‹ Pompéi (volume 4)Chapitre 8 sur 30 · LA PARTIE GRECQUE · texte numérisé non relu

LA PARTIE GRECQUE

Le péristyle, le triclinium, l'oecus, l'exedra, le jardin, les communs, le premier étage.

L'ancienne maison n'avait, à l'arrière du tablinum, qu'un petit jardin qui occupait souvent toute la largeur du terrain disponible. Quand on construisit des cuisines en dehors de l'atrium, ce fut généralement aux dépens du jardin.

Enfin, la maison trop à l'étroit se déversa autour du jardin agrandi qui prit alors une forme rectangulaire et fut entouré d'un portique appelé péristyle (v. fig. 22, 9, p. 52) sous lequel ouvraient les pièces nouvelles. Ce furent d'abord les pièces de service et les chambres des esclaves que bientôt on relégua plus loin, dans de nouveaux communs; dès lors au luxe de la maison, le péristyle ajouta la beauté de son jardin, l'élégance de son portique, l'ordonnance des vastes appartements qui l'entouraient.

Les dimensions du péristyle variaient suivant l'importance de la maison. Celui de la maison du Centenaire (IX, 7, 6) était un des plus grands (fig. 41, p. 75); sur un seul de ses côtés il avait un second étage. Quel-

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Fig. 41. — Péristyle de la maison du Centenaire (p. 75).

Fig. 42. — Péristyle de la maison des Capitelli figurati (p. 76).

quefois le péristyle appuyé contre un mur ou placé dans un angle, n'était orné de colonnes que sur trois, DU même sur deux de ses côtés. Dans la maison des Capitelli figurati (VII, 4, 57), un des côtés s'appuie à un mur duquel sortent en relief des colonnes engagées (fig. 42, p. 76). Certaines maisons avaient deux péristyles placés à la suite l'un de l'autre ; il en est ainsi dans les maisons d'Ariane (VII, 4, 51 — fig. 43, p. 76) et du Faune (VI, 12, 2); quelquefois, comme dans la maison du Cithariste (I, 4, 5), ils s'étendent à côté l'un de l'autre; dans la maison de Castor et de PoUux (VI, 9, 6), le péristyle sépare les deux atriums.

Autour du péristyle rayonnent des pièces d'usages divers.

Les chambres à coucher sont reconnaissablés aux signes indiqués plus haut (v.

%. 22, 12, p. 52). Souvent elles donnent sur le péristyle par une porte aussi large qu'elles-mêmes, qui, ouverte pendant les chaleurs, reste fermée

pendant les temps froids; dans le dernier cas, on utilise une petite porte de côté donnant sur une chambre voisine qui sert alors d'antichambre.

Le plus souvent, la salle à manger prenait jour sur le péristyle ou,

Fie. 43. — Péristyle de la maison d'Ariane (p. "jè).

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quand le péristyle manquait, sur le jardin. La salle à manger des maisons anciennes s'appelait cenactilum et occupait l'étage supérieur. Plus tard ce fut le tablinum ou la pièce voisine (v. fig. 22, 7, p. 52). Sous l'influence grecque elle prit le nom de triclinium emprunté aux trois lits à trois places qui entouraient la petite table, mensa (fig. 44, p. 77) : au centre, le lectus médius, lit du milieu ; à la gauche du médius, le lectus summus, lit du haut; à la droite, le lectus imus, lit du bas, plus longque les autres parce que les jambes du convive n" 3 étaient étendues vers l'extérieur ; devant le médius lectus et entre les deux autres la table, mensa, trouvait sa place. Le t ^ j. t

' , . j Lectus médius

lectus tmus était celui du

maître de la maison qui y occupait la place n° i ; à côté de lui, n°' 2 et 3, se plaçaient sa femme et un de ses fils ou un affranchi . Les deux autres lits étaient réservés aux invités, le lectus médius cependant aux hôtes plus distingués. La place n" 3 de ce dernier lit était la place d'honneur, appelée place consulaire parce que, si un consul figurait parmi les convives, c'est là qu'on le plaçait. L'hôte honoré se trouvait ainsi auprès du maître de la maison ; les deux plus dignes après lui occupaient les places i et 2.

Notre figure 44 (p. 77) représente bien la situation des convives, mangeant inclinés vers la table et accoudés sur le bras gauche ; on voit très bien comment, ainsi étendus, ils se faisaient presque vis-à-vis et pouvaient causer. Il ne faut pas croire cependant que, pendant tout le temps du repas, souvent fort long, ils restaient étendus dans la même position immuable. Pendant qu'on ne mangeait pas, les poses se modifiaient, on se retournait vers le voisin à qui on avait jusque-là tourné le dos ; ceux qui, sur chaque lit, occupaient la place voisine du dossier ne se faisaient pas faute de s'3^ appuyer. On a trouvé dans les maisons de Pompéi quelques débris de triclinium. Chez C. Vibius (VII, 2, 18), les trois lits étaient restés en place maintenus par les cendres qui les avaient

Fig. 44.

Triclinium avec indication des places des convives (p. jj).

moulés. L'un de ces lits aujourd'hui conservé au musée de Naples, a pu être reconstitué (fig. 45, p. 78).

Comme la chambre à coucher, le triclinium se reconnaissait à la disposition de la pièce. Les grands tricliniums des riches maisons étaient divisés en deux parties séparées souvent par un pilastre appliqué, à droite et à gauche, contre le mur latéral. La peinture qui décorait le mur, le dallage du sol différaient dans ces deux parties ; il en est ainsi spécialement dans la maison du Labyrinthe (VI, 11, 10), des Epigrammes (V, i, 18), des Gladiateurs (V, 5, 3). Dans la seconde partie, celle du fond, se

Fig- 45- — Lit d'un triclinium (p. "J"]-"]^).

dressait la table à manger avec ses lits; la première partie était réservée au service. On reconnaissait aussi le triclinium à l'entaille faite dans le mur pour recevoir un des lits ou les trois. On voit très bien marquée la place des trois lits, avec entaille moins longue pour le summus lectus qui est en effet plus court, dans la maison d'Ariane (VII, 5, 51, 32), et dans le charmant triclinium d'une maison assez modeste de la rue de Stables, orné de femmes jouant avec des paons (IX, i, 7). La forme du sol un peu incliné des trois côtés vers les murailles latérales et vers celle du fond, une mosaïque spéciale à cet endroit, un rond ou un carré en mosaïque marquant la place de la table, sont aussi les indices qui dénoncent le triclinium.

Quelquefois on a trouvé dans le triclinium l'autel sur lequel, avant le repas, se faisaient les libations. Ces autels sont rares, car, le plus souvent, on se servait d'autels portatifs.

Il y avait des salles à manger d'hiver exposées au midi et des salles à manger d'été exposées au nord ou à l'est. Quand le nombre des convives dépassait neuf personnes on dressait plusieurs tricliniums ; parmi les salles à manger de Pompéi, il en est qui peuvent contenir quatre tricliniums.

Autour des péristyles on rencontre aussi de grandes pièces appelées œciis (v. lig. 22, 13, p. 52) disposées comme les tricliniums; elles ont en effet le même usage. Il en est qui sont complètement entourées de

Fig. 46. — Œcus à colonnes de la maison de Méléagre (p. 79).

colonnes, laissant entre le mur et les lits un espace étroit que les convives pouvaient utiliser pour gagner leur place et quelquefois aussi les esclaves pour le service. Ces beaux œcus à colonnes n'appartiennent qu'aux maisons très riches ; on en connaît trois seulement parmi les maisons découvertes à Pompéi; ce sont les maisons de Méléagre (VI, 9, 2, fig. 46, p. 79), du Labyrinthe (VI, 11, 10) et des Noces d'argent (V. 2).

Certaines maisons plus modestes possédaient seulement, au lieu de tables à trois lits, des tables à deux lits ; on les appelait alors biclinium. On en connaît un dans une maison de la première région ; les deux lits sont disposés en équerre et la table, de forme ronde, occupe l'angle rentrant. Dans une maison de la cinquième région (V, 3, 11), le petit jar-

din est orné d'une fontaine de rocaille de chaque côté de laquelle, sur un lit en maçonnerie, s'étendaient les convives; c'est un biclinium (fig. 47, p. 80). Il n'y avait pas de table, l'espace compris entre les lits étant occupé par la fontaine.

Les Romains mangeaient volontiers en plein air. Nous avons parlé de salles à manger d'hiver et d'été ; il en existait en effet, mais quand la saison était clémente, c'est sous le ciel, au milieu des fleurs que se prenaient les repas. Les deux biselliums que je viens de mentionner étaient construits en plein air. Dans plus d'une maison de Pompéi le triclinium en

Fig. 47. — Un bidinium (p. 80).

maçonnerie existe encore dans le jardin. Celui de la maison de Salluste (VI, 2, 4) est particulièrement bien conservé. Il occupait, dans le jardin, le fond d'une allée sablée, bordée de fleurs ; sur le mur, des peintures représentaient un jardin dont la perspective prolongeait le jardin réel. Une colonne, à l'angle où manquait l'appui du mur, soutenait la vigne dont le berceau abritait la table et les convives ; en avant, l'eau d'une petite fontaine se renouvelait sans cesse ; un bassin et une rigole par où l'eau s'échappait, entretenaient la fraîcheur (fig. 48, p. 81). Tous les tricliniums des jardins pompéiens sont plus ou moins disposés ainsi. Dans une maison de la cinquième région (V, 2, 15), sur chacune des colonnes placées aux angles du triclinium pour soutenir la treille, des grappes et des pampres peints semblaient prolonger jusqu'au sol la vigne du berceau.

LES DIFFERENTES PARTIES DE LA MAISON POMPÉIENNE 8i

Lçs enfants ne prenaient pas place sur les lits du triclinium mais mangeaient assis devant une petite table située au pied du lit de leurs parents. Dans une maison de la neuvième région (IX, 5, 11;, au pied de Vimtis lectus qui était celui du père et de la mère, existe encore, devant une petite table, le siège des enfants.

Vers le commencement de l'empire, la mode s'introduisit d'un lit de table semi-circulaire auquel on donna le nom de sigma à cause de sa forme imitant celle du sigma lunaire C. Des peintures de Pompéi en

Fig. 48. — Le triclinium de la maison de Salluste [^. èioj.

représentent plusieurs. Sur celle que nous reproduisons (fig. 49, p. 82], qui fait partie d'une série, est figuré un repas de débauchés, couchés sur un lit de ce genre devant une table ronde à trois pieds. Dans une maison de la huitième région (VIII, 3, 15), au milieu du jardin, on voit encore un sigma en maçonnerie très bien conservé (fig. 50, p. 83).

Le sigma n'était pas, comme le lit du triclinium, limité à trois convives ; il donnait place parfois à une dizaine de personnes; celui de notre figure 49 n'en a reçu que cinq. La place d'honneur était à l'extrémité du lit, à droite, la seconde place à l'extrémité à gauche, puis à côté de la seconde la troisième et ainsi de suite.

A l'heure des repas, on recouvrait les tricliniums de matelas, de coussins, de couvertures. Quelquefois la maçonnerie semble avoir été faite r. 6

pour supporter des lits en bois, sans pieds, que l'on posait par-dessus, au moment du repas, avec les couvertures et les coussins. Le triclinium de la maison de Fabius Secundus (V, 4, 13) paraît bien avoir été ainsi disposé.

Les tables des tricliniums d'intérieur étaient généralement mobiles et de formes variées, comme tous les meubles (V. fig. 49, p. 82); celles des tricliniums en maçonnerie se composaient le plus souvent d'une plaque

Fig. 49. — Peinture représentant un lit de table appelé sigma (p. 81).

de marbre plus ou moins belle, ronde ou carrée, posant sur un pied. Dans la maison de Salluste, après le repas, on pouvait enlever la plaque en marbre et du pied resté en place jaillissait un jet d'eau.

Au fond du péristyle, dans la même situation que le tablinum par rapport à l'atrium, une grande pièce, généralement bien ornée et bien meublée, servait de lieu de réunion, de salon et aussi d'œcits; on l'appelait exedra (V. fig. 22, 15, p. 52^.

Le péristyle formait, autour d'un jardin, un promenoir couvert et en même temps aéré. C'était, en effet, pour les habitants de la maison, un lieu de promenade à l'abri de la pluie, du vent et du soleil contre

lesquels ils étaient encore garantis par des voiles ou rideaux manœuvres à l'aide de cordes qui avaient leur point d'arrêt dans des crochets fixés aux colonnes. Caesius Blandus, un ancien soldat habitué à une vie active, faisait des marches sous le portique de son péristyle (VII, i, 40) ; sur un des murs, de ce portique il a gravé l'indication que, en le parcourant dix fois, aller et retour, il faisait une course de 640 pas.

Le jardin du péristyle était toujours ou presque toujours, orné au centre d'un bassin avec un jet d'eau. Sur les parois de ce bassin, dans la

Fig. 50. — Lit de table appelé sigma (p. 81).

maison de Pansa (VI, 6, i), on a peint des roseaux et des poissons ; parfois aussi, afin que l'eau ait une belle couleur, les parois du bassin profond étaient peintes en bleu ; on y ménageait aussi des arcs rentrant des renfoncements où l'eau agitée par la retombée du jet d'eau se brisait en paillettes d'argent ; tel était le bassin du péristyle de la maison de Méléagre (VI, g, 2). Dans certains bassins les poissons dont c'était l'instinct trouvaient des abris oîi se retirer ; un curieux exemple de cette disposition se voit dans la maison de Championnet (VIII, 2, i). Comme l'impluvium, le bassin du péristyle était souvent orné, à son extrémité, d'une statue d'où l'eau s'écoulait parfois en fontaine (fig. 51, p. 84), mais on ne trouve plus guère que l'emplacement de ces statues, les œuvres d'art ayant été enlevées par les Pompéiens. Il faut mentionner

cependant la charmante statue du sat^^re de la maison du Centenaire (IX, 7, 6, voir plus loin, p. 131).

Dans le péristyle de la maison du Cithariste (I, 4, 5), toute une chasse d'animaux en bronze, deux chiens, un sanglier, un lion, une biche, un

serpent, lançaient de l'eau dans un beau bassin en marbre de forme semi-circulaire. Près de ce même bassin, on trouva la belle statue archaïque du joueur de lyre qui donna son nom à la maison. C'est le péristyle de la maison du Faune (VI, 12, 2) qui a fourni le tîeau pied de table en forme de sphinx accroupi.

Autour du bassin, dans tout l'espace compris entre les colonnes, s'étendait un véritable jardin avec ses fleurs, ses plates-bandes et ses allées ; nous en avons un bel exemple dans la maison des Vettii ; on a retrouvé, sous les cendres, le dessin des plates-bandes et le jardinier de Pompéi a reconstitué le jardin, n'y introduisant, pour ne pas faire d'anachronisme, que des plantes peintes sur les murailles de la ville antique (fig. 52, p. 85). Le bassin du péristyle de la maison du Centenaire était abrité par une vigne ; plantant ses pieux dans les mêmes trous où enfonçaient les anciens supports, le jardinier de Pompéi a rétabli le .berceau. Parfois le péristyle est entouré d'une balustrade basse, dont le sommet, creusé en sillon, recevait des fleurs (VIT, 1 1, 6); des caisses mobiles ou en maçonneHe, de formes variées, servaient au même usage ; on a vu aussi les fleurs et la verdure envahir l'atrium, faire du tablinum un jardin (VII, 2, 33 et ceindre l'impluvium d'une bordure fleurie. Les Romains aimaient beaucoup les jardins et, là où le péristyle faisait défaut, ils réservaient autant que possible derrière la maison un coin de terre à la culture. Nous avons vu plus haut ce jardin affecter la forme d'un second péristyle ou s'étendre

Fig. 51. — Statue de Bacchus ayant servi de fontaine (p. 83).

au delà. Le mur qui Tentourait, représentant souvent des arbres, des fleurs et de l'eau, prolongeait dans la perspective le jardin réel. Quelquesuns de ces jardins sont vastes, particulièrement ceux de Pansa (VI, 6, 1) et d'Epidius Rufus (IX, i, 20); celui de la maison du Centaure (VI, g, 3) est suspendu sur la voûte de vastes sous-sols ; la maison de Méléagre (VI, 9, 2) en a deux, un grand et un plus petit.

Fig. 52. — Le péristyle de la maison des Vettii (p. 84).

Une des particularités de ces jardins, qu'ils fussent dans un péristyle ou en dehors, est l'abondance de l'eau ; elle s'élançait du bassin central et retombait en gerbes; des statues (v. fig. 51, p. 84) des enfants tenant des coquilles (v. fig. 32, p. 65), des animaux de toutes sortes (v. fig. 30, 31, p. 64), la versaient dans de belles vasques en marbre aux formes variées; elle jaillissait même, comme dans la maison d'Holconius (VIII, 4, 4) et du Balcon (VII, 12, 28), des colonnes où l'amenaient des conduits dissimulés.

Des fontaines en mosaïques de verre, aux vives couleurs, auxquelles se mêlaient des coquilles, ornaient les jardins de plusieurs maisons.

On en connaît dans une maison aujourd'hui inabordable, sur la limite des fouilles, dans la région IX^ (insula occidentalis), dans les maisons de l'Ours (VII, 2, 45), du duc de Toscane (VII, 4, 56), des Scienziati (VI, 14, 43), de la Grande et ds la Petite Fontaine (VI, 8, 22, 23), près

F'g- 53- — Fontaine en mosaïque (p. 85).

de la voie des tombeaux. Celle que représente notre figure 53 (p. 85) a donné son nom à la maison de la Grande Fontaine. Il n'y a pas de péristyle dans cette maison mais, comme cela arrive souvent, un jardin devant lequel court une colonucide. Au centre de l'hémicycle formé par la fontaine, au-dessous d'une tète de divinité fluviale, une bouche en bronze laissait échapper l'eafu qui, coulant sur un escalier en marbre de six degrés, se brisait en petite cascade. Sur les piedsk-droits, deux masques en marbre, dont celui d'Hercule, attirent l'attention. Dans la maison voi-

sine, celle de la petite fontaine (VI, 8, 23) une fontaine du même genre s'appuie à un mur où, sur un beau ciel bleu, se détachent des branches d'arbres peuplées d'oiseaux. Au bas, sur le rebord du bassin, étaient disposées des statuettes aujourd'hui bien connues : l'enfant à l'oie, le

Fig. 54. — Vase en bronze ayant orné un jardin (p. 88).

Fig. 55. — Bustes et colonne ayant décoré un jardin (p. 88).

pêcheur à la ligne, l'enfant couché, couvert du cucuUus (manteau à capuchon). Dans la maison d'Apollon (VI, 7, 23), une fontaine rustique, d'où l'eau s'écoulait de tous côtés, avec mille reflets, sur les marches d'une série de petits escaliers disposés en cercle, se prolonge par une peinture en trompe-l'œil représentant l'arche d'un pont, une rivière et des canards ; l'eau qui se déversait dans la fontaine semblait continuer l'eau

peinte sous le pont; quand les couleurs fraîches et vives se reflétaient dans l'eau véritable, l'illusion devait être facile. Les Pompéiens, en effet, aimaient beaucoup voir, dans la verdure, le reflet de l'eau et entendre son murmure : de là ces nombreuses fontaines et ces degrés en marbre sur lesquels l'eau s'écoulait en cascades enfantines, ces bassins aux formes variées. Les jardins des péristyles et les autres aussi étaient ornés de tables (v. fig. 96, p. 136) de vasques, de vases en marbre ou en bronze (fig. 54, p. 87}, de colonnes portant des bustes, des vases, des Janus (fig. 55, p. 87), de petites fontaines minuscules comme celle que l'on voit encore en place dans la maison d'Holconius (VIII, 4, 4). Ce goût des petites statues était poussé parfois jusqu'à l'enfantillage ; le jardin de la maison de M. Lucretius (IX, 3, 5) nous en offre un curieux exemple. Surélevé de près d'un mètre, ce jardin s'étend derrière le tablinum; au fond, dans une niche en mosaïque et en coquilles qui ressemble à celle de la maison du Centenaire, un Silène, d'un très beau travail, laisse échapper de son outre gonflée l'eau qui, par un escalier de cinq marches, s'écoule dans un bassin. Adroite et à gauche, des hermès portent des bustes à double face : Bacchus et Ariane d'un côté, de l'autre un Faune et une Bacchante. Autour du bassin orné d'une colonne sur laquelle reposait une vasque de jaune antique percée d'un jet d'eau, le jardin est parsemé de petits marbres aussi dissemblables par leurs proportions que par leur valeur artistique : un faune appuyé à une colonne ; un autre, tenant dans une corbeille un petit chevreau vers lequel se dresse la mère, charmante composition ; puis, ibis, lapin dont l'un mange une grappe de raisin, canard, hermès à double visage, cheval, vache, amours chevauchant des dauphins et attaqués par des poulpes ; sur le devant un jeune faune tire une épine du pied fourchu de Pan (fig. 56, p. 89).

Les fleurs, chose fragile, les plates-bandes et l'ordonnance des jardins ont disparu sous les cendres du Vésuve. Nous avons vu cependant qu'on a pu reconnaître le dessin du jardin des Vettii (v. fig. 52, p. 85) ; le jardin de Pansa (v. fig. 22, p. 52) conservait le tracé des sillons ; dans le jardin du second péristyle de la maison d'Ariane (VII, 4, 51), les plates-bandes qui longent la grande allée ont encore leur bordure de briques posées sur champ; dans les plates-bandes même, des demi-cercles concentriques, inscrits dans trois rectangles également dessinés par des briques, permettaient, en semant dans chaque compartiment des fleurs de couleurs variées, de former, par leurs dessins, des tapis parfumés. Les murs de Pompéi nous offrent aussi des peintures qui nous instruisent sur les jardins ou tout au moins sur l'idéal que s'en formaient les Pciupéiens.

Une clôture en treillage dont la ligne droite est rompue par des hémic3^cles et des angles rentrant, des vasques d'où jaillissent des eaux, des arbres où sautillent des oiseaux, où brillent des fruits et des fleurs, de distance en distance des pavillons, des cabinets rustiques aux bois desquels s'accrochent et montent des vignes et des plantes grimpantes et, se promenant avec grâce dans ce décor, ces grands oiseaux rares, majestueux et décoratifs, si chers aux anciens. Les murailles de Pompéi sont instructives; elles nous font connaître aussi la flore des jardins de Pom-

Fig. 56. — Le jardin de la maison de Lucretius (p.

péi, leurs arbres et leurs plantes, dont les jardins ne nous ont rien conservé. Un savant italien, M. O. Cornes, en a fait une étude spéciale. Nous reconnaissons, dans les peintures, parmi les arbres, l'acacia, le cyprès, le laurier, le laurier rose, le pin des jardins, le platane d'orient, le chêne; au nombre des arbres fruitiers cultivés , l'amandier, le châtaignier, le figuier, le no3'er, le pécher, l'olivier, le dattier, le cerisier, le grenadier, le pommier, le poirier, le cognassier, le mûrier, la vigne. Viennent ensuite les plantes décoratives : l'acanthe sans épine, acanthus mollis dont se sont inspirés les sculpteurs de chapiteaux de l'époque samnite (v. fig. ig, p. 46), l'aloès, le lierre grimpant, le tamarin, le myrte, le roseau, le papyrus ; puis les fleurs : la marguerite des prés, la rose trémière, la nielle des blés, le lis, la rose de Damas, l'iris, le glaïeul, le narcisse, le coquelicot, le pavot. Les plantes utiles, les plantes des jardins potagers ne sont

ço POMPEI

pas oubliées : la fève, l'asperge, le melon, le potiron, la courge, le froment, etc..

Quand le laraire ne se trouvait pas dans l'atrium de la maison, c'est dans le péristyle qu'il fallait souvent le chercher ; des niches (v. fig. 42, p. 76), des édicules encore en place en font foi. Cependant ces niches contenaient parfois, comme celle de la maison du poète (v. fig. 62, 63, p. 96, 97), une statue dépourvue de tout caractère religieux.

Les colonnes des péristj^les supportaient le plus souvent une architrave. La mieux conservée et la plus intéressante est celle de la maison des Noces d'argent (V, 2) sur laquelle subsistent encore de curieuses peintures. Le second péristyle de la maison d'Ariane (VII, 4,51) a retenu un fragment de son architrave avec des têtes de lion en terre cuite servant de gargouilles. Dans une maison de la IX" région, le péristyle porte encore sur tout un côté, au-dessus des piliers, son couronnement de cintres [insiila occidentalis). Quand un des côtés du péristyle, généralement le côté nord, était plus élevé que les autres, ce péristyle s'appelait péristyle rhodien. Souvent, entre les colonnes, se balançaient comme ornements des disques en marbre suspendus, sculptés des deux côtés, appelés oscilla. On en a trouvé dans les maisons des Capitelli figurati (VII, 4, 57), de la Parete nera (VII, 4, 59), dans la villa de Diomède. Parfois un miroir formé d'une plaque de verre épaisse incrustée dans la muraille du péristyle ou de l'atrium, permettait aux femmes de donner, avant de sortir, un coup d'œil à leur chevelure, à l'arrangement de leur voile. Il y en avait dans la maison du Cithariste (I, 4, 5) ; quelques-uns sont encore en place, un, entre autres, dans une maison de V insu la occidentalis (voir sur le plan).

Nous signalerons, en terminant cette étude sur les péristyles de Pompéi, celui de la maison de l'Anchora (VI, 10, 7). La différence de niveau faisait l'arrière de la maison (VI, 10, 16} plus bas que les autres parties de la hauteur d'un étage. Dans la partie la plus élevée, à la place du péristyle, une galerie rectangulaire dont les colonnes alternaient avec des piliers carrés formait balcon tout autour et au-dessus du péristyle. Celui-ci, situé en contre-bas, avait une décoration unique à Pompéi et originale : douze niches cintrées dans chacun de ses côtés longs, quatre niches et la porte dans l'un des petits côtés ; dans l'autre petit côté, celui du fond, un édicule avec fronton entre deux fontaines en abside autrefois revêtues de mosaïque en verre, de coquilles et de rocaille ; dans chaque niche, la base d'une statue. Tout autour, courait un crypto-portique éclairé par des ouvertures rondes pratiquées dans la voûte des niches. Au centre, un

jardin avec de l'eau. On devait jouir là, pendant les chaleurs de l'été, d'une délicieuse fraîcheur.

wSoit à l'extrémité du péristyle, soit dans le jardin ou au bout d'un corridor, une porte de derrière, posticum, donnait à la maison une issue dérobée. Par là, s'il suivait le conseil d'Horace, le maître de la maison disparaissait, pendant que le visiteur importun l'attendait dans l'atrium. Le posticum, en communication avec la cuisine et les communs, servait

Fig. 5y. Le fourneau de la cuisine de la maison des Vettii, état actuel (p. qi).

aussi à introduire les fournisseurs sans qu'ils aient à traverser toute la maison et remplaçait l'atrium de service.

Dans un coin du jardin ou communiquant avec le péristyle par un corridor, la cuisine et les pièces de service, quoique séparées de la maison, restaient à proximité du triclinium et des chambres du péristyle. La cuisine variait dans ses dimensions. Sa partie essentielle, le fourneau, composé d'un bloc de maçonnerie, formait une table sous laquelle un réduit gardait la provision de combustible. Quelquefois, le fond de cette table était divisé par des petits murs perpendiculaires en plusieurs compartiments sur lesquels, au-dessus des charbons embrasés, on plaçait

les vases à cuire. Tel était le fourneau de la maison de Pansa (YI, 6, i). Souvent, le cuisinier mettait les charbons sur la table même du fourneau et exposait les vases au feu sur un trépied ; la viande cuisait sur un gril, quelquefois à la brochette. Dans la cuisine de la maison des Vettii (VI, 15, i), le trépied surmonté de la marmite et le gril sont encore en place (fig. 57, p. 91). Un petit nombre de laraires, peints dans les cuisines, représentent quelques-unes des opérations de la cuisson.

Fig. 58. — Fourneau de cuisine avec four et petit moulin à bras (p. 92).

A côté du fourneau, un four de petites dimensions servait à faire cuire les pâtisseries et peut-être aussi les mets ; mais il n'était pas assez grand pour qu'on y fasse cuire le pain. Dans une maison de la Yll" région (VII, 14, 19), la cuisine possède un grand fourneau, le four à pâtisserie, et, à côté, les restes d'un petit moulin à bras (fig. 58, p. 92}.

Deux autres pièces se rattachaient plus ou moins à la cuisine : les latrines et les bains. Les latrines ont très souvent leur place dans la cuisine, parfois sans séparation, usant de la même canalisation que les eaux ménagères. On utilisait aussi, pour les placer, un recoin quelconque, l'espace libre sous l'escalier, parfois un renfoncement près de la porte d'entrée. Exceptionnellement elles communiquent avec un égout; le plus souvent elles reposent sur des fosses très profondes (VII, 4, 24-25). La

LES DIFFÉRENTES PARTIES DE LA MAISON POMPÉIENNE q3

ville de Pompéi était plus avancée que la plupart de nos villes de province il y a moins d'un siècle; chaque maison, même la plus modeste, avait sa latrine, parfois vaste et à plusieurs places ; celle de la maison de Castor et Pollux (VI, 9, 6) est éclairée par deux fenêtres. Dans la maison des Noces d'argent (5, 2), c'est une petite construction à part, bien peinte avec un robinet par où l'on pouvait faire couler l'eau. Rue de Nola (IX, 5, 9), il en existe une dont le siège, chose rare, est complètement conservé. Une maison de la rue de Stabies (IX, 2, 5) présente un

Fig. 59. — ■ Maison avec fenêtres du premier étage (p. 9)},

modèle très simple mais très pratique. Une niche, une console, une simple brique plantée dans la muraille servaient à poser la lampe.

Un certain nombre de riches maisons sont pourvues de bains. Le plus souvent ces bains ne comprennent que deux pièces : le frigidarium et le caldarium. Dans les maisons du Centenaire (IX, 7, 6) et des Noces d'argent (V, 2), oîi les bains sont particulièrement luxueux, il 3- a un frigidarium en plein air dans un jardin, chose très recherchée par les Romains qui souvent, faute de mieux, s'en donnaient l'illusion par des peintures. Les bains de la maison des Noces d'argent sont précédés d'une pièce à double emploi dont la première partie servait d'apoditérium, tandis qu'un lit de repos occupait la seconde partie. Le fourneau qui envoyait la chaleur sous les hypocaustes s'alimentait presque toujours par la cuisine.

Un certain nombre de maisons possédaient des caves ; dans plusieurs, dans celle du Centenaire (IX, 7, 6, voir aussi VII, i, 39), par exemple, l'escalier était fermé par une trappe. Des lucarnes, parfois dissimulées dans le péristyle, comme chez Caesius Blandus (VII, i, 40} et dans la maison Championnet (VIII, 2, i ; v. aussi I, 3, 3, et VII, 7, 9) les éclairaient.

Il y avait des chevaux à Pompéi ; on a trouvé quelques squelettes de ces animaux et on voit, profondément creusées dans le pavé des rues, les ornières des voitures qu'ils traînaient. Par conséquent Pompéi possédait

Fig. 60. — La maison au balcon (p. 93-96).

des écuries. Elles étaient semblables aux nôtres. La mangeoire courait tout le long du mur; quand elle était en maçonnerie, elle a subsisté jusqu'à nos jours ; on en voit une, en très bon état, dans la partie basse de la maison de l'Anchora (VI, 10, 16), et une autre, divisée en trois compartiments, dans une maison de la même région (VI, 3, 28). Quand la mangeoire était en bois, on reconnaît sa place soit par le support en maçonnerie sur lequel elle posait, comme dans la maison de Pansa (VI, 6, i; ou dans une maison de la rue de .Stabies (VI, 14, 31), soit quelquefois par les trous qu'ont laissés dans le mur les supports en bois qui la maintenaient.

On sait peu de chose des étages supérieurs des maisons de Pompéi, car ].resque tous ont péri. Il n'y en avait guère dans les plus anciennes

maisons. Plus tard, quand l'habitation devint plus grande, on suréleva l'atrium tétrastyle ou corinthien ou le péristyle pour construire des chambres, le plus souvent sur une partie seulement de la maison. Il n'existe ffuère en effet à Pompéi de maison dont le premier étage ait couvert tout le rez-de-chaussée. Dans beaucoup de maisons il est possible de monter par l'escalier jusqu'au premier étage; mais là on rencontre le vide. Dans la maison de Méléagre cependant (VI, 9, 2) le visiteur peut circuler au premier étage dont le sol est encore solide mais dont es murs ont disparu complètement. On ne doit pas considérer comme maisons à plusieurs étages celles qui couvrent les pentes au sud de la ville (v. fig. 7, 8, p. 14, 15). Elles sont cependant curieuses à étudier avec leurs jardins suspendus, leurs escaliers et leurs galeries (voir spécialement VIII, 2, 29 et 31). Les fenêtres intérieures du rezde-chaussée aussi bien que celles du premier étage sont largement ouvertes, munies de volets en bois dont on voit encore les

gonds. Au rez-de-chaussée, au contraire, les fenêtres donnant sur la rue ressemblent à des meurtrières (v. fig. 39, p. 72) ou sont remplacées par des lucarnes fermées avec des grilles en fer dont plusieurs subsistent encore (VII, 12, 28). Les fenêtres extérieures de l'étage supérieur avaient une dimension normale (fig. 59, p. 93 — maison VIII, 4, 27),

Dans certaines maisons, un balcon couvert, enfermé dans un mur percé de fenêtres, faisait saillie sur la rue, agrandissant ainsi les pièces du premier étage. En glissant des poutres neuves dans les trous des vieilles poutres consumées, sous un balcon qui ne tenait plus que par habitude, on a réussi à conserver à une maison de Pompéi son aspect ancien

Fig. 61. — Vitre encore en place dans une lucarne de la maison de Caecilius Jucundus (p. 98).

(fig. 60, p. 94)5 on l'appelle, pour cette raison, la maison del Balcone pcnsilc (VII, 12, 28). Un autre balcon subsiste, mais rasé au niveau du parquet, au-dessus de la porte d'une maison non numérotée de la IX*' région, au sud de l'île huitième; on voit encore des débris de balcon dans deux maisons (VII, 12, 17, VII, 15, 3 — v. Vie puhl., fig. 70, p. 127) de la VII'' région.

Les escaliers ou les restes d'escaliers sont nombreux et ce fait prouve

Fig. 62. ■ — La maison du poète, état actuel (p. 99),

bien qu'à Pompéi beaucoup de maisons avaient sur quelques-unes de leurs parties un premier étage. Ils étaient en maçonnerie, en pierre, en briques et aussi en bois. Dans la maison d'Ariane entre autres (VII, 4, 51), on voit un bel escalier en pierre; les bains centraux (IX, 4), qui étaient en construction uu moment de la catastrophe, ont un escalier en briques destiné à être recouvert de marbre. Les escaliers en bois ont disparu mais les premières marches en pierre ou le bloc de maçonnerie sur lesquels ils posaient sont encore visibles. Quelquefois, le long du mur, dans la maison du Faune par exemple (VI, 12, 2), et dans une rue de la IX'^ région (entre les îles 5 et 7\ on voit encore, tracé à l'avance sur l'en-

duit de la muraille, le profil des marches à poser qui a survécu à la disparition des marches elles-mêmes.

Il arrivait souvent que le propriétaire d'une maison louait son pre-

Fig. 6^. — La Maison du poète tragique. Restitution de Hoflbauer (p. 99}.

mier étage ou une partie seulement. L'appartement loué était alors isolé du reste de la maison et on y montait par un escalier ouvrant directement sur la rue. Ces escaliers extérieurs, assez nombreux à Pompéi, prouvent que beaucoup de Pompéiens vivaient non dans une maison entière bâtie,-

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héritée, achetée ou louée par eux^ mais dans un appartement en location. Dans la rue de l'Abondance, en face du monument d'Eumachia, un bel escalier en pierre encadré dans une charmante petite porte en tuf de l'époque samnite (VIII, 3, 10), devait desservir un bel appartement.

Les anciens connaissaient les vitres. On en a trouvé au marché, dans la villa de Diomède et ailleurs ; mais elles n'étaient pas en place. Le grand nombre des volets devaient être pleins ; s'il en avait été autrement, on trouverait de tous côtés, épars dans Pompéi, des fragments ou tout au moins de la poussière de vitres, ce qui n'est pas. La villa de Diomède a fourni un châssis en bois divisé en quatre compartiments garnis de vitres. Deux maisons, celle du Faune (VI, 12, 2) et celle de Caecilius Jucundus (V, I, 26) ont conservé des fragments de vitres en place, mais fixés dans le mur (fig. 61, p. 95). On n'a pas trouvé de vitres dans des châssis mobiles, comme nos fenêtres.

Dans certaines maisons, grandes et belles cependant, on cherche en vain la cuisine. C'est qu'elle était au premier étage, et, parfois aussi, le triclinium ainsi que la latrine, dont on voit encore le tuyau de descente. L'usage de manger au premier étage était ancien ; presque général autrefois, il avait été peu à peu abandonné pour les pièces plus commodes du rez-de-chaussée et surtout pour le triclinium en plein air; mais, de cet antique usage, toutes les pièces de l'étage supérieur avaient conservé le nom de cenacida, salle à manger.

A propos de l'atrium, j'ai expliqué la disposition de la toiture : briques plates, à rebords juxtaposés et recouverts par une tuile ronde ; de la sorte l'eau ne pénétrant pas dans l'interstice des briques plates s'écoulait dans les sillons formés par les tuiles rondes vers les gouttières (v. fig. 27, p. 60,. Souvent, tout au bord du toit, des antéfixes dissimulaient les extrémités des briques recouvertes par la tuile ronde. Les toits avaient des inclinaisons diverses : ceux qui recouvraient l'atrium déversaient l'eau dans l'impluvium ; ceux qui couvraient les portiques la laissaient tomber, par des gouttières, dans des caniveaux qui la conduisaient à une citerne. Dans les monuments piiblics et aussi dans quelques maisons particulières, l'eau, en coulant dans le caniveau, rencontrait, de distance en distance, des cavités plus ou moins profondes où elle déposait le sable, la terre et toutes les impuretés un peu lourdes dont elle s'était chargée et ainsi arrivait déjà purifiée à la citerne. Les toitures des autres parties de la maison s'inclinaient vers des jardins, des cours ou vers la rue.

Comme conclusion à cette description de la maison pompéienne, nous

LES différextp:s parties de la maison pompéienne 99

donnons ici la vue de la maison du Poète tragique (VI, 8, 5, 3). C'est le type d'une belle maison de Tépoque romaine ornée au 1" siècle de notre ère, avant le tremblement de terre de l'an 63. Notre figure 62, p. 96, en montre toutes les parties principales, sauf un grand triclinium qui longe le péristyle, à droite. Ce péristyle, entouré sur trois côtés de quelques colonnes, formait un petit jardin avec une niche dans laquelle on a trouvé une statue de Silvain. Le propriétaire de cette maison n'affichait pas, comme les Vettii, un luxe de parvenu. C'était un homme plein de goût; il avait couvert ses murs de peintures qui comptent parmi les plus belles qu'ait fournies Pompéi (v. plus loin, p. 124). Dans les deux boutiques qui communiquent avec le corridor d'entrée de sa maison, on a trouvé de nombreux et beaux bijoux en or tombés sans doute de l'étage supérieur. Une peinture mal interprétée où l'on a cru voir Térence lisant ses vers, la mosaïque du tablinum représentant la répétition d'un rôle, ont fait attribuer à cette belle maison le nom de Maison du poète tragique. S'emparant de cette idée, M. Hoffbauer nous en a donné, avec toute la grâce de son crayon érudit et délicat, une restitution fidèle au moment où, dans son atrium, le poète répète, devant quelques invités, un rôle d'une nouvelle pièce (fig. 63, p. 97).

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