‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 83 sur 122 · X AU LECTEUR · texte numérisé non relu

X AU LECTEUR

Thebes , l’ignore encore vingt ans après. L’autre* que l’action étant vraie du côté de la mere , comme je l’ai remarqué tantôt, il ne faut plus s’informer si elle est vraisemblable , étant certain que toutes les vérités sont recevables dans la Poésie , quoiqu’elle ne soit pas obligée à les suivre. La liberté qu’elle a de s’en écarter n’est pas une nécessité , et la vraisemblance n’est qu’une condition nécessaire à la disposition , et non pas au choix du sujet, ni des incidens qui sont appuyés de l’Histoire. Tout ce qui entre dans le Poème doit être croyable s et il l’est , selon Aristote , par l’un de ces trois moyens , la vérité , la vraisemblance , ou l’opinion commune. J’irai plus outre , et , quoique peut-être on voudra prendre cette proposition pour un paradoxe , je ne craindrai point d’avancer que le sujet d’une belle Tragédie doit n’être pas vraisemblable. La preuve en est aisée par le même Aristote , qui ne veut pas qu’on en compose une d’un ennemi qui tue son ennemi , parce que , bien que cela soit fort vraisemblable , il n’excite dans l’ame des Spectateurs ni pitié , ni crainte , qui sont les deux passions de la

Tragédie }

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Tragédie; mais il nous renvoie la choisir dans les événemens extraordinaires qui se passent entre personnes proches , comme d'un pere qui tue son fils , une femme son mari , un frère sa sœur : ce qui n’étant Jamais vraisemblable , doit avoir l’autorité de l’Histoire ou de l’opinion commune pour être cru ; si bien qu’il n’est pas permis d’inventer un sujet de cette nature. C’est la raison qu'il donne de ce que les Anciens traitoienr presque les mêmes sujets , d’autant qu’ils rencontroient peu de familles où fussent arrivés de pareils désordres , qui font les belles et puissantes oppositions du devoir et de la passion.

Ce n’est pas le lieu de m’étendre ici plus au long sur cette matière ; j’en ai dit ces deux mots en passant , par une nécessité de me défendre d’une objection qui détruiroit tout mon ouvrage , puisqu’elle va à en sapper le fondement , et non par ambition d’étaler mes maximes , qui , peut-être, ne sont pas généralement avouées des Savans. Aussi ne donné-je ici mes opinions qu’à la mode de M. de Montagne,

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non pour bonnes , mais pour miennes. Je m’en suis bien trouvé jusqu’à présent j mais je ne tiens pas impossible qu’on réussisse mieux en suivant les contraires.

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