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bâties : un noyau de -briques rondes superposées est entouré de sections de briques pentagonales posées à plat au nombre de dix par couche, ordonnées de telle sorte que les angles saillants de ces sections forment, tout le long de la colonne, les arêtes des cannelures. On peut très bien, en examinant sur notre figure 20 (p. 33) la coupe des deux colonnes de devant, se rendre compte de ce mode de construction. Un revètement en stuc donnait à l'ensemble la beauté et la grâce d'une belle colonne en marbre : un stuc peint, très fin, revêtait également les chapiteaux ainsi que les colonnes engagées construites aussi en briques ou en blocage. Sur les murs et sur le tribunal, des plaques de stuc faisant une légère saillie imitaient, par leurs formes et leurs couleurs, des incrustations de marbre aux tons variés. Deux larges bandes, l’une rouge l'autre noire, séparéee par des filets jaunes, rouges, verts et blanes décoraient la plinthe. Devant le tribunal, un piédestal haut de deux mètres supportait une statue équestre en bronze dont, au moment des fouilles, on à retrouvè quelques débris.

La basilique de Pompéi, avant le tremblement de terre de l'an 63. devait être un bel édifice. Ses colonnes de stuc peint, élégantes et légères malgré leur circonférence proportionnée à leur hauteur, les beaux chapiteaux finement colorés portant si haut le plafond richement lambrissé des bas côtés, les murs imitant, de toutes parts, le ton et le brillant des marbres précieux, l'étroitesse mème de l'édifice qui en exagèrait encore l'élévation, tout cela devait produire sur l'esprit de ceux qui entraient dans la basilique de Pompéi une grandiose impression.

Nous savons ce qu'étaient les basiliques romaines, palais de justice avant tout, puis lieu de réunions, de conférences, de flänerie ; quand une averse chassait du Forum les badauds, c'était sous les portiques ou dans la basilique que se reformaient les groupes un moment dispersés. Comme à Rome dans la basilique Julia, comme à Timgad, nous aurions retrouve, si le dallage n'avait pas péri, les jeux tracès par les forenses pour occuper leurs nombreuses après-midi de farniente. Ils ont, en tout cas, laissé sur les murs assez d'inscriptions de tout genre pour attester leurs longs séjours oisifs dans cet édifice. On y lit plus de vers supportables et plus de réminiscences des écrivains alors à ia mode que parmi les graffites des autres endroits de Pompèi; le public de la basilique, une partie au moins de ce public, était plus lettré que celui dont nous lisons ailleurs les pensées. Peut-être, en attendant l'heure de l'audience, les jeunes avocats écrivaient sur les murs quelques vers de leurs poètes préférés, et aussi les leurs.

Le temple d'Apollon (IV, 7; fig. 21, p. 35). — Pendant longtemps ce temple passa pour être celui de la Vénus pompéienne. Aujourd'hui, on ne peut plus mettre en doute sa véritable attribution. Une inscription en langue osque mentionnant des travaux exécutés dans le temple même avec le trésor d'Apollon, la présence de l'Omphalos, symbole du dieu, resté dans la cella, un grand trépied, indépendant de la décorationégénérale, peint sur le mur latéral à droite de l’entrée, en sont des preuves

Fig. 21. — Le temple d’Apollon (p. 35-37).

plus que suffisantes. Apollon d’ailleurs, très honoré à Pompéi, y avait de nombreuses statues : dans son temple, dans les maisons de Joseph II (IT, 2, 30), des cinq squelettes (VI, 10, 2), de la chasse (IV, 4, 48), etc. ; il figure mille fois en peinture, soit seul, soit avec d’autres divinités : Artémis, Hermès, Asclepios. Quelquefois il est simplement indiqué par quelqu'un de ses attributs isolé : la lyre, l’arc, le carquois, l'omphalos, quelquefois aux pieds de Mercure, avec ou sans le serpent Pithon, le trépied, le corbeau, le griffon, la couronne de laurier ; ses nombreuses aventures, parmi lesquelles reviennent souvent l’histoire de Daphné, la lutte contre Marsyas, la mort du serpent Pithon, s’étalent au milieu des panneaux aux vives couleurs. Apollon était donc, à Pompéi, en possession

d'un des plus beaux temples de la ville, adoré publiquement et aussi accueilli dans les maisons privées avec une très grande faveur. Ne symbolisait-il pas, en effet, pour les Pompéiens épris d'art, de brillantes couleurs, de belle nature, l'éclatante lumière, l'harmonie des sons, des couleurs et des formes, la grâce et la beauté ?

Dès l'entrée qui ouvre sur la rue de la Marine, le grand mur en belles pierres de tuf recouvertes de stuc, les montants de la haute porte à quatre battants, large de trois mètres, dénotent un édifice appartenant à la belle époque de l'art samnite.

Cette porte franchie, on se trouve dans une vaste aëéra entourée d'un portique qui, jadis, eut deux étages (fig. 21, p. 35). Les colonnes, cannelées, sont en tuf recouvert de stuc, avec chapiteaux ioniques et triglyphes. Le portique est surélevé de deux marches. dont la supérieure, moins haute, est constamment interrompue par les bases des colonnes. Dans la partie inférieure des colonnes les cannelures restent pleines jusqu au tiers, précaution souvent prise à Pompéi parce que, dans la partie basse,

les arêtes vives des cannelures au-

Fig. 22. — Statue d’Apolion (p. 36). raient été trop exposées aux chocs

involontaires. Tout autour de l'a-

réa, sur le bord de la toiture, les antéfixes alternaient avec des gueules

de lion par lesquelles lès eaux pluviales se déversaient dans un caniveau courant au pied des colonnes.

Des statues contribuaient à l’ornement de cette cour monumentale :

à droite, l'Hermaphrodite, Apollon tirant de l'arc (fig. 22, p. 36, Mercure

drapé, la partie inférieure du corps emprisonnée dans une gaine en forme

d'Hermès (voir fig. 21, p. 35); à gauche, Vénus, Diane faisant vis-à-vis

à son frère et, comme lui, tirant de l'arc (fig. 23, p. 37); en face de celle de Mercure, la statue de Maia. Les villes italiques unissaient souvent dans un même culte Mercure et sa mère Maia; à Pompéi on a trouvé plusieurs inscriptions mentionnant des ministres de Mercure et de Maia auxquels est associée quelquefois la divinité d'Auguste. Devant les statues de Vénus et de Diane se dressent des autels (Gg423; p.37).

Ce temple, d'époque préromaine, fut très éprouvé par le tremblement de terre de l'an 63 et le portique de son aréa fort maltraité. Quand sur-

Fig. 23. — Les statues de Diane et de Vénus et leurs autels dans le temple d’Apolion (p. 37).

vint l’éruption on le restaurait dans un goût plus moderne. Les triglyphes de l’architrave, déjà dépareillés par la substitution des chapiteaux ioniques aux lourds chapiteaux doriques, reçurent une couche de stuc sur laquelle furent sculptés des griffons et des guirlandes aux vives couleurs; aujourd'hui le stuc est tombé et l’ancienne ornementation a reparu, mais on voit sur la pierre la moucheture des petites entailles destinées à favoriser l'adhérence du stuc. Complètement dissimulés sous un stuc épais, les chapiteaux des colonnes, sculptés de nouveau, revêtirent une ornementation plus riche, se rapprochant du style corinthien et peinte en bleu, jaune et rouge.

Les murs du portique aussi reçurent des peintures bien différentes de

l'antique ornementation architecturale. Une série de tableaux représentait l'histoire d'Achille bien populaire à Pompéi : sa colère, la députation des Achéens, la mort d'Hector trainé autour des murs de Troie par le héros vainqueur, le vieux Priam demandant, dans l'attitude d'un suppliant, le cadavre de son fils, le vol du Palladium. Un petit paysage figure une villa sur une île rocheuse baignée par les flots; le feuillage encadre les toitures; une barque aborde, une autre vogue au large. Ailleurs, des nains, négrillons grotesques, se livrent à des jeux ou fuient effarés devant un crocodile (Hist. Vie priv., p.129). On ne voit plus que des traces fort rares de ces peintures effacées ou transportées au musée de Naples.

Des maisons situées à l'ouest du temple avaient vue sur l'intérieur du portique. En partageant entre les intéressés une indemnité de trois mille sesterces, le duumvir M. Holconius Rufus acheta le droit de construire devant ces fenêtres importunes un mur montant jusqu à la hauteur du toit, Nous avons vu que, du côté du Forum, le mur, par une légère inclinaison, corrige l'orientation du portique.

Surélevé sur un podium ou soubassement haut de deux mètres trente centimètres, le temple occupe la partie nord de l’aréa. Un escalier de quatorze marches y donne accès. En avant de cet escalier, sur l’aréa, un bel autel porte les noms des deux duumvirs et des deux édiles qui l'ont érigé. À gauche de l'escalier une colonne soutenait un cadran solaire offert par les duumvirs L. Sepunius Sandilianus et M. Herennius Epidianus, les mêmes qui ont orné d’un don semblable le banc semi-circulaire ou schola du forum triangulaire (voir fig. 21, p. 35); à droite, un large soubassement en tuf marque peut-être la place où était érigé un second autel.

La cella, entourée d’un portique de trente colonnes corinthiennes, six sur les petits côtés, s'élève sur le podium. Son mur qui, dans l’état actuel, ne dépasse pas deux mètres, est, à l'extérieur, recouvert de plaques de stuc en relief encadrées dans des oves et des filets, grandes sur la partie basse du mur, plus petites à la partie supérieure. D'épais pilastres cannelés, en stuc, dissimulent les angles. Devant et autour de la cella, entre son mur et les colonnes, une fine mosaïque blanche recouvre le sol.

A l'intérieur de la cella, dans laquelle on entre par une large porte à quatre battants, le mur est également recouvert de stuc en relief imitant les plaques de marbre; c'est le mode de décoration le plus ancien, celui que l’on appelle le premier style; aussi, là où le stuc a disparu, on voit que le mur est construit en pierre du Sarno. Sur le sol, une incrustation simule des cubes en marbre blanc, gris et vert, posés sur’ un de

leurs angles et donne l'illusion d'un relief qu'on hésite à fouler aux pieds. Les Pompéiens aimaient ce genre de dallage qui se rencontre plusieurs fois. Dans la cella on voit encore l’omphalos, et, au fond, la base sur laquelle reposait la statue d’Apollon aujourd'hui disparue.

Le tremblement de terre n’a pas plus épargné le temple que le portique. Toutes les colonnes ont été renversées, les marches de l'escalier disjointes, le sol plus ou moins bouleversé.

A l'extrémité nord du portique, une porte ouvre sur un appartement composé de plusieurs chambres peu étendues. Là, sans doute, habitaient les aeditui ou gardiens du temple. Dans la première de ces chambres une peinture qui de plus en plus s’efface représente Dionysos nimbé, appuyé sur Silène qui joue de la lyre ; le dieu tient le thyrse de la main gauche et, de la main droite, laisse couler sur une panthère couchée à ses pieds le contenu d'un canthare.

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