A. S. EXCELLENCE
M.r LE MARQUIS MICHEL ARDITI
Des anciens barons de vAlentino , marquis de cas-
TELVETERE DANS l'AIîRUCE ULTÉRIEURE , CHEVALIER DE l'ordre royal de FRANÇOIS I J ET DE l'oRDRE SACRÉ-
militAire jérosolimitAin ; de l'ordre ROYAL-MILITAIRE
DE CONSTANTIN; DE l'oRDRE IMPÉRIAL AUTRICHIEN DE LA COURONNE DE FER 5 DE l'oRDRE ROYAL DANOIS DE DANNEBROG 5 DIRECTEUR DU MUS^E ROYAL BOURBON , SURINTENDANT DES EXCAVATIONS DES ANTIQUITÉS , PRÉ- SIDENT DE LA COMMISSION d' ANTIQUITÉ, ET DES BEAUX- ARTS , MEMBRE DE LA COMMISSION DE LA BIBLIOTHÈQUE ROYALE BOURBON 5 SENIOR DE l'ACADÉMIE ROYALE HER~ CVLANUM d'archéologie, ET MEMBRE DE PLUSIEURS ACADÉMIES TANT NATIONALES QU 'ÉTRANGÈRES.
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Ponipéi annonce votre gloire , et les plus beaux nionunicns rappelés a Vhonneur cVun existence nouvelle par vos ialens et par vos soins zélés , sont autant de traits lumineux qui illustrent les plus belles époques de votre vie. — La Rne (les tombeaux, rAmpliithéàtre , la Basilique, le Forum Civil et ses éditices magnifiques sortirent de la terre par vos ordres , et comme par enchantement , éle-
vant avec orgueil leurs têtes opprimées par les malheurs et par les ans.
Ainsi un ouvrage sur Ponipéi , qui consacre votre nom, et vos écrits (i) ,vous est vraiment dit. — Daignez en agréer V hommage , et ce sera la seule et la plus belle récompense a laquelle je puisse aspirer.
Votre très-humble serviteur I,' AUTEUR.
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t^oMPÉi est la merveille de V Italie. On dirait que le destin des siècles ait voulu tious conserver celte ville comme un modèle du produit de mœurs , de la religion et du gouvernement des anciens. Voilà la pensée que réveillent en nous les maisons ^ les temples et les Forum qu'on y a trouvés. Tout y annonce les traces de ce génie , qui éleva les hautes murailles de Poestum , les tours de Capoue , et les délicieuses habitations de Sibaris. Mais ce qu'il y a d'étonnant c'est que cette ville , surprise par une éruption j'usqu alors inouie et ayant disparu du sol de la Campanie en peu d'heures , presque comme par enchantement , conserve encore tous les caractères qui démontrent les çestiges récens du mouvement et de l'existence humaine. Palmyre, Babylone , Rome^ Athènes^ Canopc, ne nous montrent que des ruines, qui attestent les progrès tardifs des années , et les traces de la destruction des barbares qui, comme des orages ^ y laissèrent les signes de leur passage. Pompéi, au contraire, ressemble à une ville déserte pour quelques inttans. Il semble que ses citoyens soient tous accourus à une de ces Jetés religieuses qui intéi'essaient des nations entières, et qui caractérisoient tant le paganisme.
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Les traces des chars sur les pierres ^ les boiiîicjues avec leurs marc/u/jdiscs et leurs ustensiles^ et les maisons avec leurs meubles ^ semblent attendre leurs maîtres. L'Amphora genialis sent encore le vin, et les taches récentes des liijueurs sont imprimées sur les marbres des lliermopoles. On y voit le gâteau de miel, le vase des parfums , les chaînes qui liaient les mains du coupable, et les bracelets qui pressaient mollement les bras de la jeune fille.
Les Jiahitations éi aient le séjour du luxe et de la mollesse. Le seuil y est ouvert: il semble inviter encore à l'hospitalité par le beau rnot Salve. Des mosaïques variées , et des peintures précieuses en embellissent les pavés et les murs. On y voit en quantité des arabesques, des païsages ^ des Divinités, et des représentations iniéressanles. A chaque instant on rencontre tantôt des Satyres lascifs et des ISymphes charmantes , tantôt des Bacchantes ivres et de volup- Ineuses danseuses , avec des contours si délicats et si scduisans, que ni le Guide nous représenta si bien ses Heures , jii les Grâces sourirent ainsi sous les pinceaux de /'Albano et du Dolce. L'architecture en est simple et ingénieuse. Des cours et des portiques en forment l intérieur ; ces derniers nous représentent Vusage chéri des anciens , de s^ promener la moitié de la journée, en discutant avec leurs amis et affranchis sur de objets du Lycée , et nous rappellent les dialogues d'Atticus , de Cicéron et de Pline.
Plus avant, nous découvrons le lieu, où après avoir passé la moitié du jour aux affaires , le Pompéien se délassait dans les délices du bain, s'oignait d'essences , et ^ couché mollement sur des duvets^ soulevait non-
chalainment la main j-.our goûlcr les mets les plus exquis , tandis que lesjlcurs du jardin voisin l'eni~ vraient des parfums les plus délicats. D'un autre coté, on obserç^e la chambre secrète de la i^ierge timide ^ elle ne pouvait voir de sa petite fenêtre que les longs portiques de son jardin. On y voit encore sa toilette, et son lit bas et étroit qui, jadis recouvert des tapis de Tarente, l'invitait au sommeil, tandis que la lampe tacite, la seule co/f dente de ses charmes , jetait du candélabre doré une lumière languissante sur elle.
Ces demeures si délicieuses oii les commodités et les agrémens de la vie domestique sont généreusement prodigués nous font clairement connaître combien les anciens étaient supérieurs a nous dans les arts ^ dans le goût ^ et dans la perfection des plaisirs sociaux. Où ne flous transportent donc pas les illusions de ces temps? Ces portiques voluptueux furent peut-être dépeints par Lala, et par Glicère. Dans ces s ailes, les jeunes filles de Ba'ics et de Capouc exécutaient des danses ingénieuses. Là^ parmi ces allées de platanes et de fleurs^ on enteu' dait les chansons de ISoxls et dKv'\nna ; ici, sur un triclinium à l'ombre d'un berceau de verdure , les roses de la Campanie couronnaient les vases noirs de la grande Grèce ; et le Falerne pétillait dans les tasses célébrées par Horace et par Anacréon.
Les monumens publics , au contraire ,y attestent la grandeur des vainqueurs du monde. — Elégans et magnifques sont les théâtres. Le peuple s'y portait en foule à ses spectacles favoris. Il y assistait à [' Ayart de Plante , au Promélhee d' Eschyle , et à la INJédée d'Ovide. — Tournant ses yeux vers V Arène, il se repaissait des massacres et d'horreurs j ou admirait le cou-
rage du gladiateur , ou jouissait de l'aspect des hétes J'éroces que l'Aj'riqnc lui envoyait de ses déserts ^ pour assouvir leur rage contre ses esclaves^ ou contre des personnes vendues à ses plaisirs.
Dans le Forum civil^ il assistait aux asseirhlées des Décurions , et à la justice administrée par les Duumvirs; les statues tjuon y avait dressées aux citoyens qui s'en étaient rendus dignes , lui indiquaient son but et ses devoirs.
Pardessous clés Arcs de triomphe on entre dans les castes entre- colonnes qui environnent le Forum. Le Seoaculum semble le prendre sous sa protection. D\in côté, le Forum termine par les élégans promenoirs d'Euniachia^ et de Vautre par la magnifique colonnade de la Basilique, le monument le mieux conservé qu'il existe en ce genre.
Parmi les Temples , un des premiers qu'on y découvrit/ut celui d'is'xs. Tout y respire le mystère. La Déesse est voilée ; elle représente la nature. D'une main elle tient un instrument sacré ^ de Vautre le symbole de la vie future^ ou la clef du Nil. C'est ainsi que les anciens divinisaient leurs intérêts. On remarque ensuite le temple de la Fortune , et celui d'Auguste , oïL le pouvoir recevait son apothéose, et oit la paix au milieu des trophées de Philippes et <i'Actium, ornait de l'olivier désiré le front du premier Empereur du monde. Enfin on arrive au temple de Vénus.
Combien de souvenirs ne réveille pas surtout ce dernier? Des jeunes files demi- nues , couronnées de myrte et de roses , y avaient célébré leurs danses , et y avaient fait Voffrande de leurs soupirs et de leurs cœurs.
Il est bien difficile de résister aux illusions du paganisme en entrant dans ces temples. Ces vestibules , r,es autels couverts encore de la cendre des sacrifices , ces peintures mythologiques ., ces colonnes peintes des plus belles couleurs ^ vous transportent presque dans un autre monde. L'imagination i'ous représente alors ces prêtres avec leurs longues robes , versant de leurs paières r encens sacré; les sacrificateurs ., les victimes ^ la Joule du peuple , le silence intime aux projancs , et les cliœurs des jeunes garçons et des jeunes filles qui entonnent tour-à-tour fbjinne de Vénus Genili ix ci de Quirinus. j4joutcz à cela ^ te murmure de quelque Jonlaine., les nombreuses statues qu'on rencontre à c/iaque pas, et qui ressemblent à un peuple de Dieux qui a. succédé à un peuple de héros ; les monumens de dijférens ('iges et de différentes nations; les ouvrages des Pélasges , des Samniics et des Césars , sur lesquels vingtsept siècles passèrent avec plus de rapidité qu'une nuit d'été ; jusqu'au cours du Sarno qui , honteux déporter un nom autrefois célèbre , coule silencieusement et se cache sous ces ruines; enfin, un je ne sais quoi de tendre et de mélancolique dans l'air , dans les champs, dans le dessin de la mer et des montagnes , et on aura une idée de V intérêt quojf're encore aujourd'hui Pompéi.
Mais ce qui frappe d'avantage le voyageur , c'est la rue des tombeaux situés hors delà ville. Ses pacifiques citoyens, ses fondateurs , les contemporains de Tu\ï\as y reposent tous avec leurs descendans dans une éternelle tranquillité , environnés de leurs fables et de toutes leurs illusions , qui ne peuvent pas mêmeJes abandonner dans leurs demeures. Les cellules de ces tombeaux sont basses et étroites , ainsi que l entrée. C'est
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par là que nous savons quà peine une seule personne , la tête baissée, dans une attitude religieuse , et l'urne pressée contre le sein n'y dei^ait pénétrer que lentement. On y a troui'é des stases à parfums^ et des tresses de ches^eux réduits en poudre: on a reconnu la pierre du festin funèbre , et le lieu oh coulait le sang des victimes pour appaiser les ombres^ et leur rendre Hécate propice. Ici^ personne ne peut se refuser à une certaine tristesse qui vient occuper l'esprit. L'homme donc ne trouve partout que des tombeaux ?
Ici, les plus beaux souvenirs des poètes latins vicn-' nënt frapper notre esprit. C'est Tibulle assis sur un marbre qui couvre les restes d'wie malheureuse enfant, çers la cendre muette de laquelle il se plaint des torts quil a reçus de sa sœur. C'est l'ombre de Cyulhia qui apparaît en songe à Propercc, elle éclate en reproches^ elle pleure ses amours passés , et lui indique l'endroit de son tombeau sur l'Anio. — • Enfin c'est l'amoureuse Cornélie qui, du sein de la mort , adresse à son époux la plus tendre èpîlre } elle lui dépeint au long son amour , sa fidélité , et l'extrême douleur quelle ressent d'être séparée de lui. Les villes des anciens étaient donc un séjour sacré. Elles parlaient à V imagination sous tous les rapports / on ne voyait que statues cVhommcs illustres , temples et sépulcres.
J^odà en peu de mots les sensations qu'éprouve l'étranger au milieu des ruines de Fompèi. Les mœurs douces des anciens ^ leurs arts qui suivaient la nature, cette religion ouvrage de leurs passions , embellie de tout ce que lafantcùsie humaine a pu imaginer de plus ingénieux , brillent encore sur ses débris , et prêtent tout renchanteinent possible aux antiques souvenirs.
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St. Non, Mazoîs, Gell, et Gandy étaient peut-être pénétrés de ces considérations ^ quand ils en prirent les riches perspectii^es.
Le sort de Pompéi est donc tout-a-fait extraordinaire. Dix-huit siècles nont rien pu sur cette ville. Les déplorables éçéncniens qui , pendant si longtemps, ont boulei>ersé l'Italie , lui sont inconnus. On dirent que la verge des Fées Vaitjait d'un coup reparaître sur la terre , et que le Génie de l'Antiquité déployant son vol des sept collines vers le ciel de la Campanie , secoue ses vétemens dans la poussière de cette ville, quil environne ses ruines d'une lueur magique, et qu'il invite encore le voyageur à répandre desjleurs sur ses tombeaux.
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JLiES dccouvcilcs de Pompéi étaient très-limitées avant le 19.* siècle. C'est pourquoi les auteurs qui s'en sont occupés, ne nous ont laissé que des traités très-brels. En voici les principaux , Barthélémy , Hic/iard , TFinc~ kehnann, Caylus, Coc/iin , Réquier , Hainiltoii , Cori , Maffei y La Lande , et particulièrement S. Koii. Enfin l'Académie Royale d'IIerculanum a réuni dans la Dissertation Isagogique , des recherches archéologiques , et des matériaux qui la rendent en quelque sorte le maïuiel de ceux qni s'occupent de l'histoire de Pompéi.