‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 58 sur 122 · SÉLEUCUS, ANTIOCHUS · texte numérisé non relu

SÉLEUCUS, ANTIOCHUS

SÉLEUCUS

E s T-ii une constance à l’épreuve du foudre Dont ce cruel arrêt met notre espoir en poudre ?

ANTIOCHUS

Est-il un coup de foudre à comparer aux coups Que ce cruel arrêt vient de lancer sur nous?

SÉLEUCUS

O haines ! ô fureurs dignes d’une mégere !

O femme que je n’ose appeller encor mere l Après que tes forfaits ont régné pleinement.

Ne saurois-tu souffrir qu’on régné innocemment?

Quels attraits penses-tu qu’ait pour nous la couronne. S’il faut qu’un crime égal par ta main nous la donne? Et de quelles horreurs nous doit-elle combler ,

Si pour monter au trône il faut te ressembler ? ANTIOCHUS.

Cardons plus de respect aux droits de la nature.

Et n’imputons qu’au sort notre triste aventure.

Nous le nommions cruel ; mais il nous étoit doux , Quand il ne nous donnoit à combattre que nous ! Confidens tout ensemble et rivaux l’un de l’autre ,

Nous ne concevions point de mal pareil au nôtre : Cependant , à nous voir l’un de l’autre rivaux ,

Nous ne concevions pas la mqitié de nos maux.

RODOGUNE

SÉLEUCUS

Une douleur si sage er si respectueuse Ou n’est gticres sensible ou guere impétueuse;

Et c’est en de tels maux avoir l’esprit bien fort.

D’en connoîtrc la cause et l’imputer au sort !

Pour moi je sens les miens avec plus de foiblesse !

Plus leur cause m’est chere, et plus l’effet m’en blesse* Non que pour m’en venger j’ose entreprendre rien;

Je donnerois encor tout mon sang pour le sien.

Je sais ce que je dois ; mais , dans cette contrainte ,

Si je retiens mon bras je laisse aller ma plainte ,

Et j’estime qu’au point qu’elle nous a blessés.

Qui ne fait que s’en plaindre a du respect assez. Voyez-vous bien quel est le ministère infâme Qu’ose exiger de nous la haine d’une femme ?

Voyez-vous qu’aspirant à des crimes nouveaux.

De deux Princes ses fils elle fait ses bourreaux ?

Si vous pouvez le voir , pouvez-vous vous en taire ? Antiochus.

Je vois bien plus encor , je vois qu’elle est ma mcrc; Et plus je vois son crime , indigne de ce rang ,

Plus je lui vois souiller la source de mon sang.

J’en sens de ma douleur croître la violence;

Mais ma confusion m’impose le silence.

Lorsque dans scs forfaits , sur nos fronts imprimés ,

Je vois les traits honteux dont nous sommes formés ,

Je tâche à cet objet d’être aveugle ou stupide,

J’ose me déguiser jusqu’à son parricide ,

Je me cache à moi-même un excès de malheur Où notre ignominie égale ma douleur ;

Et, détournant les yeux d’une mere cruelle , J’impute tout au sort qui m’a fait naître d’elle.

Je conserve pourtant encore un peu d’espoir : Elle est mere , et le sang a beaucoup de pouvoir ; Et , le sort l’eût - il faite encor plus inhumaine , Une larme d’un fils peut amollir sa haine.

Séleucv s.

Ah i mon frere , l’amour n’est gucres véhément Pour des fils élevés dans un bannissement ,

Et qu’ayant fait nourrir presque dans l’esclavage , Elle n’a rappelles que pour servir sa rage.

De scs pleurs tant vantes je découvre le fard ;

Nous avons en son coeur vous et moi peu de part. Elle fait bien sonner ce grand amour de mere , Mais elle seule enfin s’aime et sc considéré ;

Et , quoi que nous étale un langage si doux ,

Elle a tout fait pour elle et n’a rien fait pour nous. Ce n’est qu’un faux amour que la haine domine : Nous ayant embrassés, elle nous assassine ,

En veut au cher objet dont nous sommes épris , Nous demande son sang , met le trône à ce prix !

Ce n’est plus de sa main qu’il nous le faut attendre : Il est , il est à nous, si nous osons le prendre. Notre révolte ici n’a rien que d’innocent :

Il est à l’un de nous , si l’autre le consent.

Régnons , et son couroux ne sera que foiblesse ; C’est l’unique moyen de sauver la Princesse.... Allons la voir, mon frere , et demeurons unis; C’est l’unique moyen de voir nos maux finis.

Je forme un beau dessein que son amour m’inspire ;

t i RODOGUNE,

Mais il faut qu’avec lui notre union conspire :

Notre amour aujourd’hui, si digne de pitié.

Ne sauroit triompher que par notre amitié.

Antiocmus.

Cet avertissement marque une défiance

Que la mienne pour vous souffre avec patience.

Allons ; et soyez sûr que même le trépas

Ne peut rompre des nœuds que l’amour ne rompt pas.

Fin du second Acte ,

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