L'AMPHITHÉÂTRE
frais les premiers jeux, pour l'honneur de la colonie^ et avaient concédé l'emplacement de l'amphithéâtre à perpétuité. Ces deux magistrats devaient être des hommes fort généreux et grands amateurs de spectacles. Nous savons qu'ils contrihuèrent également à la construction de l'Odéon.
Veut-on maintenant parcourir l'ensemble des gradins, le visorium? Trois cavées comme au théâtre ; l'infime, partagée par des entrées et des escaliers payticuliers en dix-huit loges; la moyenne et la supérieure partagées en coins : la première par vingt escaliers, la seconde par quarante ; autour de celle-ci un mur d'enceinte coupé par des vomitoires, et formant une plate-forme où pouvaient encore se tenir debout nombre de retardataires, et d'où l'on opérait les manœuvres nécessaires pour tendre le velarium : tout cela formant un ensemble de trente-quatre gradins sur lesquels s'amassaient peut-être vingt mille spectateurs : voilà pour le public. Rien de plus simple et de plus ingénieux que le système de dégagements qui rendait possible et facile la circulation de cette foule immense, le corridor circulaire et voûté qui, sous les gradins, faisait le tour de l'arène et conduisait par un grand nombre d'es-
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caliers distincts aux gradins de la cavée infime el de la moyenne, tandis que des escaliers supérieurs hisa^ent le peuple à l'étage suprême qui lui était destiné. .
On s'étonne de voir un amphithéâtre si grand dans une ville si petite. Mais n'oublions pas que Pompéi attirait à ses fôtes les habitants des villes voisines : l'histoire nous apprend môme à ce sujet une anecdote qui n'est pas sans enseignement. >
Le sénateur LivenéiusRégulus, chîissé de Rome et réfugié à Pompéi, avait offert à cette petite ville hospitalière un spectacle de gladiateurs. Force gens de Nocera s'étaient rendus à la fôte, une querelle s'ensuivit (probablement provoquée par les rivalités municipales, éternelle plaie de l'Italie), et des i)aroles on en vint au coups de pierre, môme aux coups d'épée ; il y eut des blessés et des morts. Moins nombreux, les gens de Nocera furent battus et allèrent se plaindre à Rome. L'aiïaire fut soumise à l'empereur qui la renvoya au Sénat, qui la renvoya aux consuls, qui la renvoyèrent au Sénat. Vint enfin la senlence : les spectacles furent interdits à Pompéi pour dix ans. Une caricature qui ra|)pelle ce chdlimcnt a été retrouvée dans la rue do Mercuro":
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on y voit 'un gladiateur* qui descend armé dans ramphithéàtre une palme à la main ; à gauche, un deuxième personnage en attire un troisième à lui sur un gradin ; ce troisième a les bras liés : c'est un prisonnier sans doute. Le tout accompagné de cette inscription : « Campaniens, votre victoire vous a été aussi fatale qu'aux habitants de Nocera'. « — La main de Rome, toujours la main de Rome !
Au reste, les ordonnances concernant les amphithéâtres étaient appliquées dans tout l'empire. Une des inscriptions pompéiennes annonce que le duumvir C. Cuspius Pansa avait été désigné pour surveiller les jeux et pour y faire observer la loi Pétronia. Cette loi était celle qui prohibait aux sénateurs de combattre dans l'arène et même d'y envoyer des esclaves non condamnés. Pareilles choses avaient donc besoin d'être interdites !
J'ai décrit l'arène et les gradins , je passe au spectacle. Veut-on une chasse ou un combat de gladiateurs? Ici je n'invente rien : j'ai des documents retrouvés à Pompéi (les peintures de l'amphilhéâtre et les bas-reliefs du tombeau de Scaurus) qui reproduisent des scènes que je n'ai qu'à
1. M. Champfleury a reproduit ce dessin dans son livre Irèscurieux sur la Caricaltire antique.
traduire en prose. Représentons-nous donc les vingt-mille spectateurs étages sur trente-quatre lignes autour de l'arène , asseyons-nous parmi eux et regardons.
Voici d'abord une chasse. Une panthère, attachée par une longue corde au cou d'un taureau libre, est lancée contre un jeune bestiaire qui tient à la main deux javelots. Un homme armé d'une longue lance excite le taureau, pour qu'il remue et seconde l'élan de la panthère attachée. Le garçon aux javelots, bestiaire novice, en est encore à son coup d'essai ; si le taureau ne bouge pas, il ne court aucun danger, mais je ne voudrais pas être à sa place.
Suit un combat plus sérieux entre un ours et un homme qui l'excite en lui tendant un linge, comme font les matadors. Un autre groupe nous montre un tigre et un lion fuyant dans des directions ojjposées. Un honmie sans armes et nu poursuit le tigre qui ne devait pas être bien méchant. Mais voici une venatio plus dramatique. Le bestiaire nu vient de percer de part en part un loup qui se sauve, emportant la lance plantée dans son corps, mais l'honune chancelle, et un sanglier fond sur lui. En môme temps un cerf, renversé par un lacet qui pend encore à son