‹ Pompéi (volume 5)Chapitre 8 sur 25 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le temple de Vénus Porapeiana. — Le temple de la Fortune Auguste. — Le temple de Zeus Milichios.

Nous avons déjà parlé du temple grec antique de Pompéi et des temples qui appartiennent à l'ensemble des monuments du Forum ou leur ont été rattachés. Quatre temples nous restent à visiter.

Le temple de Vénus Pompéiana (VIII, i). — - Sylla était très dévot à Vénus ; il attribuait à son influence et à sa protection tous les événements heureux de sa vie. Aussi, quand il envoya des colons à Pompéi, il donna à la nouvelle colonie le nom de la déesse, Vencria. C'est ainsi que Vénus devint la patronne de Pompéi et y fut honorée sous le nom de Venus physica Pompéiana. Son image apparaît souvent peinte sur les murs des maisons ; son nom se retrouve plus d'une fois dans les graffites. Elle est représentée debout, drapée dans un manteau bleu semé d'étoiles d'or jeté sur un chiton violet, la tète ornée d'une couronne enrichie de pierreries, un rameau d'olivier dans la main droite ramenée sur la poitrine, le bras gauche, dont la main s'appuie sur le sceptre long, accoudé sur un gouvernail ; à sa gauche, un amour debout sur une base, vêtu d'un manteau rejeté sur l'épaule gauche, lui présente un miroir. C'est ainsi qu'on la voit, entre autres lieux, dans la maison des Dioscures 'VI, 9, 6), dans celles de Pansa (VI, 6, i), du Poète tragique (VI, 8, 3 et 5), du Labyrinthe, (VI, 11, 10) et ailleurs (V, 4, 6; VII, 4, 20). soit seule, soit dans les laraires avec d'autres divinités ; elle figure parmi les douze grands dieux à l'entrée de la rue qui commence rue de l'Abondance entre les îles 3 et 5 de la VIII' région (VIII, 3, 10), dans une curieuse peinture elle préside aux noces d'Hercule et d'Hébé (VII, g, 47). Les graf-

fîtes attestent la popularité de son culte : on protège les monuments en menaçant de sa colère ceux qui les abîmeraient : « Que la colère de Vénus Pompéienne frappe celui qui fera ici quelque dégât. » Sa bienveillance est promise aux bons électeurs : « Votez pour un tel et que Vénus Pompéienne sacrée, sainte, vous soit propice. » Elle maintient la concorde entre ceux qui s'aiment : « Que Vénus Pompéienne soit propice à tous les deux et qu'ils vivent toujours dans la concorde. » Un gladiateur fait vœu, s'il est vainqueur, de lui offrir sa palme.

Le culte de la Vénus Pompéienne était donc devenu rapidement populaire et c'est encore à elle sans doute que s'adressent les nombreux graffîtes où se rencontrent, sans épithète, le nom de Vénus. Dans une maison de l'île troisième de la V*' région, on a trouvé, non en place mais appuyé contre un mur, un bas-relief en marbre qui semble être une mauvaise copie d'un original assez bon. Vénus assise, est, comme la Vénus Pompéienne, entièrement drapée ; comme elle aussi elle porte le diadème et le sceptre long; là s'arrête la ressemblance. Un victimaire amène, pour l'immoler à la déesse, un bélier, une de ses victimes favorites ; près du bélier se tiennent trois petits enfants, en arrière un homme et deux femmes dans une attitude d'adoration. C'est évidemment Texvoto d'une famille qui, ayant promis un sacrifice à Vénus, a fait représenter sur cette plaque de marbre l'accomplissement de son vœu ; sans doute, dans la maison de celui qui l'avait fait exécuter, le monument votif attendait que le temple fût reconstruit.

Quand, en 1898, on retrouva le temple de Vénus, il n'en subsistait que les soubassements. Le chantier de reconstruction était, en l'an 7g, en pleine activité et l'on croirait, en y jetant un coup d'œil, qu'hier seulement le travail a été interrompu. Il ne semble pas que, comme beaucoup d'autres édifices de Pompéi, le temple de Vénus ait été détruit par le tremblement de terre de l'an 63 mais avant par les Pompéiens qui le voulaient plus grand et plus digne de la déesse tutélaire de leur ville.

Cet édifice dut être, sous l'influence de Sylla, un des premiers que construisirent à Pompéi les nouveaux colons. Ils choisirent un emplacement qui convenait à la déesse : près et en vue de la mer : A Vénus née de la blanche écume des flots on érigeait, par tradition, des temples voisins de la mer. Les Pompéiens voulurent aussi que ce temple s'élevât près du forum, de ce lieu confié à la garde des divinités tutélaires de la cité; ils l'entourèrent d'un portique qui limitait son péribole. Ce premier édifice construit en tuf fut très simple ; on en peut juger par ce qui reste de son portique.

Au commencement de l'empire, quand le luxe eut envahi l'architecture, quand le marbre devint la matière habituelle des édifices magnifiques, peut-être au moment même où, non loin de là, on élevait en marbre, de l'autre côté du Forum, le temple de la î'ortune Auguste, Pompéi s'avisant que sa patronne Vénus n'était pas honorée dans un temple digne d'elle démolit, pour le reconstruire, l'ancien temple et le réédifia de la manière alors usitée à Rome. La base de l'édifice, formée d'un solide bloc de maçonnerie composé de pierres noyées dans un ciment résistant, fut enserrée dans une solide muraille composée de plusieurs épaisseurs de pierres de taille soigneusement ajustées et reliées entre elles par des attaches en fer scellées dans la pierre. Cette muraille, destinée à être elle-même recouverte de marbre, avait pour mission de soutenir, tout autour de l'édifice, les colonnes qui n'auraient pas trouvé dans la maçonnerie intérieure un sol assez immuable; elle pénétrait aussi dans l'intérieur du noyau central pour supporter le mur de façade de la cella. Ainsi, sur le Forum de Rome, étaient construits les temples de César et de Castor.

En même temps que le temple plus grand on refit, dans des proportions plus vastes, le portique qui l'entourait. Ces travaux, en cours d'exécution, furent d'abord renversés en l'an 63 par le tremblement de terre, repris aussitôt avec une grande activité et enfin, avant leur achèvement, recouverts en 79 parles cendres du Vésuve.

L'attribution de ce temple à Vénus est, sinon certaine, tout au moins fort probable. Sa situation favorise cette opinion et aussi ce fait que, dans la cella, on a trouvé des fragments d'une statue de Vénus et, dans un autre endroit dépendant du temple, un petit gouvernail en bronze, attribut de la Vénus Pompéienne,

Le temple de la Fortune Auguste (VII, 4, i). — On gravit le podium de ce temple par un escalier qu'un autel divise en deux parties et qu'une grille de fer, dont les traces sont visibles, entoure. En haut de cet escalier, quatre colonnes de face et deux de côté supportaient le fronton triangulaire et derrière lui la toiture du vestibule au fond duquel ouvrait la cella (fig. 37, p. 67). Cet édifice est une réduction du temple de Jupiter mais avec un revètemeat de marbre. Au fond de la cella en forme d'abside, un piédestal encore en place portait la statue de la Fortune Auguste entre deux niches occupées par les statues de personnages inconnus : une femme drapée et un homme vêtu de la toge.

Ce temple couvrait un espace restreint à l'angle de la rue du Forum et de la rue de Nola. Un duumvir nommé M. Tullius avait, tout au commencement du I" siècle de notre ère, donné le terrain et bâti le temple à ses frais. Les prêtres portaient le titre de ministri ; une inscription nous donne les noms de ceux qui étaient en fonctions en l'an m de notre ère : Agathemerus, Suavis, Pothus et Numitor; ces noms indiquent leur origine servile. Une autre inscription de l'an 44 après

ï^'g- 37' — Le temple de la Fortune Auguste. A gauche, rue de Nola (p. 66).

J.-C. autorise L. Statius Faustus, qui devait une statue au temple, à offrir à la place deux bases en marbre.

Le temple a conservé de son revêtement et de son architecture de nombreux débris qui permettent de le reconstituer.

Le temple de Zens Milichios (VIII, 8, 25). — Ce temple, découvert pendant les années 1 766-1 768, occupe à l'angle des rues de Stabies et du temple d'Isis, à l'extrémité nord-est de l'Insula riche en monuments (VIII, 8) où se trouvent le Forum triangulaire, le quartier des gladiateurs, les deux théâtres, le temple d'Isis et une palestre. De tous les temples de Pompéi connus jusqu'à ce jour il est le plus petit, n'ayant que 21 mètres de long sur 7 de large.

Devant le temple, sur le bord du trottoir, une borne-fontaine (fig. 38 , p. 69) protégée par un chasse-pierre porte au revers la rainure dans laquelle était encastré le tuyau qui conduisait l'eau au robinet. Quelques débris du seuil de l'entrée subsistent : la pierre du milieu où s'arrêtaient les deux battants de la porte ; à droite et à gauche les trous des gonds.

Le seuil franchi, on se trouve dans le vestibule sur lequel ouvre à droite une chambre de gardien dont les murs sont construits en moellons de pierre du Sarno et de tuf noyés dans du ciment. Deux colonnes séparent le vestibule de la cour dans laquelle, au pied de l'escalier et dans l'axe du temple, s'élève un bel autel long, de forme très archaïque orné de triglyphes et portant encore des restes de son revêtement en stuc (fig. 38, p. 69). Par sa forme, il rappelle le célèbre tombeau de Scipion.

L'escalier composé de neuf marches conduit sous le portique ou pronaos. Les colonnes de la façade et les deux colonnes en retour, une seulement de chaque côté, ont disparu. Le mur de la cella subsiste encore à une hauteur moyenne de 2 mètres 50 et ne se confond pas, comme cela se produit souvent, avec le mur d'enceinte du temple ; on peut, dans un corridor très étroit ménagé entre les deux murs, faire le tour de la cella complètement isolée.

Au fond de la cella, la place où se dressait le piédestal de la statue de la divinité est encore reconnaissable.

La forme de l'autel, la hauteur inusitée de l'escalier peu en rapport avec Tétroitesse du temple et compensant par ses marches nombreuses la différence de niveau entre le seuil et la cella, la sévère austérité de l'édifice, la couleur sombre du tuf employé dans sa construction, tout cet ensemble fait impression sur le visiteur et le porte à se croire en présence d'un monument d'une haute antiquité. Il n'en est rien cependant. Le mode de construction de l'édifice actuel, Vopns quasi rcticiilatum de sa cella, le font contemporain du petit théâtre, c'est-à-dire datant des premiers temps de la domination romaine.

Mais cet édifice a remplacé un temple plus ancien dont en maint endroit ont apparu des débris ; les beaux chapiteaux de l'époque samnite que l'on a retrouvés lui appartenaient. Une inscription, certainement antérieure à l'occupation romaine, nous fait connaître son nom.

On sait, en effet, par cette inscription en langue osque aujourd'hui déposée près de la porte de Stables, qu'il existait à Pompéi un temple dédié à Zeus Milichios. Les renseignements topographiques que fournit ce texte se rapportent parfaitement à l'emplacement occupé par le temple qui nous occupe et ne peuvent s'appliquer qu'à lui. Son attribution

est donc certaine. Le fait qu'on y a trouvé deux statues en terre cuite de Jupiter et de Junon et un buste de Minerve, a donné à Overbeck la pensée que ce fut peut-être le temple des trois divinités Capitolines tout au moins pendant le temps où le temple de Jupiter du forum, ruiné par le tremblement de terre, était hors d'usage.

Des débris de son architecture antique, on a retrouvé les chapiteaux de trois des pilastres de la cella. Sur l'un de ces chapiteaux, une tête de

Fig. 38. — Le temple de Zeus Milichios (p.

Jupiter, d'un grand style, émerge, entre deux volutes et deux acanthes, d'une ligne horizontale de feuilles d'acanthes. L'expression de la figure divine, la barbe frisée, la chevelure calamistrée, la beauté de l'œuvre indiquent bien une époque d'influence grecque antérieure aux Romains ; la matière employée, le tuf recouvert de stuc, convient aussi à l'époque où l'art grec florissait à Pompéi. Cette belle tête est sans aucun doute celle de la divinité honorée dans le temple, Zeus Milichios, Zeus propice et clément, protecteur des cultivateurs, dont, à une certaine époque, le culte fut très répandu dans toute la Grèce.

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