GRANDE RUE DE MERCURE
N." 1. Edifice des Teinturiers , ( Faîlonica. )
Fouillé l'An. 1826.
Une grande place de'coiiverte , longue de 4^ pieds sur la moÏLië de largeur, est fermée sur trois côie's par un portique spacieux flanque de pilastres avec des arches. On y pénètre par deux rues^ et en conséquence par plusieurs entrées, aux côiés desquelles Sont les petites chambres pour les portiers. Au fond de la cour, on trouve 4 bassins élevés et en pente pour l'écoulement des eaux sales ; et au devant , un long banc de pierres, à l'extrémité duquel sont deux autres petits bassins et de petits murs pour y placer les cuves. Ici on blanchissait les étoffes. — Autour des portiques sont les chambres des Teinturiers. Le ])ro]iriétaire de l'édifice logeait dans l'apparlement le plus distingué. On y observe vm Four et ses accessoires, avec un signe de Priape au-dessus , selon la coutume. Près de son entrée , qui était fermée par une petite grille de fer, on, voit un grand vase de terre cuite pour l'eau , endommagé à Tentour et raccommodé par les anciens
i3o avec de Tairain piêlé avec du plomb , et de la même manière que nous le ferions encore aujourd'hui.
Des colonnes, qni devaient former des galeries couvertes à Té âge supérieur, encombrent actuellement la cour.
Des puits, quelques conduits extérieurs, et une fontaine de marbre très-élégante fournissaient aux bassins de l'eau en abondance. A côté de la fontaine on avait peint un Fleuve appuyé sur son urne, et vis-à-vis une jeune fille avec une crache. Sur ce mémo pilastre, ( auj. au Musée, ) on avait représenté, en couleurs très- fraîches, quatre jeunes garçons avec les jambes nues, qui lavent et foulent dans autant de conques pleines d'eau les draps, en y sautant dessus dans tous les sens. Plus haut , on voit un esclave , qui avec un ustensile pour sécher les draps surmonté d'une chouette , est prêt à courir où son travail l'appelle. Un autre est occupé à passer une carde de fer sur un drap suspendu a une perche. — Sur l'autre côté du pilastre , on a représenté une presse ornée de guirlandes , sous laquelle ou mettait les draps mouillés. Puis on y voit une jolie dame, ( peut-être la maîtresse de Pendroit), assise dans un coin de la chambre, et qni semble donner des ordres à une femme et à un esclave, auprès desquels sont des draps qui sèchent étendus horizontalement sur une perche.
Un autel situé parmi deux berpents y wn Bac-
chus et un Apollon sont pcinls 5.ur le pilaslio voisin.
Parmi les parties les plus curieuses de cet édifie e , il ne faut pas oublier la chambre avec des bassins où l'on foulait les draps et où l'on trouva beaucoup de savon , et un petit réduit où l'on '^jlaçait la presse dont nous venons de parler , ou bien les armoires où l'on conservait les draps.
On trouva enfin dans celle foiilerie un emplacement avec des vases pleins de chaux, quelques chaudières et des pelles pour mêler ie savon et le travailler.
L'art de blancliir les laines , vu le prix exorbitant des étoffes de lin et de soie , était fort estimé chez les anciens. La loi du Censeur Fiaminiiis , ( l'an de Rome 554 )> nous indique la manière dont les foulons devaient s'y prendre pour bien exécuter leur travail (69). Voici comme elle s'exprime. — «On lave d'abord les étoffes y) de laine avec la terre de Sardaigne dissonie-^ )) on leur lait ensuite une fumigation de soufre, )) puis on les purge avec la terre de Cimolus de )) bonne couleur: on reconnaît la fausse, en ce )) que le soufre la ronge et la noircit. La vraie » terre de Cimolus ravive les couleurs ternies par )) le soufre. La terre appelles saxwn est plus )) convenable aux étoffes blanches lorsqu'elles ont » été soufrées ; elle est cepend^mt nuisible- aux » étoffes colorées. Dans la Grèce , au lieu de la )) terre de Cimolus on se servait du gips tinjaïqiie )) d'Etolie. »
D'après les observations que nous fîmes sur les différentes parties de cet e'difice, nous conclûmes qu'originairement il devait être une habitation privée , ei qu'iiyant c'prouvé dans la suite différens ch^ingemens , il fut deslinë à l'usage qu^il a présentement. L'enceinte actuelle de la Fullonica n'était qu'un atrium , et ou acheta de la maison suivante le péristyle qui disparut à 1^ nouvelle construction que l'on pratiqua entre ses colonnes. Les portes intérieures furent murées, et cette dernière habitation qui est dite de la Fontaine en mosaïque , et dont nous allons parler , reçut une nouvelle division et une nouvelle forme.
Ce fut dans une petite dépense appartenant à la fojilejne qu'on trouva cinq vases de verre parmi les débris d'une cassette qui les contenait. L'un était plein d'une liqueur qui fut répandue par inadvertance ; un autre conservait uu suc végétal avec de Phuile et de la boulargue pour assaisonner les viandes; et dans le troisième des alives nageaient au^si dans l'huile, et étaient d'une conservation presque incroyable. Quelques-unes de ces olives avaient encore la queue et étaient si fraîches , qu'elles paraissaient avoir été cueillies naguères.
N.° 2. Maison nomrftée de la Fontaine en mosaïque. An. 1827. Elle a une cour à la toscane avec deux petites chambres, à côté de la porte, pour les domestiques. Dans la chambre d'étude on
3 33 admir» de irès-beîles decoralions^ ; de petits Génies qui traient une chèvre , qui combattent et qui se mêlent parmi des animaux féroces , et des cerfs qui tirent tranquillement un petit char. Dans la c|iambre dtj compagnie à côté on a peint des Acteurs , et une scène du Miles de Plante. — On a en face uji jardin. Des colonnes y soutiennent- un portique. Au milieu, il y a une fontaine très- singulière revêtue de marbres de mosaïques et de coquilles , ds la forme d'une niche qui termiruiit par un fronlis[)ice. L'eau descendait par trois degrés dans un bassin de marbre en carré- loug, où l'on pouvait prendre le bain. La moitié d'une petite colonne y faisait aussi jaillir l'eau, ou peut-être le même petit trou quelle avait au centre servait à empêcher qu'elle ne se débordât du bassin. Deux masques de marbre de Paros y recevaient des lampes , et répandaient de leurs yeux et de leur bouche une lumière d'un effet très-curieux
IN/' 3^. Habitation de la petite fontaine en nio~ saïque. An, 18^7. Le 5 Juiu LL. MM. Le Roi et la lieine avec la famille Royale honorèrent de leur présence les excavations de Pouipéi. Le Marquis Arditi , Directeur général des antiquités dti Royaume , avait donné toules les dispositions afin que les fouilles réussissent le mieux que possible. On les entreprit dans la maison immédiatement après celle dont nous venons de parler.
Sa cour avec une eniiée aux deux côtés de
j34 laquelle étaient deux peiiies chambres pour les esclaves , et la chambre de compagnie décorée de fruits et d'oiseaux avaient été déjà déblayées les jours précédens. Les fouilles ayant été reprises sous les yeux de LL. MM. , ou découvrit dans le jardin de cette habitation une autre fontaine en forme de niche , incrustée de coquilles et de mosaïques , au fond de laquelle était un masque scénique d'où jaillissait l'eati.
Au milieu du bassin s'élève une petite colonne sur laquelle était un génie ailé de bronze , qui tenait une oie sous le bras ; un jet d'eau sortait de son bec. On voyait à côté du bassin une jolie petite statue de bronze d'un pécheur qui semblait jeter le hameçon dans l'eau et attendre sa proie. Il avait dans le panier qui était suspendu à son bras , un petit poisson aussi de bronze , (un rouget). — J'y ai fait placer les copies de ces beaux monumens de sculpture grecque, qui auj. sont au Musée.
Au-dessous était renversé un autre morceau mobile de sculpture en marbre représentant également un jeune pêcheur qui dormait. Il tenait d'une main un panier à côté duquel était un vase renversé. Il était enveloppé d'un capot de marinier avec son capuchon. — On trouva en outre les objets suivans:
En or. Deux grands braccîeî.s où étaient enchâssées des pierres vertes , et dix monnaies impériales. En argent. Une petite monnaie.
En bronze. Un miroir ovale avec le nianclis fort Lien conservé. \^n beau candëia!)re dont la base est surmontée d'un trépied et qui termine par un chapiteau ionien, sur lequel est placé un sphinx très-élégant qui soutient la coupe. Deux escabeaux , dont l'un est oblong , et l'autre hexagone , ornés de figures à l'eniour. VJn bassin pour le bain , dans lequel on trouva une éponge, une pierre-ponce, une sLrigile et une casseile ronde aussi de bronze avec son couvercle. •Trois idoles. Cinq monnaies. Deux sonnettes. Un frontal de cheval , semblable à un diadème. Un vase à parfums Une strigile. Trois conques. Un seau, ditîérens vases, des paières, des entonnbirs, et d'autres ustensiles de cuisine ; le tout d'une finesse extrême et presque très-bien conservé.
En plomb. Neuf poids de plusieurs grandeurs.
En albâtre. Un vase conique et deux autres fragmeiis. — Un morUer de marbre.
En verre. Diverses petites carafes. Une plus grande à anse qui était moitié pleine d'eau. Une quantité de différons petits objets d'os , de fer , de lene cuite , etc.
A la hauteur de l5 pieds , c'est-à-dire dans l'étage supérieur de cette maison , on avait trouvé peu de jours auparavant un candélabre de bronze formé par un petit Faune assis sur un rocher, q'.ii de son outre semblait verser le vin dans une coupe qu'il avait en main ; derrière lui un roseau, qui se partageait en deux branches , soutenait les
i56 lampes. On y trouva encore un fourneau cylindrique semblabe à ceux dont nous nous servons pour griller le cafë j une casserole était dans ce fourneau. Enfin on y trouva une grande lanterne et une monnaie.
On aperçoit ensuite le petit appartement privé, qui est composé d'une cour , d'une chambre de compcignie , et d'une salle à manger. Cette dernière est décorée de peintures qui représentent des poissons , des fruits, des poulets etc.
Sur les murs , le long de la rue ^ on lit les complimens d'usage.
HOLCONIVM PRISCVM II Vllt.
rOMARI VNIVERSI CVM HELVIO VESTALE ROG .
Tous les marchands de fruits avec Helvuis. ' P^estalis su-ppUent le juge Holconius Priscus.
Tan lot un magistral y est loué du litre de irès-digne , dignissimus est ^ tantôt d'autres y sont appelés très-vertueux collègues , optimos collegas ■ et lanibijeune hoTnme intègre, on jeunes, gens irréprochables et dignes de la république ^ juvenem integrum , j nvenes probos dignos R P. Et l'on finissait toujours par la même chanson, le tel se recommande à vos faveurs j orat ut faveat. Cet usage singulier des prières publiques était tout- à-fait propre -au système général de société chez les anciens , pour lesquels il n'y avait que clïens ou patrons , esclaves ou seigneurs , protecteurs ou protégés.
i57 On découvrit dans les boutiques de cette lue les restes d' une l)alanee , des ciiaînettes] ])our suspendre des lampes , une sonnette , un compas , un candélabre , une bride , et 89 pièces de fer pour enharnachemcns de cbeyaux.
Une fontaine sur laquelle est sculptée la tête de Mercure se trouve au milieu d'un carrefour que j'ai presque entièrement découvert en 182c). Des figures sont peintes sur le mur de la rue ; on y voit un bœuf accompagné d'un sacrificateur ; des jeunes gens qui portent sur leurs épaules une espèce de brancard où est représentée une scène qui a jusqu^à présent faiigué jijutilement l'érudition des savans. Elle représente le cadavre d'un homme, à qui on a passé , comme il paraît , un clou d une oreille à l'autre. Un homme est à côté de lui et semble observer s'il est encore en vie; il a un autre clou dans la main pour le lui enlbncer de nouveau dans les oreilles, en cas qu'il ne fut pas mort. Deux esclaves scient des planches, probablement pour lui en faire une bière. — Plus loin on aperçoit un Mercure et un serpent ; le sacrifice d'une Minerve ; et dans l'intérieur d'une boutique , les prin ci. aies Divinités grossièrement exécutées sur des peintures qui autrefois y avaient servi de décoration ; puis un laiarlum où sont peints des Ministres sacrés dans un costume très-curieux. En x82() j'ai trouvé dans cette boutique une caisse de bois, et |)rès de là une hache, des vases de terre cuite, et les ossemens d'un cbicii.
Au milieu de la run a. plusieurs palmes de hauteur on de'terra des squelettes et près d'eux on trouva une cbaînetle , deux bagues , et quatre monnaies d'or, 26 d'argent et divers autres objets de bronze et de terre cuite.
On voit ensuite l'entre'e des maisons JN.® 6 , où je fis exécuter une fouille en présence de LL. A. R. Alexandre et Frédéric princes de Wurtemberg , le 4 Wars 1800. Dans une chambre latérale on trouva un mors de bride, un râteau de fer, un vase de bronze, une grande quantité d'amphores de terre cuite et une caisse de bois, où l'on avait conservé des vases de craie dont les anciens ne s'étaient pas encore servis , un oeuf dans un petit pot, un encrier, un cachet dont les lettres formaient deux lignes et où on lisait : A. HERENNivs coMMVKis ; dcux monnaies impériales, de bronze; quelques grains de verre, l'ornement d'une têtière de cheval ;, une lampe de terre cuite , etc.
La cour de cette maison est décorée de belles peintures; on y voit un Apollon avec sept rayons autour de la tête ; il a dans une main un fouet et dans l'autre un globe autour duquel on voit deux lignes rouges qui se croisent , voulant nous indiquer le cours du soleil en été et en hi- ■ver. L'appartement qui vient ensuite et qui fait encore partie de cette maison , présente un vestibule fort joli formé par des colonnes. — I^e grand espace que l'on aperçoit près de là était
destiné à recevoir une nouvelle baLiiaiion , ]N.°7. — Enfin l'on trouve les prothyrtim de deux maisons qui , à en ju;^er à leurs décorations et à leur façade , nous paraissent être très- importantes. — Vis-à-vis et sur le coté gauche de la rue sont les maisons de Méléagre , du Centaure, et de Castor et l^ollux dont je vais donner la description.
IN.^ 14. Maison de Méléagre. An. 182g et 3o. On voit aux deux côtés de son entrée deux tableaux, le premier de Méléagre et d'Atalante , le second de Mercure qui met une bourse dans le sein de la Fortune. On passe ensuite dans un atrium dont les murs, que j'ai découverts au mois de Septembre 182g, sont revêtus de magnifiques peintures. L'un semble indi,|uer la toilette de Paris et d'Hélène ; et l'autre , qui est vis-à-vis, représente Tetis c[ui reçoit de Vulcain les armes d'Achille. Dans un cubiculum à droite on avait peint le s îcrifice d'un Satyre et d'une Bacchante à Pria[)e; un Mercure cpii présente à Apollon la lire qu'il a inventée lui-même ; et le repas d'un jeune homme avec une jeune fille. Les chambres à coucher qui sont sur le côté droit de l'atrium et qui furent découvertes le mois d'Octobre 182g, offrent de gracieuses et petites peintures. Une représente Ganimêde assis sur une pierre , et un petit Cupidon qui conduit vers lui Jupiter^ous la forme d^un aigle ; un Hermaphrodite avec un Safyre : une Nj-mphe qui semble écouter atten-
livemeni un pelit Amour qui lui offre un boîte ; un Hercule avec sa massue , et une biche qui est immobile auprès de lui. Des Amours , des Baccbantes , des Wéreides nues sur des byppocampes; des ornemens d'architecture; et des décorations élégantes et bizarres embellissent partout ces chambres et Jes murs qui l'environnent. Parmi les tableaux il y a un fragmeiît qui représente une vache artificielle conduite sur des poulies, et un jeune homme qui montre à une jeune Princesse qui est as;sise et plongée dans la tristesse , une ouverture sur le dos de cette machine , légèrement couverte d'une draperie. On pourrait reconnaître dans cette curieuse peinture Pasipliaé , et la déplorable histoire de sa passion. — Vis-à-vis , on aperçoit un autre grand tableau , découvert le :J0 Octobre l8i2g; c'est iwe Reine assise sur un trône dans un palais, avec une de ses suivantes qui lui couvre la tête avec un petit parasol parlaitement sur le goût indien ou chinois. Deux femmes , dont Puue ayant le teint noirâtre ou africain , et tenant dans ses mains une grande corne; et l'autre avec la tête couverte des dépouilles d'un éléphant dont les dents, la trompe, et les courtes et larges oreilles sont très-visibles, sont debout devant cette princesse et semblent attendre ses ordres. Entre l'espace que laissent les colonnes du palais, on voit un navire avec les voiles déployées — Il y en a qui reconnaissent dani cetle grande et magnifique pein-
i4i lure l'image des trois parties de l'univers ancien ; et dnns le navire Je commerce qui les rapproche et les réunit toutes.
La chambre d'audience, ou tubllruim ^ est selon la coutume, place'e dans l'afrium, vis-à-vis la porte de la rue. La singularité qU'Clle offre ^ est que ses murs sont ornés de dessins d'architecture , de païsages , et de hns- reliefs en stuc , et au milieu, certaines figures peintes qui semblent sortir d'une porte et s'asseoir sur une espèce de fenêtre , ou de loge.
Au-dessous de ces décorations , on trouva le 5o Octobre deux peintures d'un style et d'une conservation suprenante , et qui peuvent' être les copies de quelque célèbre original, car elles sont répétées sur plusieurs monumens de cette antique ville. L'une représente Mars qui embrasse Vénus, et des Amours qui folâtrent avec ses armes ; l'autre une jeune fille avec deux petites cornes sur le front , assise sur un rocher au bord de la mer, et un héros de l'aspect le plus gracieux qui cause avec elle et attend tristement sa réponse. L'explication de celte peinture a résisté jusqu'à présent à la patience et à la doctrine de
tous les savans.
Dans une armoire pratiquée dans le mur à gauche de cette chambre , on conservait peutêtre les actes et les documens auxquels était destiné le tablinurn. — A droite est un grand Oec//^ qui servait de tricliniuin , avec une petite niche;
et à gauche un corridor, qui conduit à d'antres chambres voûtées et ornc'es de stuc qui ont été en partie déterrées pendant le mois de INovembre 182g. — Un second appartement est situé au-dessus; Ja première chambre à perne blanchie, présente plusieurs trous réguliers et symétriques oii rcn introduisait du bois pour soutenir d'autres armoires ; et au-dessous on voit ^ au niveau du pavé, un de ces enfoncemens semi-circulaires que l'on croit faits pour y introduire l'extrémité supérieure du lit de quelque esclave.
Au milieu de l'atrium est un superbe piédestal couvert de marbres variés, avec un masque de bronze d'où jaillissait une fontaine dans un superbe bassin , ou impluvium de marbre. A côté de la fontaine on voit une table soutenue par quatre pieds ornés de sculpture , de cornes d'abondance, de couronnes avec des demi bustes qui terminent en têtes de chimères ; le tout est de marbre blanc peint en rouge en quelque endroit.
Au mois deDécembre, même année, on découvrit, h gauche de l'atrium, un joli jardin, environné de portiques embellis de décorations fraîches et variées, et soutenus par d'élégantes colonnes. Il y a dans un coin du jardin un grand vase de craie rempli de chaux, qu'on broyait avec des couleurs, pour peindre quelqu'endroit de cette habitation. Un petit autel de bronze avec des méandres et des ornemens d'argent, et avec quatre petites colonnes, servait à brûler les parfums dans ces riants déambulacres.
De larges rideaux garanlissaienl du soleil , du vent et de la pluie , l'intervalle des colonnes. Ou y voit les anneaux pour les attacher sur le pavé, et la cannelure pour y adapter des listes de Lois, afin que le vent ou la pîuie ne pussent y péne'trer.
Les fouilles sont dirige'es celte année (i85o) à découvrir ce péristyle , conjointement à la Hue de Mercure , la plus belle et la [)lus magnifique de Pompéi , et qui conduit du Forum civil en droite ligne aux murailles publiques. On commence déjà à découvrir les tours et les poternes qui donnaient l'issue sur l'ancienne grande route de Noies et dans le faubourg Augustus-Félix.
N.° i5. Maison du Centaure. 182g. Elle a comme à l'ordinaire son atrium toscan environné de plusieurs chambres ornées d'un double ordre de petites corniches de stuc. La chambre à coucher mérite d'être observée plus particulièrement. Elle a une alcôve boisée , et un petit cabinet pour y mettre des vases. — Un coffre fort de bois placé dans la maçonnerie et garnie de clous et de listeau de bronze était près de la chambre , oii les cavités destinées aux armoires font croire qu'on y déposait les objets les plus importans. On trouva non loin de là i3 cuillers d'argent, (6 |>etites et 7 plus grandes), dont le manche termine le plus souvent par un pied de chèvre. — Vis-à-vis V atrium est le tabliuum , et ensuite un petit jardin environné de portiques ornés par de
Jurandes colonnes doriques et surmoniees d\in autre ordre ionique qui y formait des terrasses supérieures avec quelque autre cliambre ornée de petits pilastres corinthiens, dont on put à peine trouver, les débris sur le terrain.
Les autres objets qu'on y a trouvés sont les suivans. En bronze; un buste d'homme; un autre très-gracieux du jeune Tibère , qui servait d'ornement à une caisse du même métal et dont on se servit pour soutien de halance ; un petit Triton et une Sirène à has-rclicf ornement de meuble ; des vases de différentes formes , des conques , un beau trépied , une grande romaine d'un rare travail formé par un petit Mercure qui servait de régtJateur ; de beaux candélabres ; deux petites boîtes , qui contenaient des pillules et de préparations médicales ou chimiques ; un anneau a\ec le mot ave gravé en grandes lettres ; en marbre : deux hermès de Bacchus barhu , dont un est de rouge antique ; une petite statue singulière d^Hercule avec le honnet et le costume phrygien , qui tient un petit chien dans Jcs bras ; de verre : des caraffes j et des vases da terre cuite.
On aperçoit ensuite un gynécée environné d'un péristyle. — Un autre plus petit forme latéralement un petit appartement avec des chambres où Pou trouva des amphores , un moulin et des tuiles qui attestaient les réparations qu'on allait faiie à plusieurs endroils de cette habitation.
La salîo de conipngiMO est vis-a-vis de IViitree I r ncipale de celle maison; deux niches y devaient contenir les images des ancêtres; des danses bachiques d'une grâce surprenante sont peintes sur h^ haut de la salle, et deux lab'ejux d'un me'rite extraordhiaire la décoraient sur les côtes L^un représente Déjanire sur un char , qui se tourne avec grâce vers Alcide à qui elle présente 111 us son aimable enfant, et le CentaTjre Nessus à genoux qui la supplie de passer le fleuve Evène sur son dos. L'autre indiquait Méléagre avec le f.uneux sanglier étendu mort à ses pieds, et Aialante à ses côtes. A quelque distance de là , ses deux oncles maternels le regardent avec des yeux pleins d'envie et de haine. — Il y a au fond de Vexedra un petit jirdin , au milieu duquel s'élevait une élégante table de marbre et une peiite statue d'Apollon avec si lire, et de l'archet duquel jaillissait une fontaine. La salle poulie tricliniuni et pour les danses est vers le jardin . La plus grande et la plus superbe mosaïque qu'on ait jusqu'à présent trouvée à Pompéi en ornait le pavé. Des Amours y tiennent enchaînés avec de?> guirlandes de fleurs unLion qui est au milieud'une foule de Bacchantes. On y distingue un temple, et un simulacre qui verse d'un vase, ( diota }, la Jiqueur saciée , ce qui pourrait faire alhision à une scène du grand drame dionisiaque, où le vin et Tamour doivent triompher de la férocité et de la force. — Celte mosaïque fut dfTonvrrie le (j
lO
Juin 18-29 , en présence de S. M. noire Roi , et de LL. MM. le Roi et la Reine de Sardaigne, el sous ma direciion.
Au-dessous du. jardin on aperçoit un petit appartement souterrain composé de quelques chambres, et qui servait peut-être d'habitation pour les esclaves , ou de cave pour le vin et pour les provisions d'hiver.
N." 16. Maison de Castor et de Pollax. An. \%2à et 1829. Elle offic quatre apparleinens et plusieurs cours. Trois petits jardins de fleurs y répandaient leurs doux parfums et ombrageaient ces atrium délicieux. ■ — En entrant dans l'appartement public on trouve à droite la cuisine avec des im.iges de serpens sacrés , une chambre de dépendance et l'escalier pour les cœnacula supérieurs.— On découvrii dans la première chambre à droite de Vatriiim , les objets suivans. D'argent: un petit cachet. De bronze : des grands vases de différentes formes avec des bas-reliefs et des méandres d^argent , trois patères , deux petits encriers irès-joliuient ornés, une acerra ^ ou vase pour l'encens, trois lampes , dont une a le manche recourbé et bien travaillé , plusieurs bases pour soutenir les vases dont nous venons de parler, avec des oves et des entaillures très-gracieuses; 12 petits sphynx qui servaient de pieds à ces bases ; un pied à mesurer ; un bassin de balai! ce ; un vase, une strigile, 3 nasiternes D'os: une grande aiguille à cheveux qui termine par
3.47 une nir.in. De Ter: une petite liaclie. — La chanilire qui vient après fui découverte sous ma direclion devant S. A. R. ie Prince liéiéditaire de Prusse. On i\'y trouva que des oLJets ordinaires.— On passe ensuite dans l'appariemcnt des hôtes lequel a une porte coclière et une grande place pour y mettre les chars.
On trouve à j^auche de l'appartement public des portiques avec un réservoir et une fontaine au milieu; qui fournissait l'eau à un joli petit jardin de fleurs. On y voit les beaux tableaux de Méléagre partant pour la chasse du sanglier calydon; de Persée qui délivre Andromède du monstre ; de Médée qui médite le massacre de ses deux fils Mermère et Phérètre; d'IIygiée; de deux léles d'un Acteur et d'une Actrice ; d'une Fortune ; d'une Bacchante ; de quelque Muse ; des fils et des filles de JNiobé assaillis des traits vengeurs d'Apollon et de Diane, composition pleine de mouvement et de variété 5 et parmi ces objets tragiques ou sévères , des représentations grotesques, telle que celle d'un pygmée qui fait danser un singe , et des peintures de fruits et d'animaux exécutées avec un goût exquis.
Un grand Oecus destiné aux fêles domestiques et aux repas est au fond de ces portiques.
Le gvnécce, ou la partie de Thabitaiion réservée aux femmes consiste en un péristyle piireillement «eint de portiques entourés de petits appartemens où se déploie un luxe de peinlur(S toutes du pre-
1-48 micr ordre. Castor et Pal'ux, Dieux iiospitaliersj sont dépeints ^ur chaque côié de la port€. Les a^itres principaux snjeis qui s'offrent ensuite sont: Je gi'oupe d'un Saiyre et d' un Hermaphrodite, peinture classique; Apollon ou plutôt Orpliée ; Saturne ; «ne Victoire sur le bouclier de la quelle sont les lettres S. G. ; Achille enfant plongé d.tns le Styx par sa mère Théiis ; Mars et Vénus ; Endymion et Diane ; Echo et Narcisse ; Jupiter hospitalier ; la Fortune ; et Bacchus.
Ij^xedra qui est le membre le plus important de l'habitation est décorée d'admirables peintures représentant des Bacchantes d'une beauté incomparable ; Achille tirant le glaive contre Agamemnon et retenu par Minerve ; Acliille déguisé en femme et reconnu par Ulysse à la cour de Lycomède ; Ulysse mendiant , et recevant les secours du fidèle Eumée. II paraît que le style de ces derniers tableaux est supérieur à tout ce qu'on connaît de la peinture antique.
On passe enfin dans un troisième jardin.
Une petite chapelle ou lararinm se troine en face de V Exedra : il était environné de nouvelles fleurs , de nouveaux portiques , et de nouvelles décorations. On y admire les peintures suivantes ; Phèdre découvrant son amour à Hvppoli'e ; plusieurs scènes théâtrales ; Apollon, et Daphné changée en laurier. — On remarque ensuite la cuisine et ses dépendances avec le retrait.
On trouva dans le gynécée deux coffres foris aiienans au sol dans lequel ils ëlaieiit maçonnés ; ils e'taient ornés de méandres , de feuillages , et de bas- reliefs qui leur servaient de décorations et de renfort. 11 y avait dans le plus ^lanJ 45 monnaies d'or impériales , et 5 d' argent j et dans le plus petit, un bas rcHef qui représentait un cijien couché au fond du coffre-fort , et le buste d'une divinité , peutêtre de la Fortune qui avait le coffre sous sa protection et qui devait être située au milieu du: couvercle en dedans. — Dans la chambre à côté du grand coffre-fort je découvris une belle mosaïque h méandres de différentes couleurs et le squelette d'une femme. — Enfin on trouva dans cette maison une superbe lampe de bronze à trois mèches dont le manche a la Ibrme d'un croissant, et qui a au milieu un buste de Jupiter et aux exlréuiités les télés de Minerve et de J-unon,
Vis-à-vis de la seconde porte de cette habitation je fouillai en présence de S. A. I et R. la gr.inde Duchesse Hélène de Russie, le sque- ]"eite d'une femme qui étant arrivée sur le seuil de la porte , allait sortir sur la rue pour lâcher de se sauver , lorsqu'elle fiu ensevelie pour toujours. Cette femme portait avec elle une peiiie bourse de toile avec les- objets suivans. D'or, -une paire de pendans d'oreilles de la forme d'une balance dont les bassins représentaierxt deux pei-
.i5o les ; cinq anneaux dont quclques-nns avaicnl des picncs ; cinq pierres précieuses avec; d élégantes i^M'avnrcs. D'argent: deux petites monnaies consumées. De bronze : plusieurs jnoiinales. De verre: lin petit flacon qui contenait peut-être de l'eau de senteur.
]\.° 17. Cabaret et Lupanar, — 1827. — Il a un l)anc de maçonnerie qui contient trois vases de plomb, et qui est revêtu de marbres variés et choisis. Les marches pour les mesures des liquides , et le foyer donnent à ce cabaret un caractère peu ordinaire 5 parce qu'il servait en même temps pour les boissons chaudes et pour le vin. La chambre voisine était dédiée à des scènes licencieuses ; les peintures ne l'indiquent que trop. On y voit entç'autres des hommes qui mangent avec des femmes dont la tête est couverte d'un capuchon pour ne pas se faire voir dans un si mauvais lieu (70). Il y en a qui représentent des hommes qui boivent simplement ; d'autres qui boivent et qui jouent. Plusieurs de ces peintures avaient des inscriptions; mais aujourd'hui à peine en peut- on lire une seule qui est au-dessus de la tête d'un soldat qui dit au garçon de l'auberge : DA Miiir FRIGTDVM rvsiLLVM. Donne-iiioi un peu de vin à la glace.' — Par une petite porte qui donnait sur une ruelle, l'on pouvait sortir sans être aperçu des gens qui étaient à l'entrée de l'auberge. — A côié de la cour il y a une autre chambre où on voit peint Ulysse , et
Pénélope qui ne Ta pas encore reconnu. Vis-àvis , est le tableau de Paris avec Hélène ; un jiuorrier et une femme, peut-être Hector, et Androniaque semblent les regarder par une large fenêtre. Paris a son carquois sur les genoux , et son bras repose sur sa tête à-peu -pi es comme il est représenté dans le miroir de bronze publié dans les monumcns inédits de Millingen,
Sur le mur du fond on voit Priam a^sis avec le plus jeune de ses fils ap[)uyé sur ses genoux , et Hector debout à coié de lui qui écoule altmiivement les prédictions de Cassandre. Celte scène se passe dans le temple d'Apollon dont on voit le trépied , les rameaux de laurier , et le simulacre.— Ce sujet est répéié de différente manière, à ce qu'il paraît, dans une des cliambres voisines.
Les vases de terre cuite, de bronze, et sur tous les différentes formes et couleurs de ceux de verre, qu'on trouva en quantité dans ce cabaret nous indiquent le double ciiiploi auquel il éiait destiné ; et les peintures licencieuses qu'on y a trouvées nous apprennent que les anciens employaient ces verres à boire dans des étianges occasions.
On doit enfin remarquer que la dernière chambre dont j'ai décrit les peintures homériques, et généralement toute la maison dont les décorcfijons et les accessoires annoncent du goût , de la nchesse et un rang distingué, devait appartenir
à fjiieKjiic propriclalre qui la veiidil à celui qui en lit un si mauvais usage.
L'image de Mercure qui montre une bourse à la Fortune est peint sur Je mur d'une autre auberge , qui formait une de'pendance d'un autre maison contiguè. — Il est singulier que ces peintures qui sont répétées mille fois dans cette lue et dans ses maisons , ne se trouvaient autrefois que dans les seuls cabarets.
On découvrit à l'entrée de l'auberge dont noi s venons de parler quatre squelettes qui avaient quatre bracelets , quatre anneaux, une monnaie de Vespasien d''or ; 65 d'argent ; et 28 de bronze.
On voit ensuite la maison dite de Pomponius Ts,° 18, dont on n^'^ découvert que V atrium toscan ; et plus loin celle de V Ancre, N.° 19, ainsi appelée de la mosaïque qui est sur le seuil. On lit, sur le mur qui sépare ces deux maisons, des paroles en langue Osque parmi des inscriptions latines. J'y ai lu distinctement en cette langue le nom de Mélisse , acclamation semblable aux antécédentes.
Dans la maison de Pomponius et dans les deux cubiculum latéraux à l'entrée de la maison de V Ancre y on voit des peintures et des ornemens en stuc tout-à-fait surprenans. On y admire le tableau de Neptune qui va embrasser la nymphe Amymone dans un antre sur le bord de la mer* et la peinture d'une JNympbe avec un tympanon , une espèce de fouet , et un autre symbole bachique nouveau et fort impovtaal ;
un jeune homme qui est peul-éirc un ministre sacré lui fait voir une image renfermée dans une espèce de boîie ou de petite caisse ouverte.
On trouva près d'une chambre sans portes et qui devait servir de comptoir, un coffre fort de bois dont le fond était maçonné dans le pavé de la cour.
La Rue de Mercure devait être destinée aux principaux négocians de la ville , vu les circonstances que nous venons de décrire; car ces coffres forts et les belles décorations qui sont communes à toutes ces habitations nous prouvent qu'elles appartenaient à des personnes riches.
Au fond de la maison dont je viens de parler, j'ai découvert en Février i83o Centrée d'un des plus intéressans et des plus vastes souterrains de Fompéi. On peut espérer d'y trouver dans peu quelque dépôt d'objets précieux et intéressans, et les squelettes des malheureux qui s'y seront réfugiés , ainsi que cela a eu lieu dans presque tous les souterrains déterrés jusqu'à présent. Ces espérances acquièrent un degré de certitude lorsqu'on considère que ce souterrain a été muré en dehors par les propriétaires pour le préserver des matières volcaniques ou des voleurs. Ce mur fut fait h la hâte, car il était construit simplement , et sans chaux. Je n'y ai encore trouvé qu'une bêche, et un vase de bronze^
Il faut observer une fois pour tout que les peintures que nous avons décrites ei qu'on ne
i54 voit plus à Pompe'i , ainsi que tous les objets antiques (jue nous avons indiqués ont été transportés au Musée Bourbon, oi\ ils cxisicni.
Rue de la Fortune.
!N." 1. Blaison des Bacchantes. An. 1826 et suiv. — Elle a un atrium dont les murs sont embellis de décorations d'architecture et de païsages d'un style admirable; on y '^'oit un joli Bacchus assis , et couronné de lierre , tenant une coupe dans une main; une Pantbère est à ses pieds; un Guerrier prêt à partir pour la guerre ; il s'arrête un instant , en éprouvant avec le doigt la pointe de sa lance ; un Génie qui porte sur ses épaules une Abondance -, une Junon , dont on ne voit plus que les pieds du paon ; un Jupiter assis ; un j.roupe qui pourrait indiquer le Génie de la Musique , soutenant celui de la Poésie ; enfin une Cérès qui tient dans la main droite des' épis et des pavots , et dans la gauche un flambeau relevé : une élégante corbeille remplie d'é|)is est auprès d'elle.
Dans une petite cbaujbre , à droite , fouillée devant la Comtesse Borgia , veuve de l'illustre Auteur du l'^^oj'age à 2'unis , on trouva une grande quantité de cercles de fer pour des rôties et beaucoup de bois réduit en poudre.
Une petite colonne creuse qui soutient une table de marbre africain, et qui est revêtue de n)osaïques qui représentent un Fleuve ^ des mas-
qiies et des Griffons , est près de la chambie d'ëludc qui pouvait uiême servir daus cette maison de salle à manger, comme un tableau de poissons le prouve.
L'appartement privé est vasle. Un grand la- Ideau y représentait Zéphyr qui descendait sur Ja terre avec des fleurs dans ses mains , pour réveiller la Nature opprimée par les rigueurs de l'hiver. Elle est peinte sous les iraiis de Chloris ou d'une belle jeune fille endormie. Le Dieu ailé qui Jui soutient la tête est le Sommeil j (71). Des savans le croient aussi Hyménée , ou bien Sacchiis , le [)ère de la fructification , qui montre du doigt ses dons dans une corbeille sacrée. — Vénus et des Amours semblent être les protecteurs de ces noces mystérieuses.
A quelque distance de cette peinture, ( au]: au Musée, ) on a reprcsenié des Bacchantes avec un lympanon et des thyrses ,
amiflie danze iiitrecciaiio
Molle china nli Je Icggiadre lonne.
Elles soin d\ine beauté et d'un fini qu'on ne saurait exprimer.
Au milieu de l'appartement . était un jardin qu'environnait un 'd^YSt.nàtiicliniuî7iàe maçonnerie pour les soupers d'été.
Les moeurs , et les beaux jours de Pompéi semblent présens dans ce lieu. — 11 paraît que le souper n'était qu'un repos chez les Romains.
Il n'y avait pas de pays dans le monde qui ne leur fournît quelque mers ; aussi rien ne leur rajipelait plus leur doniinaiion qu'un bon repas, il commençait vers le soir , aj)rès le Lain. On allumait la larnpo coiivivale , la seule confidente des choses que l'on ne devait pas révéler dehors, et qui, quand elle pétillait trois lois , annonçait la venue de l'amie lointaine. On servait les mets les plus exquis, et on invitait son hôie à Loire autant de fois que son nom contenait de lettres. Nevia buvait cinq fois , Stratilla neuf fois. — Des esclaves helléniens répétaient .1 ces maîtres du monde. Bols , o Romain , à quoi bon Lant de larmes ? Quels tourmens souffres-tu donc? Tu nés pas le seul que la cruelle Déesse de Cypre a pris dans ses lacs y et ce li est pas seulement contre ton sein que Cupidon a dirigé ses flèches. Pourquoi vivant chercher la mort ? Bois plutôt cette liqueur vermeille : l'aurore est éloignée d' un doigt de Varient. Crois- tu peut-être revoir la lampe qui invite au sommeil? Réveille- lui , et bois gaiement. Car il ne te reste pas trop de temps? Malheureux , il faudra que tu, dormes une nuit éternelle ! (72).
Lorsque le repas était à sa ïïb. , on apportait une grande coupe appelée la coupe de f amitié qu'on faisait de nouveau passer aux convives. Le maître y effeuillait des roses, l'ajiprochait de ses lèvres ^ et Ja préseniail à la ronde j on buvait
1.57 enfui la dernière tasse à riionneur de Mercure, auteur du sommeil.
Souvent les danses succédaient h ces festins. On introduisait des jeunes filles qui savaient chanter et pincer Ja lire , et qui étaient d'une beauté surprenante. Rien n^était comparable à l'agililé, à la légèreté, et aux grâces de ces Danseuses auxquelles ont donnait le nom chéri ô^ Etérides o\\ à^ autres soi-même. Elles séjournaient sans doute à Ponipéi , et peut-être même qu elles y avaient acquis de la célébrité , car elles durent plus d'une fois avec celles d'IIerculanum et de Capoue exécuter devant les Lucullus , les Augustes et les Pollions des danses magiques sur ces rivages , et renouveler la fable des Sirènes.
Gepend int les convives entonnaient des chansons bachiques , et les rues solitaires , et les édifices contigus résonnaient de leurs orgies. Enfin on leur distribuait des couronnes d'apium toujours verd, et des lys si faciles à se flétrir, images de leur amour et de leur espérance ; et les fêtes commencées au soleil couchant, ne finissaient qu'à son lever.
Les excavations que j'ai fait entreprendre dans la Rue, qui du temple de la Fortune doit conduire à la porte d'Isis , en traversant le centre de la ville , nous a offert , à droite la fa-^ade d'une magnifique h;d)iialion, N.*' 2, ornée de,pilasires et de corniches corintliiens. La voûte de l'eniréc était peinte à caissons bien travaillés et
i58 d'un motif jusqu'à présent inconnu dans Pornpéî. La porte cochère de celte maison avait laisse' l'empreinte de sa forme et de ses ornemens si proibndément marque'e dans la cendre volcanique , que j'ai pu en prendre le dessin. Elle s'ouvrait et se fermait comme presque toutes les portes de Pompe'i en quatre pièces ou quatre feuilles , dont chacune ciait retenue avec des anneaux de fer, et orne'e tout autour de larges têtes de clous.
Petit Temple de la Fortune.
An. 1827.
On monte par un bel escalier fermé par une balustrade de fer dans un vesiibule décoré de 4 colonnes , dont on trouva des chapiteaux de marbre, d'ordre corinthien, d'un travail exquis. La Cella était couverte et carrée ; elle était revêtue des marbres les plus fins ; au fond, est l'iiulel: une niche ornée d'un beau frontispice devait contenir le simulacre de la Fortune.
A côté du sanctuaire on trouva deux belles sialues renversées, La première était d'une femme à laquelle il manquait la face ; elle avait le bord de la tunique doré, et celui de la 5to/« de pourpre. L'autre; que l'on croit de Cicéron , était vêtue de
la prétexte pciiile en violet; flic conservait des traces Je peinture sur les prunelles et sur les clieveux. L'inscription suivante élait gravée sur Farcliitrave de lu Cella.
M. TULLIVS. M F D. V. I. D TER. QVINQ. AVGVR.
TR. MIL. A POP. AEDEM FOIITVNAE AVG. SOLO
ET PEC. SVA.
Marc US Tallius fils de Marc as , dauinvir de
justice^ pour la troisième fois Censeur , Augure
et Tribun des soldais élu par le peuple , éleva
srir ses fondemens et à ses fraix le temple
de la Fortune.
On voit au milieu des degrés du Temple un autel pour les offrandes publifjues. — Dans la Cella on trouva le fragment.... Augusto Caesari Parenti patriae.
A droite du temple sont les chambres de quelques-uns des premiers Ministres de la Fortune: leurs noms sont gravés sur un marbre trouvé dans le temple. Une petite cuisine forme la partie princij^ale de ce domicile. On y trouva un vase, deux couvercles et cVauires ustensiles de bronze, \u\ mortier à sauce avec son pilon , et un lii-ri/iès de Bacchus barbu qui soutenait une table ronde.
Sur une pierre enfoncée dans le terrain on lit:
M. TV^LLI M. F. AKEA PRIVATA.
Aire priv^f cln Marcus TiilUus^fils (h' MarcuS'
Rue du Forum.
Boutiques où Von vendait des vases de terra cuite et de verre>
Une rue, qui est la plus spacieuse de Porupëi , conduit du temple de la Fortune au Forum. Deux arcs de triomphe en terminent l'extrëmilc. Le premier était surmonté d'une statue à cheval de bronze dont on recueillit de grands fragmens ; 1' autre est orné de marbres et de colonnes délicatement travaillées ; tous les deux avaient des jets-d'eau et des fontaines.
Doux rangs de boutiques et un portique embellissent cette belle rue des deux côtés. On découvrit dans les premières :
2>'or. Une paire de pendans d'oreilles très-bien conservés, d'une figure semblable à un quartier de pomme , et deux petits gallons intacts de la longueur d'un pied.
D'argent, Beaucoup de monnaies. Une petite Fortune vêtue d'une longue tu nique, <«/arf.s, et d'au manteau retroussé sur les côtés, elle a sur la tête \M\ diadème orné d'tin croissant ei de la fleur du
i6i lotus, îos clicvrux floUans sur les épaules j un gouvernail dans la main droite, et dans la gaaelle , la corne (C abondance ; un bracelet en forme de serpe :!t lui ccini le bras. Une pcliie statue de femme couronnée et assise ; un austorium ou cuiller ronde avec le manche vertical à la coupe ; une clochette ovale , peut-être ornement d'un meuble.
De bronze. ]55 monnaies, (dans une seule bouiique ). Une petite statue de femme, et deux de Mercure \ ( c'éiait le Dieu des marchands ; nous ne savons pos pourquoi il fut ensuite appelé le Dieu des voleurs y Une statue le représente assis sur un rocher, avec les ailes aux pieds et à la tête, ayant à sa droite une tortue, et à sa gauche un rocher et un lézard , faisant allusion à ce qu'il est Tinventcur de la lyre , le protecteur des troupeaux , et le })lus rusé et le plus secret de tous h s Dieux Sept lampes avec trois de leurs petits trépieds ; cent vin^a autres objets les uns entiers, les autres en fragmens; des vases, des bassins , des patcrcs , des anneaux et des ustensiles de toute espèce.
Zy ivoire. Li petite sculpture d'un enfant.
De verre. Un nombre prodigieux de verres à ])oire, de cu-nfes, des petites assiettes et des tasses parmi lesquelles il y en avait de très-précieuses de couleur bleue conservées dans de la paille.
De terre cuite. Une immense quantité de lampes, de pots avec leurs couvercles, et découpes,
quelques petites statues et des lire-lires dans viiie desquelles étaient i5 monnaies de Titus et de Domitien alors Cësar.
Un petit perroquejt de madré- perle ; un scarabée de cristal ; un morceau de corail rouge; une paire de grands ci/!eaux de fer; et une quantité d'objets de marbre , d'albâtre et de plomb , entr'autres beaucoup de poids.
Dans i'Iiabilaiion cTun de ces marchands on trouva en 1824 , en présence de S. M. la Duchesse da Parme.
jyor. Un joli anneau et une raoniaie d'Othon.
De bronze. Une petite statue ^ Hercule ^ une de Mercure , une troisième assise , et une autre avec une cuirasse d'argent et avec la clamyde et la chaussure ( caligae ^ ) qui pourrait être celle de Callgufa enfant; une lampe très-bizarre formée d'une figure grossière de vieillard qui soutient un Priape ; une autre de craie en forme de navette à 14 lumières; une cuiller d'ivoire et beaucoup d'autres ustensiles de toute espèce.
Le squelette d'une personne qui se sauvait par la fenêtre de sa maison lorsque les mes se trouvaient déjà encombrées de plusieurs pieds de matières volcaniques fut découvert non loin de deux autres compagnons de son infortune près du temple de la Fortune dont ils avaient en vain imploré le secours. Le premier portait sur lui un rouleau de 5o monnaies d'argent, une casserole et un petit plat du même métal.
iG5 Deux aiilres , ( ceux de deux jeunes amans on de deux c'poux), étaient à l'entrée d'une boutique. Un éternel embrassemeut fut leur dernier mouvement.
jN.° 1. Maison de Bacchns, 1826. Elle est composée d'un petit atrium découvert dans lequel on avait peint un Bacchus assis dans un vaste jardin. Un petit mur , sur lequel on semait des herbes odoriférantes et des fleurs, le parcourt dans toute sa longueur. Dans la chambre à manger, on remarque les tableaux d'une Baccbante qui donne à boire à un enfant, et de la Charité grecque. Le pavé était composé de différens marbres précieux: c'était le plus beau dePorapéi. Il avait cependant sur trois côtés des bandes de mortier simplement battu ; elles étaient couvertes de meubles élégans semblables aux div^rns modernes , qui riches en tapis et en o*reillers servaient de liis en été, ou pour s^y asseoir en respirant le fra-s auprès du jardin , et en conversant agréablement avec sa famille ou avec ses amis. — On voit ensuite la cuisine et les aisances. — Jusqu'à présent on n'a pas continué les fouilles de cette petite maison. En entrant dans le Forum à droite , on passe près de l'habiiaiion d'un marchand de /«//, et de boissons chaudes, où Ton découvre de grands vases placés dans le banc de maçonnerie, un fourneau, et l'enseigne de la chèvre sur la porte. — A côté est V École où s'exerçaient les Gladiateurs ^ dont on trouva une épcc sur le ter-
rain. Un tableau grossier , niais curieux , est peint sur le mur extérieur. On y voit deux gladiateurs, dont les noms y sont écrits, combattant avec fureur , et un maître ( lanista ) qui accourt pour pre'senter au vainqueur la baguette [radis ) pour prix de la victoire. Au pied du tableau on Ut ,
^hiat T^enere PoTnpeiiana iradam qui hoc laeseril.
Ecriture sans ortbograplie , qui indique que le langage populaire qu'on parlait alors a servi d'origine à la langue italienne , et par conse'quent à l'espagnole, à la romance provençale, à la romance vallonné , et à leurs nombreux dialectes.
Forum civil.
Monumens des Collèges.
C'est l'endroit le plus noble et le plus magnifique de Pompéi. On en fit l'excavation depuis i8i3 jusqu'à 1822. On y traitait les affaires les plus importantes, tant du commerce que du droit public et du droit particulier. — Les collèges ou corporations religieuses et profanes y avaient des établissemens somptueux.
î65 Les fêtes publiques, les soïenniie's sacrées les plus bruyantes, les processions des Canéphores et les jeux des Gladiateurs se faisaient aussi dans ce Forum. Ses nmonumens correspondent si exactement à la description que nous a laissée Vitruve ^ ( Liv . 5 , ch. 1 et 2. ) que nous sommes portés à croire que les architectes Pompéiens l'avaient consultée.
Des portiques formés par des colonnes doriques de iraveilin renfermaient, sur trois côtés, une place longue de 344 pieds, et lar^^e de 107 environ. Un grand nombre de piédestals avec des inscriptions, disposées devant les entre-colonnes , présentaient k l'adiniration publique les statues de Kufas , de Sallustlusj de Pansa, de Scaurus, de Gellianus, de tous \qs illustres Pompéiens et des personnages les plus distingués de la Colonie.
De larges pièces de travertin en embellissent le pavé.
Je ne puis m'empécher de faire les observations suivantes qui sont très-importantes. Après les ravalées du tremblement de terre de l'an 63, on reconstruisait le Forum avec plus de magnificence. Les colonnes des portiques qui n'étaient d'abord que de simple pierre volcanique avaient été remplacées par de plus élégantes de travertin. Le pavé qui est couvert de larges pièces du niêine marbre , et seulement en quelques endroits , allait être entièrement fini. Les statues de ces portiques , des temples et des monurmenis
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qui l'environnent de tous côlés devaient se trouver dans l'ateJier de quelque sculpteur pour être restaurées, car on n'en trouva que les fragniens de quelque statue qu'on avait laissés pour le moment à sa place. Le temple de Ve'nus était déjà rebâti. La Basilique et les Curies étaient presque au terme de leur reconstruction. Le Clialcidique était achevé , mais son vestibule attendait encore la dernière main, il n'y manquait que les colonnes et les marbres qui devaient couvrir ses murs. Le temple dit de Quiriuus était encore dépouillé de ses stucs et de ses autres ornemens. Enfin les colonnes de tout le côié droit du Forum , et du péristyle dans le temple d'Auguste n'étaient pas, à leur place. On les travaillait au milieu du Forum, avec les bases, les chapiteaux, les corniches , et avec tons les ornemens d'architecture qui devaient appartenir aux autres monumens. Ces nombreuses pièces de marbre ont été transportées au Musée Bourbon par ordre du Roi , pour servir de modèle aux jeunes artistes de noire Institut royal. — Au milieu de ce grand désordre occasionné par les ruines antiques et modernes , j'ai cru devoir mettre tous mes soins h rendre au Forum son ancienne splendeur. J'ai fait faire partout d'importantes restaurations. L^mcien pavé est déjà entièrement réparé et applani. Les masses informes et inutiles qui encombraient les édifices, ont été transportées ailleurs; les tronçons des colonnes , les corniches et les
architraves qui étaient jeiés çh-et-là sur le sol , ont été remis à leur ancienne place , lorsqu'on pouvait la reconnaître ; et jusqu'aux débris de la grande et belle inscription d'Eumacliia qui étaient dispersés et inconnus ^ ont été , pour ainsi dire, découverts une seconde fois, et replacés devant le vestibule du magnifique monument auquel ils appartiennent. Les parties principales de la Basilique seront restaurées celle année. Le Forum commence aussi à prendre une forme régulière et superbe, et dans peu l'eniier sislème de ses réparations sera tout-à-faii terminé.
Trésor public appelé le Temple de Jupiter. 1817. — Des gradins magnifiques , sur chaque côté desquels on voyait des statues colossales et surprenantes , et au milieu l'emplacement pour un autel : un vestibule avec six colonnes d'ordre corinthien chacune haute de 5o pieds ; une Cella couverte^ avec deux ailes , don» chacune est formée par 8 colonnes d'ordre ionique; dans le fond, trois petites chambres avec des grilles de fer , pour y placer le trésor public et les actes du gouvernement, et qui servaient de soubassement à des simulacres , ( dont on trouva quelques précieux fragmens , entr'aures une tête de Jupiter en marbre ) : voilà une id^'e de ce monument , qui^ situé dans le plus bel endroit delà ville , devait y produire l'effet le plus majestueux, -r- On sait que le trésor public se conservait dans les temples. — Yitruve le. place aussi dans le Forum.
Le temple de la Fortune, que nous avons vu, est presque sur le même dessin que celui de Jupiter.
Les squelettes de deux soldats qui ne voulurent pas abandonner le poste , où peut-être ils étaient de ijarde, furent trouves dans cet endroit; un d'eux avait été écrasé par la chute iniprévue d'une colonne. On ne trouva près d'eux qu'une seule monnaie de bronze avec une visière.
On peut voir ensuite les Prisons , que l'on commence à déterrer et dont les portes trèsétroites étaient munies de bavreaux de fer. On y a découvert des chambres sans ouverture pour le jour , bien défendues et voûtées. On y trouva les os de quelques prisonniers.
On observe ensuite l'enceinte où l'on vendait les toileries et les draps , à en juger à la quantité infinie de trous qui soutenaient le armoires où l'on gardait ces marchandises.
Une peinture découverte à Pompéi fait peut-être allusion à ce Forum et à ce magasin ; c'est un homme debout , tenant une pièce d'étoffe qu'il offre à une femme assise. Celle-ci désire l'acheter , mais elle fait observer au marchand un défaut qui se trouve au milieu de la pièce; et le marchvind tâclie de la dissuader par des raisons qu'il accompagne de gestes très- animés.
Les deux jeunes filles assises , la servante qui est derrière elles , le groupe de deux autres fcmoics qui parleni. avec im homme; enfin les ri-
1^9 deaux qu'on découvre au fond du tableau peuvent indiquer le lieu dont nous parlons (no).
On arrive à l'endroiL où étaient >situés les modèles des jnesures pabliques de capacité (74) , et on entre dans le
Temple de Fénus, 1817. — C'est un des plus considérables de celte ville j il était destine pour iQ'CoHége des Kéiiéiêt ^ dont on fuit mention sur le marbre qu'on y découvrit.
M. PIO'CONtVS RVFVS D. V. I. D. TER.