‹ Pompéi (volume 3)Chapitre 12 sur 70 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le vestibule, les portes, les fauces, l’atrium.

Quelquefois, devant les riches maisons, le trottoir était plus soigné et une mosaïque ou des morceaux de marbre incrustés y remplaçaient le dallage habituel. Il en était ainsi devant la maison du Faune (VI, 12, 2), du Cinghiale (IT, 3, 8), etc. Devant la maison de Pansa (VI, 6, 1) et.en d'autres endroits encore, le trottoir étant très haut, une marche taillée dans l'épaisseur de la bordure faisait plus facile l'accès de la maison. A l'entrée. sur le seuil, quelquefois même sur le trottoir, une formule de politesse écrite avec des cubes de mosaïque accueillait le visiteur : Have, bonjour, devant la maison du Faune (VI;:12, 2), dans le triclinium d’une auberge de la I" région (I, 2, 22) et dans la maison dell’ Orso (IV, 2,45); salve, salut, dans les maisons du triclinium (VI, 1, 25), de Pansa (VI, 6, 1) et dans une boutique (VI, 14, 21), Havelis intro, bonjour à ceux de la maison, sur le seuil d’une maison (V, 3, 10) de la rue de Lucretius Fronto. Je croirais volontiers que le graffite relevé sur le mur d'une maison de la cinquième région (V, 5, 2) a été emprunté par son auteur au seuil d'une porte : « Fures foras, frugi iniro : que la porte soit fermée aux voleurs, ouverte aux honnètes gens », de même que le graffite Ave sur une autre porte de la même région (V, 4, a). Tout le monde connaît, dans les fauces de la maison du poète (VI, 8, 5), le chien enchaîné avec les mots : Cave canem, prenez garde au chien (fig. 25, p. 56). Il est fort probable que Siricus était un commerçant, un homme d’affaires; aussi son seuil saluait non le visiteur mais le profit que celui-ci apportait (IV, 1, 47): salve lucru, salut au gain! Sur le rebord de l'impluvium d'une autre maison (VI, 14, 39) on lit : Lucrum

gaudium, le gain, c'est la joie.

Nous avons déjà dit que les maisons de Pompéi n'avaient pas les grands vestibules des maisons de Rome. Parfois un tout petit espace devant la porte, profond de la largeur d'une marche, en conserve simplement le souvenir plus qu'il n’en est la réalité {voir fig. 22, a, p. 50). II

est cependant des maïsons (I, 2,6; II, 5, 28; VI, «x, 7: Ml wxs, 1}, Spé-

cialement celle de M. Epidius $ CR (IL 22), dans lesquelles le vestibule est plus accusé.

Les portes étaient encadrées par un seuil, deux chambranles et un

linteau généralement en pierre.

Le seuil, fait d'une seule pierre dans les belles maisons, fut primitivement en tuf, remplacé plus tard par le calcaire blanc qu'’introduisirent les Romains; quelquefois, mais très rarement, on employa le marbre. Les portes, généralement en bois, n'ont pas été retrouvées, tout le bois ayant péri; mais plusieurs ont laissé dans les cendres leur empreinte que l'on a pu mouler:; c'est ainsi que le petit musée de Pompéi conserve le moulage de plusieurs portes; quelques peintures de Pompéi, la petite porte en marbre d'une tombe de la voie des tom-

beaux nous en montrent aussi

Fig. 25. — Cave canem (p. 55).

l'aspect. Divisées en panneaux, ce qui leur donnait plus de solidité, et ornées de clous à grosse tête, elles avaient généralement plusieurs battants, deux, quelquefois trois et même quatre; on en peut juger par les trous des verrous creusés dans le seuil. Montées sur des tiges en bois dont l'extrémité était garnie de cuivre, elles tournaient dans une crapaudine en cuivre ou en fer dont beaucoup se voient encore encastrées dans les seuils de Pompéi ; la maison du duc de Turin (III, 11) en offre un bel exemple. Une serrure, avec une clef, fermait la porte; le système de serrure varia avec le temps et le progrès, depuis la barre en bois garnie de clous jusqu'à la serrure compliquée analogue à nos serrures modernes de sûreté. Beaucoup de clefs ont

été retrouvées et on a pu exposer au musée de Pompéi une serrure

reconstituée. Deux trous creusés dans les chambranles, à droite et à gauche, derrière la porte, permettaient de la maintenir solidement fermée à l'aide d'une barre (voir entre autres Nano elles 7 20e quelquefois un seul trou recevait un morceau de bois ou de fer qui faisait l'office de verrou (III, 3, 25; IV, 13,8). Un certain nombre de ces trous ont peut-être aussi servi à donner une place à la serrure, afin que la porte puisse complètement s'appliquer contre le mur. La porte même, quand on l'ouvrait complètement, entrait parfois tout entière dans une dépression de la muraille (V, 4, a). Souvent aussi la porte était consolidée par une barre oblique dont une extrémité s’appuyait à la porte tandis que l’autre, taillée en biseau, buttait soit dans le creux, soit contre la saillie d’une pierre encastrée dans le sol du corridor. Une petite pierre au pied de la muraille, un trou pour recevoir la serrure, protégeaient le mur du corridor contre le choc des battants de la porte d'entrée qui, par ordre des édiles, devait toujours s'ouvrir à l'intérieur (VI, 8, 23). La maison du Faune, qui ouvrait à l'extérieur, aurait été en contravention si, contrairement à l’usage, son vestibule n’avait eu une porte ouvrant à l'intérieur; ainsi les ordonnances de voirie étaient sauves. Si la porte était très haute, une imposte à jour éclairait le corridor.

La porte d'entrée des grandes maisons ne s'ouvrait que pour certaines circonstances; dans quelques-unes, une dizaine environ (1,4,5; III, 1,20; Ron NV ERIO Yi: etc.), une petite porte latérale servait aux usages journaliers. À proximité de ia porte, le concierge avait sa loge (IT, 2, 28; M mo Nlioes se NT, 35; 4-5) où parfois subsiste le lit en maçon-

here (Ni,1, 89 LV, :, so). Au lieu d'ouvrir sur les fauces, des loges

ouvraient parfois directement sur IEEE RSR A RENTE 4): c'était, à défaut de la petite porte latérale, un moyen d'entrer dans la maison sans ouvrir la grande porte. Le concierge, comme nous l'avons vu dans la maison de Pansa, tient parfois un commerce dans une boutique qui communique avec la maison et remplace la loge (IV, 1, 40 et 41; MPRO Pre 22 NL M2 iret AN Te Te AetReN

Pour se faire ouvrir on frappait sur la porte munie d'un marteau. Les marteaux ornés de tête de Méduse que reproduit notre figure 26 (p. 58) sont de véritables œuvres d'art. On a aussi trouvé trace de sonnettes.

Le corridor, fauces (voir fig. 22, 1, P. s0), était plus ou moins large, plus ou moins long, plus ou moins orné, avec ses murs peints, SOn sol en mosaique que relevaient parfois les inscriptions que nous avons Ciloes (p. 55) ou des sujets figurés : deux lutteurs, à la palestre de la deuxième région (II, 2, 23); un ours à la maison dell’ Orso (IV, 2, 45) un chien

avec la légende cave canem à la maison du poète (VI, 8, 5) mais sans inscription chez le banquier Caecilius Jucundus (V, 1, 26); une chasse au Sanglier à la maison del Cinghiale (II, 3, 8); un sanglier dans une maison de la deuxième région (II, 2,26); chez l’ancien centurion M. Caesius Blandus (IV, 1, 40), des attributs marins : gouvernail, trident, dauphin, hippocampe, puis, au-dessus, mur et porte d'une ville avec tours crénelées et deux boucliers; le seuil du tablinum de la même maison est bordé d'une mosaïque ornée de foudres, de boucliers, d’une hache (bipenne),emblèmes en rapport avec la qualité du propriétaire. Dans une autre maison appelée pour cette raison casa del’ anchora (VI, 10, 7), la mosaïque des fauces représente une ancre. À la maison des Amazones (VI, 2, 14), un hippocampe poursuit un dauphin.

Aïlleurs, ce sont, en noir sur fond blanc, de charmants enroulements de feuillage (IV, A; 13) Des fauces on passait dans l’atrium (voir fig. 22, 2, p. 50). Vitruve mentionne cinq genres d’atriums. Nous ne nous occuperons que des quatre que l’on a rencontrés à Pompéi.

Le premier, le plus ancien, est l’afrium toscan. Remontant aux temps les plus antiques, il ne fut cependant pas abandonné aux époques qui suivirent. Pline dit que ceux qui,

de son temps, en faisaient construire dans

Fig. 26. — Marteaux de porte en bronze (p. 57). leurs maisons bâtissaient à la mode d'autre-

fois. À Pompéi, ville d’origine ancienne, les

atriums toscans sont restés, jusqu'à la fin, de beaucoup les plus nombreux : deux cent trente environ contre une vingtaine d'atriums tétrastyles etune demi-douzaine à peu près d'atriums corinthiens dans la partie fouillée. Il est difficile, les toitures n'’existant plus, de reconnaître les atriums testudinatum, et on ne peut donner ce nom à tous ceux dont, en l'état actuel, l'impluvium n'est pas visible. En tout cas, ils étaient peu nombreux. Au centre du toit de l’atrium, une ouverture carrée, appelée compliutvium, donnait l'air et la lumière; tout autour, des gouttières en terre cuite, affectant souvent la forme d'animaux, déversaient l'eau des pluies dans l’impluvium, bassin correspondant, de même forme, creusé au centre de l’atrium et revêtu de tuf ou de marbre (voir fig. 22, p. 30,

dans l'atrium 2, l'impluvium de la maison de Pansa ; voir aussi, He23ipisr, ebtüg103,/p..103; la restauration d'un atrium toscan avec le compluvium et l'impluvium). L'atrium toscan était caractérisé par le fait que les angles du compluvium ne reposaient pas sur des colonnes mais sur quatre poutres horizontales se croisant deux à deux à angle droit et fixées dans la muraille par leurs extrémités. Notre figure 27 (p. 59) donne la coupe du compluvium d’un de ces atriums. La poutre b, b, supporte les deux autres poutres dont on voit la section et sur lesquelles reposent les traverses 6bliques e, f, qui, des quatre côtés, maintiennent le toit incliné vers les bords du compluvium. Le toit lui-même se composait de briques dont les rebords juxtaposés étaient recouverts par une tuile semi-cylindrique 2; de telle sorte que,

entre chaque rangée de tuiles rondes, l'eau de pluie descendait sur la surface des briques plates, comme par une

rigole 1, vers des gouttières qui la déversaient dans l'impluvium, bassin situé au centre de l’atrium }, au-des-

sous du compluvium. Au bord du toit,

le joint des briques était caché par du Fig. 27. — Coupe d’un atrium toscan avec son compluvium et son implu-

mortier ou par des antéfixes en terre Vian (SO UDA

cuite.

Dans notre figure 23 (p. 51), nous avons donné la restauration idéale d'une maison de Pompéi. Elle nous montre bien l'agencement du compluvium d’un atrium toscan au-dessus de l'impluvium correspondant, le croisement des poutres qui le soutiennent, les gouttières et les antéfxes dissimulant les joints des tuiles. à

Après l'atrium toscan, Vitruve mentionne l'atrium tetrastyle, c'est- 3-dire celui dont le compluvium est soutenu, à chaque angle, par une colonne. Nous avons signalé à Pompéi une vingtaine d'atriums de ce genre. Le plus beau est, sans contredit, celui de la maison des Noces d argent M2 fie. 728,5p. 60) aujourd'hui restauré. Ses quatre belles colonnes corinthiennes sont lisses dans la partie inférieure et cannelées dans la partie supérieure. Des anneaux ou des crochets en bronze ou en fer scellés dans les colonnes servaient à retenir les cordes à l’aide desquelles manœuvraient les rideaux ou le velum. C'était nécessaire contre le soleil. C'est pourquoi on voit fréquemment ces anneaux fixés aux colonnes des atriums, des jardins, plus souvent encore aux colonnes des péristyles qui

60 POMPÉEI

offraient un jour plus grand, entourant des jardins découverts (VI, 0, 2; VISANT 27,05 IT 848 UV as MM NE 6 UE uitee raison rendait nécessaires le voile ou le rideau dans les atriums. Des terrasses des maisons environnantes qui dominaient l'ouverture de l’atrium, les voisins parfois ne se faisaient pas faute de surveiller ce qui se passait dans la maison à côté. Plaute fait plus d’une allusion à cette mauvaise habitude : « tous mes voisins sont témoins de ce qui se passe chez moi, tant ils regardent par mon impluvium » dit un de ses person-

nages. Un autre se

félicite de s'être promené sur les tuiles d'où il a surpris le secret de la maison voisine. Un troisième fait tout simplement sa confession : « J'ai regardé chez toi par ton impluvium; je l'avoue. » La maison du duc de Turin (III, lo} esth'ornéetd un

atrium tétrastyle à

Fig. 28. — Atrium tetrastyle de la maison des Noces d'argent à ! (p. 59). chapiteaux corin-

thiens eelle tdutduce d’Aumale (VI, 7, 21) a aussi un bel atrium tétrastyle, mais à chapiteaux ioniques. Dans une maison de la troisième région (III, 2, 28), on a trouvé un compluvium soutenu encore par ses quatre colonnes et que recouvre complètement une grille en fer. L'original a été transporté au musée de Naples, puis reconstitué sur place en fac similé.

Vitruve appelle afrium corinthien celui qui comprend six colonnes et plus. On ignore l'origine de ce nom qui, aussi bien qu'aux atriums d'ordre corinthien, s'applique aux atriums d'ordre dorique ou ionique. C'était en somme un véritable péristyle, non par la place qu'il occupait dans la maison, mais par sa disposition. Les colonnes entouraient un espace découvert dont l'impluvium occupait le centre. Tout autour, sous le portique formé par les colonnes, ouvraient les pièces. Celui de la maison d'Epidius Rufus (III, 1, 20), puis celui de la maison de Castor et

Pollux (VI, 9,6) sont certainement les plus beaux (voir aussi VI, 0,5; VS ME VI 821)

Enfin l'afrium testudinatum n'avait ni compluvium ni impluvium. Son nom lui venait de sa toiture en forme de carapace, un peu bombée au centre, d'où l’eau s'écoulait vers les bords du toit inclinés du côté de la rue. Aucune toiture n'étant conservée à Pompéi, on peut seulement conjecturer, sans en être certain, que là où il n'y a pas trace d'impluvium, l'atrium était ainsi construit. La toiture, du côté du péristyle, était sans

doute soutenue par deux colonnes AA rer het maison recevait alors

Fi2-29— Atrium de la maison de Cornelius Rufus, avec vue sur le péristyle et la campagne (p. 62, 65, 72, 142).

la lumière par une cour intérieure, par un jardin, par le tablinum. Lètles furent vraisemblablement les maisons de Fabius Secundus (V, 4, 13), d'Acceptus et d'Euhodia (LP 39), les petites maisons d'Aemilius Celer (HI1, 8; d), de L. Élodius Varus (III, 3, 25).

Certaines maisons avaient deux atriums. Ce fait se produisait quelquefois parce qu'un propriétaire achetait la maison voisine et la réunissait à la sienne en établissant une communication. Il en est ainsi dans la maison de Siricus (IV, 1, 47 et 25) VToirraussi LIL,:5, 16,Let bien d'autres); de sorte que ces maisons ont

“dans celle du Cithariste(l;4, 5%

parfois deux entrées donnant sur des rues différentes. C'est une chose

fréquente à Pompéi; une cause quelconque d'agrandissement, un pére

par exemple, mariant un de ses enfants et installant le jeune ménage tout près de lui et indépendant à la fois; une grande industrie qui s’est annexé les maisons voisines (IV, 14, 17-19).

Mais il est d’autres maisons, de grandes et belles maisons, qui ont été, dès l’origine, construites avec deux atriums. Telles sont par exemple les maisons du Centenaire (III, 7, 6), du Faune (VI, 12, 2), du Labyrinthe (VI, vi, ro), de Caëcilius Judundus (V, 1, 26); de l’Argenteria (VW, 20), du Castor et de Pollux (VI, 0, 6). Il faut remarquer que l’un des deux atriums communique, par le tablinum et un corridor, avec le péristyle et les appartements privés tandis que l’autre correspond à la cuisine, aux celliers, au bain, aux pièces où couchent les esclaves. De telle sorte que, pendant que le premier atrium sert d'entrée aux membres de la famille, aux hôtes, aux amis, le second est réservé à la domesticité et aux fournisseurs. De même que nous avons, dans nos maisons modernes, en même temps que l'escalier principal, l'escalier de service, les riches Pompéiens avaient l'atrium de service. Une chose qui surprend au premier abord, c’est que, souvent, l'atrium de service étant tétrastyle paraît, par là même, plus beau que l'atrium principal qui est toscan. Il en est ainsi dans les maisons dutFaute Mers)

Page 1