‹ Pompéi (volume 3)Chapitre 56 sur 70 · LE · texte numérisé non relu

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Tout autour du podium, les gradins s’élevaient jusqu’au sommet de l'édifice (fig. 52, p. 95). Afin d'éviter les frais d'un mur très élevé comme celui du Colisée on avait creusé en cuvette le sol qui, jusqu’à une certaine hauteur, formait une pente sur laquelle les gradins s'étageaient; à la partie supérieure les gradins s’appuyaient à un mur circulaire soutenu par une série d'arcades (fig. 54, p. 99). Ces gradins ne furent pas placés : de suite et les deux magistrats qui donnèrent à leur ville ce monument l'ont livré avec des pentes de gazon sur lesquelles le peuple s’arrangeait de son mieux: les gradins inférieurs sans doute avaient été seuls construits. Mais, peu à peu, l'édifice s’acheva; en effet, des inscriptions gravées sur le sommet du podium apprennent que des duumwvirs et des édiles, au lieu de donner les jeux par lesquels il était d'usage de remercier le peuple après l'élection, employèrent l'argent à faire placer dans l'amphithéâtre une ou plusieurs sections de gradins. La plupart de ces inscriptions existent encore.

Comme dans les deux théâtres, les gradins de l'’amphithéâtre étaient divisés horizontalement en trois cavea séparées par des passages ou précinctions et, verticaiement, en cunei limités par des escaliers (fig. 52, p.05). Les gradins du bas, ceux de l'ima cavea, plus larges et moins élevés que les autres devaient recevoir des tapis, des coussins ou des sièges. Dans la partie centrale de l’ima cavea, en face de la porta libifinensis, un espace fermé contenait des gradins plus larges encore sur lesquels on pouvait placer le bisellium, siège à deux places auquel avaient droit certains magistrats et que le conseil des décurions décernait à des personnages qu’il voulait honorer. Au milieu de cet espace fermé, le second degré était interrompu sur une longueur de 3 mètres. C’est l'endroit réservé au siège du personnage qui présidait le spectacle {voy. sur notre fig. 52, p. 95, à droite).

La plus basse cavea comptait cinq gradins : celle du milieu douze, la summa cavea dix-huit. En haut de la swmma cavea un promenoir large de toute l'épaisseur du mur faisait le tour de l'édifice. Sur ce promenoir s'élevait un mur auquel s’'appuyait une voûte construite de manière à laisser, et à l’intérieur du côté des gradins et à l'extérieur, un promenoir assez large pour permettre une circulation facile; ce mur était percé de portes correspondant aux escaliers des cuner (voy. fig. 52, p. 95; 54, p. 99) et la voûte supportait une série de petites loges sans doute réservées aux femmes qu’un décret d'Auguste reléguait tout en haut de l'amphithéâtre.

On accédait à cette terrasse non par l’intérieur mais par cinq escaliers

L'APALESTRE.: — L'AMPHITHÉATRE 99

doubles appuyés, de distance en distance, au mur extérieur (fig. 54, p. 99; vOY. aussi Hisk., Vie priv., fig. 4, p. 7). Arrivées sur la terrasse extérieure les femmes trouvaient, sans pénétrer à l'intérieur, les escaliers montant à leurs loges. Les hommes, passant sous les voûtes qui supportaient ces loges, rencontraient de suite les escaliers des cunei par lesquels ils pouvaient se répandre sur les gradins.

Les spectateurs qui occupaient des places moins élevées dans l'in /fima ou la media cavea, entraient par les deux grandes portes placées à chaque extrémité du grand diamètre. Là, avant d'arriver à l'arène, ils rencontraient, à droiteet à gauche, un passage souterrain courant sous les gradins; d’où partaient de distance en distance des escaliers montant alternative-

Fig. 54. — Vue extérieure de l’amphithéâtre (p. 98).

ment à l’infima cavea et aux gradins les plus bas de la media cavea (voir fig. 52, p. 95); mais, pour éviter l'encombrement, ce large souterrain était, au milieu de son parcours, complètement muré; les spectateurs se voyaient ainsi obligés d'entrer dans l'amphithéâtre par celle des deux grandes portes qui correspondait à la moitié où ils avaient leurs places.

Le cortège des gladiateurs qui, avant chaque représentation, défilait dans l'amphithéâtre et saluait le président des jeux, entrait sans doute par la porte nord, du côté du Vésuve. Le passage sur lequel ouvrait cette porte, plus orné, aboutissait directement à l’arène tandis que celui de la porte sud, pour éviter de se heurter au rempart dans l'angle duquel l’amphithéâtre était construit, faisait un coude brusque vers la droite.

Dans le passage de la porte nord, deux niches autrefois protégées par des barreaux en fer ont donné asile, comme nous l'apprennent les inscriptions restées en place, aux statues des deux Pansa : à gauche C. Cuspius Pansa, quatre fois duumvir et quinquennalis, préfet de la

colonie en vertu de la loi Petronia (voir Hist., Vie priv., p. 6); à droite, le fils du précédent, duumvir comme son père. Les inscriptions qui nous conservent les noms et les titres du père et du fils ne nous apprennent malheureusement pas pour quelle raison spéciale, en récompense de quelle insigne générosité, l'honneur d'une statue à l'entrée de l’amphithéâtre leur a été accordée. Des trous creusés dans le sol permettaient d'établir, le long du mur, une barrière mobile destinée à laisser, quand toute la galerie était encombrée par la foule, par le cortège, par les cages amenant les fauves, un étroit passage libre.

L'amphithéâtre de Pompéi était une construction simple. I n'avait de sous-sol ni comme le Colisée, ni comme l'amphithéâtre de Pouzzole, rien par conséquent d’organisé pour les machineries et les subits changements de décors. Tout à côté de l'arène, près de l’entrée des portes nord et sud et de la porta libitinensis, on a ménagé des petites chambres comple- . tement obscures qui n'ont pu guère être utilisées que pour les instruments nécessaires au nettoyage de l’'amphithéâtre le lendemain des représentations. On ne voit aucun local ayant pu servir à renfermer les animaux jusqu'au moment où ils devaient paraître en scène. Sans doute, d’un bâtiment encore à trouver, peut-être celui qu'on voit à côté de l’amphithéâtre sur une peinture antique (Aist., Vie priv., fig. 4, p. 7), on les amenait à l’amphithéâtre dans des cages.

L'amphithéâtre n'avait qu'un étage d’arcades, la partie inférieure des gradins étant adossée aux pentes d'une dépression artificielle. Sa hauteur égalait celle du rempart avec lequel il communiquait par une des tours.

Nous avons parlé plus haut de la dispute sanglante qui éclata, à propos d'un combat de gladiateurs, entre les Nocériens et les Pompéiens, dispute qui eut, comme résultat, des mesures de rigueur, parmi lesquelles la révocation des duumvirs en exercice, la nomination d'un praefectus pour assister leurs successeurs (Hist., Vie priv., p. 5-6, fig. 4, p. 7), l’interdiction portée par l’empereur Néron de donner des spectacles à l’amphithéâtre pendant dix ans, c'est-à-dire de l'année 59 à l’année 69 qui précéda de dix années la fin de Pompéi.

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