SCENE PREMIERE
CLÉOPÂTRE, stult.
SiRmins fallacieux , salutaire contrainte ,
Que m’imposa la force et qu’accepta ma crainte , Heureux ddguisemcns d’un immortel courroux >
Vains fantômes d’État , évanouissez-vous.
Si d’un péril pressant la terreur vous ht naître ,
Avec ce péril même il vous faut disparoître , Semblables à ces vœux dans l’orage formes >
Qu’efface un prompt oubli quand les flots sont calmés... Et vous, qu’avec tant d’art cette feinte a voilée , Recours des impuissans , haine dissimulée ,
Digne vertu des Kois, noble secret de Cour,
Éclatez , il est tems , et voici notre jour.
Montrons-nous toutes deux , non plus comme sujettes { Mais telle que je suis et telle que vous êtes.
Le Parthc est éloigné , nous pouvons tout oser , Nous n’avons rien à craindre et rien à déguiser: le hais , je regne encor. Laissons d’iliustres marques, En quittant , s’il le faut , ce haut rang des Monarques. Faisons-en avec gloire un départ éclatant,
Et rcndons-le funeste à celle qui l’attend.
TRAGÉDIE.^ t*
C’est, encor , c’est encor cette m8me ennemie Qui chcrchoit ses honneurs dedans mon infamie > Dont la haine à son tour croit me faire la loi ,
Et régner par mon ordre et sur vous et sur moi.... Tu m’estimes bien lâche, imprudente rivale ,
Si tu crois que mon cœur jusques-là se ravale ,
Qu’il souffre qu’un hymen, qu’on t’a promis en vain* Te mette ta vengeance et mon sceptre à la main I Vois jusqu’où m’emporta l’amour du diadème ,
Vois quel sang il me coûte , et tremble pour toi-m6me ; Tremble , te dis je , et songe , en dépit du traité ,
Que pour t’en faire un don je l’ai trop acheté.