‹ Pompei, la ville--les moeurs--les arts;Chapitre 39 sur 76 · HOC · texte numérisé non relu

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Peiniure de cabaret. (Musée de Naples.)

Peiniure de cabaret. (Musée de Naples.)

t opa apportant, à boire, demande qui elle doit servir.

Dans le troisième sujet, deux personnages jouent aux dés : six, dit l’un; non trois, mais deux, répond l’autre, en indiquant le nombre avec ses doigts, comme font les Italiens dans le jeu de la inora (2).

Dans le quatrième compartiment, les deux joueurs se querellent pour une raison peu avouable et devant le scandale, l’hôtelier les met à la porte en

(1) Corp. insc. pomp., 1896.

(2) Bien des jeux anciens nous sont parvenus : ainsi le principe du jeu de tonneau se trouve dans \orca, cette jarre que les enfants plantaient en terre pour y lancer des noix et nous nous 1 appelons le jeu qui coûta la vie a un fils de Claude qui, se trouvant à Pompéi, mourut étouffe' en recevant une pomme dans la bouche.

On jouait à pile ou face (cap i ta aut navia), à colin-maillard (, calke-maia ). Il y avait aussi le jeu de la marmite, le jeu du clou, etc. Quant au jeu d'osselets, si usité, nous le voyons exécuté gracieusement dans le beau monochrome d’Herculanum ; à ce divertissement le coup de Vénus consistait à

P0MPEI

leur disant d’aller se battre ailleurs. Comme on peut en juger, l’orthographe des inscriptions n’est pas d’un individu instruit, ce bas latin bourré de grécismes était bien la langue du peuple de Pompéi, dont les mœurs rappelées par les peintures de cabaret, sont bien celles vécues du Satyricon.

Comme les murs des rues, ceux des cabarets étaient griffonnés d’inscriptions à la pointe à l’adresse du patron de la boutique ou de quelque client.

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La déclaration suivante provient du cabaret d’Edon où se réunissaient les tard-buveurs :

(H) EDONII • niCIT ASSIBVS ■ HIC BIBITVR DIPVNDIVIIII SI miDlIRIS IIIIIILIORA BIBIIS QVANTVS SI DIIDIIRIS VINA ■ F FALIIRNA B1B (i)

Edon dit : « Tci pour un as on peut boire, pour deux as on aura meilleure boisson ; que faut-il payer pour boire du vin de Falerne ? »

retourner les quatre osselets, chacun sur une face differente. Mais aux dés, le coup de Vénus était six partout; le coup du chien, as partout, était désastreux. Ce qui fait dire à Properce : « Je demandais aux dieux l’heureux coup de Vénus, il m’arrivait toujours le maudit coup du chien ». (L’expression employée : il m’arrive un coup de chien, pour dire que l’on apprend une chose désagréable, n’aurait guère d’autre origine). Un autre jeu de calcul ressemblait au jeu d’échecs dont les pièces rangées étaient de verre ou de pierre transparente, et appelées calculi, latrones et latrunculi.

(i) Corp. insc. pomp., 1679 bis.

Qui 11e connaît le do fridctui pusillum (donne-moi un peu d’eau fraîche) lancé par un soldat chaussé de larges hottes blanches et armé d’une lance? (i). L original, comme tous ceux de ce genre, est exécuté grossière¬

ment; il existe dans la thermopole de la rue de Mercure qui contient trois autres sujets représentant des scènes que l’on 11e retrouve pas dans d’autres peintures.

Peintures de la thermopole de la rue de Mercure.

POMPÉI

Dans l’un des sujets, quatre personnes, dont deux coiffées du cucullus, sont assises autour d’une table à trois pieds, elles sont en train de manger

Intérieur de la tliermopole de la rue de Mercure.

et de boire; des boudins noirs et des saucisses blondes ( boviles , botulus ) sont

Cuisine publique.

suspendus au carna rium, qui était le châssis muni de crochets où se plaçaient les victuailles.

Plus loin, des joueurs de dés, à la mine patibulaire, qui sentent bien

la cordc. Un autre sujet représente un individu vêtu d’un pallium bleu et de l’ angusticlave demander à un serviteur de lui verser du vin de Setia ainsi que le dit l’inscription qui est tracée sur le sujet :

Adde calicem Setinum (i) ; nous voyons aussi des buveurs emmitouflés dans leur manteau ( lacerna ) et chaussés de galoches noires, puis un adolescent semble faire la cour à une jeune femme qui lève son verre.

Dans une dernière peinture encore plus détériorée que les autres, nous nous rendons compte du mode de transport de certains liquides, on y voit un chariot sur lequel est placée une peau entière de bœuf recousue; par l’échancrure du col on remplissait cette grande outre qui prenait l’aspect d’un tonneau cerclé dont l’ouverture supérieure était ficelée. Pour l’usage, un orifice inférieur était ménagé près de la queue, et formait un tuyau souple qui servait à débiter le liquide dans les amphores.

De l’intérieur de la salle du cabaret on aperçoit la boutique et la rue, juste en face est située la fontaine de Mercure ; un comptoir s’élève bordant le trottoir suivant la file des maisons, et à sa surface sont pratiquées des ouvertures rondes où sont placés des vases de terre qui reposent sur le sol ; puis, sur un des côtés, nous voyons des petits gradins de marbre où se plaçaient les divers ustensiles en usage, œno-

(i) Corp. insc. pomp., 1292.

Ustensiles à puiser le vin dans les cratères ; siinpulum. truae. 1 Bronzes du Musée de Naples.)

Ustensiles à décanter et à puiser les liquides : trucllac. (Petits bronzes du Musée de Naples.)

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surtout, ceux des thermopolia, possédaient, à leur extrémité intérieure, un coin spécial où se plaçait le réchaud de terre ou de métal ainsi que ces bouilloires à feu doux du même système que les samovars russes. Quelquefois, un fourneau est placé dans la seconde pièce, adossé au mur du fond d’une boutique, dans lequel est pratiquée une ouverture, par où les tartes chaudes étaient déposées pour les amateurs qui les aimaient toutes fumantes. Un cabaret est surtout remarquable par son grand comptoir aux

Plat, réchauds et passoires à vin. (Musée de Naples.)

marbres de dilférentes couleurs et par la peinture du fond de la hiberna, le présentant Bacchus, Hermaphrodite et Silene. Ce cabaret important, le seul situé sur la rue de Nola, l’une des plus importantes voies de la ville (Decumanus major ) devait recevoir un public amateur de bonnes liqueurs; la dimension des pièces de l'arrière-boutique indique que les parties fines y étaient données : la taverne du boulevard !

Mais le plus grand établissement de Pompéi, l’auberge principale où l’on logeait à pied et à cheval , est située hors de la ville, dans le pagiis Angushts hélix, sur un des côtés de la voie i,es Tombeaux ; elle comprenait un long

POMPÉI

bâtiment avec arcades et des boutiques couvertes en terrasse, les voyageurs logeaient dans les pièces supérieures d’où la vue s’offre toujours admirable sur la mer et les villes de la côte. Des cours intérieures munies de fontaines, on arrivait aux écuries, où des harnachements de mulets et des rayons de roues furent retrouvés. Mais rien ne semble dénoter que l’on prenait ses repas à cette auberge, les voyageurs avaient assez de tavernes à leur choix ou firent venir leur repas du dehors. Les tenanciers des popinae vendaient des aliments à la population; on portait eu vitle certainement, ou bien on venait chercher sa portion, car les cuisines publiques de Pompéi n’ont pas toujours de salles assez vastes pour recevoir des consommateurs, et d’autre part, les petites habitations de Pompéi n’ont pas de cuisines.

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