LE MOBILIER. — L'ARGENTERIE. — LES USTENSILES. LES'BPIOUX
Nous avons peu de chose à dire du mobilier de Pompéi, les meubles en bois ayant disparu. Quelques-uns, dont les cendres ont conservé les empreintes, ont pu être reconstitués grâce à des moulages pris dans ces creux. C'est ainsi que l’on a obtenu les armoires conservées dans le petit musée de Pompéi et dans le musée spécial de la villa de Boscoreale fouillée par M. de Prisco.
Aucun lit ne nous est resté. Seules les peintures nous donnent quelques indications. Les lits qu'elles représentent sont en bois ou en métal, bas, posés sur quatre pieds, souvent pourvus d'un dossier élevé, recouverts de draperies tombantes et de coussins comme les divans. Dans certaines maisons pauvres on rencontre des lits en maçonnerie.
Quant aux lits de table, on a pu reconstituer ceux de la maison de Caius Vibius (IV, 2, 18; fig. 45, p. 80). Le bois avait laissé son empreinte dans les cendres qui retenaient par la pression les ornements en métal, bronze repoussé, incrustations d'argent. Les autres lits de table ne sont connus que par des peintures (v. fig. 49, p. 84).
Nous avons aussi parlé des tables des atriums appelées cartibulum (voir plus haut, p. 65), et des tables dressées devant le triclinium. Ces tables avaient des formes très variées : monopodes (Ag 24 pis3)età deux supports pour le cartibulum (voir fig. 29, p. 61); monopodes ou à trois pieds pour les tricliniums (voir fig. 48, 40, p. 83, 84). Dans les autres parties de la maison, on conservait des tables de formes et de matières diverses, comme le sont aujourd’hui les nôtres. On en connaît qui ont depuis un jusqu’à six ou sept pieds en passant par les intermédiaires. Il y en avait en marbre, en bronze et en bois, réparties dans les
diverses parties de la maison, dans les péristyles et dans les jardins (Ag. 97, p. 143). Une forme fréquente était celle du trépied en bronze. Ces trépieds, très ornés, supportaient le plus souvent un plateau à bords relevés. À cette catégorie appartiennent le beau trépied orné de sphinx (fig. 08, P- 143) et le trépied dont le plateau est soutenu par des satyres conservé au musée secret de Naples. On connaît des trépieds et des tables en bronze dont les pieds, réunis
par des barres transversales pivotant l’une sur l’autre, glis- Fig. 97. — Table de jardin (p. 89, 142).
sent dans des anneaux et peu-
vent, à volonté, s’écarter l’un de l’autre ou se rapprocher (fig. 99, p. 143). On pouvait ainsi y adapter des dessus de table de dimensions variées. Une griffe de lion se prolongeant par une tige d’où sort un génie ailé sert de
Fig. 98. — Trépied en bronze Fig. 99. — Table et trépied en bronze à pieds mobiles (P- 143). (p- 143).
pied unique à une jolie table en bronze. M. l’inspecteur Spano a consacré une savante étude à une charmante table de marbre posée sur un pied en bronze incrusté d'argent et orné d'un sphinx femelle; ce beau meuble,
Fig. 100. — Support de lampes en forme de tronc d’arbre (p. 144-145).
quatre, douze et même seize becs.
Les anses des lampes en bronze, d'un travail plus soigné, étaient ornées de têtes d'animaux, de petits amours, d'oiseaux. Le musée de Naples conserve une lampe en or à deux becs. Souvent un petit instrument en métal, attaché à la lampe par une chaîne, servait à remonter la mèche.
Les supports des lampes présentaient quelquefois un caractère artistique ; nous avons vu un bronze. original de Grèce employé à cet usage par son propriétaire.
Cependant ce sont parfois de simples supports, en forme de trépieds
aujourd'hui au Musée de Naples, a été trouvé dans la maison de l'Ara Massima (VI, 16,15).
Les sièges sont rares: il en est à dossier droit, pareils aux chaises Henri II. Le plus grand nombre était carré, à pieds tournés, en bois, quelquefois en bronze.
Les lampes de Pompéi, en terre cuite ou en bronze, ne différentpasen général de celles que les fouilles ont fournies un peu partout. Ces lampes n'éclairaient pas beaucoup; on y suppléait par le grandnombre.Onen a trouvé plus de 1300 danslesbainsdu Forum, qui donnaient plus de lumièreet sans doute aussi plus de fumée.
Il existait des lampes à deux, trois,
Fig. 101. —- Support de lampe (p. 145).
ronds, sur lesquels on posait la lampe. D'autres, et c'est une variété
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assez fréquente, imitent le tronc contourné d’un arbre mort; aux branches dépouillées, les lampes étaient suspendues (fig. 100, p. 144). Une colonne, quelquefois un hermès, repose sur un pied à côté d’une statuette en
bronze et des bras sortant du chapiteau tiennent les chaînes qui supportent les lampes (fig.
101, p. 144). Voici un modèle original : un socle posé sur quatre griffes de lion forme la base d'une colonne en spirale surmontée d’une tête; le haut du crâne, tenant lieu de cou-
Fig. 102. — Coupe en bronze (p. 146). vercle, se soulève pour permettre de verser l'huile; la
mèche sortait par la bouche; à côté de la colonne, une statuette d'enfant tient une autre lampe au bout d’une corde. Les motifs d'ornementation varient à l'infini. Une statuette d’enfant élève une tige terminée par une sorte de bobèche dans laquelle on posait vraisemblablement, non pas une lampe, mais une petite torche. Un silène se repose au pied d’un arbre dont les deux branches supportent un plateau destiné à recevoir les lampes. Ou bien encore
une longue tige élancée, cannelée, allant” toujours en s'’amincissant reposait sur trois grifles et se terminait par un motif quelconque
fleuron, vase, sphinx, tête, qui servait de support à la lampe.
Les lanternes étaient en cuivre, rondes ou carrées, suspendues à des chaînes et contenant des récipients pour l'huile. Des plaques de corne, minces et transparentes, protégeaient la flamme contre le
vent. On a trouvé des lanternes près de squelettes. Fig. 103. — Vases en argent (p. 146).
Les appartements, aussi bien que les jardins, étaient ornés de belles statues comme celles que
nous avons mentionnées en parlant de la sculpture et aussi de vases. La coupe en. bronze représentée sur notre figure 102 (p. 145) appartient sans doute à cette série. L'œil est complètement satisfait de la pureté de ses formes et de la finesse de son exécution. Celle que nous avons reproduite dans la figure 54 (p. 90) ornait plus probablement, à cause de ses dimensions, un péristyle ou un jardin. Il en est de même d'une belle vasque en marbre supportée par trois bustes de femme ailés sortant d’une griffe de lion; le tout repose sur un piédestal carré, orné de pilastres entre des bouquets de fleurs stylisés. Une belle fontaine, provenant de
Fig. 104. — Coupes en argent provenant du trésor de la maison de l’Argenteria (p. 149).
la maison de la Parete nera (IV, 4, 59) ou des Capitelli colorati (IV, 4, 51) .se compose d'une charmante vasque de marbre en forme de lampe ronde à dix becs proéminents au-dessous desquels font saillie cinq belles têtes de satyres d'un bon travail. Nous ne pouvons entreprendre de décrire ici toutes les œuvres d'art grandes et petites trouvées a Pompéi : coffrets statuettes, objets de toilette en or, en argent, en bronze, en ivoire ou en os; leurs formes suivaient, comme de nos jours les caprices du goût et de la mode.
Comme ses peintures, Pompéi tirait de l'Égypte son argenterie. Les orfèvres alexandrins en effet fournissaient d'argenterie l'empire romain. Nous parlerons des principaux trésors d'argenterie de Pompéi, ne pouvant nous attacher aux pièces isolées. Mentionnons cependant deux vases de forme originale. L'anse de l’un est formé de deux beaux oiseaux; la panse de l’autre représente une tête de femme (fig. 103, p. 145).
L'argenterie devait son prix non seulement au métal et à la forme attrayante de la pièce mais aussi à la valeur artistique des bas-reliefs. Les bas-reliefs étaient le plus souvent des pièces rapportées sur le vase, qui s'appelaient emblemata. Ils représentaient des sujets des plus variés : motifs de décoration, personnages, attributs divers, divinités, tableaux de
Fig. 105. — Phiale ornée de la personnification de la ville d'Alexandrie (p. 149-150).
genre, même des scènes historiques. Ceux qui voudront s’en faire une idée feront bien d’aller voir le trésor de Boscoreale au Musée du Louvre et celui de Bernay au cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale. L’argenterie ancienne se divise en trois classes : l’argenterie des temples ou sacrée, l’argenterie de table, subdivisée elle-même en argenterie pour manger, argenltum escarium et en argenterie pour boire, argentum potorium; enfin l'argenterie des objets de toilette, mundus muliebris et argentum balneare. | L’argenterie des temples, emportée pendant la catastrophe ou après,
n’a fourni que quelques pièces du temple d'Isis retrouvées près des squelettes des prêtres, particulièrement la situle ornée de représentations relatives au culte d'Isis, et un sac contenant une assez forte somme, des statuettes isiaques, des fourchettes en argent, des patères en argent, des vases de cuivre et de bronze.
On a trouvé à Pompéi plusieurs trésors d’argenterie toujours accompagnés de monnaies et de bijoux. Il est assez naturel que les Pompéiens aient réuni, pour les sauver ensemble, s’il était possible, leur argent et leurs objets précieux. Ces trésors, en général enveloppés dans des toiles
Fig. 106. — Coupe ornée de xenia, provenant du trésor de Boscoreale (p. 150).
formaient des paquets prêts à être emportés. Le maître de la villa dite de Diomède tomba, la clef à la main, près de la porte de son jardin ouvrant vers la mer; un esclave le suivait, emportant dans un sac la vaisselle en argent de la maison , sauf un beau vase orné de bas-reliefs oublié dans une chambre ; les femmes, portant leurs bijoux, s'étaient réfugiées dans un souterrain où le chef de la famille avait sans doute l'intention de revenir les chercher dès que la mer serait praticable. Un peu partout, dans les rues et dans les maisons de Pompéi, gisaient à côté des squelettes, des pièces d'argenterie, des bijoux, des sommes fortes ou minimes, chacun voulant sauver ce qui avait de la valeur.
Quelques autres services de table mieux conservés ont été trouvés à Pompéi. Le plus anciennement découvert (1835) a donné son nom à la maison de l’Argenteria (VI, 7, 20), rue de Mercure, d'où il provient. Il se composait surtout de vases à boire (argentum potorium) parmi les-
quels les deux coupes ornées d’un centaure et d'une centauresse que conduit un amour (fig. 104, p. 146).