naturels et vraisemblables, l’art choisit le second , qui est une suite de tout ce que laPiece renferme, et exclut absolument le premier qui est pris hors de la Piece. De là se forme une réglé générale et sans exception. En effet, il est agréable de voir une action quicontienten elle-mêmeles semences de son dénouement ; mais imperceptibles et cachées aux yeux, et qui sc développant , peu- àpeu , et sans aucun secours etranger , vient enfin à faire éclore ce dénouement. Par la même raison,, à-peu-près, l’art a déterminé que toutes ces semences de dénouement seroient renfermées dans le premier acte , que tous les personnages y paroîtroient , ou y seroient annoncés j et il est clair que , selon le train naturel des choses , il peut fort bien entrer dans la fin d’une affaire des personnes qui n’ont pas eu de part au commencement. Mais moyennant cetétablissement de l’art, la Piece forme un tout plus agréable à considérer, parce qu’il a plus de symétrie , qu’il est plus renfermé en lui-même et mieux arrondi. »
« On dit qu’au Théâtre on n’aime pas les scélérats , remarque Voltaire, dans ses Commcis-
JUGEMENS ET ANECDOTES, xx*
taîres sur Rodogune. Il n’y a point de criminelle* plus odieuse que Cléopâtre , et cependant on sc plaît à la voir. Elle ennoblit l’horreur de son caractère par la fierté des traits dont Corneille la peint. Oh ne lui pardonne pas j mais on attend 1 avec impatience ce qu’elle fera après avoir promis* Rodogune et lé troue à son fils Antiochus. Si Corneille a manqué à son art dans les détails , il' a rempli le grand projet de tenir les esprits en suspens , et d’arranger tellement les événemens r que personnelle pût deviner le dénouement de* cette Tragédie. »
«Il n’est point de serpent, ni de monstre odieux.
» Qui , par l’art imité , ne puisse plaire aux yeux ,
a dit Boileau , dans le troisième Chant de soit* Art Poétique. « Il faut bien que cela soit ainsi , puisque l’on écoute avec plaisir le Monologue de* Cléopâtre , qui ouvre le cinquième acte de Rodogune, ajoute Voltaire. Je ne puis trahir ma. pensée jusqu’à déguiser la peine que me fait ce Monologue.... Mais enfin je conçois que la détestable cruauté de Cléopâtre peut attacher , et aur-tout, qu’on est très-curieux de savoir eoro-
xxvj JUGEMENS ET ANECDOTES.
ment elle réussira , ou succombera. C’est-là ce qui fait , à mon avis , le grand mérite de cette Piece. « Ibidem.
A l’occasion de Yessai de la coupe suspectée que Rodogune propose de faire faire par quelque domestique , Voltaire observe encore «* qu’apparemment les Princesses Syriennes faisoient peu de cas de leurs domestiques j mais que cette réflexion ne peut être faite par personne , dans l’agitation ou l’on est , et dans l’attente du dénouement , dont l’action fait frémir , qui est le tragique porté au comble , et qui, avec l’ensemble du rôle terrible de Cléopâtre , fera toujours réussir cette Piece. » Ibidem.
Nous remarquerons que Corneille rapporte dans l’Examen de Rodogune , le passage entier d’Appian Alexandrin, d’où il a puisé le sujet de cette Tragédie , tel qu’il l’avoit déjà cité dans l’Argument , lorsqu’il la fit imprimer pour la première fois. Ce double emploi lui échappa , vraisemblablement , et nous n’avons pas cru devoir le supprimer , plus que n’a fait Voltaire , dans l’édition qu’il a donnée des Œuvres complettes de ce grand homme.
rodogune,
PRINCESSE