‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 48 sur 122 · DES PAR THES · texte numérisé non relu

DES PAR THES

iAONICE, T l M A G E N E.

Laonice.

Enfin ce jour pompeux , cet heureux jour nous luit, Qui d’un trouble si long doit dissiper la nuit »

Ce grand jour où l’hymen , étouffant la vengeance » Entre le Parthe et nous remet l’intelligence.

Affranchit sa Ptincesse , et nous fait pour jamais Du motif de la guerre un lien de la paix.

Ce grand jour est venu , mon frere , où notre Reino Cessant de plus tenir la couronne incertaine ,

Doit rompre aux yeux de tous son silence obstiné ,

A ij

RODOGUNE,

De deux Princes jumeaux nous déclarer l’aîné ;

Et l’avantage seul d’un moment de naissance ,

Dont elle a jusqu’ici caché la connoissance ,

Mettant au plus heureux le sceptre dans la main ,

Va faire l'un sujet , et l’autre Souverain.

Mais n’admirez-vous point que cette meme Reine Le donne pour époux à l’objet de sa haine ,

Et n’en doit faire un Poi , qu’afin de couronner Celle que dans les fers elle aimoit à gêner î Rodogune par elle en esclave traitée ,

Par elle se va voir sur le trône montée,

Puisque celui des deux qu’elle nommera Roi Lui doit donner la main et recevoir sa foi.

Pour le mieux admirer > trouvez bon , je vpt Q.uc j’apprenne de vous les troubles de Syrie. 1 J’en ai vu les premiers et me souviens encor Des malheureux succès du grand Roi Nicanor , Quand des Parthcs vaincus , pressant l’adroite fuite , Il tomba dans leurs fers au bout de sa poursuite. Je n’ai pas oublié que cet événement Du perfide Tryphon fit le soulèvement.

Voyant le Roi captif, la Reine désolée ,

Il crut pouvoir saisir la couronne ébranlée ;

Et le sort , favorable à son lâche attentat ,

Mit d’abord sous scs loix la moitié de l’État.

La Reine craignant tout de ccs nouveaux orages » En sut mettre à l’abii ses plus précieux gages.

Et pour n’exposer pas l’cnfancc de ses fils ,

Me les fit chez son frere enlever à Memphis.

if

là nous n’avons rien su que de la renommée ,

Qui par un bruit confus diversement semée ,

N’a porté jusqu’à nous ces grands renversemens , Que sous l’obscurité de cent déguisemens.

> Laonice.

Sachez donc que Tryphon , après quatre batailles , Ayant su nous réduire à ces seules murailles ,

En forma tôt le siège, et , pour comble d’effroi , Un faux bruit s’y coula touchant la mort du Roi. Le peuple épouvanté , qui déjà dans son amc Ne suivoit qu’à regret les ordres d’une femme , Voulut forcer la Reine à choisir un époux.

Que pouvoit-ellc faire et seule et contre tous? Croyant son mari mort / elle épousa son frere : L’effet jnontra soudain ce conseil salutaire s Le Prince Antiochus , devenu nouveau Roi,

Sembla de tous côtés traîner l’heur avec soi.

La victoire , attachée au progrès de ses armes ,

Sur nos fiers ennemis rejetta nos alarmes ;

Et la mort de Tryphon, dans un dernier combat. Changeant tout notre sort lui rendit tout l’État. Quelque promesse alors qu’il eût faite à la mere. De remettre ses fils au trône de leur pere ,

U témoigna si peu de la vouloir tenir ,

Qu’elle n’osa jamais les faire revenir.

Ayant régné sept ans , son ardeur militaire Ralluma cette guerre où succomba son frere ;

Il attaqua le Parthc , et se crut assez fort Pour en venger sur lui la prison et la mort, lusqucs dans ses États il lui porta la guerre :

A iij

g RODOGUNE,

Il s’y fit par-tout craindre à l’égal du tonnerre}

11 lui donna bataille , où mille beaux exploits....

Je vous achèverai le reste une autre fois»

Un des Princes survient.

( Letotiice se veut retirer. )

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