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tance, les soldats avec leurs énormes casques. L'enfant se tortille sur la table tandis que le soldat lève son sabre pour le couper en deux ; la fausse mère saisit déjà le morceau qui lui reviendra, et, au pied du tribunal, la vraie mère se prosterne, suppliante, devant le roi.
Singulière aussi est la caricature qui représente le pieux Enée. Il fuit tenant par la main son fils Ascagne coiffé du bonnet phrygien,; assis sur son épaule, Anchise porte dans une petite boîte les pénates de Troie et les choses sacrées. Or tous les trois, y compris le vénérable Anchise, ont des têtes d'animaux.
Telles sont les imaginations auxquelles se plaisait l'esprit ingénieux, gai, moqueur des artistes alexandrins. Leurs œuvres jouissaient d’une grande faveur à Pompéi et à Herculanum et ce fait explique que, dans ces villes devenues romaines, si fidèles aux empereurs, habitées en grande partie par les descendants des colons de Rome, les sujets romains n'existent sur les peintures qu'à l'état exceptionnel : l'entrée à Troie du cheval de bois, telle que la décrit Virgile, Enée et Anchise, Enée et la‘ Sybile, Enée et Polyphème, Enée et Didon, la mort de Didon, Enée blessé et soigné par son médecin; mais encore, ces figures ont pu n'être pas inspirées par l'esprit romain mais venir par les Grecs, avec les autres représentations du cycle Troien. L'aventure de Mars et de Rhéa Silvia flotte entre
les traditions antérieures à l’histoire romaine et les traditions romaines. Voilà cependant quel-
Fig. 86. — Médée méditant le meurtre de ses enfants
(p+ 132). lointaines origines. C’est, sur un tableau savam-
ques sujets romains; le premier remonte aux
ment interprété par M. l'inspecteur della Corte, la dédicace par Hercule de l'Ara maxima; deux maisons (IV, 7, 10 et V, 4, 13) présentent les deux jumeaux, Romulus et Rémus, allaités par la louve. Pero, nourrissant de son lait son père condamné à mourir de faim dans la prison, se rencontre plusieurs fois, entre autres, dans la maison de Lucretius Fronto avec une jolie épigramme en vers latins (V, 4, c. — Voir p. 136); l'histoire de Scipion et de Sophonibe ornait
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la maison de Joseph IL (II, 2, 39). Il est probable que si Pompéi n'avait pas péri en l'an 70, les sujets romains, sans l'emporter cependant sur les sujets grecs; seraient devenus peu à peu plus nombreux.
L’art de Pompéi n'était pas Pompéien; il n’exista ni en peinture ni en sculpture un art pompéien. C'était un art grec modifié par les influences d'Alexandrie ; un art vivant, léger, spirituel, mais ce n'était pas un grand art. Certes, la fraicheur des peintures, le miroitement des couleurs, la variété des tons, les murs ornés de tableaux grands et petits rappelant des sujets propres à flatter l'imagination et à caresser les sens, devaient plaire aux Pompéiens et charmer leurs regards. Mais si l’on
Fig. 87. — Psyché cueillant des fleurs avec ses compagnes (p. 134).
excepte des tableaux du troisième style, dons j'ai parlé plus haut, et quelques autres peintures peu nombreuses, l'exécution était hâtive ét médiocre. La maison du poète tragique (VI, 8, 5) est une de celles qui ont donné le plus grand nombre de tableaux d’un beau dessin, d’un art grand et majestueux : de son atrium proviennent le mariage de Zeus et d'Héra sur le mont Ida: l'histoire en deux tableaux d'Achille et de Briseis. Un tableau curieux, parce que, par un de ses détails, il rappelle une œuvre de Timanthes, peintre qui vivait vers l’an 400 avant] .-C., ornait son péristyle : c’est le sacrifice d'Iphigénie (fig. 85, p. 129). Tous les acteurs du drame sont naturellement en proie à la plus profonde douleur : pour donner à Ulysse, à Ménélas, à Calchas, à Ajax, des expressions correspondant à leurs sentiments, Thimanthes avait épuisé toutes les tristesses de sa palette. Que faire pour Agamemnon, le père de la victime ? Comment le peindre plus désolé encore que ses compagnons ?
L'artiste y renonça et le représenta la figure voilée. L'artiste de Pompéi fit comme lui; là se borne la ressemblance entre les deux œuvres.
On peut aussi mentionner, au Marché, deux belles peintures encore en place : la première entrevue d'Ulysse revenant d’Ithaque avec Pénélope ; lo surveillée par Argus (Vie publ., fig. 30, p. 49), des peintures de la
Fig. 88. — Hercule enfant étouffe les serpents (p. 134).
maison du Cithariste (I, 4, 5), parmi lesquelles Oreste et Pylade à la cour de Thoas. :
Dans le tablinum de la maison de Lucius Caecilius Jucundus (V, 1, 26; fig. 70, p. 114), d'un beau tableau aujourd’hui effacé, reste un détail d'une exquise délicatesse : deux femmes à une fenêtre, peut-être, comme onla dit, Hécube et sa suivante, surveillant l’arrivée du cadavre d'Hector. Un tableau de Pompéi représente Médée debout, l'instrument du crime qu'elle médite à la main, agitée de passions contraires, pendant que ses enfants, qu'elle se prépare à immoler, jouent innocemment à côté d'elle. Une célèbre Médée d'Herculanum (fig. 86, p. 130) qui, sans doute a fait partie
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d’un groupe semblable, est conservée au musée de Naples. L'artiste, avec une grande maîtrise, a bien rendu, sur ce visage sombre et tourmenté, l’expression-des sentiments violents qui s’y reflètent.
Une grande composition, Adonis blessé (VI, 7, 18), mérite aussi une mention spéciale. La composition du tableau, quoiqu'un peu théâtrale, est
excellente ; les détails gracieux et charmants y abondent.
Fig. 89-— Décoration d’une pièce du quatrième style, maison des Vettii (p. 118, 134-135).
La maison des Vettii (VI, 15, 1), outre les amours représentés plus haut (fig. 80-84, p. 125-128), offre de belles peintures de la bonne période du quatrième style, c'est-à-dire antérieures à l’an 63 après J.-C.; sous la jolie frise des amours, trois petits tableaux attirent peu l'attention :ils ne sont pas cependant sans mérite. C'est Agamemnon tuant, dans le temple même de la déesse, la biche de Diane ; Apollon, entonnant sur sa lyre un paéan de victoire après le meurtre du serpent Python ; Oreste et Pylade en Tauride, devant Iphigénie, à la cour du roi Thoas. L'art de la composition, le puissant relief avec lequel le personnage principal, volontairement mieux traité que les autres, se détache du fond et retient l'attention
du spectateur, dénotent une habileté réelle. Dans la même pièce, trois gracieuses compositions représentent Psyché cueillant des fleurs avec ses compagnes (fig. 87, p. 131).
Dans une autre des nombreuses et belles compositions de cette riche maison, Hercule enfant étouffe les deux serpents qu’a envoyés contre lui la colère de Junon (fig. 88, p. 132).
Rappelons aussi une Dircé liée par les fils d'Antiope au taureau sauvage, œuvre certainement inspirée aux mêmes sources que le taureau Farnèse et une réplique de l'Hermes d'Olympie peinte sur mur de la maison d'Actéon (dans la maison de Salluste, VI, 2, 4).
Nous terminerons cette énumération forcément incomplète en reproduisant une des chambres de là maison des Vettii (VI, 15, 1) d’une rare conservation, et qui nous montre, avec la décoration de toutes ses murailles, une chambre appartenant à la bonne époque du quatrième
style (fig. 89, p. 133).
Notre dessin en noir ne peut pas donner une idée de la richesse et de l'harmonie des couleurs.
A droite, en entrant, Bacchus, suivi de son thiase, vient visiter Ariane abandonnée; au fond, Vulcain, par ordre de Mercure, a fixé Ixion à la roue et Iris annonce à Junon le châtiment de celui qui l’a outragée. Le grand tableau de gauche représente Dédale dans son atelier, livrant à Pasiphaé la génisse en bois quelle lui a commandée (fig. 90, p. 134). Ces trois tableaux se détachent au centre de grands panneaux à fond rouge; les autres panneaux encadrés de guirlandes sur fond blanc, présentent un petit sujet : un satyre et une bacchante enlacés, dansent en faisant voltiger au-dessus de leurs têtes des guirlandes de fleurs. Les bandes qui séparent les panneaux au-dessus de la plinthe, sont ornées, dans la partie supérieure, de motifs d'architecture et, au-dessous, de petits tableaux représentant, sur les parois de droite et de gauche, des combats navals, au fond des xenia (voir plus haut, p. 126), plus bas encore, des têtes sur fond bleu. Au-dessus des grands panneaux, sur la partie supérieure de la muraille, des figures isolées peuplent les motifs d'architecture familiers au quatrième style. Les peintures de la plinthe simulent des plaques de marbres veinés, de formes variées.