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Fig. 79. — Mars, Vénus et les petits amours (p.
dans la maison de Siricus (VII, i, 47). Les traits sont d'une vie, d'une vérité frappantes; mais les oreilles écartées comme les anses d'un vase, la tête ronde et comprimée, la bouche trop large et contournée, ne donnent pas une haute idée de la beauté du modèle ni de son intelligence.
Il existe un peu partout sur les murs de Pompéi, des petits tableaux carrés représentant des victuailles de toutes sortes ; tous les produits des eaux, de la terre et de l'air, animés ou inanimés, y passent. Nous avons là un catalogue figuré complet des choses que mangeaient les Pompéiens. Les Grecs appelaient Xenion (choses des étrangers) les dons de
comestibles qu'ils faisaient à leurs hôtes ; par extension ce nom fut donné aux peintures qui représentaient des comestibles (v. un sujet analogue sur une mosaïque, fig. 68, p. io6).
Nous voyons dans les peintures de Pompéi des petits personnages très actifs, mêlés à tous les événements, aptes à tous les métiers; ce sont de petits amours ailés. Ils réconcilient Mars et Vénus, viennent pousser l'un vers l'autre Hélène et Paris dont les cœurs sont encore insensibles, pansent Adonis blessé avec l'habileté d'un interne et, voyant leurs efforts
inutiles, pleurent en se frottant les yeux; ils pleurent aussi près d'Ariane abandonnée et conduisent vers elle Bacchus, le consolateur ; ils guident Diane vers Endymion, dirigent sur les flots l'hippocampe qui porte Vénus, cherchent à guérir Narcisse et à éteindre dans l'onde où il se mire la torche de son fatal amour ; ils portent à Polyphème la lettre de Galathée, célèbrent le banquet des Vestalia où ils couronnent les ânes. On les voit dans le cortège nuptial d'Hercule et d'Hébé. Ils triomphent de la force, jouant avec les armes de Mars que retient Vénus, et essayant son casque dans lequel ils entreraient tout entiers (fig. 79, p. 119), enlevant avec de comiques efforts la massue et le carquois d'Hercule déjà vaincu par l'ivresse, chevauchant ou guidant comme un chien un lion couronné de fleurs et enrubanné ; ils chassent tous les animaux, les plus timides comme les plus féroces, font des courses à pied, dans des chars traînés par quelques-uns de leurs compagnons ou le plus souvent, par les animaux les plus disparates : griffons, dauphins (fig. 80, p. 120), lions, tigres, cygnes, gazelles (fig. 81, p. 121 — un char est culbuté ; en avant le vainqueur a mis ses gazelles au pas et porte fièrement sa palme). Les amours courent encore sur des chevaux, des centaures, des tigres, des crabes (fig. 82, p. 121), des langoustes, etc., se livrent des combats, armés en gladiateurs ou en soldats, à pied ou achevai, terrassent des animaux, jouent à la main chaude, à la corde, à cache-cache, luttent entre eux, se font des peurs
Fig. 80. — Amour sur un char traîné par des dauphins (p. 120)
LES PEINTURES
mutuelles ; avec Vénus ou seuls, ils pèchent à la ligne, au filet, au trident, portent en dansant les attributs des dieux ou se les disputent ; préparent pieusement des sacrifices ou les offrent; jouent de divers instruments ; ils exercent avec une grande gravité tous les métiers : on les voit cordonniers, vendangeurs, fabricants d'huile et de vin, scieurs de long, foulons, orfèvres, par-
Fig. 82 . — Course d'amours sur des crabes (p. 120).
fumeurs , montreurs d'animaux savants , bateleurs, marchands devin (fig. 83, p. 122), de couronnes de fleurs et de guirlandes qu'ils tressent. Des jeunes femmes les admirent tout petits dans les nids où ils viennent de naître ; des marchands et des marchandes les tiennent dans des cages et, les tirant par les ailes, les vendent aux imprudentes qui les achètent ; quelquefois ils se font punir, ayant sans doute poussé trop loin leurs impertinences : Vénus leur mère, les fustige; mis aux fers, ils sont condamnés aux travaux des champs; on
leur lie les mains derrière le dos ou on leur rogne les ailes pour calmer leur trop grande activité. La maison de la Parete nera (VII, 4, 59) une maison voisine du temple d'Apollon (VII, vu, 5), le marché et, avant tout, la maison des Vettii 'VI, 15, i) ont présenté d'intéressantes peintures où figurent ces petits amours.
En opposition à ces charmants génies ailés qui égaient les murs de Pompéi et mettent un sourire même dans des scènes tragiques, les peintures nous offrent souvent des nains hideux, des négrillons grotesques, caricature, contre-partie des petits amours. Ils font les mêmes choses,
Fig. 83. — Les amours venJant du vin (p. 121).
mais d'une manière toute autre. Armés, ils combattent entre eux, mais ils se battent et tombent de façon stupide ; ils livrent à des oiseaux, à des grues surtout, des combats héroï-comiques ; ils combattent avec le Geste, peignent des modèles vivants aussi beaux qu'eux mêmes, portent des fardeaux, conduisent des barques, luttent contre des poissons monstrueux et, en faisant cela, ils sont ridicules. L'hippopotame et surtout le crocodile sont leurs ennemis personnels et le perpétuel sujet de leurs terreurs ; dès qu'ils les aperçoivent, ils fuient, s'embourbent, grimpent aux arbres, parfois tombent à l'eau et sont croqués.
Les acteurs de la caricature du jugement de Salomon sont aussi des grotesques : le roi avec son sceptre, entre ses deux assesseurs, l'assistance, les soldats avec leurs énormes casques. L'enfant se tortille sur la table tandis que le soldat lève son sabre pour le coui)er en deux ; la fausse mère saisit déjà le morceau qui lui reviendra, et au pied du tribunal, la vraie mère se prosterne, suppliante, devant le roi.
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Singulière aussi est la caricature qui représente le pieux Enée. Il fuit tenant par la main sont fils Ascagne coiffé du bonnet phrygien ; assis sur son épaule, Anchise porte dans une petite boîte les pénates de Troie et les choses sacrées. Or tous les trois, y compris le vénérable Anchise, ont des têtes d'animaux.
1 elles sont les imaginations auxquelles se plaisait l'esprit ingénieux,
Fig. 84. — Le sacrifice d'Iphigénie (p. 124-125).
gai, moqueur des artistes Alexandrins. Leurs œuvres jouissaient d'une grande faveur à Pompéi et à Herculanum et ce fait explique que, dans ces villes devenues romaines, si fidèles aux empereurs, habitées en grande partie par les descendants des colons de Rome, les sujets romains n'existent sur les peintures qu'à l'état exceptionnel : l'entrée à Troie du cheval de bois, telle que la décrit Virgile, Enée et Anchise, Enée et la Sybile, Enée et Polyphème, Enée et Didon, la mort de Didon, Enée blessé et soigné par son médecin ; mais encore, ces figures ont pu n'être pas inspirées par l'esprit romain mais venir par les Grecs, avec les autres représentations du cycle Troien. L'aventure de Mars et de Rhéa Silvia flotte entre
les traditions antérieures à l'histoire romaine et les traditions romaines. Deux maisons seulement (VII, 7, 10 et V, 4, 13), présentent les deux jumeaux, Romulus et Rémus, allaités par la louve. Pero, nourrissant de son lait son père condamné à mourir de faim dans la prison se rencontre
plusieurs fois, entre autres, dans la maison de Lucretius Fronto avec une jolie épigramme en vers latins (V, 4) ; l'histoire de Scipion et de Sophonibe ornait la maison de Joseph II (VIII, 2, 39) ; ce sont bien là des sujets purement romains. Il est probable que si Pompéi n'avait pas péri en l'an 79, les sujets romains, sans l'emporter cependant sur les sujets grecs, seraient devenus peu à peu plus nombreux.
L'art de Pompéi n'était pas pompéien ; il n'exista ni en peinture ni en sculpture un art pompéien. C'était un art grec modifié par les influences d'Alexandrie ; un art vivant, léger, spirituel , mais ce n'était pas un grand art. Certes, la fraîcheur des peintures, le miroitement des couleurs, la variété des tons, les murs ornés de tableaux grands et petits rappelant des sujets propres à flatter l'imagination et à caresser les sens, devaient plaire aux Pompéiens et char- * mer leurs regards. Mais si l'on excepte des tableaux du troisième style, dont j'ai parlé plus haut, et quelques autres peintures peu nombreuses, l'exécution était hâtive et médiocre. La maison du Poète tragique (VI, 8, 5) est une de celles qui ont donné le plus grand nombre de tableaux d'un beau dessin, d'un art grand et majestueux : de son atrium proviennent le mariage de Zeus et d'Héra sur le mont Ida ; l'histoire en deux tableaux d'Achille et de Briseis. Un tableau curieux, parce que, par un de ses détails, il rappelle une œuvre de Timanthes, peintre qui vivait vers l'an 400 avant J.-C, ornait son péristyle : c'est le sacrifice d'Iphigénie (fig. 84, p. 123). Tous les acteurs du drame sont naturellement en proie à la plus profonde douleur : pour donner à Ulysse, à Ménélas, à Calchas, à Ajax, des expressions correspondant à leurs senti-
Fig. 85. — Médée méditant le meurtre de ses enfants (p. 125).
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ments, Thimantes avait épuisé toutes les tristesses de sa palette. Que faire pour Agamemnon, le père de la victime ? Comment le peindre plus désolé encore que ses compagnons? L'artiste y renonça et le représenta la figure voilée. L'artiste de Pompéi fit comme lui : là se borne la ressemblance entre les deux œuvres.
On peut aussi mentionner, au Marché, deux belles peintures encore en place : la première entrevue d'Ul3Sse revenant d'Ithaque avec Pénélope; lo surveillée par Argus [Vie publ., fig. 30, p. 49", des peintures de la maison du Cithariste (I, 4, 5), parmi lesquelles Oreste et Pylade à la cour de Thoas.
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Fig. 86. — Psyché cueillant des fleurs avec ses compagnes (p. 126).
Dans le tablinum delà maison de Lucius Caecilius Jucundus (V, i, 26), d'un beau tableau aujourd'hui effacé, reste un détail d'une exquise délicatesse : deux femmes à une fenêtre, peut-être, comme on l'a dit, Hécube et sa suivante surveillant l'arrivée du cadavre d'Hector. Un tableau de Pompéi représente Médée debout, l'instrument du crime qu'elle médite à la main, agitée de passions contraires, pendant que ses enfants, qu'elle .se prépare à immoler, jouent innocemment à côté d'elle. Une célèbre Médée d'Herculanum (fig. 85, p. 124) qui, sans doute a fait partie d'un groupe semblable, est conservée au musée de Naples. L'artiste, avec une grande maîtrise, a bien rendu, sur ce visage sombre et tourmenté, l'expression des sentiments violents qui s')' reflètent.
Une grande composition. Adonis blessé, mérite aussi une mention spéciale. La composition du tableau, quoiqu'un peu théâtrale, est excellente; les détails gracieux et charmants y abondent.
La maison des Vettii (VI, 15, i}, outre les amours représentés plus
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haut fûg. 80-83, p. 120-122), offre de belles peintures de la bonne période du quatrième style, c'est-à-dire antérieure à l'an 63; sousla jolie frise des amours, trois petits tableaux attirent peu l'attention : ils sont cependant d'un rare mérite. C'est Agamemnon tuant, dans le temple même de la déesse, la biche de Diane ; Apollon, entonnant sur sa lyre un paéan de
Fig. 87. — Hercule enfant étouffe les serpents (p. 126).
victoire après le meurtre du serpent Python ; Oreste et Pylade en Tauride, devant Iphigénie, à la cour du roi Thoas. L'art de la composition, le puissant relief avec lequel le personnage principal, volontairement mieux traité que les autres, se détache du fond et retient l'attention du spectateur, dénotent un véritable artiste. Dans la même pièce, trois gracieuses compositions représentent Psyché cueillant des fleurs avec ses compagnes (fig. 86, p. 125).
Dans une autre des nombreuses et belles compositions de cette riche maison, Hercule enfant étouffe les deux serpents qu'a envoyés contre lui la colère de Junon (fig, 87, p. 126).
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Rappelons aussi une Dircé liée par les fils d'Antiope au taureau sauvage, œuvre certainement inspirée aux mêmes sources que le taureau Farnèse et une réplique de l'Hermès d'Olympie peinte sur un mur de la maison d'Actéon (dans la maison de Salluste, VI, 2, 4).
Nous terminerons cette énumération forcément incomplète en reproduisant une des chambres de la maison des Vettii (VI. 15, i) d'une rare
Fig. 88. — Décoration d'une pièce du quatrième style, maison des Vettii (p. 127).
conservation, et qui nous montre, avec la décoration de toutes ses murailles, une chambre appartenant à la bonne époque du quatrième style (fig. 88, p. 127).
Notre dessin en noir ne peut pas donner une idée de la richesse et de l'harmonie des couleurs.
A droite, en entrant, Bacchus, suivi de son thiase, vient visiter Ariane abandonnée; au fond, Vulcain, par ordre de Mercure, a fixé Ixion à la roue et Iris annonce à Junon le châtiment de celui qui l'a outragée. Le grand tableau de gauche représente Dédale dans son atelier, livrant à Pasiphaé la génisse en bois qu'elle lui a commandée (fig. 89, p. 128). Ces trois tableaux se détachent au centre de grands panneaux à fond
rouge; les autres panneaux encadrés de guirlandes sur fond blanc, présentent un petit sujet : un satyre et une bacchante enlacés, dansant en faisant voltiger au-dessus de leurs tètes des guirlandes de fleurs. Les bandes qui séparent les panneaux au-dessus de la plinthe, sont ornées, dans la partie supérieure, de motifs d'architecture et, au-dessous, de petits
Fig. 89. — Dédale et Pasiphaé (p. 127).
tableaux représentant, sur les parois de droite et de gauche, des combats navals, au fond des xenia (v. plus haut, p. 1 19-120), plus bas encore, de têtes sur fond bleu. Au-dessus des grands panneaux, sur la partie supérieure de la muraille, des figures isolées peuplent les motifs d'architecture familiers au quatrième style. Les peintures de la plinthe simulent des plaques de marbres veinés, de formes variées.