‹ Pompéi (volume 3)Chapitre 50 sur 70 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le temple de Vénus Pompeiana. — Le temple de la Fortune Auguste. Le temple de Zeus Milichios.

Nous avons déjà parlé du temple grec antique de Pompéi et des temples qui appartiennent à l’ensemble des monuments du Forum ou leur ont été rattachés. Quatre temples nous restent à visiter.

Le temple de Vénus Pompeiana (IT, 1). — Sylla était très dévot à Vénus; il attribuait à son influence et à sa protection tous les événements heureux de sa vie. Aussi, quand il envoya des colons à Pompéi, il donna à la nouvelle colonie le nom de la déesse, Venerta. C’est ainsi que Vénus devint la patronne de Pompéi et y fut honorée sous le nom de Venus physica Pompeiana. Son image apparaît souvent peinte sur les murs des maisons; son nom se retrouve plus d'une fois dans les graffites. Elle est représentée debout, drapée dans un manteau bleu semé d'étoiles d'or jeté sur un chiton violet, la tête ornée d'une couronne enrichie de pierreries, un rameau d’olivier dans la main droite ramenée sur la poitrine, le bras gauche, dont la main s'appuie sur le sceptre long, accoudé sur un gouvernail; à sa gauche, un amour debout sur une base, vêtu d’un manteau rejeté sur l'épaule gauche, lui présente un miroir. C'est ainsi qu’on la voit, entre autres lieux, dans la maison des Dioscures (VI, 9, 6), dans celles de Pansa {VI, 6, 1), du Poète tragique (VI, 8, 3 et 5), du Labyrinthe (VI, 11, 10), et ailleurs (V, 4, 6; IV, 4, 20), soit seule, soit dans les laraires avec d'autres divinités ; elle figure parmi les douze grands dieux à l'entrée de la rue qui commence rue de l’'Abondance entre les îles 3 et 5 de la deuxième région (II, 3, 10); dans une curieuse peinture elle préside aux noces d'Hercule et d'Hébé (IV, 9, 47); un bas-relief

de la maison des Amorini dorati (VI, 16, 7) nous présente son image. Les graffites attestent la popularité de son culte : on protège les monuments en menaçant de sa colère ceux qui les abimeraient : « Que la colère de Vénus Pompéienne frappe celui qui fera ici quelque dégât. » Sa bienveillance est promise aux bons électeurs : « Votez pour un tel et que Vénus Pompéienne sacrée, sainte, vous soit propice. » Elle maintient la concorde entre ceux qui s'aiment : « Que Vénus Pompéienne soit propice à tous les deux et qu'ils vivent toujours dans la concorde. » Un gladiateur fait vœu, s'il est vainqueur, de lui offrir sa palme.

Le culte de la Vénus Pompéienne était donc devenu rapidement populaire et c'est encore à elle sans doute que s'adressent les nombreux graffites où se rencontre, sans épithète, le nom de Vénus. Dans une maison de l'île troisième de la V° région, on a trouvé, non en place mais appuyé contre un mur, un bas-relief en marbre qui semble être une très médiocre copie d’un original assez bon. Vénus assise est, comme la Vénus Pompéienne, entièrement drapée; comme elle aussi, elle porte le diadème et le sceptre long ; là s'arrête la ressemblance. Un victimaire amène, pour l’immoler à la déesse, un bélier, une de ses victimes favorites ; près du bélier se tiennent trois petits enfants, en arrière un homme et deux femmes dans une attitude d'adoration. C'est évidemment l'ex-voto d’une famille qui ayant promis un sacrifice à Vénus, a fait représenter sur cette plaque de marbre l’accomplissement de son vœu; sans doute, dans la maison de celui qui l’avait fait exécuter, le monument votif attendait que le temple fût reconstruit.

Quand, en 1898, on retrouva le temple de Vénus, il n’en subsistait que les soubassements. Le chantier de reconstruction était, en l'an 70, en pleine activité et l'on croirait, en y jetant un coup d'œil, qu'hier seulement le travail a été interrompu. Il ne semble pas que le temple de Vénus ait été détruit comme presque tous les autres édifices de Pompéi par le tremblement de terre de l'an 63, mais avant, par les Pompéiens qui le voulaient plus grand et plus digne de la déesse tutélaire de leur ville.

Cet édifice dut être, sous l'influence de Sylla, un des premiers que construisirent à Pompéi les nouveaux colons. Ils choisirent un emplacement qui convenait à la déesse : près et en vue de la mer, À Vénus née de la blanche écume des flots on érigeait, par tradition, des temples voisins de la mer. Les Pompéiens voulurent aussi que ce temple s’élevât près du forum, de ce lieu confié à la garde des divinités tutélaires de la cité; ils l’entourèrent d’un portique qui limitait son péribole, Ce premier édifice

Page 1