‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 55 sur 122 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

CLÉOPÂTRE, stult.

SiRmins fallacieux , salutaire contrainte ,

Que m’imposa la force et qu’accepta ma crainte , Heureux ddguisemcns d’un immortel courroux >

Vains fantômes d’État , évanouissez-vous.

Si d’un péril pressant la terreur vous ht naître ,

Avec ce péril même il vous faut disparoître , Semblables à ces vœux dans l’orage formes >

Qu’efface un prompt oubli quand les flots sont calmés... Et vous, qu’avec tant d’art cette feinte a voilée , Recours des impuissans , haine dissimulée ,

Digne vertu des Kois, noble secret de Cour,

Éclatez , il est tems , et voici notre jour.

Montrons-nous toutes deux , non plus comme sujettes { Mais telle que je suis et telle que vous êtes.

Le Parthc est éloigné , nous pouvons tout oser , Nous n’avons rien à craindre et rien à déguiser: le hais , je regne encor. Laissons d’iliustres marques, En quittant , s’il le faut , ce haut rang des Monarques. Faisons-en avec gloire un départ éclatant,

Et rcndons-le funeste à celle qui l’attend.

TRAGÉDIE.^ t*

C’est, encor , c’est encor cette m8me ennemie Qui chcrchoit ses honneurs dedans mon infamie > Dont la haine à son tour croit me faire la loi ,

Et régner par mon ordre et sur vous et sur moi.... Tu m’estimes bien lâche, imprudente rivale ,

Si tu crois que mon cœur jusques-là se ravale ,

Qu’il souffre qu’un hymen, qu’on t’a promis en vain* Te mette ta vengeance et mon sceptre à la main I Vois jusqu’où m’emporta l’amour du diadème ,

Vois quel sang il me coûte , et tremble pour toi-m6me ; Tremble , te dis je , et songe , en dépit du traité ,

Que pour t’en faire un don je l’ai trop acheté.

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