‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 53 sur 122 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

LAONICE, TIMAGENE. ’

Peu T- o N plus dignement mériter la couronne? Timagene.

Je ne suis point surpris de ce qui vous étonne : Confident de tous deux , prévoyant leur douleur ,

J’ai prévu leur constance , et j’ai plaint leur malheur... Mais , de grâce , achevez l’histoire commencée. Laonice.

Pour la reprendre donc où nous l’avons laissée.

Les l’arthes , au combat par les nôtres forcés ,

Tantôt presque vainqueurs, tantôt presqu’en foncés Sur l’une et l’autre armée également heureuse.

Virent long-tems voler la victoire douteuse ;

Mais la fortune enfin se tourna contre nous , .

Si bien qu’Antiochus, percé de mille coups.

Prêt de tomber aux mains d'une troupe ennemie .» Lui voulut dérober les restes de sa vie •

Et , préférant aux fers la gloire de périr ,

Lui-même par sa main acheva de mourir.

La Reine ayant apptis cette triste nouvelle ,

En reçut tôt après une autre plus cruelle ,

Que Nicanor vivoit , que sur un faux rapport De ce premier époux elle avoit cru la mort ,

Que piqué jusqu’au vif contre son hyménée.

Son amc à l’imiter s’étoit déterminée ,

Et que, pour s’affranchir des fers de son vainqueur t Il alloit épouser la Princesse sa soeur.

( C’est cette Rodogunc où l’un et l’autre frere Trouve encor les appas qu’avoit trouve leur pere )

La Reine envoie en vain pour se justifier,

On a beau la défendre , on a beau le prier ,

On ne rencontre en lui qu’un juge inexorable.

Et son amour nouveau la veut croire coupable.

Son erreur est un crime, et , pour l’en punir mieux. Il veut meme épouser Rodogunc à ses yeux ,

Arracher de son front le sacré diadème ,

Pour ceindre une autre tête en sa présence même; . Soit qu’ainsi sa vengeance eût plus d’indignité ,

Soit qu’ainsi cet hymen eût plus d’autorité ,

Er qu’il assurât mieux, par cette barbarie,

Aux enfans qui naîtroient le trône de Syrie.

Mais tandis qu’animé de colctc et d’amour ,

Il vient déshériter ses tils par son retour , tt qu’un gros escadron de Parthcs pleins de joie.

TRAGÉDIE. i

Conduit ccs deux amans et court comme à la proie , la Reine, au désespoir de n’en rien obtenir.

Se résout de se perdre, ou de le prévenir.

Elle oublie un mari qui veut cesser de l’être ,

Qui ne veut plus la voir qu’en implacable maître ;

Et , changeant à regret son amour en horreur ,

Elle abandonne tout à sa juste fureur.

Ellc-mcmc leur dresse une embûche au passage ,

Se mêle dans les coups, porte par-tout sa rage ,

En pousse jusqu’au bout les furieux effets ;

Que vous dirai-je enfin ? les Parthes sont défaits.

Le Roi meurt , et , dit-on, par la main de la Reine. Rodogunc captive est livrée à sa haine;

Tous les maux qu’un esclave endure dans les fers , Alors sans moi, monfrere, elle les eût soufferts.

La Reine à la gêner prenant mille délices ,

Ne commcttoit qu’à moi l’ordre de ses supplices;

Mais , quoi que m’ordonnât cette ame tout en feu. Je promettois beaucoup, et j’exécutois peu.

Ic Parthc cependant en jure la vengeance;

Sur nous , à main armée , il fond en diligence ,

Nous surprend , nous assiège , et fait un tei effort. Que , la ville aux abois , on lui parle d’accord.

Il veut fermer l’oreille , enflé de l’avantage ;

Mais voyant parmi nous Rodogune en ôtage ,

Enfin il craint pour elle et nous daigne écouter.

Et c’est ce qu’aujourd’hui l’on doit exécuter.

la Reine de l’Egypte a rappcllé nos Princes ,

Pour remettre à l’aîné son trône et ses Province*. Rodogonc a paru , sortant de sa prison ,

Comme un soleil levant dessus notre horizon;

Le Parthe a décampé, pressé pat d’autres guerres. Contre l’ Arménien qui ravage scs terres :

D’un ennemi cruel il s’est fait notre appui ;

La paix finit la haine, et, pour comble aujourd’hui , Dois-jc dire de bonne ou mauvaise fortune ?

Nos deux Princes tous deux adorent Rodogune.

Si-tôt qu’ils ont paru tous deux en cette Cour ,

Ils ont vu Rodogune et j’ai vu leur amour }

Mais comme étant rivaux nous les trouvons à plaindre , Connoissant leur vertu , je n’en vois rien à craindre. Pour vous qui gouvernez cet objet de leurs vœux.....

Je n’ai point encor vu qu’elle aime aucun des deux.

Vous me trouvez tuai propre à cette confidence....

Et peut-être à dessein je la vois qui s’avance.

Adieu. Je dois au rang qu’elle est prête à tenir Du moins la liberté de vous entretenir.

( Il tort. )

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