CHAPITRE XI
PESADAERMES"
A Rome, les bains furent d’abord très modestes. Avant la création des bains publics, la baignoire placée dans la cuisine ou à côté recevait l’eau chauffée par le même feu qui cuisait les aliments. La spéculation privée créa les premiers bains publics. Plus tard, les édiles en firent construire de plus grands. A la fin de la république seulement, sous l'influence des Grecs, ces établissements commencèrent à se multiplier puis à devenir de plus en plus magnifiques et compliqués. L’édilité d’Agrippa précipita leur développement. Des palestres en devinrent plus tard une partie essentielle, souvent même la principale ; de telle sorte qu'on vit des thermes porter le nom de Gymnase. Pour les Romains de l'empire, les thermes tenaient lieu de nos cercles modernes avec bibliothèque, restaurant, salons de conversation, etc., installés avec un grand luxe.
Comme toujours la province suivit le mouvement dont Rome était le centre. Mais dans les pays soumis de bonne heure et directement à linfluence grecque c'est Rome qui fut devancée. Il en fut ainsi à Pompéi. A une époque où Rome ne construisait pas encore des thermes avec des palestres, la Pompéi samnite en avait une dans les thermes de Stabies, tandis qu’il n’y en eut pas dans les thermes du Forum, construits bien plus tard par les Romains, au début de l’occupation.
Thermes de Stabies (IV, 1, 8; fig. 55, p. 102). — Cet édifice remonte à l’époque samnite, au 1° siècle avant notre ère; on ignore la date précise. Au commencement du 1‘ siècle, dès les premiers temps de la domination romaine, il fut restauré et en partie reconstruit en vertu d'un décret des décurions ; les duumvirs C. Ulius et P. Aninius adjugèrent puis approu-
vèrent les travaux : construction d’un destrictarium et d'un laconicum, restauration du portique et de la palestre.
Tels que les a surpris la catastrophe, ces thermes occupent un espace en forme de trapèze circonscrit par quatre rues (fig. 55, p. 102) : à l’est la rue de Stabies dont on a donné le nom aux thermes; au sud les rues des Holconïii et de l’'Abondance, à l’ouest la rue du Lupanar. Au nord les thermes sont adossés à la belle maison de Siricus. On y pénétrait par plusieurs entrées (suivre sur la fig. 55, p. 102) : la principale ouvrait sur
ren hl à] À Mrs)
Zolconï
Fig. 55. — Le plan des thermes de Stabies (p. 102).
la rue des Holconii (A); trois sur la rue de Stabies (a, b, c), trois sur la rue du Lupanar {d, e, f). Les murs extérieurs sud et ouest sont occupés par des boutiques. Cinq de celles qui ont leur devanture sur la rue du Lupanar présentent une disposition particulière. Leurs murs de séparation ne touchent pas le mur du fond. De sorte que, tout le long de ce mur, règne un passage sur lequel elles sont ouvertes au moins autant que sur la rue. Ce passage a une porte aujourd’hui condamnée dans les bains de Stabies {en face de 26) et, à son extrémité opposée, fait un coude pour déboucher sur la rue du Lupanar (IV, 1, 58). Il est à croire que ces cinq boutiques dépendaient de l'administration du bain et que leur commerce s'y rattachait.
À. côté de l'entrée principale (A), sur un piédestal, se dressait une
PESSOHERMES 103
statue; c'était celle d'Holconius Rufus, membre d'une des familles de Pompéi les plus considérables qui, de père en fils, donna des magistrats à la colonie. Tout près de là, presque en face des thermes, est leur maison de famille. ‘Holconius Rufus fut, comme nous l’apprend l'inscription gravée sur le piédestal de sa statue, tribun élu des soldats, cinq fois duumvir, deux fois quinquennalis, prêtre d'Auguste. Ses concitoyens mirent le comble à tous ces honneurs en le nommant patron de la colonie. Cette statue, aujourd'hui conservée au musée de Naples, a été trouvée le 22 juin 1833, brisée en plusieurs morceaux sur le pavé de la rue; la tête avait été rapportée sur un torse plus ancien; çà et là quelques traces de peinture subsistaient. Trois autres piédestaux dépouillés de leur revétement de marbre se voient encore sur la même place; peut-être supportaient-ils des statues d’autres membres de la famille des Holconii. Nous avons vu, à l’'amphithéâtre, l’une en face de l’autre, les statues des deux Pansa père et fils.
Nous traversons le vestibule (A) orné de peintures sur fond rouge avec filets jaunes et de petits tableaux aujourd’hui effacés; on y a trouvé trois squelettes et quelques bijoux. De là nous pénétrons dans une vaste cour en forme de trapèze (B), entourée, sur trois de ses côtés, d'un portique ; c'est la palestre. Elle ne présente plus l'aspect qu'elle avait à l'époque samnite ; une restauration postérieure au tremblement detterre de l'an 63 l'a dénaturée; les chapiteaux du portique, recouverts de stuc, ont reçu une ornementation lourde et sans grâce qui n'appartient à aucun style. On en peut dire autant des rinceaux et des palmettes en stuc qui, au bord de la toiture, dissimulaient les extrémités des tuiles. Au fond, sous le portique (19), en face de la porte, un Mercure voilé, dans une gaine, semblable en tout point à celui du temple d’Apollon, présidait comme dieu de la Palestre. C’est au milieu de la cour que s'accomplissaient les exercices variés : le disque, les poids, la course, les différentes sortes de lutte, le pugilat, etc. Un des côtés de la cour, dépourvu de portique et recouvert d’un sol bien uni, servait sans doute de jeu de boules (4).
De ce même côté une longue piscine d’eau froide (1) où l'on descendait par quatre degrés, accessoire nécessaire d’une palestre, servait aux exercices de natation qui faisaient partie du programme et à la réaction recommandée après les violents exercices. Près de là, une grande salle (2) était affectée à la garde des vêtements; les armoires ou casiers en bois ont laissé leur trace sur le mur. De chaque côté de la piscine, dans deux belles salles spéciales (3, 3), on se faisait laver puis frotter et oindre d'huile, particulièrement aux articulations; on enlevait avec le strigile
ne POMPÉI
la poussière et le sable de la lutte mêlés à la sueur. Ces deux dernières salles dont le sol pouvait être recouvert d’eau jusqu’à une faible hauteur ont reçu une gracieuse ornementation : une niche en mosaïque avec motifs aquatiques d'où jaillissait l’eau ; une plinthe en marbre ; au-dessus, parmi les arbres, les fleurs et les marbres d'un beau jardin, circulent des nymphes, des faunes et des satyres ; entre ces sujets et la plinthe, des bandes jaunes ornées de guirlandes et de dauphins alternent avec des
ei
Fig. 56. — Mur de la palestre des thermes de Stabies (p. 104; Hist., Vie priv., p. 118).
bandes bleues sur lesquelles figurent des paysages égyptiens. Les robinets qui laissaient passer l'eau dans la piscine (1) et dans les deux pièces (3) dont elle est flanquée, se réglaient de l'extérieur, dans un corridor qui longe le mur de fond (en face de 26).
Sur les murs (4), dans l'épaisseur des cintres, des stucs relevés par des fonds colorés certainement postérieurs au tremblement de terre de l’an 63, fatiguent l'œil par la surcharge d’une ornementation lourde: C’est aux exercices de la palestre et à la mythologie qu'ils empruntent leurs sujets : lutteurs tout prêts au combat, gymnastes dans des attitudes savantes, divinités parmi lesquelles Jupiter a une place d'honneur, Diane
PR SMAEE RONDES 105
entre deux chiens, des nymphes et des satyres, Hercule ivre en haut d'un escalier, Dédale fabriquant les ailes d'Icare, Apollon chez Admète, Hylas ravi par les nymphes, le tout au milieu de l’enchevêtrement, des complications de cette architecture fantastique et sans goût, chère aux décorateurs des dernières années de Pompéi (fig. 56, p.104, — voir A1st., MIADTIO,, D. 1e):
Sous le portique et, à droite en entrant, ouvrent les bains. Une salle
Fig. 57. — Vestibule et entrée de l'apodyterium des bains de Stabies. Dans le vestibule, à droite, porte du frigidarium (p. 104-105, 107).
d'attente pour les esclaves (5), un beau vestibule (6) dont la voûte est ornée de caissons en stuc peint avec motifs en relief au centre (voir fig. 57, p. 105) en forment l'entrée. Ceux qui voulaient passer par toutes les phases du bain antique entraient, en sortant de ce vestibule, dans une salle (C) appelée apodyterium (fig. 57, p. 105). C'est là qu’ils Ôtaient leurs vêtements pour les confier à l’esclave chargé de les garder. Celui-ci les plaçait dans une des cases maçonnées dans le mur, à hauteur d'homme (voir fig. 57, p. 105). L’apodyterium des bains de Stabies forme une vaste pièce rectangulaire autour de laquelle court un banc en maçonnerie ; la voûte, en berceau, est couverte de caissons en stuc alternativement ronds
et polygonaux encadrés dans des grecques, rehaussés de couleurs, ornés d’amours, de rosaces, de fleurons. Des sujets plus grands occupent les lunettes des deux murs extrêmes : du côté du vestibule, Hercule assis, génie tressant des guirlandes ; en face, sur l’autre lunette, de chaque côté d’un édicule, deux amours chevauchent un dauphin ; à droite et à gauche une statue d'Hermaphrodite sur son piédestal tient un plateau.
De l’apodyterium, le baigneur passait directement dans une seconde salle (D) appelée le /epidarium où régnait, comme l'indique le nom, une chaleur adoucie; à l'une des extrémités, une piscine (7) offrait au baïgneur, pour détendre ses membres, la douceur d’un bain tiède ; il pouvait, a son gré, s’y plonger ou circuler librement, se bien pénétrer de cette atmosphère tempérée avant d'entrer dans le caldarium (E).
Le fepidarium et le caldarium recevaient la chaleur d’un hypocauste, c'est-à-dire que le sol de ces deux pièces reposait sur des piliers entre lesquels circulait l’air chaud envoyé par un foyer (fig. 58, p. 107); cet air chaud pénétrait aussi dans l’intérieur des murs qui, pour lui livrer passage, étaient garnis de tuyaux en terre cuite ou recouverts de larges briques munies à chaque angle d'un mamelon destiné à maintenir un écartement; bientôt, du sol et des murs échauffés rayonnait une vive chaleur. L'hypocauste du caldarium (E) recevait directement l'air chaud du foyer (J) et le renvoyait, déjà très adouci, à l'hypocauste du feptdarium (D) dont, par ce moyen, la chaleur était plus tempérée.
Le tepidarium (D) servait de transition entre l'air extérieur et la haute température du caldarium (E) ; on ne s'y baïgnait pas; la piscine (7) du /epidarium des thermes de Stabies constitue une exception qui ne se retrouve pas ailleurs. Sans doute elle fut ajoutée après coup.
Du fepidarium, le baigneur pénétrait dans le caldarium (E).A l'une des extrémités, sous trois niches autrefois ornées de statues, la piscine pour le bain chaud (8) occupe toute la largeur de la pièce. A l’autre extrémité une abside semi-circulaire abrite le labrum (0), grande vasque ronde montée sur un pied; au-dessus, dans la voûte de l’abside, une ouverture pouvait, à volonté, s'ouvrir et se fermer afin de tempérer la chaleur et de donner à la vapeur d’eau un dégagement; précaution nécessaire, car on se rend facilement compte de la température élevée, de la buée épaisse qui envahissaient le caldarium. Une fois entré, le baigneur, couvert bientôt d'une abondante transpiration, descendait dans la piscine d'eau chaude et y demeurait assis sur une marche de marbre, le dos appuyé à la paroi. S'il préférait ne pas se plonger dans l'eau, il augmentait le nombre de ceux qui, pressés autour du labrum (9) d'où l'eau jaillis-
TES MDENE: SIMS 107
sait par un tuyau de bronze, s’y lavaient le visage, le cou et les épaules pour modérer l’ardeur de la transpiration.
Notre figure 60 (p. 113) donne une coupe du caldarium du bain des hommes au*Forum qui s'applique tout aussi bien au caldarium des thermes de Stabies. On y voit le sol suspendu sur les piliers de l'hypocauste, la coupe du mur double ouvert sur ce même hypocauste, la baïgnoire en marbre avec les deux degrés qui y donnent accès et la marche intérieure sur laquelle on pouvait s'asseoir, à l'extrémité opposée le labrum sous sa demi-coupole.
Ces opérations achevées, le baigneur retournait au nier (D) pour se livrer aux mains de certains employés = du bain qui le massaient, lui raclaient la peau avec le strigile, le frottaient d'huiles et de parfums. Dans les bains de Stabies, en effet, 1l n'y a pas de salle spéciale affectée à ces dernières opérations et il est probable que le tepidarium en tenait lieu. Une immersion dans le frigidarium, c’est-à-dire dans le bain d’eau
froide (F), terminait la série de ces exercices.
Quelquefois, pour amener une réaction plus fig, 58. — Coupe d’un hypopuissante, le baigneur tout couvert de sueur causte avec ses piliers, sa mo-
: A : x saïque et l'ouverture du foyer se plongeait, aussitôt sorti du caldarium, dans (p. 106)
le frigidarium.
Aux termes de Stabies, pour aller du caldarium (E) dans le frigidarium (F), il fallait traverser de nouveau le tepidarium (D) et l’apodyterium (C); c'est dans le vestibule (6) que se trouvait la porte du frigidarium (fig. 57, p. 105). Il en est qui, au sortir des exercices de la palestre, préféraient à la piscine découverte (1) où l’eau montait à la température extérieure, le bain plus froid du frigidarium (F) dont l'eau, abritée par une voûte, se renouvelait sans cesse. Pour cette raison, et aussi parce que le bain froid était le dernier exercice du baigneur, cette salle se trouvait près de la porte d'entrée et de sortie.
Le frigidarium des bains de Stabies (F) consiste en une petite pièce ronde entièrement occupée par un bassin central assez profond, entouré d'un étroit promenoir en marbre avec quatre niches où le baigneur pouvait se retirer sans gêner la circulation. Prendre son bain froid en plein air, sous le ciel et au milieu de la verdure était pour les Romains une grande jouissance. Aussi, quand ils ne pouvaient pas réaliser ce désir, ils cherchaient à s'en donner au moins l’apparence. Non seulement aux thermes
de Stabies, mais aussi dans les autres bains, des peintures représentant, derrière une palissade en treillage, des arbres où voltigeaient des oiseaux, des fleurs, des jardins, couvraient les murs du frigidarium ; sur la voûte peinte en bleu brillaient des étoiles d'or. Nous avons vu (Vie privée, p. 98) que dans les bains des maisons du centenaire (III, 7, 6) et des Noces d'argent (V, 2, a) le frigidarium était en plein air.
Des lois que les abus sans cesse renaissants contraignaient à renouveler sans cesse défendaient dans les bains le mélange des hommes et des femmes. Quand il n'existait qu’un seul établissement, chaque sexe avait son heure. Dans d’autres villes, les bains étaient doubles et leurs entrées indépendantes. Il en était ainsi à Pompéi. La partie des thermes de Stabies réservée aux femmes a deux entrées, l’une rue de Stabies 4, l’autre rue du Lupanar d; au-dessus de cette dernière porte on lisait encore au moment des fouilles le mot #ulieres aujourd’hui tombé. Ces deux portes, par de longs corridors (10, 11), aboutissent chacune à l'apodyterium ((). Comme dans le bain des hommes l'apodyterium des femmes est en partie entouré de bancs en maçonnerie attenant au mur surmontés, comme au bain des hommes, mais à une moindre hauteur, de casiers pour serrer les vêtements. Le frigidarium ou baïn froid, dans le bain des femmes, ne constitue pas une salle spéciale. C'est une simple piscine (12) plus longue que large où l’on monte par quelques marches et qui occupe une des extrémités de la salle. De l’apodyterium on passe dans le /epidarium (H) posé sur un hypocauste qui recevait l’air chaud par l’hypocauste du caldarium (1) en communication directe avec le foyer (J). Dans l'une et l’autre pièce des briques à mamelons recouvrant le mur forment la double muraille qui donnait passage à l'air chaud. Une des extrémités du caldarium, celle de gauche en entrant, est occupée par une belle piscine en marbre merveilleusement bien conservée (13), celle de droite, par le labrum (14) qui, contrairement à l’usage, n’est pas dans une abside semi-circulaire. Le mur, peint en rouge et divisé en panneaux par des pilastres jaunes d’un faible relief, surmonte une plinthe en marbre. Sur les chapiteaux, du même style indécis que ceux du portique de la palestre, repose une frise ornée de guirlandes, de fleurs et d'oiseaux. Des godrons de stuc ornent la voûte en berceau. Des montants en marbre encadrent la porte d'entrée. Le sol des deux salles est couvert d’une mosaïque blanche entourée de filets noirs, celui de l'apodyterium, de losanges en marbre incrustés dans une mosaïque blanche.
La chambre de chauffe (J) occupe l'espace compris entre le bain des hommes et le bain des femmes. Elle a comme murs mitoyens, à gauche
le mur du caldarium du premier bain (E), à droite le mur du caldarium du second (I) ; les deux caldariums recevaient donc directement la chaleur et la renvoyaient adoucie aux tepidariums voisins (D et H). Le fourneau s'ouvre au niveau du sol, au pied d'un escalier ; les hommes de service y arrivaient du dehors par une porte donnant sur la rue de Stabies (b) ou par un corridor de forme irrégulière (15) qui communique avec le tepidarium (C) et à une porte sur la rue de Stabies {c). Sur le foyer reposait une chaudière (16) à fond large qui envoyait aux caldariums l’eau chaude. Au-dessus et un peu en arrière, une seconde chaudière (17) impressionnée de plus loin par la chaleur du foyer distribuaïit l’eau tiède. Enfin, plus haut encore, s'élevait le réservoir d’eau froide (18). À mesure que la chaudière d’eau chaude se vidait elle était de nouveau remplie par l’eau tiède de la chaudière supérieure qui s'y déversait automatiquement et celle-ci, à son tour, recevait l’eau du réservoir d’eau froide. De cette chambre de chauffe partaient les canaux et les tuyaux qui distribuaient, dans les deux bains, là où elles étaient nécessaires, la chaleur et l’eau.
Sous le côté nord du portique (19), si on laisse à gauche une chambre (20) ouverte de trois côtés sur le portique et la palestre, probablement le bureau d’un inspecteur ou contrôleur, on entre, au fond d'un large couloir, dans une latrine à places nombreuses (21), bien construite à la manière de celle du Forum. À gauche, un corridor (22) aboutissant à une porte dans la rue du Lupanar {e) dessert plusieurs cabines (23) avec baignoire unique en maçonnerie pour ceux qui désiraient se baigner seuls, un escalier (24) descendant aux caves et enfin la loge du concierge qui possède encore son lit en maçonnerie (25). Un corridor (26) conduit de la palestre à la porte f ouvrant sur la rue du Lupanar.
Les bains du Forum (IV, 5, 24, 2, 12). — Ces bains qui occupent une île tout entière sont limités par quatre rues et ont, sur trois de ces rues, une entrée. Il est à remarquer que tous les bains publics de Pompéi sont pourvus de nombreuses issues. Ce fut, avec l'amphithéâtre, le petit théâtre et le temple de Jupiter, un des premiers édifices construits par les Romains. Il n'a pas de palestre; les Romains n'avaient pas encore emprunté aux Grecs l'usage d'adjoindre aux bains des palestres. Après ètre entré par la porte dela rue des Thermes qui porte le n°12(IV,5,12), on traverse un petit vestibule sur lequel ouvre, à gauche, une latrine établie d'après le même système que celles du forum et des thermes de Stabies et l’on se trouve dans un jardin entouré de trois côtés par un portique
avec un banc le long d'un des murs. Il est impossible que ce soit une palestre car cet espace ne contient ni le bassin ni les pièces nécessaires aux amateurs pour se préparer aux exercices ou en effacer les souillures. Du jardin un étroit corridor à voûte bleue parsemée d'étoiles conduit dans l'apodyterium pavé en mosaïque blanche. Les casiers en bois pour la garde des vêtements reposaient sur des supports dont on voit encore la trace dans le mur.
Une corniche sur laquelle figurent en relief des lyres, des dauphins, des vases accostés de griffons ailés, couronne la muraille. La lunette est percée d’une fenêtre autrefois munie d'un verre épais encastré dans des montants en bronze qui tournaient dans un pivot. Plus bas, au-dessous d'une tête du dieu Océan, une niche recevait la lampe.
Aménagé comme celui des bains de Stabies, le frigidarium, qui communique avec l’apodyterium par une porte, a conservé parfaitement intact le revêtement en marbre de sa cuve et de son pourtour; les murs sont également ornés de verdure, la voûte semée d'étoiles. Sur la frise, des reliefs en stuc figurent une course de petits amours à cheval ou dans des biges, de cavaliers et de coureurs à pied. Près de la porte, dans une niche avec courant d'air pour emporter la fumée, on déposait la lampe.
Le tepidarium, beau et bien conservé, communique directement avec l’apodyterium. Il ne repose pas, comme celui de Stabies, sur un hypocauste, mais un grand brasier en bronze, encore en place derrière une grille moderne (fig. 59, p. 111), et la porte de communication avec le caldarium lui fournissaient certainement une chaleur suffisante. Ce brasier, donné aux bains par un citoyen nommé M. Nigidius Vaccula, ainsi que des bancs en bronze pour s'asseoir autour, fut, par allusion au nom du donateur, orné d'une petite vache {vaccula) en relief; pour la même raison, les pieds des bancs se terminent, à la partie supérieure par une tête de vache, à l'extrémité inférieure par le pied du même animal; un brasier tout semblable et donné encore par Vaccula a été trouvé dans la pièce 20 des bains de Stabies. La décoration du mur est d'un effet saisissant : des niches en maçonnerie, dont les pieds-droits présentent des atlantes en terre cuite, barbus, aux muscles puissants, soutenant de leurs têtes et de leurs bras élevés la corniche sur laquelle repose la voûte, entourent toute la pièce, à mi-hauteur du mur (fig. 59, p. 111). La voûte elle-même, en berceau, ornée de médaïllons ronds et polygonaux où, sur des fonds de couleurs variées, se détachent en relief des personnages et des animaux, se termine par une bande de rinceaux de feuillage et de fleurs. La lunette et la partie de la voûte qui en est voisine sont décorées de
IE SRE RMIES DS
sujets plus grands : Cupidon appuyé sur son arc, Ganymède enlevé par l'aigle, femme emportée sur un griffon ailé; de chaque côté de la fenêtre, génies volant.
Le sol du caldarium, en mosaïque blanche, avec bordure noire, repose sur un hypocauste; le mur, revêtu de briques à mamelons couvertes de stucs imitant le marbre, se divise en six panneaux jaunes que séparent des pilastres d’un rouge foncé; la voûte en berceau est ornée de godrons.
Fig. 59. — Le tepidarium des thermes du Forum (p. 110).
Une piscine en marbre blanc, assez semblable à celle du bain des femmes des thermes de Stabies et aussi bien conservée, occupe une des extrémités. À l’autre extrémité, une demi-coupole décorée de compartiments en stuc avec personnages abrite le /abrum dans une abside. Une inscription en lettres de bronze incrustées dans les bords de ce labrum apprend que deux duumvirs l’ont fait faire et quil a coûté 5250 sesterces (1425 francs). Nous donnons dans notre figure 60 (p. 113) une coupe de ce beau caldarium, type bien complet et bien conservé de cette partie des bains romains (VOy. p. 107).
Aux thermes du Forum aussi le bain était double: celui des femmes
ns POMPÉI
est indépendant avec entrée sur la rue de Nola (IV, 5, 8). Une porte aux murs contrariés, sous un vestibule dont, récemment, on a refait la toiture, donne entrée à l'apodyterium, sans permettre aux passants de voir du dehors. Comme aux bains de Stabies, les femmes n'ont pas un frigidarium spécial mais seulement, à l'une des extrémités de l’apodyterium, dans un renfoncement, une piscine abritée par une voûte plus basse. Sur les murs couverts de stuc et peints en jaune lés supports des casiers en bois ont laissé leur trace au-dessus d’un banc devant lequel une marche fixée au mur servait de tabouret et aussi, aux femmes de petite taille, de degré pour se hisser jusqu'aux casiers. Une petite fenêtre percée tout en haut du mur très élevé jetait peu de lumière dans cette salle sombre et humide.
Le tepidarium, suspendu sur un .bypocauste avec mur double, est éclairé par une fenêtre percée en haut du mur et par un œil-de-bœuf ouvert dans la voûte. Jusqu'à la hauteur des deux tiers, une teinte jaune recouvre le stuc des murs divisés en compartiments que séparent des bandes rouge encadrées dans des feuillages et traversées au centre par une longue tige enguirlandée. Une frise peinte, ornée de fleurs, couronne cette décoration. Au-dessus, les motifs d’une très grande architecture, sur fond blanc, garnissent la partie supérieure du mur.
Du caldarium très vaste il ne reste que les quatre murs. Le sol et les piliers de l'hypocauste ont disparu ainsi que le revêtement des murs; rien n’a subsisté de la piscine d’eau chaude si ce n'est la niche qu'elle occupait ; le labrum n'est plus qu’un bloc informe dont la vasque a disparu. On commençait sans doute la reconstruction de cette salle quand survint la catastrophe.
Comme aux thermes de Stabies, la chambre de chauffe (IV, 5, 7), mitoyenne des deux caldariums, occupait l'espace compris entre les bains des hommes et les bains des femmes avec une disposition analogue des chaudières et des foyers. En arrière de la dernière chaudière, un conduit alimentait une profonde citerne.
Dans une cour dépendant des bains et communiquant avec la chambre de chauffe (IV, 5, 10) une haute colonne, de construction assez bizarre, soutenait, a-t-on dit, une horloge solaire qu'il eut été bien peu facile de consulter. Elle portait plutôt un réservoir d’eau pour les douches. Une colonne analogue se voit encore dans le {jardin des thermes centraux.
Il est probable que ces bains restaient ouverts jusqu'à une certaine heure de la nuit au moins dans certaines circonstances car dans leurs différentes parties on a trouvé 1328 lampes à un bec et une à sept becs. Juvénal fait d'ailleurs allusion aux bains nocturnes de Rome.
Les bains centraux (III, 4). — Quand on aborde les bains centraux par la rue de Nola on voit de suite, avant d'entrer, qu’on est en présence d'un édifice-non en ruine mais en construction. Des blocs de pierre sont encore là, contre le mur, tels que les ont déchargés les charretiers; bon gré mal gré, il nous faut descendre sur la chaussée en maugréant contre l'encombrement des trottoirs, comme l'ont fait sans doute avant nous les derniers Pompéiens qui sont passés encore en cet endroit, la veille du 24 août de l’an 70.
Les trois portes d'entrée, dont lés principales sont celles de la rue de Nola et de la rue de Stabies, conduisent dans un vaste espace destiné à être la palestre. La grande piscine, le long du bâtiment principal, n'avait