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CHAPITRE VII

LA SCULPTURE

Les statues étaient nombreuses à Pompéi. Elles ornaient les places publiques, le Forum surtout, l'intérieur des maisons, les jardins, les temples. Presque toutes ont disparu. On a retrouvé dans le temple de Jupiter Milichios deux grandes statues et un buste en terre cuite des trois divinités capitolines : Jupiter, Junon, Minerve, d'un art très médiocre. 11 ne faut pas croire cependant que Pompéi n'a pas fourni de bonnes terres cuites. Parmi celles qu'a recueilli M. K. von Rhoden, il en est qui sont dignes d'attention : celle, par exemple, dite du philosophe, l'éphèbe du musée de Naples, des statuettes et des groupes, entre autreé celui de la charité romaine, sujet peint plusieurs fois à Pompéi (v. p. 124) . Nous parlerons plus loin de la vigueur des atlantes des bains du forum {Vie pub., fig. 59, p. m). Une gargouille du vieux temple du Forum triangulaire, tète de lion conservée au petit musée de Pompéi, fait impression par son grand style. Les terres cuites architecturales sont d'ailleurs très nombreuses à Pompéi : frises, masques, antéfixes, basreliefs, gargouilles de formes très diverses, élégantes margelles de puits.

Le temple d'Apollon avait, par exception, conservé ses statues : un Apollon et une Diane en bronze tirant de l'arc {Vie pub., fig. 22-23, P- 36-37), provenant d'un groupe de Niobides ; trois marbres : Mercure en hermès {Vie pub., fig. 21, p. 35), Vénus et un hermaphrodite.

On a trouvé dans le temple de la Fortune deux statues d'inconnus, un homme vêtu de la toge et une femme drapée.

Le temple de Jupiter a fourni un magnifique buste de ce dieu (fig. 90, p. 130). On l'a, non sans raison, comparé au célèbre Jupiter d'Otricoli conservé au Vatican ; mais, entre les deux œuvres, il y a autant de contrastes que de ressemblances. On peut, dans l'un et dans l'autre, admirer I. 9

la même grandeur calme et maîtresse d'elle-même qui caractérise les divinités de l'art grec. Mais, dans l'expression du Jupiter de Pompéi, on lit une force et une puissance incomparables ; le regard, la bouche, les traits, tout donne l'impression de l'irrésistible souveraineté. Le Jupiter d'Otricoli au contraire est saisissant par son expression de douceur, de divine tristesse, on dirait presque de mélancolie, si la mélancolie pouvait

entrer dans le cœur d'un dieu grec. Le temple d'Isis, comme celui d'Apollon, avait conservé ses statues [Vie piib.

p. 71, s. et fig. 40, p. 73).

Dans la maison de Julia Félix, fouillée dans la seconde moitié du xviii'' siècle, on a trouvé une Diane archaïsante, copie romaine d'une belle oeuvre grecque que l'on a identifiée avec l'Artémis Laphria de Manaechmus et Soedas de Naupacte.

Près de la porte du Vésuve, en l'an 1900, sortit de terre la statue en bronze d'un éphèbe, original apporté de Grèce, oeuvre belle et intéressante malgré la justesse de quelques-unes des critiques de détail qui ne lui ont pas été ménagées (fig. 91, p. 131). Le Pompéien à qui était échu cette belle œuvre d'art la fit argenter et la transforma en porte-lampe.

Nous avons parlé plus haut, assez longuement pour n'y pas revenir, des statues qui ornaient les atriums et les péristyles des riches maisons de Pompéi (v. p. 65-67, 71, 85, ss. et fig. 30-33, 38 p. 64-66, 71; fig. 51, p. 84, 52, p. 85 ; 55, p. 87; 56, p. 89^. Nous ferons cependant exception pour deux de ces statuettes : le Faune dansant qui a donné son nom à la célèbre maison delà rue deNola (VI, 12, 2) le Satyre delà maison du Centenaire (IX, 7, 6). Le Faune a puisé dans une ivresse modérée la joie de vivre. C'est une efflorescence, un épanouissement de vie physique et purement animale. Le rythme de la danse, le mouvement des bras et des jambes, la dilata-

Fig. 90. — Bjste de Jupiter (p. 129).

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tion de la poitrine, le jeu des muscles sont en parfaite harmonie et concourent à exprimer dans toute sa plénitude la vitalité intense de cet être cornu, aux oreilles pointues, en qui il ne faut chercher aucun reflet de pensée humaine et de vie morale (fig. 92, p. 131). Bien charmante est la statue de bronze qui ornait le bassin ombragé d'une vigne dans le péristyle de la maison du Centenaire (IX, 7, 6). C'est un jeune satyre tenant une outre d'où l'eau jaillit.

Son geste, son attitude expriment

Fig. 91 . — Ephèbe apporté de Grèce à Pompéi (p. 150).

bien le désappointement auquel il est en proie en voyant l'eau sortir de son outre au lieu du vin qu'il attendait.

Popidius Priscus, qui habitait une maison remarquable par le grand nombre de ses mosaïques (VII, 2, 20), possédait la statuette si souvent reproduite du Silène

tenant élevé un plateau rond. Plus intel-

,. ^ n • • F'g- 92. — Le Faune dansant

ligent et plus nn connaisseur que le proprie- /p 1,0-131).

taire de l'éphèbe, il l'avait placée dans un

de ses salons pour en faire le support d'un beau vase en verre de couleur.

Une maison peu riche (VII, 12, 17), celle d'un artisan, d'un teinturier peutêtre dont les cuves sont encore en place, a livré aux ouvriers de M. Fiorelli, en 1863, la merveilleuse statuette appelée d'abord Narcisse, puis Pan écoutant Echo. Trouvée la tête en bas, au milieu des décombres, elle était tombée sans doute avec le plancher de l'étage supérieur. Le corps a toute la grâce, toute la délicatesse, toute la fleur de la jeunesse. Le lierre couronne la tête légèrement inclinée ; une peau de biche est jetée sur l'épaule. De fins brodequins chaussent les pieds. On a démontré que cette charmante statuette est une réplique dont le prototype représentait Bacchus jouant avec la panthère

^'o- 93- — Bacchus (p. 152).

posée à ses pieds. Le copiste n'a reproduit que le dieu (fig. 93, p. 132).

Ces belles œuvres, trouvées à Pompéi, sont des répliques de chefs-d'œuvre apportées par le commerce ; il en faut dire autant du Doryphore de Polyclète trouvé dans la palestre (VIII, 8, 29), de l'Apollon lycien, de la charmante tête de jeune homme, en bronze, de l'Apollon et du cithariste archaïsant, d'Hercule et de la biche, de la Vénus polychrome trouvée dans la première région (I, 2, 17), de l'IIéraklès epitrapezios de Lysippe, etc.

On faisait cependant des statues à Pompéi et, dans le temple de Jupiter, transformé en atelier après l'an 63,

Fig. 94. — Le banquier L. Caecilius Jucundus (p, 133-134).

LA SCULPTURE

on a rencontré un marbre inachevé. Nous avons vu que les Romains étaient des portraitistes. C'est à un artiste du lieu que l'on doit la statue de la prêtresse publique Eumachia drapée à la manière de la Pudicité. Sa figure un peu idéalisée, empreinte d'une touchante expression de

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Fig. 95. — Quittance du banquier L. Caecilius Jucundus (p. 134).

mélancolie, est douce et plaisante encore malgré l'âge [Vie pnb., fig. 34, p. 57). On est content de la voir ainsi car ses inscriptions nous ont démontré qu'elle fut généreuse.

On n'éprouve pas la même sympathie pour le banquier L. Caecilius Jucundus, le même que nous avons vu échapper au tremblement dé terre de l'an 63 ; ce devait être, en effet, un de ces hommes qui se tirent de tous les mauvais pas, un homme très pratique et peu sensible. Sa

physionomie est fine, rusée et dure, son regard inquisiteur et faux, sa bouche méchante. Mais ce buste est un merveilleux portrait, plein de naturel et de vie, et dont, sans connaître le personnage, on peut garantir la ressemblance (fig. 94. p. 132).

L. Caecilius Jucundus était banquier. On a trouvé dans sa maison (V, I, 26) une caisse contenant plus de 150 quittances sur des tablettes en bois. Le texte était écrit à l'encre sur le bois même ou tracé sur une couche de cire qui recouvrait le bois. Par celle que nous reproduisons ici (fig. 95, p. 133), C. Julius Onesimus déclare avoir reçu de M. Fabius Agathinus, agissant pour L. Caecilius Jucundus, la somme de i 985 sesterces, déduction faite de la commission ; somme représentant le produit d'une vente faite par L. Caecilius Jucundus au nom d'Onesimus. Le document est daté de Pompéi, 10 mai, 54 après J.-C. Quelques unes de ces tablettes donnaient quittance de loyers consentis par la cité à des particuliers : fabriques à exploiter, terres à cultiver, pâturages. Deux documents du même genre ont été trouvés, tout prêts à être emportés avec un trésor d'argenterie et de l'argent monnayé, dans une maison de la huitième région (VIII, 2, 23) ; le second a trait à la vente d'un esclave.

Non moins que le portrait du banquier, celui de Cornélius Rufus a un caractère bien romain de réalisme et de ressemblance (v. fig. 38, p. 71). On a trouvé à Pompéi un certain nombre de bustes d'hommes célèbres, Démosthènes, Epicure, un buste auquel, par comparaison avec la célèbre mosaïque trouvée à Souse en 1896, on a donné le beau nom de Virgile, des incertains. Un petit nombre seulement des statues qui ornaient les places et les monuments publics sont arrivées jusqu'à nous : nous avons celle du vieil Holconius que les Pompéiens avaient érigée sur la petite place que forme, devant les bains de Stables, l'élargissement de la rue et, dans la chapelle impériale du marché, les statues d'Octavie, sœur d'Auguste, et de Marcellus [Vie ptib., fig. 28, p. 46}. En 1901, l'île troisième de la cinquième région a fourni une statuette en bronze d'un assez bon travail dont la figure offre bien le caractère réaliste des portraits romains.

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