‹ Pompéi (volume 5)Chapitre 16 sur 25 · LES METIERS · texte numérisé non relu

LES METIERS

talent ; les boutiques devaient y être luxueuses. Interdite aux voitures, elle avait, comme la rue de Mercure, un aspect aristocratique, plus animé cependant ûg. 74, p. 131; voir la rue de Mercure, Hist. Vie pr., iig. 21, p. 49 et plus haut, fig. 36, p. 62; 71, p. 128).

La rue de Nola iig. 37, p. 67 ; 75, p. 1321 devient plus aristocratique à mesure qu'elle avance vers l'ouest.

Le vilain quartier de Pompéi, aux rues étroites et mal fréquentées, aux maisons suspectes, occupe le centre des fouilles, près de la belle rue de l'Abondance et tout spécialement les îles 10-14 *^c la septième région. La

Fig. 72. — Château d'eau situé près de la porte du Vésuve (p. 128).

partie basse de la rue de .Stabies (fig. 6g, p. 126) représente le quartier pauvre et populaire, surtout dans la première région.

Les trottoirs étaient très élevés à Pompéi parce que, à cause de l'insuffisance des égouts, les eaux des fortes pluies et des orages avaient vite envahi la chaussée. Des pierres plates, placées de distance en distance, reliaient les deux trottoirs et, même par les temps secs, permettaient de traverser la rue sans descendre et remonter la bordure élevée. Notre figure 6g (p. 126) nous montre ces pierres dans la rue de Stabies et, entre celles du premier plan, les ornières creusées par les roues des voitures (voy. aussi fig. 37, p. 67' ; au fond, le Vésuve est couronné de son nuage éternel. Le dallage des rues est fait de gros blocs de lave (fig. 74. p. 131}.

Deux serpents sur les murs équivalent à l'avis bien connu : défense de déposer... Rue du Lupanar, les deux serpents sont accompagnés d'une inscription : <( // 12'y a pas de place ici pour les oisifs; passe.

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toi qui voudrais f arrêter. Ailleurs, près d'un homme dont la posture ne laisse aucun doute, on lit l'inscription : Redoute le châtiment^ cacator. Dans la neuvième rég-ion, l'angle d'un mur masqué par un pilier en maçonnerie est surmonté d'une Minerve peinte qui, sans doute, rappelle aussi au respect de la muraille.

Lesgraffites. inscriptions tracées à la pointe sur les murs, sont une des

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^^ë- 73- — Autel dans une rue de Pompéi (p. 128).

curiosités de Pompéi. On y surprend les idées, les pensées de la foule dans leur saveur. Nous en avons parlé à plusieurs reprises à propos de choses diverses {Hist. Vie priv.,Tp. 57, 83), d'événements historiques {Ibid., 4, 6, 15), des élections [Ibid., 9-12), de la fidélité aux empereurs [Ibid., 13), des monuments (plus haut, p. 31, 34, 35, 81), des sentiments religieux (p. 65), des acteurs (p. 84), des gladiateurs (p. 90, 96, 97^, des cabarets (p. 118-121}, des auberges (p. 121, des métiers (p. 126), chaque fois que l'occasion s'en présentait. La figure 76 (p. 133) donne le fac-similé d'un de ces graffites que nous avons traduit ailleurs (Hist. Vie pr., p. 11).

Souvent on écrivait des vers de poètes à la mode : Virgile surtout, Lucrèce, Properce, Catulle. On rencontre les premiers mots de V Enéide et de La nature des choses de Lucrèce ; ce qui correspond à donner les titres de ces poèmes. Il nous reste à parler, des graffites familiers dont beaucoup ont trait à l'amour : d'abord ce principe : Personne n'est beau s' il na aimé. Puis un beau compliment à Vénus : A moi tous les amoureux, ie veux rompre les côtes de Vénus et^ à coups de trique, casser les reins de la déesse ; elle a pu percer mon tendre cœur, pourquoi

Fig. 74. — La rue de l'Abondance ^p. 129).

donc ne pourrais-je pas., avec mon bâton, lui briser la tête; ces vers sont certainement d'un amoureux éconduit; peut-être de celui que repoussait Serena : Serenaen a asse^ d'Isidore, ou bien de Tertiusqui recevait de son amie ce compliment : Que tu es laid! Tous cependant n'étaient pas aussi malheureux, celui entre autres qui a écrit ceci : Bonne santé à qui aitne; périsse qui ne sait pas aimer; périsse deux fois quiconque défend <:f^/;wé?r.' Et ces vers délicats : aujourd'hui la colère est récente encore, garde-toi de paraître ; crois-moi, si elle a pleuré Vamour reviendra. Et ceux-ci : J'écris, c'est l'amour qui me dicte et Cupidon qui me guide; ah! que je meure si, sans toi, je voudrais être un dieu! On lit des vœux de ce genre : Bonjour, Victoria, puisses-tu, oii que tu sois, éternuer heureusement ! On voit que l'habitude de saluer ceux qui éternuent est plus ancienne que le moyen âge;

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et ces souhaits de bonne année : Heureux preuùer janvier à nous tous pendant de longues années! Quelques-uns signalent leur passage à un endroit : un tel s'arrêta ici^ ou une rencontre : Ici Roniula et Staphylus se sont rencontrés ; mais Staphylus était volage car ailleurs on lit : Ici Staphylus a rencontré Qiiieta. Quelquefois c'est un simple salut gravé près de la porte de la maison, une carte de visite à l'absent : Aemilius à son frère Fortunatus salut , ou bien : Cresces à Cissonius salut. Voici un gracieux compliment : Cestilia, reine des Pompéiens j âme très douce, salut!

Fig. 75. — La rue de Nola (p. 129).

Suit une malédiction contre un cabaretier : Puisses-tu être victime de tes fraudes , cabaretier : tu nous vends de Veau, et c'est toi qui bois ton vin ! On lit aussi des acclamations patriotiques : Vive Auguste ; Vivent les deux Fabius ! Romulus est dans le ciel. La pensée qui suit est d'un parasite : Celui che^ qui je ne dine pas est pour moi un barbare ; de même celle-ci : Bonne santé à quiconque rn invite à dîner. Ce qui suit est un fait divers : Le 2'] septembre une femme de Pon^^ole a accouché de trois fils'^et de deux filles. A Pompéi, comme partout ailleurs, il y avait des polissons; leurs graffites que nous ne reproduirons pas le prouvent. Pour conclure citons ces deux vers qui se rencontrent plusieurs fois sur les murs de Pompéi : O muraille, je suis surpris que tu ne te sois pas encore écroulée sous le poids des insanités dont tant de gens te couvrent!

Les graffites prouvent qu'il ne faut pas, à cause de ses peintures, de ses œuvres d'art et des influences environnantes, regarder Pompéi, à l'époque romaine, comme une ville d'esprit grec. Les Pompéiens employaient les peintres qui, par tradition, présentaient, comme autrefois, leurs modèles rarement renouvelés ; ils achetaient les œuvres d'art

Fig. 76. — • Fac-similé d'un graffice (p. 130).

qu'on leur offrait; mais leurs pensées, leurs lectures, leurs idées, étaient toutes romaines. Dans ces inscriptions écrites spontanément sur les murailles, ce sont les auteurs latins, les poètes particulièrement, dont les vers reviennent sans cesse; les empereurs, les membres de la famille impériale y sont plus d'une fois acclamés. Pompéi était bien, en l'an 7g de notre ère, une ville complètement romaine.

Fig. 77. — Plan général de Pompéi

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