‹ Pompéi (volume 4)Chapitre 7 sur 30 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LA PARTIE LATINE Le vestibule, les portes, les fauces, l'atrium,

Quelquefois, devant les riches maisons, le trottoir était plus soigné et une mosaïque ou des morceaux de marbre incrustés y remplaçaient le dallage habituel. Il en était ainsi devant la maison du Faune. Devant la maison de Pansa et en d'autres endroits encore, le trottoir étant très haut, une marche taillée dans l'épaisseur de la bordure faisait plus facile l'accès de la maison. A l'entrée, sur le seuil, quelquefois même sur le trottoir, une formule de politesse écrite avec des cubes de mosaïque accueillait le visiteur : Hav(\ bonjour, devant la maison du Faune, (VI, 12, 2), dans une auberge de la I'* région et dans la maison dell' Orso (VII, 2, 45); salve, salut, dans les maisons du triclinium (VI, i, 25), de Pansa (VI, 6, i) et dans une boutique (VI, 14, 21); Havetis intro, bonjour à ceux de la maison, sur le seuil d'une maison (V, 3, 10) de la rue de Lucretius Fronto. Je croirais volontiers que le graffite relevé sur le mur d'une maison de la région V (5, 2) a été emprunté par son auteur au seuil d'une porte: « Fur es foras, frugi intro : que la porte soit fermée aux voleurs, ouverte aux honnêtes gens ». Tout le monde connaît, dans les fauces de la maison du poète (VI, 8, 5) le chien enchaîné avec les mots : Cave cancm, prenez garde au chien (fig. 25, p. 58). Il est fort probable que Siricus était un commerçant, un homme d'affaires ; aussi son seuil saluait non le visiteur mais le profit que celui-ci apportait (VII, i, 47) • salve lucru, salut au gain ! Sur le rebord de l'impluvium d'une autre maison (VI, 14, 39) on lit : Lncruin gaudium, le gain, c'est la joie.

Nous avons déjà dit que les maisons de Pompéi n'avaient pas les grands vestibules des maisons de Rome. Parfois un tout petit espace

devant la porte, profond de la largeur d'une marche, en conserve simplement le souvenir plus qu'il n'en est la réalité (v. fig. 22, ^, p, 52).

Les portes étaient encadrées par un seuil, deux chambranles et un linteau, généralement en pierre. Le seuil fait d'une seule pierre dans les belles maisons fut primitivement en tuf, remplacé plus tard par le calcaire blanc qu'introduisirent les Romains ; quelquefois, mais rarement, on employa le marbre. Les portes, généralement en bois,

n'ont pas été retrouvées, tout le bois ayant péri ; mais plusieurs ont laissé dans les cendres leur empreinte que l'on a pu mouler ; c'est ainsi que le petit musée de Pompéi conserve le moulage de plusieurs portes ; quelques peintures de Pompéi, la petite porte en marbre d'une tombe de la voie des tombeaux nous en montrent aussi l'aspect. Divisées en panneaux, ce qui leur donnait plus de solidité, et ornées de clous à grosse tête, elles avaient généralement plusieurs battants, deux, quelquefois trois et même quatre; on en peut juger par les trous des verrous creusés dans le seuil. Montées sur des tiges en bois dont l'extrémité était garnie de cuivre, elles tournaient dans une crapaudine en cuivre ou en fer dont beaucoup se voient encore encastrées dans les seuils de Pompéi. Une serrure, avec une clef, fermait la porte; le système de serrure varia avec le temps et le progrès, depuis la barre en bois garnie de clous jusqu'à la serrure compliquée analogue à nos serrures modernes de sûreté. Beaucoup de clefs ont été retrouvées et on a pu exposer au musée de Pompéi une serrure reconstituée. Deux trous creusés dans les chambranles, à droite et à gauche, derrière la porte, permettaient de la maintenir solidement fermée à l'aide d'une barre ; quelquefois un seul trou recevait un morceau de bois ou de fer qui faisait l'office de verrou. Souvent la porte était aussi consolidée par une barre oblique dont une extrémité .s'appuyait à la porte tandis que l'autre, taillée

Fig. 25. — Cave canem (p. 57).

en biseau, buttait dans le creux d'une pierre encastrée dans le sol du corridor. Dans les maisons où la porte était très haute, les battants se terminaient par une imposte à jour qui éclairait le corridor. Dans les grandes maisons, la haute porte monumentale ne s'ouvrait que dans certaines circonstances et une petite porte latérale servait aux usages journaliers. Quelquefois on trouve à proximité de la porte la loge du concierge. Pour se faire ouvrir on frappait sur la porte parfois munie d'un marteau. Les marteaux ornés de tètes de Méduse que reproduit notre figure 26 (p. 59) sont de véritables œuvres d'art. On a aussi trouvé trace de sonnettes.

Le corridor, fauces (v. fig. 22, i, p. 52), était plus ou moins large, plus ou moins long, plus ou moins orné, avec ses murs peints, son sol en mosaïque que relevaient parfois les inscriptions dont nous avons tout à l'heure cité quelques-unes ou des sujets figurés : deux lutteurs, à la palestre de la région VIII" (île 2, n° 23); un ours à la maison dell' Orso (VII, 2, 45) un chien avec la légende cave caneni à la maison du poète (VI, 8, 5) mais sans inscription chez le banquier Caecilius Jucundus (V, 1, 26); un sanglier à la maison del Cinghiale (VIII, 3, 8) ; chez l'ancien centurion M. Caesius Blandus (VII, i, 40), des attributs marins : gouvernail, trident, dauphin, hippocampe, puis, au-dessus, mur et porte d'une ville avec tours crénelées et deux

boucliers; le seuil du tablinum de la même maison est bordé d'une mosaïque ornée de foudres, de boucliers, d'une hache (bipenne), emblèmes en rapport avec la qualité du propriétaire. Dans une autre maison appelée pour cette raison casa del' anchora (VI, 10, 7), la mosaïque des fauces représente une ancre. A la maison des Amazones (VI, 2, 14) un hippocampe poursuit un dauphin.

Des fauces on passait dans l'atrium (v. fig. 22, 2, p. 52). Vitruve mentionne cinq genres d'atriums. Nous ne nous occuperons que des quatre que l'on a rencontrés à Pompéi.

Le premier, le plus ancien, est X atrium toscan. Spécial aux maisons les plus antiques, il ne fut cependant pas abandonné aux époques qui

Fig. 26. — Marteaux de porte en bronze (p. 59).

suivirent, Pline dit que ceux qui, de son temps, en faisaient construire dans leurs maisons bâtissaient à la mode d'autrefois. Au centre du toit de l'atrium, une ouverture carrée, appelée cornplnvium, donnait l'air et la lumière; tout autour, des gouttières en terre cuite affectant souvent la forme d'animaux déversaient l'eau des pluies dans un bassin correspondant, de même forme, creusé au centre de l'atrium et revêtu de marbre auquel on donnait le nom d'impluvium (v. fig. 22, au milieu de l'atrium 2, p. 52, l'impluvium de la maison de Pansa; v. fig. 23, p. 53, et fig. 63, p. 97, la restauration d'un atrium toscan avec le compluvium et l'impluvium). L'atrium toscan était caractérisé par le fait que le compluvium

ne reposait pas, à ses angles, sur des colonnes mais sur quatre poutres horizontales se croisant deux à deux à angle droit et fixées dans la muraille par leurs extrémités. Notre figure 27 (p. 60) donne la coupe du compluvium d'un de ces atriums. La poutre b, b, supporte les deux autres poutres dont on voit la section et sur lesquelles reposent les traverses obliques e, /, qui, des quatre côtés, maintiennent le toit incliné vers les bords du compluvium. Le toit, luimême était composé de briques à rebord juxtaposées et recouvertes par une tuile ronde 2 ; de telle sorte que, entre chaque rangée de tuiles rondes, l'eau de pluie descendait sur la surface des briques plates, comme par une rigole I, vers des gouttières qui la déversaient dans l'impluvium, bassin situé au centre de l'atrium h. Au bord du toit, le joint des briques était caché par du mortier ou par des antéfixes en terre cuite.

Dans notre figure 23 (p. 53), nous avons donné la restauration idéale d'une maison de Pompéi ; restauration faite, non sans incorrections, à une époque où Pompéi n'avait pas été étudiée autant que de nos jours, mais qui nous montre bien l'agencement du compluvium d'un atrium toscan au-dessus de l'impluvium correspondant.

Après l'atrium toscan, Vitruve mentionne V atrium tctrastylc^ c'està-dire celui dont le compluvium est soutenu, à chaque angle, par une colonne. Il existe à Pompéi plusieurs atriums de ce genre. Un des plus beaux est celui de la maison des Noces d'argent (V, 2 ; fig. 28, p. 61). Les quatre belles colonnes, à chapiteaux corinthiens, sont lisses dans la

Fig. 27. — Coupe d'un atrium toscan avec son compluvium et son impluvium (p. 60).

LES DIFFÉRENTES PARTIES DE LA MAISON POMPEIENNE 6i

partie inférieure et cannelées dans la partie supérieure. Des crochets en bronze scellés dans les colonnes servaient à retenir les cordes à l'aide desquelles on faisait manœuvrer les rideaux ou le vélum. C'était nécessaire contre le soleil. C'est pourquoi on voit fréquemment ces anneaux fixés aux colonnes des atriums, plus souvent encore aux colonnes des péristyles qui offraient un jour plus grand, entourant des jardins découverts. Une autre raison rendait le voile ou le rideau nécessaire dans les atriums. Des terrasses des maisons environnantes qui dominaient l'ouverture de l'atrium , les voisins parfois ne se faisaient pas faute de surveiller ce qui se passait dans la maison à côté. Plante fait plus d'une allusion à cette mauvaise habitude :

« tous mes voisins sont témoins de ce qui se passe chez moi, tant ils regardent par mon impluvium » dit un de ses personnages. Un autre se félicite de s'être promené sur les

tuiles d'où il a surpris le secret de la maison voisine. Un troisième fait tout simplement sa confession : « J'ai regardé chez toi par ton impluvium ; je l'avoue. » La maison du duc de Turin (III, i) est ornée d'un atrium tétrastyle à chapiteaux corinthiens ; celle du duc d'Aumale (VI, 7, 21) a aussi un bel atrium tétrastyle, mais à chapiteaux ioniques. Dans une maison de la IX'' région (IX, 2, 28), on a trouvé un compluvium soutenu encore par ses quatre colonnes et complètement recouvert par une grille en fer. L'original a été transporté au musée de Naples, puis reconstitué sur place en fac simile.

♦ Vitruve appelle atrium corinthien celui qui comprend six colonnes et plus. On ignore l'origine de ce nom qui, aussi bien qu'aux atriums d'ordre corinthien, s'applique aux atriums d'ordre dorique ou ionique. C'était en somme un véritable péristyle, non par la place qu'il occupait dans la maison, mais par sa disposition. Les colonnes entouraient un espace découvert dont l'impluvium occupait le centre. Tout autour, sous

Fig. 28. — Atrium tétrastyle de la maison des Noces d'argent (p. 60).

le portique formé par les colonnes ouvraient les pièces. On peut voir de beaux exemples de ces atriums entre autres dans les maisons d'Epidius Rufus (IX, I, 20) et de Castor et Pollux (VI, 9, 6).

Enfin V atrium testiidinaUim n'avait pas de compluvium.. Son nom lui venait de sa toiture en forme de carapace, un peu bombée au centre, d'où l'eau s'écoulait vers les bords du toit inclinés du côté de la rue. Aucune toiture n'étant conservée à Pompéi on peut seulement conjecturer que là où il n'y a pas trace d'impluvium, l'atrium était ainsi construit. La maison recevait alors la lumière par une cour intérieure, par un jardin, par le tablinum. Telles sont les maisons de Fabius Secundus (V, 4, 13), d'Acceptus et d'Euhodia (VIII, 5-6, 39), les petites maisons d'Aemilius Celer (IX, 8), de L, Clodius Varus (IX, 3, 25).

Certaines maisons avaient deux atriums. Ce fait se produisait quelquefois parce qu'un propriétaire achetait la maison voisine et la réunissait à la sienne en établissant une communication. Il en est ainsi dans la maison de Siricus (VII, i, 47), dans celle du Cithariste (I, 4, 5), dans la maison de Tîle V° de la IX® région, qui porte le n° 16, et dans bien d'autres, de sorte que ces maisons ont parfois deux entrées donnant sur des rues différentes. C'est une chose fréquente à Pompéi; une cause quelconque d'agrandissement, un père par exemple, mariant un de ses enfants et installant le jeune ménage tout près de lui et indépendant à la fois.

Mais il est d'autres maisons, de grandes et belles maisons, qui ont été, dès l'origine, construites avec deux atriums. Telles sont par exemple les maisons du Centenaire (IX, 7, 6), du Faune (VI, 12, 2), du Labyrinthe (VI, 1 1, 10). Il fau^ remarquer que l'un de ces deux atriums communique, par le tablinum et un corridor, avec le centre du péristyle et les appartements privés tandis que l'autre correspond à la cuisine, aux celliers, au bain, aux pièces où couchent les esclaves. De telle sorte que, pendant que le premier atrium sert d'entrée aux membres de la famille, aux hôtes, aux amis, le second est réservé à la domesticité et aux fournisseurs. De même que nous avons, dans nos maisons, en même temps que l'escalier principal, l'escalier de service, les riches Pompéiens avaient l'atrium de service. Une chose qui surprend au premier abord, c'est que, souvent, l'atrium de service étant tétrastyle paraît, par là même, plus beau que l'atrium principal qui est toscan. Il en est ainsi dans la maison du Faune {VI, 12, 2). Mais il ne faut pas croire que l'atrium tétrastyle fut considéré comme une élégance ajoutée à la maison. C'est plutôt une simplification de construction ; une fois posé sur ses quatre colonnes, le compluvium n'avait plus à redouter que les tremblements de terre. De plus, ce mode

de construction s'imposait quand l'atrium devait supporter un second étage. Le compluvium de l'atrium toscan au contraire, soutenu par des poutres à longue portée, demandait plus d'entretien et plus de réparations. Cependant les propriétaires de ces nobles et vastes maisons préféraient l'atrium toscan. En voici la raison : aussitôt que, franchissant les fauces, le visiteur arrivait au seuil de l'atrium toujours un peu sombre, il se trouvait en face du tablinum dont le fond, ouvert pendant la belle saison, lui permet-

Fig. 29. — Atrium de la maison de Cornélius Rufus. avec vue sur le péristyle et la campagne (p. 63).

tait d'embrasser d'un coup d'œil la fuite des colonnes du péristyle, la verdure du jardin qu'elles entouraient et ses fleurs, les gerbes du jet d'eau brillant au soleil (fig. 29, p. 63), et quelquefois encore, comme dans la maison du Faune (VI, 12, 2) ou d'Ariane (VII, 4, 51), au delà, dans un lointain, les colonnes, la verdure, les eaux, la lumière d'un second péristyle entourant un second jardin. Notre figure 29 (p. 63) représente le bel atrium toscan de la maison de Cornélius Rufus (VIII, 4, 15) d'où l'on voyait le péristyle et son jardin, et au delà, entre les colonnes d'une galerie aujourd'hui murée, la campagne et les monts Lactarii. Les quatre colonnes de l'atrium tétrastyle auraient, par leur masse, rompu cette perspective. Ce n'était cependant pas uhe règle absolue, car dans la

maison du Labyrinthe (VI, ii, lo), c'est l'atrium principal qui est tétrastyle avec de belles colonnes corinthiennes. La maison du duc d'Aumale (VI, 7, 2i) n'est, à proprement parler, que l'atrium de service de la maison voisine (20), appelée casa dell' Argenteria parce qu'on y a trouvé un trésor d'argenterie; son atrium est tétrastyle, avec beaux chapiteaux

Fjg. 30. — Entant tenant un canard; Fig. 31.

fontaine (p. 66).

• Enfant tenant un dauphin; fontaine (p. 66)-

ioniques; on y entre par de larges fauces que termine un seuil orné de deux colonnes ; aucune chambre cependant n'ouvre sur ce bel atrium qui ne conduit qu'à des pièces de service, mais seulement deux portes communiquant avec l'atrium principal, celui de la Casa dell' Argenteria qui est toscan.

Le sol des atriums était souvent couvert d'une mosaïque. Quelquefois, dans la mosaïque sans dessins ou dans le sol battu ou bétonné, étaient incrustés des morceaux de marbre de diiférentes couleurs, soit brisés irrégulièrement, soit taillés en forme de disques, de carrés, de losanges, etc.

La bordure de l'impluvium est généralement ornée, le plus souvent d'un simple dessin, grecque, torsade, dent de loup; il arrive aussi que le dessin est plus compliqué : ce sont, dans la maison de Cornélius Rufus (VIII, 4, 15), les remparts et les tours crénelés d'une place forte; l'impluvium de la maison d'Optatius Rapianus (I, 4, 25), incorporée dans la maison du Cithariste (I, 4, 5), offrait une décoration particulièrement riche : sur les deux côtés longs et dans un encadrement de fleurs, des proues de vaisseaux engagées sous des arcades se présentaient dans des évolutions variées ; une bande de rinceaux à la partie supérieure, un masque à chaque angle complétaient cette ornementation remarquable par l'harmonie des tons. Les impluviums sont entièrement revêtus de marbre, de tuf dans les maisons plus anciennes ; au centre, un jet d'eau pouvait, à l'aide d'une clef, être mis en mouvement; un émissaire conduisait le trop plein de l'eau dans la citerne, sur laquelle ouvrait, au bord de l'impluvium , une bouche ronde recouverte soit d'un disque soit d'une élégante margelle en terre cuite ou en marbre (fig. 24, p. 55; 62 et

63, p. 96, 97). On voit encore aujourd'hui, sur la paroi intérieure des margelles en marbre ou en tuf les sillons creusés par le frottement des cordes.

L'impluvium s'embellissait encore de la table appelée cartibulum, d'une statuette posée sur un socle et faisant l'office de fontaine, d'une vasque en marbre. Table et fontaine occupaient le petit côté de l'impluvium le plus éloigné de la porte et lui faisant face. L'eau de la fontaine

Fig.

— - L'atrium de la maison du balcon

jaillissait d'un oiseau 'ûg. 30, p. 64), d'un chien, d'un dauphin (fig. 31, p. 64), d'un vase, d'une coquille (fig. 32, p. 65) ou de tou^ autre objet tenu par un enfant. On conserve même, au musée de Naples, une statue d'enfant analogue à celle de la célèbre fontaine de Bruxelles; ailleurs l'eau est lancée par des animaux ; souvent elle ne retombe pas directement dans l'impluvium mais dans la vasque en marbre déversant pardessus les bords son trop-plein.

Le cartibulum placé derrière la fontaine ou à la place de la fontaine,

Fig. 3}. — Atrium de la maison du Taureau (p. 67) ; au fond à droite, peinture du 2" style

quand celle-ci fait défaut, est une table de marbre monopode (v. fig. 24, p. 55), surtout à l'origine, mais plus tard et le plus souvent, à Pompéi du moins, supportée par deux pieds. Ujie forme qui se rencontre fréquemment consiste en deux supports représentant deux griffons adossés à tète de bélier ; un des plus beaux exemples que l'on en connaisse se trouve dans la maison de Cornélius Rufus (VIII, 4, 15 ; voir notre figure 29, p. 63) ; un trou ménagé entre les deux pieds recèle la clef qui servait à ouvrir le jet d'eau de l'impluvium. Sur le cartibulum on disposait, comme nous l'avons déjà dit, de belles pièces de vaisselle. "La maison du Balcone pensile (VII, 12, 28), avait un bien petit atrium placé sur le côté, en dehors des règles habituelles. Mais il nous offre un joli ensemble de la vasque, de la fontaine et du cartibulum. Par une coquille qu'il tient de la main gau-

che, l'enfant lançait l'eau dans la vasque en marbre; l'eau jaillissait aussi, dans la même direction, de deux tuyaux qui émergent du sommet des deux pilastres entre lesquels se dresse la statue [(fie- 3^' P* ^S)- Les trois robinets en bronze qui réglaient les jets d'eau subsistent encore sous le cartibulum.

Quelquefois les atriums étaient ornés de statues qui n'avaient rien de

Fig. 34. — Laraire de la maison des Vettii (p.

commun avec les fontaines. C'est ainsi que, dans les atriums de la maison du Faune (VI, 12,2) et de la maison du Torello (V, 1,7. — fig. 33, p. 66), on a trouvé les statues qui ont donné leurs noms à ces maisons.

Beaucoup de maisons, suivant l'antique usage, conservaient, dans leur atrium, le laraire. C'était un autel souvent placé dans un angle de l'atrium, ou bien un petit édicule en stuc polychrome, dont quatre colonnes soutenaient le fronton et le toit ; la maison d'Epidius Sabinus (IX, I, 22) en offre un bel exemple. On voit généralement dans les peintures des laraires les deux Lares tenant de la main gauche la situle, de

la droite le rithon levé, court vêtus, chaussés de hauts brodequins et marchant d'un pas de danse, encadrer une divinité, le Génie de l'empereur ou le Génie du maître de la maison, qui verse avec la patère l'offrande sur le feu de l'autel (fig. 34, p. 67). Le sacrifice est parfois célébré suivant toutes les règles avec le joueur de la double flûte et l'enfant qui tient le coffret à encens, tandis qu'un autre servant amène le porc, victime préférée des Lares. En même temps, les deux serpents ou un seul serpent, génies de la maison ou du maître et de la maîtresse, viennent

vers l'autel prendre l'offrande déposée à leur intention (fig. 35, p. 68); offrande consistant le plus souvent en œufs et en pommes de pin (v.

fig"- 34) P- 67). Quelquefois, indépendamment du laraire, les serpents se déroulaient sur les murs des cuisines. Dans le grand nombre des maisons, d'ailleurs, en même temps que le fourneau où l'on cuisait les aliments, antique foj^er familial, le laraire avait émigré à la cuisine.

Parfois , des victuailles de tout genre, morceaux de chair en brochette, tête de porc, chapelets de petits poissons, saucisses, oiseaux, lièvres, figurent des offrandes aux divinités familiales. Souvent, autour du laraire ou au-dessus, s'alignent des divinités protectrices : Vénus Pompéiana dans la maison du Faune (VI, 12, 2), la même déesse avec Jupiter, dans une maison de la rue des Augustales (VII, 4, 20), des séries de grandes divinités, Jupiter, Vesta, Apollon, Minerve, etc., mêlées aux demi-dieux parmi lesquels figure souvent Hercule ; dans un laraire de la rue de Nola (V, 4, 5), Bacchus, Vénus, Diane, Neptune, Mercure, la Victoire, Hercule, Minerve, et au centre, une niche vide aujourd'hui qui contenait peut-être la statue de Jupiter. Il serait inutile de rechercher quelles divinités figuraient de préférence dans les laraires; en dehors de celles qui se rattachaient au culte du foyer, le goût, les dévotions des particuliers guidaient le choix. Chacun avait pris l'habitude d'inviter à son laraire les dieux et déesses objet de ses préférences.

Laraire avec les deux serpents

Souvent, dans les laraires, des statuettes remplaçaient les peintures ou s'y ajoutaient. C'est pour ce motif que, non seulement à Pompéi mais partout où il y eut des maisons romaines, on a trouvé des statuettes de divinités en bronze. Elles étaient placées dans la niche du laïaire, sous l'édicule où quelquefois on avait disposé des gradins pour les recevoir. Notre figure 36 (p. 69) représente un laraire dans un édicule. Sur le mur, l'Abondance sacrifie entre les deux Lares ; à cette peinture conforme au type le plus fréquent on a ajouté des statuettes : Hercule, Esculape, Apollon, Mercure, entre les deux Lares.

Une des maisons de la neuvième région possédait un laraire particulièrement beau.

Dans une niche couronnée d'un fronton triangulaire supporté par deux colonnes engagées, une charmante statuette en bronze de l'Abondance, tenant la corne d'abondance et une patère en argent, est assise sur un siège richement ciselé dont un triton surmonte le dossier; la déesse pose les pieds sur un escabeau orné de deux sphinx, ayant à droite et à gauche les statues des deux Lares, également en bronze, supportées par

un socle circulaire ; une lampe de même métal, en forme de pied, descend du fronton.

Un laraire également fort curieux est celui de l'atrium du banquier L. Caecilius Jucundus. Le jour du tremblement de terre de l'an 63 après J.-C, le banquier pompéien se promenait sur le Forum; il vit le temple de Jupiter osciller, puis s'écrouler, des gens sans doute y périr. Pris d'une belle peur, il promit aux dieux Lares de sa maison de la rue de

Fig. 36.

Laraire avec statuettes de divinités (p. 69).

Stables (V, i, 26) que, s'il en franchissait le seuil sain et sauf, il leur offrirait en sacrifice un taureau. Il rentra chez lui, accomplit son vœu et, suivant un usage répandu, fit représenter sur le même bas-relief le sacrifice qu'il avait offert et le danger qu'il avait couru (fig. 9, p. 17). Le sculpteur figura donc l'autel vers lequel on amène la victime, les instruments du sacrifice, puis, le temple et l'arc de triomphe qui s'écroulent. Ce n'était pas un artiste de premier ordre. Quand il fallut sculpter les deux statues équestres dont était flanqué le temple, ne pouvant les copier puisqu'elles étaient tombées, dans sa naïveté, il représenta, au

lieu de l'écroulement des statues, la chute des cavaliers. Aussi, n'est-on pas peu surpris de voir ces hommes de bronze ou de marbre faire des efforts prodigieux pour garder leur équilibre au milieu de ce bouleversement.

Au-dessus du même laraire, un autre bas-reliet encastré dans la muraille a une origine analogue. Il n'a pas été trouvé en place, comme le précédent, mais transporté là à cause de son analogie avec le premier. Un château d'eau que les fouilles ont mis au jour en l'année 1902 (fig. 11, p. 19) y figure à côté d'une porte et d'un mur qui s'écroulent ; c'est la porte du Vésuve, aujourd'hui encore appuyée au château d'eau ; dans la rue, la secousse a renversé une voiture avec les deux mulets qui la traînaient. Comme dans le basrelief précédent, un autel chargé d'offrandes précise la signification religieuse et votive du monument (fig. 10, p. 17). C'est l'ex-voto d'un Pompéien qui, à côté de la porte du Vésuve, avait couru le même danger que L. Caecilius Jucundus près du temple de Jupiter.

L'atrium ne cessa jamais d'être le lieu où se traitaient les affaires de la maison ; c'est là que le maître donnait ses ordres, recevait les clients et les fournisseurs, faisait ses paiements, tandis que, au delà du tablinum, dans le péristyle et les pièces qui l'entouraient, se réfugiait l'intimité de la famille et des amis. Aussi c'est dans l'atrium que se trouvait le coffre-fort

F'g- 37- — Coffre-fort (p. 71]

(fig- 37> P- 70)' Quelquefois il y en avait deux, comme dans la maison des Vettii (VI, 15, i). L'âme du cofFre-fort était en bois revêtu de fer et de cuivre, ses parois solides, sa 'serrure compliquée et sûre. Appuyé contre le mur il reposait sur un bloc de maçonnerie auquel le fixait une barre en fer rivée à l'intérieur. Dans quelques-uns de ces coffres on a trouvé de l'argent et des bijoux, et aussi, comme dans la maison du Centaure (VI, 9, 3), de l'argenterie, mais rarement. Les Pompéiens revenus après la catastrophe ont eu soin d'emporter le contenu de leurs coffres.

Dans quelques atriums un haut piédestal en forme de gaine portait le buste du patron de la maison (fig. 38, p. 71), buste voué à son patron par un affranchi, à son maître par un esclave.

C'est l'affranchi Félix qui a érigé le buste de son patron Caecilius Secundus (fig. 94, p. 132) ; dans la maison de Vesonius Primus, dite aussi maison d'Orphée, l'esclave Anteros a fait à son maître un don semblable. Ces bustes se plaçaient au fond de l'atrium, en tète du mur qui séparait le tablinum du corridor ou de la pièce mitoyenne. Notre figure 29 (p. 63) montre le buste de Cornélius Rufus en place dans son atrium (VIII, 4, 15). Ces bustes jadis nombreux à Pompéi, y sont rares aujourd'hui ; il est assez naturel que, après l'argent et les bijoux plus faciles à emporter, les portraits du chef de la famille ou d'un ancêtre aient été enlevés par les Pompéiens. On a trouvé, à deux exemplaires, le buste du comédien Norbanus Sorex; une base peu élevée, encore en place dans la maison d'Ariane (VII, 4, 51, 32) entre le tablinum et le corridor, paraît bien avoir porté la gaine sur laquelle reposait le buste du maître de cette belle maison.

Les chambres qui rayonnaient autour de l'atrium (v. fig. 22, 3, p. 52) avaient des destinations diverses. Nous avons dit que nous ne pouvions

Fig. 38. — Buste de Cornélius Rufus dans son atrium (p. 71).

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pas leur assigner, d'après leur situation, une attribution certaine. Cependant les chambres situées à droite et à gauche des fauces, étaient généralement réservées pour le service ; quelquefois aussi elles avaient une autre attribution : le propriétaire les louait comme boutiques s'il ne les utilisait pas pour sa propre industrie ou celle d'un d-e ses affranchis. En ce cas, elles communiquaient avec l'atrium de la maison (v. fig. 22, 35, 36, p. 52). Peut-être servaient-elles quelquefois d'entrée, quand la grande porte n'était pas ouverte, le boutiquier faisant l'office de portier. Ces deux pièces, lorsqu'on les employait comme boutiques étaient largement ouvertes sur la rue ; dans le cas contraire, des fenêtres petites, étroites et haut placées les éclairaient (fig. 39, p. 72), chez Epidius Rufus (IX, i , 20), par exemple. Les fenêtres plus grandes étant réservées pour l'intérieur ou pour l'étage supérieur (v. fig. 59, p. 93).

Les chambres à coucher, se reconnaissaient à la place du lit indiquée, à la disposition intérieure de la pièce. Une élévation du sol, une entaille dans le mur, un changement dans la mosaïque, le plafond plus bas ou une alcôve, marquaient l'emplacement du lit. Il est rare que l'un ou l'autre de ces signes, ne révèle pas la chambre à coucher. Au fond du jardin de la maison d'Apollon (VI, 7, 23 , une petite construction ne renferme qu'une chambre à coucher à deux alcôves ; sur les murs se déroule, en belle et curieuse peinture, l'histoire d'Apollon et de Marsyas. Dans l'atrium de la maison du Centaure (VI, 9, 3), on voit une jolie chambre à coucher avec alcôve au sol surélevé, et, à côté de l'alcôve, un petit réduit étroit et obscur qui a pu servir de niche à un chien, peut être aussi de garde-robe avec chaise-mobile, meuble que connaissaient parfaitement les anciens ; toute la décoration est du premier style. La maison de Méléagre (VI, 9, 2) offre [une chambre à coucher avec deux alcôves.

Outre les chambres, l'atrium comprenait deux alae (v. fig. 22^ 4, p. 52). Nous avons vu celles de la maison de Pansa. C'est dans l'une des alae ou dans les deux que l'on conservait à Rome, les images des ancêtres. A Pompéi il n'y avait pas d'images à conserver. Aussi l'usage de l'ala reste assez indécis et les Pompéiens semblent s'être ingéniés à en tirer parti. Bien souvent on y installa des armoires, soit en les divisant en compartiments et en y plaçant des rayons dont la trace est visible encore, soit en les fermant par des portes ; elles tinrent lieu aussi de bibliothèques.

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Fig. 39. — Fenêtre au rezde-chaussée (p. 72).

Les armoires étaient fréquentes à Pompéi et on utilisait les petits recoins, les dessous d'escaliers, les fonds de corridor sans issu, en y installant des rayons (v. entre autres, VII, 2, 18). Les Pompéiens avaient aussi des armoires en menuiserie, comme les nôtres ; et, grâce aux empreintes laissées dans les cendres, l'administration des fouilles en a reconstitué une qu'on peut voir au musée de Pompéi.

Les alae étaient généralement placées à l'extrémité de l'atrium, prèsdu tabli*num, à la suite des chambres de droite et de gauche; parfois cepen-

Fig. 40. — Tablinum de la maison du Faune (p. 74).

dant, elles occupent le milieu. lien est ainsi, entre autres, dans la maison de M. Epidius Rufus (XI, i, 20) qui a fait de l'aile de droite la chapelle des dieux Lares ; deux belles colonnes ioniques, correspondant à deux pilastres ornés d'une petite tête en relief, en marquent l'entrée; l'autel a été offert par deux affranchis du patron et une inscription en fait foi. Dans la maison d'Ariane (VII, 4, 51, 32), l'autel des Lares occupe l'aile de gauche.

Au fond de l'atrium, en face de la porte d'entrée, le tablinum a succédé au lit conjugal (v. fig. 22, 5, p. 52). Nous avons raconté plus haut les origines de cette pièce. Le tablinum servait au maître de la maison de bureau, de salle de réception pour ses affaires. Du côté de l'atrium il était rarement fermé par des portes, mais par un vélum; le fond avait

comme clôture des portes ou des volets à plusieurs battants qui s'ouvaient complètement et laissaient l'air circuler dans l'atrium et la vue s'étendre librement vers le péristyle et le jardin ; quelquefois les volets reposaient sur un mur à hauteur d'appui; la maison du Faune (VI, 12, 2) nous en offre un exemple (fig. 40, p. 73). Le tablinum était souvent élevé d'une ou deux marches au-dessus de l'atrium ; une mosaïque recouvrait le sol, de riches peintures les murailles. Les maisons de Salluste (VI, 2, 4), du Faune (VI, 12, 2), de L. Caecilius Jucundus (V, i, 26), de Lucretius Fronto (V, 4), delà Caccia (VII, 4, 48) et d'autres présentent de beaux tablinums décorés de peintures.

Le tablinum marque la fin de l'atrium. Il ouvre à la fois sur l'atrium et sur le péristyle; sur la partie romaine de la maison et sur la partie grecque. C'est de cette dernière partie que nous allons nous occuper dans le chapitre suivant.

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