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Un trésor de 54 pièces, offre surtout de l’argenterie de table dite argentum escarium : 44 plats de dix types différents, un très grand plat, trois vases dont deux ornés de reliefs représentant des symboles bachiques et des amours chevauchant des animaux féroces.
Une maison de la deuxième région (II, 2, 23) recélait un trésor d'ar-
Fig. 107. — Coupe provenant de Boscoreale (p. 150).
genterie de table enveloppé, avec une belle statuette de Jupiter en argent, dans une étoffe grossière et composé de 34 pièces assorties par quatre : coupes, soucoupes, tasses, tasses à oreillettes, coquetiers, puis un entonnoir et une ampoule. |
Mais le plus beau trésor d’argenterie qui provienne de Pompéi ou des environs est le célèbre trésor de Boscoreale aujourd’hui conservé au musée du Louvre et auquel M. Héron de Villefosse a consacré une monographie magistrale. Trouvé en 1893-1894, dans les fouilles de M. de Prisco, au fond d’un puits, ce trésor a été acheté par le baron Edmond de Rothschild qui l'a donné au musée du Louvre sauf quelques pièces d'un intérêt tout particulier. Ce service d'argenterie comprend 102 pièces. Une des plus curieuses est la grande phiale au fond de laquelle figure, en
relief, la ville d'Alexandrie personnifiée ou l'Afrique (fig. 105, p. EEE Deux autres phiales offraient, l'une une tête de femme, l’autre une tête d'homme, très réalistes, certainement des portraits. Ces trois pièces, indépendantes du service, ornaient un dressoir.
Nous ne pouvons décriré ici tout le trésor de Boscoreale. On y voyait des aiguières ornées de victoires.ailées, des coupes à boire avec des sujets : bachiques ou des représentations analogues aux peintures que l’on appelait des xenta (fig. 106, p. ee voir fig. 68, p. 112; p. 126); de beaux vases en forme de canthares ornés d'enroulements de feuillage où nichent des oiseaux — des grues et des cigognes — saisis au milieu des détails de leur vie intime avec un art, une vérité, des qualités d'observation qui semblent vraiment modernes. Que peut-on imaginer de plus élégant, de plus charmant, de plus vrai en même temps et de mieux observé dans les moindres détails que ce vase à boire entouré de deux tiges d'olivier por-
tant leurs fruits et leur feuillage et qu'on croirait fraîchement cou-
Fig. 108. — Vase à boire orné de squelettes, | ; 4 provenant du trésor de Boscoreale (p. 150). pées (fig. 107, p. 149). Parmi les
vases les plus curieux de ce trésor,
il faut citer ceux sur lesquels figurent des squelettes auxquelles sont assignés des noms d'écrivains illustres : Sophocle, Moschion, Zénon, Épicure, Ménandre, Archiloque, Euripide, Monimus, etc. (fig. 108, p. 150). A côté de chaque squelette des sentences, généralement empruntées aux auteurs dont les noms sont inscrits, font allusion au néant et à la brièveté de la vie, non pour en tirer des conclusions morales, mais pour exhorter l’homme à bien employer le temps qui lui reste à vivre, à en bien jouir et à bien boire ; idée très familière aux païens. « Voici, disait-on, en montrant le squelette apporté sur la table pendant les repas, voici comment nous serons dans les enfers; jouissons de la vie pendant que nous le pouvons. »
Les six pièces qui font partie de la collection du baron Edmond de Rothschild, ornées de bas-reliefs historiques ayant trait aux expéditions et aux victoires d'Auguste et de Tibère, présentent un intérêt exceptionnel. Des salières, des vases de petites dimensions, des cuillères de
formes variées complètent ce beau service, et aussi deux miroirs, l'un ’ , s A
orné d’une charmante tête de bacchante (fig. 109, p. 151), l’autre de
Léda faisant boire le cygne.
Pompéi a fourni d'autres beaux miroirs d'argent ou de bronze.
Fig. 109. — Miroir orné d’une tête de bacchante, provenant du trésor de Boscoreale (p. 151).
A Pompéi, comme dans toute l'Italie, on usait de la vaisselle en terre, à couverte rouge, d'Arezzo ou des fabriques de Campanie. La batterie de cuisine, en bronze ou en cuivre, comprenait des bassines, des casseroles, des plateaux aménagés pour servir des œufs, des moules. Les Romains donnaient aux mets l'apparence de ce qu'ils n'étaient pas. Aussi a-t-on rencontré à Pompéi des moules en forme d'animaux : lièvre, poulet, cochon de lait, poisson, etc., et aussi des moules à gâteaux de formes
variées. Les trous des passoires généralement profondes, dessinent des arabesques assez compliquées; les cuillères sont munies d'un long manche vertical pour puiser au fond des vases, ou bien ont, à la jointure du cuilleron, un retrait auquel s'adapte la lèvre du vase; ce qui permettait de n’enlever que la surface du liquide.
Les Pompéiens usaient du brasero. Les thermes du forum et ceux de Stabies en ont fourni un bon modèle en bronze (Vie publ. fig. 59, p.111).
Fig. 110. — Brasero en torme de forteresse avec réservoir pour eau chaude (p. 152).
Plus petits, ceux des appartements, également en bronze et de formes très diverses, circulaires ou rectangulaires, reposaient sur des pieds élégants ; de chaque côté une poignée aidait à les transporter. On y brûlait un bois préparé, sans fumée, l'akhapnon. Quelques-uns fournissaient de l'eau chaude. Celui que présente notre figure 110 (p. 152) affecte la forme d'une forteresse. Versée par le sommet d’une des tours, l’eau répandue dans l’intérieur s'échauffait par le contact des parois avec les charbons et sortait à volonté par un robinet. Le brasero de la figure 111 4p. 153), plus compliqué, se compose d'un grand réservoir et d'un demi-cylindre sur lequel on pouvait, grâce aux trois supports en forme d'oiseaux aux ailes éployées, poser une bouilloire. Le
modèle est gracieux avec ses ciselures, ses poignées, ses pieds en
griffes de lion surmontées de sphinx dont les ailes s'adaptent aux angles.
Dans certains vases, on conservait l’eau chaude à l'aide d’un tube plein de charbons, ouvert en haut, fermé en bas par une grille et traversant le vase dans toute sa longueur. Plusieurs avaient un réceptacle intérieur pour le feu autour duquel on versait l'eau (fig. 123, p. 167).
Fig. 111. — Brasero servant en même temps de fourneau (p. 152-153).
D'autres, à cause de leur forme cylindrique, s’appelaient milliarium ; le récipient à l'eau reposait sur le foyer que l’on allumait par une porte (fig. 112, p. 154). L'art industriel avait véritablement un caractère artistique.
Les ustensiles de bains sont surtout représentés par des strigiles parfois en argent. Aux thermes du Forum, une trousse dans un anneau comprenait quatre strigiles, un flacon d’huile, une casserole. L
Les balances étaient semblables à nos romaines, avec un peson en forme de tête, souvent celle de Mercure, dieu du commerce; d'autres ont un fléau suspendu à une colonne et supportant deux plateaux.
Les biioux, assez nombreux et généralement en or — fibules, pen-
dants d'oreilles ornés de perles, colliers avec pendentifs, boucles de ceintures, plaques de coffret en argent repoussé, etc. — n'offrent rien de bien spécial. Les bracelets ont le plus souvent la forme d'un serpent enroulé. Deux surtout, remarquables par leur poids, le sont aussi par leur valeur artistique : les yeux sont des rubis, une petite plaquette d'argent qui sort de la bouche figure la langue; les écailles du corps sont ciselées avec une grande délicatesse.
Fig. 112. — Milliarium pour faire chauffer l’eau (p. 153).