‹ Pompei, la ville--les moeurs--les arts;Chapitre 1 sur 76 · ÉMILE GAILLARD · texte numérisé non relu

ÉMILE GAILLARD

Libraire-Éditeur

37, Rue Gandon, 3y

PREFACE

II y a quelques années, un libraire napolitain eut Vidée de réunir la bibliographie relative aux trois villes campaniennes détruites par te Vésuve, Pompé i, Hercutanum et Stables (i); elle remplit un volume de iiéi pages, et Pornpéi y occupe la place d’honneur. Voici un nouveau livre sur un sujet qui, pour avoir été souvent traité, n'est cependant pas épuisé, car les fouilles qui continuent à Pornpéi le renouvellent tous les jours. Il vient donc à sou heure pour présenter l’état actuel des découvertes, y corn pris celte de cette curieuse maison des Vettii qui a fait connaître, d'une façon si complète et si imprévue, V aménagement d’une riche demeure pompéienne. Il a de plus cet intérêt d’avoir son caractère très personnel , par ta manière dont il a été conçu et exécuté. Ces lignes n'ont pas d’autre objet que de l’ indiquer brièvement.

En iSçq, un jeune peintre, M. Pierre Gusman, venait d’obtenir au Salon une bourse de voyage, décernée par le Conseil supérieur des Beaux- Arts, et partait allègrement pour faire le tour des principaux musées d’Europe. La Belgique et la Hollande V intéressèrent sans le retenir ; une sorte d’instinct l’attirait vers l’Italie. A près quatre mois de séjour à Rome,

(i) Bibliogratia di Pompai Ercolano a Siabia, compilata da Friedrich Furchheim, libraio, Napoli , i8gi.

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" PRÉFACE

il se décida a visiter Pompai en simple touriste. Je crois bien qu’à ce moment PI. Gusman ne se préoccupa guère de charger sa valise d’ ouvrages érudits, ni de s enquérir de 1 histoire des fouilles. Il ne songea sans doute pas à rendre grâces à 1 intelligente activité de Fiorelli, qui avait rendu si facile et si commode l’accès de Pompai. S’il ava it lu les lettres écrites en ijjq par le savant abbé Barthélemy, de l’Académie française, il se fut égayé des de boit es que rencontraient alors les visiteurs curieux de se renseigner sur les antiquités campa mien nés. C’était le temps où Barthélemy , à son entrée dans le royaume napolitain , pensait avoir un duel avec « un grand diable d’officier », lieutenant de grenadiers au régiment de Royal-Naples, parce qu il s’avisait de copier une inscription ; où il devait user de ruse, pour voir le Musée de Portici; où il était narquoisement éconduit par Monsignor Baia/di, prélat romain, president de l’Académie des Ercolanesi, qu’il trouvait au milieu de ses livres, « couvert de vêtements si antiques, qu’on

les aurait pris pour les dépouilles de quelque ancien habitant d’Herculanum », et qui lui présentait son ancienne amie, « la signera Laura, qui savait le grec, jouait de la lyre comme Orphée et brodait comme les files de Minée ». C’était encore le temps où Caylus appelait Naples « un pays de barbares „ ; où sou correspondant, le bon Paciaudi, se voyait interdire par le marquis Tanucci l’entrée du Musée royal; oh Winckelmanu en était réduit « à jouer le rôle d’un idiot auprès de l’inspecteur en chef du Musée », pour endormir sa vigilance.

Les choses ont bien changé. Les touristes qui visitent aujourd'hui Pompéi trouvent un accueil libéral et courtois, peuvent à leur fantaisie suivre les fouilles qui se poursuivent régulièrement, et goûter en toute quiétude le plaisir de se laisser conduire au gré de leur curiosité. Ainsi Jit M. Gusman. Il vécut à Pompéi en artiste qui sait regarder. lise laissa gagner par le charme, si particulier de cette ville, fait d’élégance grecque et de mollesse campa nienne ; il étudia le paysage aussi bien que les monuments, s'attarda à admirer un coin de campagne pompéienne avec une fine silhouette de pins, aussi bien qu’à étudier, le pinceau à la main, les di fferents aspects de la voie des Tombeaux ; il remplit ses cartons de croquis et d’aquarelles, où il mettait l’entière sincérité de l'artiste dont l’esprit

PREFACE

ni

s’ouvre à des impressions toutes nouvelles , et qui travaille d’enthousiasme. Entre temps, il s’initiait à la connaissance de la vie pompéienne sous la conduite du guide le plus sûr et le plus attrayant , en lisant, après une séance d’étude d’après nature, les Promenades archéologiques de M. Boissier. Au bout de deux mois il était conquis par Pompéi et partait à grand regret, emportant au moins, comme témoignage de son activité, une belle série de copies exécutées d’après des portraits pompéiens, qui a été acquise par l’Ecole des Beaux-Arts. U s’était promis de revenir. Il revint en 1896, se remit à la tâche, et fit, d’après les peintures les moins connues, une nouvelle série de copies qui, grâce à l’obligeante intervention de M. Henry Roujon, directeur des Beaux-Arts, ont pris place dans la collection archéologique de la Faculté des Lettres, à la Sorbonne. On n’a certainement pas oublié qu’elles eurent, avec les portraits pompéiens, les honneurs d’une exposition à l’Ecole des Beaux-Arts. Cette fois M. Gusman était hanté de l'idée d'écrire un livre sur la ville qui l'avait séduit à ce point. Des articles publiés dans la Gazette des Beaux-Arts et dans la Revue de l’Art ancien et moderne, avaient montré que s'il maniait habilement le crayon, il n'était pas maladroit de sa plume, et qu'il était, comme on dit, fort bien documenté. Une dernière mission que lui confia M. Roujon, en iSÿS, lui permit de retourner à Pompéi, de recueillir de nouveaux matériaux, de compléter ses recherches au Musée de Naples. Le charme de Pompéi avait agi; l’ancien boursier du Salon revenait archéologue, avec un livre où il avait mis toute son ardeur de savoir, de comprendre, de dire ce qu’il avait ressenti.

Ce volume est donc un livre de bonne foi, né pour ainsi dire spontanément dans l’esprit d’un artiste épris du détail réel, de la couleur vraie, qui n’est point un érudit et ne vise point à le paraître, mais demande à l’érudition ce qui lui est nécessaire pour pénétrer plus avant dans un sujet qui le possède tout entier. On n’y trouvera point de dissertations archéologiques. Eu revanche on y trouvera beaucoup d’impressions personnelles, franchement notées, parce qu'elles ont été sincèrement éprouvées, beaucoup d’observations qui renouvellent à certains égards l’aspect des choses, parce qu'elles sont prises sur le vif. Ajoutons que V illustration est entièrement

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PREFACE

J’œuvre de ]' auteur, ce qui. n’est point banal. Elle n’est point exclusivement pittoresque ; elle met sous les yeux du lecteur nombre de documents auxquels les archéologues ne sauraient manquer de faire bon accueil , car M. G asm an a fait une riche moisson au Musée de Naples, et reproduit bien des monuments peu connus, ou publiés seulement dans des recueils qu’il n’est pas toujours facile d’avoir sous la main. Enfui on saura gré à l’auteur de n'avoir rien négligé pour donner comme T illusion de la réalité. Il n’a pas essayé, ainsi que Va fait récemment un architecte érudit, M. Weicliardt (i), de restaurer les temples et les monuments, d’ intervenir pour interpréter les ruines épargnées par la destruction. Il a suivi une autre méthode. Il a voulu laisser à Pompéi son charme de ville morte, et inviter le lecteur à évoquer, comme il s’est plu à le faire lui-même, parmi les rues désertes de la cité campanienne, la vie insouciante et joyeuse qui les rem pl issa i t autrefois.

(i) Weichardt, Pompei vor der Zerstœrung, Leipzig, iSgj.

Max. Collignon.

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