‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 91 sur 122 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LÉONTINE, EUDOXE

Léoniinh.

oila ce que j’ai craint de son amc enflammee. Eudoxe.

S’il m’eût caché son sort , il m’auroit mal aimée.

Lé o N T I N E.

Avec trop d’imprudence il vous l’a révélé :

Vous êtes fille , Eudoxe , et vous avez parlé.

Vous n’avez pu savoir cette grande nouvelle.

Sans la dire à l’oreille à quelque amc infidclle ,

A quelque esprit léger , ou de votre heur jaloux ,

A qui ce grand secret a pesé comme à vous.

C’est par-là qu’il est su , c’est par-là qu’on publie Ce prodige étonnant d’Héraclius en vie;

C’est par-là qu’un Tyran , plus instruit que troublé , De l’ennemi secret qui I’auroit accablé ,

Ajoutera bientôt sa mort à tant de crimes.

Et se sacrifiera pour nouvelles victimes,

Ce Prince dans son sein pour son fils élevé ,

Vous qu'adore son ame , et moi qui l'aï sauvé. Voyez combien de maux pour n’avoir su vous taire.

Madame , mon respect souffre tout d’une mere , Qui pour peu qu’elle veuille écouter la raison ,

Ne m’accusera plus de cette trahison ;

Car c’en est une enfin bien digne de supplice , Qu’avoir d’un tel secret doYiné le moindre indice» Léontine.

Et qui donc aujourd’hui le fait connoîtrc à tous? Est-cc le Prince , ou moi ?

Ki le Prince , ni vous.

De grâce , examinez ce bruit quivous alarme.

On dit qu’il est en vie , et son nom seul les charme. On ne dit point comment vous trompâtes Phocas , Livrant un de vos fils pour ce Prince au trépas ,

Ki comme , apres du sien étant la gouvernante , Par une tromperie encor plus importante ,

Vous en fîtes l’échange , et , prenant Martian , Vous laissâtes pour fils ce Prince à son Tyran,

En sorte que le sien passe ici pour mon frerc , Cependant que de l’autre il croit être le pcrc ,

Et voit en Martian Léonce qui n’est plus ,

Tandis que , sous ce nom , il aime Héraclius.

On diroit tout cela, si, par quelque imprudence ,

Il m’étoit échappé d’en faire confidence.

Mais , pour toute nouvelle , on dit qu’il est vivant s Aucun n’ose pousser l’histoire plus avant.

Comme ce sont pour tous des routes inconnues ,

H-ÉRACLIU S,

Il semble à quelques-uns qu’il doit tomber des nues ; Et j’en sais tel qui croit , dans sa simplicité ,

Que pour punir l’hocas , Dieu l’a ressuscité....

Mais le vpjci.

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