‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 65 sur 122 · ANTIOCHUS, RODOGUNE · texte numérisé non relu

ANTIOCHUS, RODOGUNE

Rodogune.

rince, qu’ai-jc entendu ? Parce que je soupire Vous présu mex que j’aime et vous m’oscx le dire ! Est-ce un frere , est-ce vous dont la témérité S’imagine

ANTIOCHUS

Apaisex ce courage irrité.

Princesse ; aucun de nous ne seroit téméraire Jusqu’à s’imaginer qu’il eût l’heur de vous plaire.

Je vois votre mérite et le peu que je vaux ,

Et ce rival si cher connoît mieux ses défauts ;

Mais si tantôt ce coeur parloit par votre bouche ,

Il veut que nouscroyions qu’un peu d’amour le touche , Et qu’il daigne écouter quelques-uns de nos vœux , Puisqu’il tient à bonheur d’être à l’un de nous deux.

Si c’est présomption de croire ce miracle.

C’est une impiété de douter de l’oracle ,

Et mériter les maux où vous nous condamncx , Qu’éteindre un bel espoir que vous nous ordonnex. Princesse, au nom des Dieux, au nom de cette flamme...*

RODOGUNE

Rodogune. '

Un mot ne fait pas voir jusques au fond d’une ame,

Et votre espoir trop prompt prend trop de vanité Des termes obligeans de ma civilité.

Je l’ai dit, il est vrai; mais, quoi qu’il en puisse être. Méritez cet amour que vous voulez connoître.

Lorsque j’ai soupiré , ce n’étoit pas pour vous >

J’ai donné ces soupirs aux mânes d’un époux »

Et ce sont les effets du souvenir fidcle

Que sa mort à toute heure en mon ame rappelle.

Princes, soyez scs fils et prenez son parti.

Antiochus.

Recevez donc son cceur en nous deux réparti.

Ce coeur , qu’un saint amour rangea sous votre empire , Ce coeur, pour quî le vôtre à tout moment soupire ,

Ce cœur , en vous aimant indignement percé .

Reprend pour vous aimer le sang qu’il a versé »

II le reprend en nous , il revit , il vous aime ,

Et montre en vous aimant qu’il est encor le même.

Ah ! Princesse , en l’état où le sort nous a mis , Pouvons-nous mieux montrer que nous sommes ses fils ? Rodogune.

Si c’est son cœur en vous qui revit et qui m’aime.

Faites ce qu’il feroit s’il vivoit en lui-même ;

A ce cœur qu’il vous laisse osez prêter un bras: Pouvez-vous le porter et ne l’écouter pas?

S’il vous explique mal ce qu’il en doit attendre ,

U emprunte ma voix pour mieux se faire entendre; Une seconde fois il vous le dit par moi :

Prince , il faut le venger.

TRAGÉDIE. s

Antiochus.

J’accepte cette I®» , Nommez les assassins , et j’y cours.

Quel mystère

Vous fait, en l’acceptant, méconnoître une mere? Antiochus.

Ah ! si vous ne voulez voir finir nos destins , Nommez d’autres vengeurs ou d’autres assassins.

Ah ije vois trop régner son parti dans votre amc; Prince , vous le prenez.

Antiochus.

Oui, je le prends , Madame > Et j’apporte à vos pieds le plus pur de son sang Que la nature enferme en ce malheureux flanc. Satisfaites vous-meme à cette voix sccrcte Dont la vôtre envers nous daigne être l’interprctc; Exécutez son ordre, et hâtez-vous sur moi De punir une Reine, et de venger un Roi v Mais quitte par ma mort d’un devoir si sévère , Ecoutez-en un autre en faveur de mon frere:

De deux Princes unis à soupirer pour vous ,

Prenez l’un pour victime et l’autre pour époux. Punissez un des fils des crimes de la mere ;

Mais payez l’autre aussi des services du pcrc , •

Et laissez un exemple à la postérité ,

Et de rigueur entière et d’entiere équité.

Quoi 1 n’écoutcrez-vous ni l'amour, ni la haine?

RODOGUNE

Ne pourrai-je obtenir ni salaire , ni peine?

Ce caur qui vous adore et que vous dédaignez...

Kodoguhi.

Hclas ! Prince !

Antiochus, #

Est-ce encor le Roi que vous plaignez ï Ce soupir ne va-t-il que vers l’ombre d’un pere ? Rodogune.

Allez.... ou pour le moins , rappeliez votre frere ; le combat pour mon amc étoit moins dangereux. Lorsque je vous avois à combattre tous deux.

Vous êtes pVus fo.'-t seul que vous n’étiez ensemble ;

Je vous bravois tantôt , et maintenant je tremble. J’aime ; n’abusez pas , Prince , de mon secret :

Au milieu de ma haine il m’échappe à regrets Mais enfin il m’échappe , et cette retenue Ne peut plus soutenir l’effort de votre vue.

Oui , j’aitnc un de vous deux , malgré ce grand courroux; Et et dernier soupir dit assez que c’est vous.

Un rigoureux devoir à cet amour s’oppose :

Ne m’en accusez point, vous en êtes la cause;

Vous l’avez fait renaître, en me pressant d’un choix Qui rompt de vos traités les favorables loix.

D’un pere mort pour moi voyez le sort étrange !

Si vous me laissez libre , il faut que je le venge ,

Et mes feux dans mon ame ont beau s’ en mutiner , Ce n’est qu’à ce prix seul que je puis me donner.

Mais ce n’est pas de vous qu’il faut que je l’attende : Votre refus est juste autant que ma demande ;

A force de respect votre amour s’est trahi :

TCroudroîs vous haïr s’il m’avoit obcfi ,

Et je n’estime pas l’honneur d’une vengeance Jusqu’à vouloir d’un crime être la récompense. Rentrons donc sous les loix que m’impose la paix , Puisque m’en affranchir , c’est vous perdre à jamais. Prince , en votre faveur je ne puis davantage : L’orgueil de ma naissance enfle encor mon courage » F.t , quelque grand pouvoir que l’amour ait sur moi r Je n’oublîrai jamais que je me dois un Roi.

Oui , malgré mon amour , j’attendrai d’une mere Que le trône me donne ou vous , ou votre frere > Attendant son secret vous aurez mes désirs ,

Et s’il le fait regner , vous aurez mes soupirs. ..

C’est tout ce qu’à mes feux ma gloire peut permettre 1 > Et tout ce qu’à vos feux les miens osent promettre. Antiochus.

Que voudrois-jc de plus? son bonheur est lemienr Rendez heureux ce frere , et je ne perdrai rien. L’amitié le consent , si l’amour l’appréhende t Je bénirai le Ciel d’une perte si grande »

Et , quittant les douceurs de cet espoir flottant ,

Je mourrai de douleur , mais je mourrai content.

Et moi , si mon destin entre ses mains me livre ,

Pour un autre que vous s’il m'ordonne de vivre , Mon amour... Mais adieu; mon esprit se confond.. Prince , si votre flamme à la mienne répond ,

Si vous n’êtes ingrat à ce cœur qui vous aime»

Ke me revoyez point qu’avec le diadème .

( Elit soru }

RODOGUNE

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