CHAPITRE V
LES MONUMENTS DU FORUM (Suite)
Le temple de Jupiter. — Le marché. — Les mesures publiques.
Le temple de Jupiter (IV, 8). — Quand les Romains fondaient une colonie, leurs colons apportaient avec eux les dieux et le culte de la mère patrie. Aussitôt installés, ils s’empressaient de construire un Capitole pour y établir le culte des trois divinités qui devaient y siéger : Jupiter, Junon et Minerve. Le temple de Jupiter, situé à l'extrémité nord de l’aréa du Forum, fut le premier édifice élevé par les colons de Sylla qui employèrent la pierre et les procédés d'architecture en usage dans le pays qu'ils venaient d'occuper (fig. 24, p. 44).
Ce temple s'élève sur un podium haut de trois mètres. On y monte par un escalier monumental divisé en deux parties. Le centre de la partie inférieure, occupé par un massif de maçonnerie formant plate-forme, domine l’aréa du Forum et servait probablement de tribune. On y avait placé l’autel. Il n’était possible de monter à cette plate-forme que par deux escaliers latéraux de neuf marches, placés à chaque extrémité. Audessus, l'escalier occupait toute la façade et, par six marches, conduisait sous le vestibule ou pronaos dont les colonnes, d’un corinthien non plus samnite mais déjà gréco-romain, sont au nombre de six devant la façade, de trois sur les côtés avec un pilastre engagé. La cella, qui faisait suite au vestibule, n’était guère en retrait sur le podium que de la largeur d'une marche; à l’intérieur, des peintures sur stuc imitant encore les plaques de marbre, mais sans aucun relief, décoraient les murs; décoration postérieure à celle de la cella du temple d’Apollon, en usage aux premiers temps de la conquête romaine et aujourd’hui connue sous le nom de deuxième style.
Des filets blancs encadraient les compartiments noirs des plinthes.
Les grands panneaux du mur, d'un beau rouge, séparés par des bandes peintes imitant les marbres jaunes veinés, avec encadrement vert, étaient surmontés d'une épistyle avec oves et grecque aux tons variés, sous une trise verte, rouge et brune, couronnée de sa corniche.
A l'intérieur, un peu en avant des murs latéraux, des colonnes ioniques, plus sveltes et plus pressées que celles du pronaos, s'élevaient des deux côtés de la cella (voy. fig. 17, p. 21) et soutenaient un second ordre de colonnes corinthiennes, ornement du mur supérieur simulant une gale-
Fig. 24. — Le temple de Jupiter et l’arc de Tibère (p. 40).
rie. Contre le mur du fond, chacune des trois divinités capitolines, Jupiter au centre, Junon à droite, Minerve à gauche, avait sa chapelle. Par derrière un escalier dissimulé conduisait à la partie supérieure du temple. Une fine mosaïque blanche couvrait le sol autour de la cella dallée de marbre blanc.
Nous avons vu que le temple était flanqué de deux arcs de triomphe : celui de gauche subsiste encore; celui de droite, dont on ne voit plus que les fondations, renversé sans doute par le tremblement de terre de l’an 63, ne fut pas relevé parce qu'on avait construit de ce même côté, à l'entrée du Forum, l'arc de Tibère. Une statue équestre sur sa base se dressait de chaque côté de la plate-forme dont un autel occupait le centre (fig. 25, p. 42, et 26, p. 43).
Cette restitution est certaine car elle repose sur un document du temps encastré par le banquier L:. Caecilius Jucundus dans l'autel de son laraire (fig. 26, p. 43). C’est le bas-relief représentant, pendant le tremblement de terre de l'an 63, la partie Nord du Forum avec le temple de Jupiter ét l'arc de triomphe (Hist:, Vie priv., p.70).
Sous le temple, dans le soubassement, existe une crypte divisée en trois nefs, éclairée par des jours ménagés dans le pronaos ou vestibule.
| ; Fig. 25. — Le témple de Jupiter restauré (p. 41-42).
On y pénètre par une porte ouverte sur le côté est. Des travaux et des murs intérieurs, nécessaires sans doute pour consolider ce qui restait de l'édifice après le tremblement de terre de l’année 63 de notre ère, ont modifié l'aspect de ce souterrain. Là sans doute était le dépôt du trésor public. Le trésor, au Forum de Rome, occupait la crypte du temple de Saturne. Il en était de même, à Timgad en Afrique et à .Préneste, dans cette dernière ville une inscription qui existe encore en fait foi. Le temple de Jupiter fut ruiné par le tremblement de terre de l'an 63. La restauration n’en était pas encore commencée en l'an 79, au moment de l’éruption. On l’avait simplement déblayé, remisant en partie dans la
crypte les débris d'architecture dignes d’être conservés pour la reconstruction. Des sculpteurs, travaillant sans doute à la restauration des autres bâtiments du Forum, avaient installé leur atelier au milieu de la ruine. Quefques-unes des colonnes restées debout en l’an 63 s’écroulèrent en l'an 70, car, sous les débris de l’une d’entre elles, gisaient les ossements d'un Pompéien qu'elle avait écrasé.
On a trouvé dans le temple quelques œuvres d'art : une statue inachevée, un groupe en bronze représentant un vieillard, une femme et un enfant, un cadran solaire, une grande tête de Junon, un torse colossal de Jupiter assis, et surtout le beau buste de Jupiter (voy. ist. Vie priv., froNorp s6iettt37)
Fig. 26. — Le temple de Jupiter et le côté nord du Forum pendant le tremblement de terre. Bas-relief antique (p. 41-42).
Le marché (IV, 9, 7-8). — À l’origine cest aux Forums que se tenaient les marchés, ou, pour parler plus exactement, le Forum était la place du marché. A certains jours, les paysans des campagnes voisines et des revendeurs installaient, sur cette place libre et découverte, des boutiques volantes ou des tables. Ils y vendaient des volailles, du gibier, des fruits, des légumes, des poissons, des ustensiles de ménage et de cuisine, de la ferraille, des instruments d'agriculture, des vases en cuivre et en terre. Des bouchers, des boulangers, des charcutiers, des marchands de drap, de chaussures, faisaient des installations provisoires ; des gargotiers ambulants abreuvaient et nourrissaient les marchands et les acheteurs venus de loin. Bientôt, aux opérations commerciales se mélèrent les manifestations de la vie civile; des gens qui n'étaient ni acheteurs ni vendeurs prirent l'habitude de $e réunir sur cette place et d'y venir causer de leurs affaires, de celles de la ville, ou simplement d'y flâner. Peu à peu, ces réunions prirent un caractère officiel ; quelquefois peut-être, il y eut conflit entre Île marché et les réunions publiques
improvisées ou préparées. Les édiles durent intervenir et, peu à peu, les marchands contraints d'abandonner le Forum s'établirent tout autour, dans des boutiques. Mais celles-ci, bientôt occupées par des industries de luxe plus conformes à la nouvelle clientèle du Forum, finirent par être expropriées pour faire place à des édifices publics. On pensa alors à construire un marché suffisant pour abriter les marchands. Ainsi les choses se passèrent à Rome ; probablement à Pompéi aussi et dans les autres villes, les mêmes causes produisirent les mêmes effets.
I1 semble toutefois que le nouvel édifice ne suffisait pas à contenir tous les vendeurs qui y affluaient et que le trop-plein du marché se déversait encore sur le Forum. Nous en avons comme preuve les peintures dont nous avons parlé plus haut (voy. fig. 18, p. 28) où des marchands de toutes sortes installés devant les portiques du Forum de Pompéi y écoulent les produits de leur industrie.
Le marché occupe l’angle nord-est du Forum dont le portique, particulièrement orné en cet endroit, lui servait de vestibule; ses colonnes, au lieu d’être comme partout ailleurs en calcaire, ont été pour les deux étages, taillées dans un beau marbre blanc de Carrare, avec épistyle, frise et corniche d'un bon travail. À l’intérieur du portique et tournées vers le marché, des bases, au pied de chacune des colonnes, supportaient des statues, dix-sept en tout. Le marché lui-même n'a pas de façade ; au mur de devant s’adossent des boutiques à profondeur décroissante qui en corrigent l’obliquité (IV, 9, 5-12). Dans la dernière à droite, la moins profonde, on a établi une petite chapelle (IV, 0, 4,a). Des statues posées sur des bases en marbre dissimulaient l’extrémité des murs de séparation de chacune des boutiques. La porte du marché, cintrée et double, était divisée en deux parties par un édicule recouvert de marbre, encadré de colonnes et qui, autrefois, abritait dans sa niche une statue. A droite et à gauche, un peu en avant, se dressent encore deux bases.
La porte franchie on se trouve au milieu d’une aréa rectangulaire, longue de 37 mètres sur 27, entourée d'un portique dont le stylobate seul subsiste encore.
Au centre, un singulier monument attire de suite l'attention. C’est un socle dodécagonal, peu élevé, sur lequel s'élèvent, disposées en cercle, douze bases rectangulaires (fig. 27, p. 45). Faute d'en comprendre la nature, on donna à tout l'édifice les attributions les plus diverses. Pendant longtemps, la plus accréditée en fit un Panthéon parce que l’on croyait que chacune des douze bases portait autrefois la statue d’un des douze grands dieux. C’était une erreur. Sur chaque base reposait une
colonne et sur les douze colonnes un toit rond; le petit édicule ainsi formé s'appelait /holus. Ce monument caractérisait beaucoup de marchés antiques ; on l'a maintes fois rencontré dans les fouilles en Italie, en Grèce, en Asie; Varron en fait mention (fholus macelli) ; il figure sur une monnaie de Néron représentant un marché de Rome ; on l'a trouvé bien conservé au centre du marché de Pouzzole vulgairement appelé temple de Sérapis. Le fholus du marché de Pompéi abritait un petit bassin dont un canal souterrain conduisait les eaux à l'égout; il conte-
Fig. 27. — Le marché (p. 44-48).
nait assez d'écailles de poissons pour accréditer l'opinion que, dans ce bassin, avant de les livrer, les marchands lavaient et écaillaient les poissons vendus.
Le mur intérieur sud, celui de droite en entrant, est garni de onze boutiques exposées au nord, ouvrant sous le portique du marché et surmontées, au premier étage, d'une chambre à laquelle un escalier en bois ou plutôt une échelle donnait accès. Le long du mur opposé, les boutiques, si elles avaient été tournées vers l'intérieur du marché, auraient regardé le sud, exposition funeste, dans les pays chauds, aux marchands, aux clients et aux denrées ; aussi ces boutiques sont reportées de l'autre côté du mur et par suite ouvrent sur la rue.
Trois salles de plus grandes dimensions occupent le mur de fond du
marché. Celle du centre, surélevée de cinq marches, était évidemment consacrée au culte des empereurs. On y a retrouvé, dans des niches, la statue de Marcellus et celle de sa mère Octavie, sœur d'Auguste (fig. 28, p. 46). Les deux niches qui leur font face sont vides aujourd hui et aussi le piédestal du fond. De la statue qui occupait ce dernier piédestal il ne subsiste qu'un bras tenant un globe ; c'était la statue d’Auguste ou de l’un des empereurs qui lui ont succédé jusqu'à Titus, probablement celle de Claude; en ce cas, les deux niches vides auraient con-
Fig. 28. — La chapelles des empereurs au marché (p. 45-46).
tenu les statues de sa femme Agrippine et de Néron, son fils adoptif.
La salle voisine, celle de gauche, est d’une attribution moins claire. M. Mau y voit une salle de banquet à l’usage d’une corporation vouée au culte des empereurs, peut-être celle des Augustales. Dans la partie libre de la salle, à gauche, la table était dressée. Sur la plate-forme du fond, pourvue d’un escalier, on plaçait la statue de l’empereur ; en avant de la plate-forme, un socle carré, à deux degrés, très bas, porte une sorte de plateau en tuf noir percé, à l’une de ses extrémités, d’un trou pour l'écoulement des liquides ; ce serait l'autel des libations. Sur le bloc carré, recouvert de marbre, qui est à droite, à l'entrée, on déposait les choses nécessaires pour le service du banquet (fig. 29, p. 47).
Il y avait déjà au marché, tout à côté, une chapelle dédiée au culte
LESMONUMENTS.DU FORUM 47
des empereurs ; j'ai peine à croire que la salle qui nous occupe ait fait double emploi avec la chapelle ; je préfère y voir le lieu où se faisaient les ventes aux enchères. Dans l’espace libre, à gauche et aussi en avant, se tenaient les acheteurs; sur la plate-forme du fond pourvue d’un escalier permanent, le commissaire-priseur et son scribe ; sur le bloc, près de l'entrée, on plaçait les denrées destinées à être vendues. Enfin le socle carré, bien bas pour un autel, recevait la chose mise en vente. Quand on y avait déposé quelque denrée après laquelle un lavage immédiat
PAÉDERRAA AE
Fig. 29. — Salle de vente aux enchères, au marché (p. 46-47).
était nécessaire, la forme du plateau, le trou ménagé dans un de ses rebords pour l'écoulement du liquide faisaient l'opération prompte et facile.
L'attribution de la salle de droite (voy. fig. 27, p. 45) est moins sujette à discussion. Trois des côtés sont occupés par un comptoir derrière lequel le marchand pouvait circuler. A gauche, on vendait le poisson : l'inclinaison du comptoir et du sol, les rigoles par où s’écoulait l’eau déversée des baquets où séjournait le poisson, tout est aménagé d'une façon très pratique. Le comptoir de droite servait d’étal aux bouchers. Près de la porte de cette salle, une cassette dont il ne subsistait que des débris, contenait, outre un anneau d’or avec intaille en pierre et différents objets, 334 monnaies de grand module, 188 de moyen module, 586 de petit
module, en tout 1128 monnaies en bronze de valeurs diverses, plus 35 petites monnaies en argent. C'était sans doute la réserve avec laquelle un marchand rendait la monnaie à ses pratiques. Outre la porte d'entrée que nous avons décrite, le marché avait une porte au centre du mur septentrional et une autre porte à l'extrémité du mur sud, près de la salle où se vendait le poisson et la viande de boucherie. Sur le mur de cette porte, à droite en sortant, on voit encore les restes de deux serpents peints de chaque côté d'une niche qui, sans doute, a contenu la statuette du (Génie du marché.
Le marché de Pompéi, orné d'œuvres d'art et de peintures, présentait un aspect dont ne sauraient donner une idée nos modernes marchés utilitaires. La face intérieure du mur qui regarde le Forum porte encore de belles peintures en deux registres; celui d'en haut, divisé en tableaux, représente les denrées qui se vendaient dans le marché : d’abord les poissons de toute forme et de toute dimension, dans des paniers ou sur des tables ; dans le tableau suivant, les volailles et les oiseaux, vivants ou tués, plumés et même tout dressés pour la broche ; puis des bouteilles, des bocaux, des vases contenant de l'huile, du vin, des olives, des fruits, des légumes secs et sans doute aussi ces sauces aux poissons, spécialité de Pompéi dont les Romains étaient très friands : la muria, muria casta. garum, garum castum, liquamen ; la marque d’'Umbricius Scaurus était très demandée et aussi, pour le (rarum, celle d'Umbricius Abascantus. Du tableau qui vient après, le quatrième, il reste juste assez pour montrer qu’on y avait peint les fruits et les légumes. Les trouvailles en nature faites dans les boutiques confirment complètement les renseignements fournis par ces peintures; elles ont fourni en effet des olives, des figues, des châtaignes, des fruits — prunes, raisins, poires — conservés dans des vases en verre ; des lentilles, des grains, du chénevis, des fèves, des pains, des mets tout préparés, des moules de cuisine et de pâtisserie ; une seule boutique renfermait 550 petites bouteilles.
Au-dessous, sur des panneaux séparés par des cadres peints et par les motifs légers d'une architecture irréelle appartenant à la bonne époque du quatrième style, des sujets mythologiques alternent avec de gracieuses figures : la première entrevue d'Ulysse revenu d'Ithaque et de Pénélope, Io surveillée par Argus, une des plus belles peintures de Pompéi, Médée préparant le meurtre de ses enfants; puis l'amour et Psyché, un guerrier que couronne la Victoire, une apothéose, une joueuse de lyre (fig. 30, p. 49). Sur les murs intérieurs de la porte Nord, des amours tressent des guirlandes, banquettent près d'un moulin qui
symbolise la fabrication du pain, couronnent des ânes, célébrant ainsi les Vestalia, fête des boulangers. Dans la salle où se vendent le poisson et la boucherie, des divinités symbolisent le Sarno, la mer et les pâturages qui fournissent le bétail et les poissons. Dans la salle correspondante,
du côté opposé, des amours jouent de divers instruments, dansent, banquettent, entourent l'aigle de Jupiter.
Fig. 30. — Muraille peinte au marché; au centre Lo et Argus; quatrième style (p. 48; Hist., Vie priv., p. 118-132).
Il est facile de se figurer l’animation qui, les jours de marché, régnait dans ce lieu. Dans les boutiques permanentes, se pressait une foule sans cesse renouvelée. Le long des deux murs libres, sous le portique, les marchands ambulants, les femmes de la campagne, établissaient leurs étalages provisoires sur des tréteaux, apportaient leurs paniers pleins des denrées dont les murs reproduisent les images que nous avons décrites plus haut et aussi des produits dont Pompéi avait la spécialitéet que vantent les auteurs : les oignons, les concombres, les raisins, etc. Sur l’aréa encore, autour du tholus, des marchands posaient à terre leurs
paniers, faisaient l'article, appelant les acheteurs, discutant le prix, la II. 4
qualité, la quantité et aussi le poids qui, d’ailleurs, pouvait être vérifié en face, aux mesures publiques (IV, 7, 31); tandis que des curieux, des flâneurs, circulaient, formaient des groupes, causaient, augmentant encore ce bruit et cet encombrement qui les amusaient. Par les deux portes, celle du Forum et celle de la rue des Augustales, sur laquelle ouvraient la moitié des boutiques, se pressaient,comme devant une ruche, entrant et sortant, des ménagères, des acheteurs de tout sexe, de tout âge et de toute condition.
Les mesures publiques (IV, 7, 31). — Onnese figure pas de marché sans poids, sans balances et sans mesures conformes aux étalons officiels. A Ostie, à Aumale, des citoyens généreux ont fait don de poids au marché de leur ville. A l'époque samnite Pompéi avait établi, à proximité du Forum et du marché, deux tables en tuf superposées, ayant environ > mètres 30 de longueur sur 73 centimètres de largeur. Cinq cavités circulaires, rangées sur une seule ligne, par ordre de capacité en commençant par la moindre à gauche, sont creusées dans la table inférieure. La table supérieure n’en possède que trois (fig. 31, p. 51). C’étaient les étalons officiels des mesures de capacité mis à la disposition du public. Ces mesures procédaient du système grec.
Quand les Romains se furent établis, le conseil des décurions chargea les deux duumvirs Aulus Clodius Flaccus et Numerius Arcaeus Arellianus Caledus de ramener ces mesures au système romain, Auguste ayant ordonné l'unification des mesures dans tout l'Empire. C'est ce que nous apprend l'inscription gravée sur la tranche du monument. En même temps on effaçait soigneusement les noms osques, pas assez cependant pour qu'on ne puisse encore lire le mot Kuiniks, synonyme du nom grec de la mesure Choinix.
Toutes ces mesures avaient un couvercle en métal. Pour les mesures de liquide, le fond se fermait par un bouchon, pour les mesures de graines, par une plaque de bronze glissant dans une coulisse. À chaque angle, deux mesures de liquides, beaucoup plus petites que toutes les autres, ayant l’une 95, l'autre 106 millimètres de diamètre, se vidaient par un trou ménagé en avant, dans la tranche de la pierre.
Nous ne savons pas où les Samnites avaient placé ces étalons, sans doute près de leur Forum ou du marché, s’il existait alors. Les Romains les établirent dans un réduit aménagé au milieu de la muraille qui ferme le portique du temple d’Apollon du côté du Forum; ainsi elles étaient voisines de deux édifices très vastes, dont le premier, adossé au
fond du temple d'Apollon, dut, même avant les Romains, être en rapport avec le marché du Forum, lui servant de complément ; sa façade formait un portique dont les colonnes se voient encore engagées dans un couloir voisin de l'escalier qui monte à la galerie supérieure du Forum.
La grande salle qui lui fait suite, vers le nord, servit probablement, au temps des Romains, d'annexe au marché construit en face. On Y vendait sans doute les marchandises qui auraient été trop encombrantes pour l’aréa du marché.
Il est bon de ne pas ignorer que les mesures mises à leur place sous les yeux des visiteurs de Pompéi ne sont pas le monument original qui a été transporté au musée de Naples, mais une simple copie assez médiocrement exécutée.
Quant au marché proprement dit que nous avons décrit tout à l'heure il avait lui aussi ses mesures. Dans l’une des boutiques adossées à la façade et qui, par conséquent, ouvrent sous le portique du Forum, on a trouvé deux petites tables également posées l’une sur l’autre et dans lesquelles étaient également creusées plusieurs mesures de capacité.