L'AMPHITHÉÂTRE
bois, attend la curée; des chiens se lancent, « et les abois féroces roulent de vallons en vallons.» Ce n'est pas tout, regardez ce groupe de vainqueurs : un vrai matador a plongé sa lance dans la poitrine d'un taureau, d'un coup si violent, que le fer sort par le dos de l'animal ; un autre vient d'abattre et d'embrocher un ours; un chien saute au cou d'un sanglier fuyard et le mord, et dans cette ménagerie féroce, peuplée de panthères et de lions courent piteusement deux lapins qui devaient amuser la foule. Les Romains aimaient ces contrastes qui fournirent à Galien l'occasion de se montrer plaisamment généreux. «Un lapidaire, dit M. Magnin, avait vendu à sa femme des pierreries qu'on reconnut pour fausses ; l'empereur fit arrêter ce marchand malhonnête et le condamna aux lions, mais il ne fit lâcher contre lui qu'un chapon. Et comme chacun s'étonnait et cherchait le sens de cette énigme, il lit dire par le curion (héraut) : « Cet homme a voulu tromper, il est attrapé à son tour. »
J'ai décrit les chasses de Pompéi, c'était peu de chose en comparaison de celles de Rome. On sait que Titus, qui acheva le Colysée, y fit tuer en un seul jour cinq mille bêtes devant quatre-
vingt mille spectateurs. Confessons pourtant qu'avec cette exhibition de tigres, de panthères, de lions et de sangliers les chasses de province étaient encore assez dramatiques.
J'arrive aux duels de gladiateurs. On commence par les préliminaires du combat. Un ordonnateur, son long bâton à la main, trace le cercle où doivent s'enfermer les adversaires. L'un de ceux-ci, à moitié armé, souffle dans sa trompette; deux garçons derrière lui tiennent son casque et son bouclier. L'autre n'a encore à la main que le bouclier; deux esclaves lui apportent le casque et l'épée. La trompette a sonné, l'ordonnateur et les esclaves ont disparu ; les gladiateurs sont aux prises. L'un d'eux a du malheur, la pointe de son épée s'est courbée, il vient de jeter son bouclier; le sang coule de son bras qu'il tend au jjeuple en levant le pouce de la main : c'est le signe (jue font les vaincus en demandant grdcc. Mais la grAce n'est point accordée par le peuple qui, en signe de refus, a retourné les pouces de ses vingt mille mains droites. L'honnnedoit mourir; le vainciueurmarche sur lui pour l'égorger.
Voulez-vous un combat équestre ? Deux cavaliers courent l'un sur l'autre ; ils portent le cas- (jue à visière, la lance et le bouclier rond {parma),
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mais ils sont armés à la légère ; un seul de leurs l)ras, celui qui tient la lance, est couvert de bandes ou de brassards en métal. On sait leurs noms et le nombre des victoires qu'ils ont déjà remportées (quinze le premier, Bébrix, un barbare; onze le second, Nobilior, un Romain).' Le combat est encore indécis; Nobilior porte un coup de lance vigoureusement paré par Bébrix.
Préférez-vous un duel plus singulier entre un sécutor et un rétiaire? Le rétiaire ne porte ni casque, ni cuirasse, mais dans la main gauche un javelot à trois pointes appelé trident, et dans la droite, un filet qu'il cherche à jeter sur la tète de son adversaire. S'il le manque , il est perdu ; le sécutor le poursuit alors, l'épée à la main et le tue. Mais dans le duel auquel nous assistons, le sécutor vaincu est tombé sur un genou : le rétiaire Nepimus, déjà cinq fois vainqueur, l'a saisi par la ceinture et lui a mis un pied sur la jambe, mais le trident ne suffisant pas pour l'achever, survient un second sécutor, Hippolytus qui , lui aussi, remporta déjà cinq victoires. Hippolytus appuie une main sur le casque du vaincu qui lui embrasse en vain les genoux, de l'autre main il lui coupe la gorge.
La mort, toujours la mort! Dans les peintures, dans les bas-reliefs que je décris, dans les scènes qu'ils reproduisent, dans l'arène où ces combats durent se livrer, je ne vois que des malheureux qu'on assassine. L'un, tenant son bouclier derrière lui, ne songe qu'à tomber avec grâce, l'autre, agenouillé , serre d'une main sa blessure et tend l'autre au peuple; ceux-ci paraissent suppliants , d'autres stoiques , mais tous vont rouler dans l'arène, condamnés par l'inexorable caprice d'un peuple affamé de sang. « La vierge modeste, dit Juvénal, retournant son pouce, ordonne qu'on ouvre la poitrine h cet homme couché dans la poussière. » Et tous, le Samnite, pesamment armé, le Gaulois, le Tlirace, le sécutor, le dimachère armé de deux épées, le mirmillon coiffé d'un casque surmonté d'un poisson (celui que le réliaire poursuivait avec son lilot, en lui chantant cette ritournelle : « Ce n'est pas à toi que j'en veux, mais iï ton poisson, pounpioi me fuislu?) — tous devaient tomber loi ou tard, fût-ce après la centième; victoire, dans celle arène où un emi)loyé du théAlre, habillé en Mercure, venait les tâter avec un fer chaud, pour s'assurer (ju'ils étaient bien morls. Remuaienl-iis encore, on les achevait; reslaicnl-ils glacés, immobiles, un
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esclave les harponnait avec un croc et les traînait dans cette boue, faite de sable et de sang, jusqu'à l'étroit couloir, la porta libitinensis, la porte funèbre, d'où on les jetait dans le spoliaire, pour sauver au moins leurs armes et leurs vêtements ! — Tels étaient les jeux de l'amphithéâtre.
Le déluge de cendres. — Le déluge de feu. — La fuite des Pompéiens. — Les préoccupations des Pompéiennes. — Les victimes : la famille de Diomède, la sentinelle, la femme murée dans un tombeau, le prêtre d'Isis, les amants enlacés, etc. — Les squelettes. — Les cadavres moulés par le Vésuve.
Ce fut pendant une de ces fêtes, le 23 novembre 79, qu'éclata la terrible éruption qui engloutit la ville. Le témoignage des anciens, les ruines de Pompéi, les couches superposées de cendres et de pierres ponces qui l'ont couverte, les squelettes surpris dans l'attitude de l'agonie ou de la mort, tout cela nous raconte la catastrophe; l'imagination n'y peut rien ajouter, le tableau est là, sous nos yeux, nous y assistons, nous en sommes. Assis à l'amphithéâtre , nous fuyons nous-mêmes aux premières commotions, aux premiers éclairs qui annoncent l'incendie et l'écroulement. Le sol s'est ébranlé plusieurs fois, et quelque chose comme une trombe de pous-
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sière, toujours plus épaisse, a roulé dans le ciel. Depuis quelques jours, on entendait parler de géants qui, tantôt dans la montagne, tantôt dans la plaine, passaient dans l'air; ils ressuscitent maintenant et se dressent de toute leur hauteur dans les tourbillons de fumée, où l'on entend un bruit étrange, un formidable mugissement, puis des coups de tonnerre éclatant l'un sur l'autre et la nuit est venue, une nuit d'horreur : de larges flammes embrasent les ténèbres. On crie dans les rues : « C'est le Vésuve qui a pris feu ! » — Aussitôt les Pompéiens effarés, éperdus , quittent l'amphithéâtre , heureux de trouver devant eux tant d'issues pour en sortir pêle-mêle sans s'écraser, et quelques pas plus loin, les portes de la ville et la campagne ouverte. Cependant, après la première explosion, après le déluge de cendres, tombe le déluge de feu, des pierres ardentes et légères poussées par le vent — on dirait une neige enflammée — descendant lentement, fatalement, sans répit ni relâche, avec une implacable continuité; cette flamme solide encombre les rues, s'amoncelle sur les toits , et s'affaisse dans les maisons avec les tuiles qui se brisent et les poutres qui flambent; l'incendie croule ainsi d'étage en étage sur
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le pavé des cours où s'accumulent , comme la terre comblant une fosse ouverte, ces flocons rouges ou brûlants, qui, lentement, fatalement, descendent toujours.
Les habitants se sauvent dans tous les sens ; les hardis, les jeunes, ceux qui ne tiennent qu'à leur vie , parviennent à s'échapper. L'amphithéâtre s'est dépeuplé dans un clin d'œil, il n'y reste que les gladiateurs morts. Mais malheur à ceux qui se mettent à l'abri dans les boutiques, sous les arcades du théâtre ou dans les souterrains, la cendre les enveloppe et les étouffe! Malheur surtout à ceux que retient l'avarice ou la cupidité, à la femme de Proculus, à la favorite de Salluste, aux filles de la maison du Poëte qui se sont attardées pour recueillir leurs bijoux : elles tombent asphyxiées parmi ces ornements qui, dispersés autour d'elles, raconteront au monde à venir la vanité de leurs inquiétudes suprêmes. Une femme, dans l'atrium attenant à la maison de Faune, courait au hasard chargée de joyaux; ne pouvant plus respirer, elle s'était réfugiée dans le tablinum : elle tâcha, mais en vain, de retenir avec ses bras le plafond croulant sur elle. Elle périt broyée; on n'a pas retrouvé sa tête.
Dans la rue des Tombeaux, une foule épaisse dut se heurter : les uns venant de la campagne pour se réfugier dans la ville, les autres fuyant les maisons incendiées pour chercher leur salut sous le ciel ouvert. Un des premiers tomba en avant les pieds tournés vers la porte d'Herculanum; un autre sur le dos, les bras levés : il portait à la main cent vingt-sept monnaies d'argent et soixante-neuf pièces d'or. Un autre, également sur le dos, — fait étrange! ils moururent tous en regardant le Vésuve. Une femme, tenant un enfant dans ses bras, s'était abritée dans une tombe que l'éruption mura sur elle ; un soldat, fidèle au devoir, était resté debout à son poste devant la porte d'Herculanum, une main sur sa bouche, l'autre sur sa lance : il périt ainsi bravement. La famille de Diomède s'était réunie dans la cave où dix-sept victimes, des femmes, des enfants et la jeune fille dont la gorge s'incrusia dans la cendre, furent ensevelies vivantes, serrées les unes contre les autres, tuées violemment par l'asphyxie, ou peut-être par la faim ! Arrius Diomède s'était sauvé seul, abandonnant sa femme cl n'emmenant avec kii qu'un esclave <iui portait sa bourse : il tomba foudroyé devant son jardin. Que de malheureux encore dont nous
savons la dernière heure : le prêtre d'Isis, qui, enveloppé par les flammes et ne pouvant se sauver dans la rue incendiée, perça deux murs avec sa hache, et devant le troisième , exténué sans doute ou terrassé par le déluge, jeta son dernier râle en tenant toujours sa hache à la main. Et ces pauvres bêtes attachées, qui ne purent échapper : le mulet de la boulangerie, les chevaux de l'auberge d'Albinus, la chèvre de Siricus, qui alla se blottir dans le four de la cuisine, où on l'a retrouvée récemment sa clochette au cou ! Et les prisonniers de la caserne des gladiateurs, rivés au râtelier de fer qui leur étreignait les jambes ! Et les deux amants qu'on a surpris dans une boutique, près des Thermes : tous deux étaient jeunes et ils se tenaient étroitement embrassés....
Quelle nuit terrible et quel lendemain! Le jour est venu, mais les ténèbres demeurent : non celles d'une nuit sans lune, mais celle d'une chambre fermée et sans flambeau. A Misène, où était Pline le jeune qui a décrit la catastrophe, on n'entendait que des voix d'enfants, d'hommes et de femmes, s'appelant, se cherchant, ne se reconnaissant qu'à la voix, invoquant la mort, éclatant en pleurs ou en cris d'angoisse , et
croyant que c'était l'éternelle nuit où les hommes et les dieux allaient s'anéantir. Puis tomba une pluie de cendres si épaisse, qu'à sept lieues du volcan il fallait se secouer sans relâche pour n'en être pas étouffé. Cette cendre, alla, dit-on, jusqu'en Afrique, et, en tout cas, jusqu'à Rome, où elle remplit l'air et cacha le jour, si bien que les Romains étaient à se dire : « C'est le monde qui se retourne ; le soleil va tomber sur la terre pour s'y éteindre, ou la terre monter au ciel s'y embraser. » «Enfin, écrit Pline, la lumière revint peu à peu, l'astre qui la répand reparut, mais pâle comme dans une éclipse. Tout était changé autour de nous ; la cendre, comme une neige épaisse, avait tout couvert*. »
1. L'auteur suit ici, comme partout, le témoignage des anciens et l'opinion courante. Il sait cependant tout ce qu'ont écrit les savants de Naples sur cette éruption. Il est de mode aujourd'hui de conjecturer que le Vésuve n'u pas brûlé Pompéi, que le lapillo n'a pu arriver que froid dans la petite ville, et que les traces d'incendie viennent probablement des lampes que les habitants, dans leur fuite précipitée, laissèrent allumées dans leurs maisons. On tient à enlever au volcan sa réputation d'incendiaire. En ceci les novateurs ont peut-être raison, mais il convient de se défier d'eux, jusqu'au jour où leur système aura prévalu, ce qui n'arrive pas toujours. Aussi attendrons-nous encore quelques années avant de décrire l'éruption d'après ceux qui la refont aujourd'hui ; nous nous en tenons aux témoignages des contemporains recueillis dans les lettres de Pline.
On n'a soulevé qu'au siècle dernier ce linceul immense, et les fouilles ont raconté le désastre avec une éloquence que Pline lui-même, malgré les ressources de son style et l'autorité de son témoignage, ne pouvait obtenir. On a surpris, comme en flagrant délit, le terrible exterminateur dans les ruines qu'il avait faites. Ces maisons sans toit, restées à la hauteur du premier étage, et laissant leurs murs au soleil; ces colonnades qui ne supportent plus rien; ces temples ouverts de tous côtés , sans fronton ni portique; cet isolement silencieux; cet air de désolation, de détresse et de dénûment qui ressemble au lendemain d'un incendie, tout cela suffirait pour serrer le cœur. Mais il y a plus encore, il y a les squelettes qu'on retrouve à chaque pas dans ce voyage de découverte au milieu des morts, et qui trahissent les angoisses et les épouvantes de la dernière heure. On en a déjà relevé six cents , peut-être davantage, dont chacun rapporte un poignant épisode de la catastrophe immense où ils furent foudroyés !
L'an dernier, dans une petite rue, sous des monceaux de débris, les ouvriers des fouilles aperçurent un espace vide au fond duquel apparaissaient des ossements, ils appelèrent aussitôt
M. Fiorelli, qui eut une idée lumineuse. Il fit délayer du plâtre qu'on versa aussitôt dans le creux, et la même opération fut renouvelée sur d'autres points où l'on avait cru voir des ossements semblables. Après quoi Ton enleva soigneusement la croûte de cendre durcie qui avait enveloppé, comme dans des chapes, ce quelque chose qu'on cherchait à découvrir. Et, ces matières enlevées, on eut sous les yeux quatre cadavres.
Tout le monde peut les voir maintenant dans le musée de Pompéi ; rien de plus saisissant que ce spectacle. Ce ne sont pas des statues, mais des corps humains moulés par le Vésuve ; les squelettes sont encore hV , dans ces enveloppes de plâtre qui reproduisent ce que le temps aurait détruit, ce que la cendre humide a gardé, les vêtements et la chair, je dirais presque la vie. Les os percent çA et là à certains endroits où la coulée n'a pu parvenir. Il n'existe nulle part rien de pareil. Les momies égyptiennes sont nues, noires, hideuses; elles n'ont plus rien de commun avec nous ; elles sont arrangées pour le repos éternel dans une altitude consacrée. Mais les Pompéiens exhumés sont des ôtrcs humains qu'on voit mourir.
L'un de ces corps est celui d'une femme auprès de laquelle on a relevé quatre-vingt-onze pièces de monnaie, deux vases d'argent, des clefs et des bijoux. Elle fuyait donc emportant ces objets précieux, quand elle tomba dans la petite rue. On la voit encore couchée sur le côté gauche : on distingue fort bien sa coiffure, le tissu de ses vêtements, deux anneaux d'argent qu'elle porte encore au doigt ; l'une de ses mains est cassée, on voit la structure cellulaire de l'os ; le bras gauche se lève et se tord ; la main délicate est crispée, on dirait que les ongles sont entrés dans la chair; tout le corps paraît enflé, contracté; les jambes seules, très-fines, demeurent étendues; on sent qu'elle s'est débattue longtemps dans d'horribles souffrances : son attitude est celle de l'agonie, non celle de la mort.
Derrière elle étaient tombées une femme et une jeune fille : la plus âgée, la mère, peut-être, éta.it d'humble naissance, à en juger par l'ampleur de ses oreilles; elle ne portait au doigt qu'un anneau de fer; sa jambe gauche, levée et ployée , montre qu'elle aussi a souffert, moins cependant que la noble dame ; les pauvres perdent moins à mourir. Tout près d'elle, comme sur un même lit, est couchée la jeune fille :
l'une à la tête, et l'autre aux pieds ; leurs jambes se croisent. Cette jeune fille, presque un enfant, produit une étrange impression ; on voit trèsexactement le tissu, les mailles de ses vêtements, les manches qui lui couvraient le bras jusqu'au poignet, quelques déchirures çà et là qui laissent la chair nue, et la broderie des petits souliers dans lesquels elle marchait ; on voit surtout sa a dernière heure comme si on était là, sous la colère du Vésuve; elle avait relevé sa robe sur sa tête, comme la fille de Diomède, parce qu'elle avait peur; elle était tombée en courant, la face contre terre, et, ne pouvant se relever, elle avait appuyé sur un de ses bras sa tête frêle et jeune. L'une de ses mains est entr'ouverte comme si elle y avait tenu quelque chose, peut-être le voile qui la couvrait. On voit les os de ses doigts perçant le plâtre. Le crâne est luisant et poli, les jambes sont relevées en arrière et posées l'une sur l'autre; elle n'a pas souffert longtemps, la pauvre fille, mais c'est elle qui fait le plus de peine à voir : elle n'avait pas quinze ans.
Le quatrième corps est celui d'un homme, une sorte de colosse. Il s'était couché sur son dos pour mourir bravement : ses bras et ses jambes sont droits, immobiles. Ses vêtements sont très-
nettement marqués, les braies visibles et collantes, les sandales lacées aux pieds, et l'une d'elles percée par Torteil, les clous des semelles apparents, le ventre nu et gonflé comme ceux des autres corps, peut-être sous l'influence de l'eau qui a pétri la cendre. Il porte, à l'os d'un doigt, un anneau de fer; sa bouche est ouverte, ^ il lui manque quelques dents; son nez et ses joues se dessinent vigoureusement; les yeux et les cheveux ont disparu, mais la moustache persiste. Il y a quelque chose de martial et de résolu dans ce beau cadavre. Après les femmes, qui ne voulaient pas mourir, on voit l'homme intrépide au milieu des ruines qui l'écrasent : impavidum ferlent ruinx. Je m'arrête ici, car Pompéi même ne peut rien nous offrir qui approche de ce drame encore palpitant. C'est la mort violente avec ses tortures suprêmes, la mort qui souffre et se débat, prise sur le fait après dixhuit siècles.