‹ Pompei, la ville--les moeurs--les arts;Chapitre 31 sur 76 · LES RUES DE POMPÉI : L’EAU, LES ÉGOUTS. LA CHAUSSÉE LES TROTTOIRS · texte numérisé non relu

LES RUES DE POMPÉI : L’EAU, LES ÉGOUTS. LA CHAUSSÉE LES TROTTOIRS

EN visitant les monuments publics, nous avons déjà parcouru plusieurs rues, mais nous n’en avons pas encore examiné les particularités qui offrent toujours un attrait nouveau à Pompéi, où voies et ruelles antiques, bordées de pierres, parlent si curieusement du passé.

Toutes les rues ont des trottoirs, mais beaucoup plus hauts que les nôtres, au bas desquels était le ruisseau collecteur des eaux ménagères provenant des cuisines, des thermopoles, des tanneries, etc., qui étaient déversées par un chenal pratiqué sous le trottoir où souvent même les latrines avaient un petit débouché, quoique la plupart aient eu une issue directe à l’égout par des conduites de terre cuite. Malgré cela, les ruisseaux devaient être le réceptacle de bien des immondices; on obviait à cet inconvénient. Le ruisseau, le long

Bouche d'égout située rue de Stul’ies.

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du trottoir, était pourvu d’une eau abondante provenant des aqueducs aujourd'hui détruits, et distribuée par de nombreux tuyaux de plomb qui aboutissaient à des fontaines de pierre et de marbre d’où l’eau se répandait ensuite dans toutes les directions, entraînant tout sur son passage, pour venir s’engouffrer dans de larges bouches ménagées sous le trottoir et au bout des fiindulae, les rues en cul-de-sac. Les égouts de Pompéi, dont les ramifica-

Rue de Stabics,

lions sont considérables, et qui aboutissaient au port, ont été explorés; les spécialistes en ont reconnu les dispositions ingénieuses.

Il semblerait que pour aller d’un trottoir à l’autre, on dut bien patauger, même par un beau soleil ; nullement. Les Pompéiens, en gens pratiques et indolents, avaient ménagé un passage à maints endroits en plaçant au travers de la rue, une, deux ou trois bornes plates de la hauteur du trottoir, et espacées également. En quatre enjambées, la Pompéienne alerte, d’un pas léger traversait la rue sans effort, sans descendre ni monter. Les chars qui sillonnaient les rues ne turent pas gênées par ces bornes; aussi les lourds eha-

riots antiques, suivant toujours le même tracé, ont-ils creusé, dans les dalles de la chaussée, des ornières plus profondes qu’une charretée de foin n’en fait dans une terre labourée.

Les bornes et les trottoirs.

Quant aux fontaines publiques, elles sont, pour la plupart, ornées d une tête décorative d'où l’eau s’échappait. Ainsi des têtes de lion, de taureau, de Mercure, de l’Abondance, de Méduse, etc. On 3- voit aussi un aigle enlevant un lièvre, une femme tenant une colombe (Vénus), un coq. etc.

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A certains endroits de la ville, les nombreux tuyaux qui alimentaient les habitations se réunissent en un faisceau, muni de clefs de cuivre pour régler le débit de l’eau. 11 est aussi curieux de remarquer que les hauts

Fontaine du Coq.

piliers de briques placés à proximité des fontaines possèdent, sur un des côtés, une échancrure dans toute la longueur; leur destination n’est pas absolument définie, mais elle ne dut pas être étrangère à un système d’élévation des eaux. Sur la face de quelques-uns, on voit encore les

mê

Des citernes existaient aussi à Pompéi et devaient remplacer les fontaines qui, 1 été, pouvaient tarir. A ce sujet, Mazois fait ces réflexions : * Le soin que les habitants de Pompéi apportaient à recueillir les eaux, semble, au premier coup d’œil, être en contradiction avec le grand nombre de fontaines que l’on y rencontre et les ruines d'un aqueduc que j’y ai retrouvées : mais un examen

crampons de fer qui assujettissaient les tuyaux dont les traces grimpantes sont visibles; ces appareils devaient probablement alimenter les conduites qui desservaient les jets d’eaux des vi rida ria et des atria.

Carrefour des rues des Diaduinènes et de Stabies.

Aqueduc, vue extérieure. Aqueduc, vue intérieure.

1902), se trouve placé à gauche de la porte dite du Vésuve dont la voûte a été (1) Le tremblement de terre de l’an 63 aurait probablement détruit les ouvrages antérieurs.

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prolongé m’a fait conjecturer, avec quelque vraisemblance, que l’arrivée des

eaux courantes à Pompéi, au moyen d’un aqueduc, est postérieure à l’asservissement de cette ville par les Romains; en effet, presque toutes les fontaines sont d’un travail qui ne rappelle point les types de l’art grec. »

« L’aqueduc lui-même, continue Mazois, dont il ne reste que peu de chose, a toute l’apparence d’un ouvrage romain et ressemble aux constructions les moins anciennes découvertes dans les fouilles (1) ; enfin, l’état politique de la ville avant la conquête ne lui permettait pas sans doute d’aller chercher à grands frais les eaux dont elle avait besoin sur le territoire indépendant de Stabies avec laquelle elle n'avait aucune communauté d’existence municipale.

Ces considérations me portent à penser que

l’usage des citernes fut antérieur à l’établisse-

Fontaine de la rue de Nola. (En face le Casa délia Caccia).

ment des fontaines et qu’il ne dut se perpétuer que par la force des habitudes traditionnelles. /, Un aqueduc situé au nord, et que ne connut pas Mazois (découvert en

emportée par l’avalanche de boue qui descendit du volcan. Cet aqueduc aboutit à une rotonde couverte d’une coupole (extérieurement elle a la forme cubique) où l’eau arrivait par un caniveau voûté. Son ouverture est surmontée d’une peinture représentant trois nymphes debout : l’une présente une urne à une divinité masculine assise qui tient un roseau, personnification du Sarno, rivière de Pompèi.

Rue située non loin de la Porta Marina.

Cette rotonde, ainsi que le montre le dessin, était divisée de façon à diriger l’eau par trois ouvertures différentes, le niveau étant obtenu au moyen de traverses de bois. La lumière pénétrait dans ce local par deux lucarnes et par une porte latérale.

Les rues, généralement, sont tirées au cordeau, souvent étroites, mais encore plus larges que bien des ruelles de villes plus récentes. Pavées de blocs de lave polygones, elles ont un aspect propre et confortable-, le trottoir luimême est composé d’une épaisse couche de mortier battu et mêlé à des

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morceaux de marbre et de terre cuite disposés quelquefois avec symétrie. Bien que la régularité soit l’ennemie du pittoresque, il se dégage de la

Rue du Balcon.

bulle ordonnance des rues de Pompèi, une impression d'opulence et de bon goût qui charme l’esprit peu distrait par les détails, car la maison antique est extérieurement d’une simplicité bien nue.

Plusieurs maisons possèdent des maeniana (balcons surplombant au-

dessus de la rue) destinés a agrandir les chambres supérieures d’où l’on peut voir sur le dehors, el que rappellent absolument les moucharabiés arabes. Du reste, plusieurs rues étroites de Pompéi ont une allure bien orientale, et nous retrouvons de nos jours la maison gréco-romaine en Afrique, voire même en Perse.

Si les ruelles conservaient cette fraîcheur tant recherchée dans les pays

chauds, les grandes voies étaient, au contraire, dégagées, offrant de belles échappées sur les environs : telles la rue de Stabies (i) descendant vers la vallée du Sarnus, et celle de Nola dont le fond de perspective pointe vers les Abruzzes. Ces grandes artères principales de la ville, durant l’été, s’égayent ardentes dans une atmosphère lumineuse, donnant une tonalité line et légère aux murailles de tuf gris de l’époque samnite; mais dans les courtes journées de l’hiver, les ombres se traînent comme lasses sur les murs que la pluie a

(i) Voir planche en couleur n" II.

Perspective des rues de la Fortune et de Nola (à droite, temple de la Fortune- Auguste).

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mouillés ; la terre et les ruines changent d’aspect, la profondeur des pénombres humides donne un charme nouveau à ce sol où les plantes roussies s'harmo¬

nisent si bien aux briques rouges des murs crevassés, derniers vestiges de l’époque romaine; le Vésuve lui-même, parfois se coilfe d’une blanche couronne où le soleil vibre dans la neige immaculée.

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