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construit en tuf fut très simple; on en peut juger par ce qui reste des soubassements de son portique.
Au commencement de l'empire, quand le luxe eut envahi l’architecture, quand le marbre devint la matière habituelle des édifices magnifiques, peut-être au moment même où, non loin de là, on élevait en marbre, de l’autre côté du Forum, le temple de la Fortune Auguste, Pompéi s'avisant que sa patronne Vénus n'était pas honorée dans un temple digne d'elle démolit, pour le reconstruire, l’ancien temple et le réédifia de la manière alors usitée à Rome. La base de l'édifice, formée d'un solide bloc de maçonnerie composé de pierres noyées dans un ciment résistant, fut enserrée dans une solide muraille faite de plusieurs épaisseurs de pierres de taille soigneusement ajustées et reliées entre elles par des attaches en fer scellées dans la pierre. Cette muraille, destinée à être elle-même recouverte de marbre, avait pour mission de soutenir, tout autour de l'édifice, les colonnes qui n'auraient pas trouvé dans la maçonnerie intérieure un sol assez immuable; elle pénétrait aussi dans l’intérieur du noyau central pour supporter le mur de façade de la cella. Ainsi, sur le Forum de Rome étaient construits les temples de César et de Castor.
En même temps que le temple plus grand on refit, dans des proportions plus vastes, le portique qui l'entourait. Ces travaux en cours d'exécution, furent d'abord renversés en l’an 63 par le tremblement de terre, repris aussitôt avec une grande activité et enfin, avant leur achèvement, recouverts en 79 par les cendres du Vésuve.
L'attribution de ce temple à Vénus est, sinon certaine, tout au moins fort probable. Sa situation favorise cette opinion et aussi ce fait que, dans la cella, on a trouvé des fragments d'une statue de Vénus et, dans un autre endroit dépendant du temple, un petit gouvernail en bronze, attribut de la Vénus Pompéienne.
Le temple de la Fortune Auguste (IV; 4, 1). — On gravit le podium de ce temple par un escalier qu'un autel divise en deux parties et qu'une grille de fer, dont les traces sont visibles, entoure. En haut de cet escalier, quatre colonnes de face et deux de côté supportaient le fronton triangulaire et derrière lui la toiture du vestibule au fond duquel ouvrait la cella (fig. 37, p. 67). Cet édifice est une réduction du temple de Jupiter mais avec un revêtement de marbre. Au fond de la cella en forme d'abside, un piédestal encore en place portait la statue de la Fortune Auguste
entre deux niches occupées par les statues de personnages inconnus : une femme drapée et un homme vêtu de la toge.
Ce temple couvrait un espace restreint à l’angle de la rue du Forum et de la rue de Nola. Un duumvir nommé M. Tullius avait, tout au commencement du 1° siècle de notre ère, donné le terrain et bâti le temple à ses frais; mais il avait eu bien soin de marquer par une inscription la limite, toute voisine du temple, du terrain dont il conservait la propriété (area privata). Les prêtres portaient le titre de ministri; une
Fig. 37. — Le temple de la Fortune Auguste. A gauche, rue de Nola (p. 66, 132).
inscription nous donne les noms de ceux qui étaient en fonctions en l'an III de notre ère : Agathemerus, Suavis, Pothus et Numitor; ces noms indiquent leur origine servile. Une autre inscription de l'an 44 après J.-C. autorise L. Statius Faustus, qui devait une statue au temple, à offrir à la place deux bases en marbre.
Le temple a conservé de son revêtement et de son architecture de nombreux débris que M. Sogliano se propose de remettre en place.
Le temple de Zeus Milichios (IL, 7, 25, fig, 38, p. 69). — Ce temple, découvert pendant les années 1766-1768, occupe à l'angle des rues de Stabies et du temple d'Isis, à l'extrémité nord-est de l’Insula riche en
monuments (Il, 7) où se trouvent le Forum triangulaire, le quartier des gladiateurs, les deux théâtres, le temple d’Isis et une palestre. De tous les temples de Pompéi connus jusqu'à ce jour il est le plus petit, n'ayant que 21 mètres de long sur 7 de large.
Devant le temple, sur le bord du trottoir, une borne-fontaine (voir fig. 38, p. 69) protégée par un chasse-pierre porte au revers la rainure dans laquelle était encastré le tuyau qui conduisait l'eau au robinet. Quelques débris du seuil de l'entrée subsistent : la pierre du milieu où s'arrêtaient les deux battants de la porte; à droite et à gauche les trous des gonds.
Le seuil franchi, on se trouve dans le vestibule sur lequel ouvre à droite une chambre de gardien dont les murs sont construits en moellons de pierre du Sarno et de tuf noyés dans du ciment. Deux colonnes séparent le vestibule de la cour dans laquelle, au pied de l'escalier et dans l'axe du temple, s'élève un bel autel long, de forme très archaïque orné de triglyphes et portant encore des restes de son revêtement en stuc (voir fig. 38, p. 69). Par sa forme, il rappelle le célèbre tombeau de Scipion.
L'escalier composé de neuf marches conduit sous le portique ou pronaos. Les colonnes de la façade et les deux colonnes en retour, une seulement de chaque côté, ont disparu. Le mur de la cella subsiste encore à une hauteur moyenne de 2 mètres 50 et ne se confond pas, comme cela se produit souvent, avec le mur d'enceinte du temple; on peut, dans un corridor très étroit ménagé entre les deux murs, faire le tour de la cella complètement isolée.
Au fond de la cella, la place où se dressait le piédestal de la statue de la divinité est encore reconnaissable.
La forme de l'autel, la hauteur inusitée de l'escalier peu en rapport avec l'étroitesse du temple et compensant par ses marches nombreuses la différence de niveau entre le seuil et la cella, la sévère austérité de l’édifice, la couleur sombre du tuf employé dans sa construction, tout cet ensemble fait impression sur le visiteur et le porte à se croire en présence d'un monument d’une haute antiquité. Il n’en est rien cependant. Le mode de construction de l'édifice actuel, l'opus quasi reticulatum de sa cella, le font contemporain du petit théâtre, c'est-à-dire datant des premiers temps de la domination romaine.
Mais cet édifice a remplacé un temple beaucoup plus ancien dont, en maint endroit, ont apparu des débris; les beaux chapiteaux de l'époque samnite que l’on a retrouvés lui appartenaient. Une inscription, certainement antérieure à l'occupation romaine, nous fait connaître son nom.
On sait, en effet, par cette inscription en langue osque aujourd'hui
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déposée près de la porte de Stabies, qu’il existait à Pompéi un temple dédié à Zeus Milichios. Les renseignements topographiques que fournit ce texte se rapportent parfaitement à l'emplacement occupé par le temple qui nous 6ccupe et ne peuvent s'appliquer qu’à lui. Son attribution est donc certaine. Le fait qu'on y a trouvé deux statues en terre cuite de Jupiter et de Junon et un buste de Minerve, a donné à Overbeck la pensée que ce fut peut-être le temple des trois divinités Capitolines tout
Fig. 38. — Le temple de Zeus Milichios (p. 67, 130).
au moins pendant le temps où le temple de Jupiter au forum, ruiné par le tremblement de terre, était hors d'usage.
Des débris de son architecture antique, on a retrouvé les chapiteaux de trois des pilastres de la cella. Sur l'un de ces chapiteaux, une tête de Jupiter, d’un grand style, entre deux volutes et deux acanthes, émerge d’une ligne horizontale de feuilles d’acanthe. L'expression de la figure divine, la barbe frisée, la chevelure calamistrée, la beauté de l’œuvre indiquent bien une époque d'influence grecque antérieure aux Romains; la matière employée, le tuf recouvert de stuc, convient aussi à l'époque où l’art grec florissait à Pompéi. Cette belle tête est sans aucun doute celle de la divinité honorée dans le temple, Zeus Milichios, Zeus propice : et clément, protecteur des cultivateurs, dont, à une certaine époque, le culte fut très répandu dans toute la Grèce.