‹ Pompei, la ville--les moeurs--les arts;Chapitre 49 sur 76 · MAISONS DIVERSES · texte numérisé non relu

MAISONS DIVERSES

PARCOURONS maintenant plusieurs maisons qui offrent quelques particularités. Commençons par une des plus anciennes de Pompéi : la Casa del Fauno, ainsi appelée à cause du Faune de bronze dansant qui se trouvait placé au milieu de V impluvium . Devant la porte, sur le trottoir fait en opus signinum, on lit, en grandes lettres blanches, le mot HAVE [Salut). Cette habitation opulente avait l’aspect d’un petit palais. Les revêtements de stucs polychromes, la riche mosaïque de la bataille d Arbelles (voir ch. VI), les deux atria toscan et tétrastyle, son cavaedium corinthien et son vaste peristylium imposent par leur simplicité et les proportions élégantes des colonnes et des pilastres. Pas de peintures de figures dans cette demeure, sauf deux petits tableaux monochromes représentant Diane et Apollon Citharède. La décoration ne comportait que des imitations de marbres et des mosaïques.

Deux petits autels furent trouvés dans cette habitation ; l’un en travertin et dédié à Flore portait une inscription osque ; sur l’autre autel se lisent les noms de Mains Purins questor. Des inscriptions étaient aussi gravées sur les colonnes : Victoria vale et ubique vis suaviter sternutes : " Victoire, salut, éternue heureusement où tu voudras. « Dans cette riche demeure on découvrit des squelettes; une femme avait encore au doigt un anneau d’or où se lit le

Casa del Fauno.

POMPÉI

nom de Cassia, c’est pourquoi la maison du Faune porte aussi le titre de de Domus Cassiae.

11 est à remarquer que les vieilles maisons de Pompéi, datant de l’époque

Ostium de la Casa del Fauno.

samnite, ont toujours leur façade construite de blocs de tuf; c’est un signe certain de leur ancienneté; aussi cette demeure est l’une des plus grecques de Pompéi, et en la parcourant M. Monceaux (i) n’hésite pas à dire qu’on peut se croire à Délos ou à Athènes.

(i) Dictionnaire de Daremberg et Saglio. Domus.

LA MATSON GRECO-ROMAINE

Dé la même époque date la maison de SaUuste (. Domtis ross. Liban i '■) dont le plan est bien dillércnt. 'L'atrium toscan et les pièces qui l’entourent ont le même genre de décorations que la maison du Faune; au milieu de V impluvium s’élevait un groupe de bronze, Hercule et la biche (au musée de Païenne), placé devant une vasque de marbre blanc, et servait de jet d’eau.

La particularité de cette maison existe dans la partie privée où se trouve un vi rida nain qu’entoure sur trois côtés un péristyle formé de colonnes octogones peintes en rouge à leur base; le mur du fond est orné d’une

Casa dcl Fauno. (Pcristylium.)

grande peinture, encore en place, où Actcon surprenant Diane au bain, est métamorphosé en cerf et déchiré par ses propres chiens. Les parois du péristyle étaient .à fond noir sur lequel se détachaient des motifs d’architecture fantastique, des oiseaux et des Faunes, Phryxus et Hellé, Europe sur le taureau, étaient les figures principales de deux compositions qui ornaient le centre des panneaux.

Cette maison possède deux triclinia, l’un d’été, l’autre d’hiver. Le premier se trouve placé à l’extrémité d’un petit jardin dont le mur était orné d’un vaste paysage simulant un bois touffu. En face de ce mur décoré il y avait un portique avec entrecolonnements occupés par des caisses de pierre remplies de fleurs et d’arbustes.

POMPÉI

La maison du Labyrinthe {del Laberinto) esi bâtie sur le même plan que celle du Faune, mais n’a qu’un peristylium et sa décoration murale est de même époque que la colonie romaine (2e style, voir ch. vi). La peinture remplace le stuc colorié et les petites chambres du fond de l’habitation ont dans leurs motifs décoratifs des petites frises où des portraits de femmes alternent avec des fœtus grotesques de Pygmées. Les figures peintes sont monochromes tandis que la décoration imite les marbres les plus riches. Ensuite à côté de l’ oecus corinthien dont nous avons parlé, existe une mosaïque très line représentant Thésée combattant le Minotaure au centre du labyrinthe ; d’où le nom donné à cette maison. Enfin dans la partie de l’habitation où se trouve l'atrium toscan, il y avait un colfre-fort et des chambres décorées de peintures : Y Enlèvement d’Europe et Ariane abandonnée; puis un pistrinum avec ses moulins et des bains complets.

La maison de Pansa, qui a servi de type pour notre description de la maison gréco-romaine, faisait partie d’un ilôt appelé insula Arriana Polliana et dont Cneus Nigidus Maïus était propriétaire; il n’habitait que la partie principale et louait les magasins et les logements annexes ( do mus conducticia ) par l’intermédiaire d’un de ses esclaves nommé Primus. La façade de tuf est de l’époque samnite et cette maison, quoique n’ayant qu’un atrium, ressemble beaucoup à celle du Faune.

Il ne reste presque rien des belles peintures qui ornaient les murs de plusieurs chambres; on y voyait Danaë recevant la pluie d'or A une Nymphe assise versant 1 eau d’une corne ; dans la cuisine, une peinture à Fornax et des Lares, puis dans les plates-bandes du viridarium fut trouvé un groupe curieux de Bacchus et Ampelus.

La maison du Ci/ha ris/e ( del Citarista ) ou de Lucius Popidius Secundus, a deux a tria et trois peristylia de niveaux différents ; car la maison donne sur deux, rues, dont l’une, la rue de Stabies, descend considérablement. Cette habitation comprenait primitivement deux maisons, qui furent unies par une ouverture intérieure établie entre deux des peristylia. C’est de cette demeure que provient l’Apollon Citharède, dont la cithare a disparu,

Casa del Laberinto.

LA MAISON GRÉCO-ROMAINE

et tenant le plectrum ; ce bronze, de grandeur nature et de style archaïsant (voir cli. Vl), est le seul spécimen de ce genre que l'on ait découvert jusqu’ici à Pompéi (fouilles de 1853-1854) et fut trouvé près d’une fontaine placée dans le jardin d’un des peristylia dont les murs étaient décorés de belles peintures, transportées à Naples aussitôt leur découverte. Les animaux de bronze du musée de Naples, un Sanglier attaqué par des chiens, un Serpent et un Cerf, proviennent du second jardin de cette maison et servaient de jets d’eau à une fontaine semi-circulaire en marbre. Les chambres étaient somptueusement décorées ainsi que Vexedra.

La maison de Marcus Lucretius est aussi assez curieuse. Ce personnage était duumvir et flamine de Mars, comme le relate une peinture trouvée dans cette maison et reproduisant tous les objets utiles pour écrire; on y voit une tablette à deux compartiments, un style, une spatule, une écritoire, puis la dédicace suivante: M. Lecrutio fiant. Martis dccurioni Pompei. Le plan de cette maison a la forme d’une équerre et possède un triclinium où fut trouvé un lectisternium (lit) de bronze plaqué d’argent. De grandes compositions occupent les murs : Hercule ivre chey Omphale et des Bacchantes; Bacchus enfant, des Silènes et des Faunes; Bacchus et les Bacchantes tenant des thyrses; tous sujets bien choisis pour le lieu. Un certain nombre de sujets manquent : ils ont, ou été détruits par le temps ou bien emportés par les Pompéiens : comme le vide laissé dans la muraille a peu de profondeur, il est supposable qu’ils étaient exécutés sur panneau de bois ou sur verre, ainsi que nous en connaissons des spécimens. Une grande fenêtre du triclinium prend vue sur un jardinet dont le terrain est à hauteur d’appui et meublé de petites statuettes et d’animaux placés avec un goût enfantin. Dans le fond s’élève une petite niche en mosaïque et en coquillage ornée de dauphins et de roseaux, occupée par un Silène en marbre blanc, tenant une amphore qui servait de fontaine. A gauche, par quelques marches, nous arrivons ensuite à une cour où commençait un escalier desservant le premier étage ; un second atrium et toutes ses dépendances se trouvent situés dans le retour d’équerre du plan, et un prothyrum donnait sur la ruelle voisine. En somme, cette habitation comprenait deux corps de logis greffés, dont le plus modeste devait être habité par l’intendant et les

esclaves. CJest dans celte maison que fut trouvé le graffito du labyrinthe.

La maison dite de la Chasse {délia Caccia ) est ainsi nommée à cause de la peinture du fond de son jardin, où on voit encore un sanglier blessé par un chasseur et saisi par un chien ; un taureau attaqué par un léopard et poursuivi par un lion, puis des biches et des daims; cette peinture reproduit certainement les scènes de la vénal io de l’amphithéâtre. En gêné-

Maison de Lucretius.

ral, la décoration de certaines pièces date de la dernière époque et est de mauvais goût dans les détails; il n’y a guère que le tablinum, que nous donnons en couleurs (Planche n° IV), et dont les panneaux du mur ont un fond bleu délicat, qui offre une heureuse harmonie avec les

LA MAISON GRÉCO-ROMAINE

sion); elle doit son nom aux nombreuses peintures dont les sujets sont tirés de V Iliade, et aux scènes de théâtre exécutés en mosaïque (i). Le prothyru ni était décoré de la mosaïque si connue représentant un chien enchaîné et les mots : Cave canem. L'atrium est toscan et entouré de petites chambres, le tablinum vient ensuite ainsi que le portique entourant le viridarimn où se trouve un aedicula élevé aux Génies de la maison et à Silène ; puis d’autres chambres et un triclinium, ainsi que la cuisine et une pièce qui semble avoir servi d’ a pothcca .

Les principales peintures qui y furent trouvées représentent Chryséis et son père; Jupiter et J uiiun sur le mont Ida ; Oreste, Pelade et Electre;

, Achille et Briséis ; Apollon et Daphné , traité d’une | v / fl o Vy

b 1 2 ' 1 ’ __ laçon obscène, puis une composition où l’on croit

reconnaître Térence lisant des vers devant plusieurs personnages. Mais la peinture la plus appréciée est le Sacrifice d‘ Iphigénie, qui peut être la copie d’un tableau de Timanthe (v. ch. vi).

La maisqn du Centenaire (del Centenario ) porte ce nom en souvenir du dix-huitième centenaire de l’ensevelissement de Pompéi, qui coïncida avec sa découverte en 1879; elle s’appelle aussi maison du Faune ivre (2), d’après une jolie statuette qui occupait le milieu du peristylium . L’ensemble des constructions remonterait au commencement de l’époque romaine de Pompéi et sa décoration est de deux différents styles. D’après une inscription trouvée dans cette habitation, à côté d’un dessin représentant un gladiateur,

(1) C'est dans cette maison que sir Buhver-Lytton fait habiter Glaucus, le héros des Derniers jours de Pompéi. Voir la mosaïque du chien, ch. vi.

(2) Voir la statue, chap. vi.

LA

H/\Ri ta- T

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Jeu du labyrinthe.

(Graflilo de la maison de Lucrctius.)

POMPÉI

nous sommes certains que la décoration d’une des chambres est antérieure au 6 novembre de l’an 15 après J.-C. (Offiosus fugit VI II idus nov. Druso Caesare M. Junio Silano Cos. (1).

Sur le principal atrium de la maison donnait une petite chambre décorée de ligures religieuses égyptiennes ; puis deux triclinia d’hiver ou oeci s’ouvrent librement sur le peristylium , l’un a une décoration noire, l’autre est d’une ornementation délicate, extrêmement légère de ton, peinte sur le stuc blanc ; ces deux triclinia contrastent par leurs couleurs opposées. Le fond de l’habitation possède une excdra flanquée de deux chambres et un

Lampes en terre cuite. (Musée de Naples.)

1 1 ii 1 1 ni 11 ni d été qui se trouvait protégé du soleil par un grand mur placé au sud. Cette habitation est l’une de celles qui possèdent le plus de dépendances et dont les différents détails oifrent des spécimens que l’on ne trouve pas ailleurs; ainsi la piscine ornée de poissons, le laraire dédié à Bacchus, enveloppé d’une grappe de raisin (p. 130) et le venereum richement décoré.

La maison suburbaine de Diomède ( villa di Diomedes ), située en dehors des murailles de Ponrpéi, faisait partie du faubourg Auguslus Félix ; son entiée donne sur la voie des Tombeaux et marque la limite actuelle des fouilles vers Herculanum. De la voie, un perron donne accès au peristylium (ou attiuin corinthien ), selon la coutume indiquée par Vitruve (2), qui veut que le peristylium, dans les maisons de campagne, occupe la place de V atrium. Sous le portique est un petit laraire qui possédait une Minerve et, à droite de l’entrée, un escalier conduisant aux communs et au jardin situé en

(1) Guide de Fiorelli.

(2) Vitr., VI, vm. Ici encore nous retrouvons la confusion de l 'atrium et du peristylium.

LA MAISON GRÉCO-ROMAINE 321

contre-bas, qui était entouré, sur trois côtés, d’un crypto-portique soutenant la partie haute de l’habitation disposée en terrasse.

Au milieu du jardin, qui a une superficie de 132 mètres carrés, on voit une piscine munie d’un jet d’eau ; derrière le bassin existe une plate-forme élevée de deux degrés possédant six colonnes qui devaient supporter des treilles au-dessous desquelles se dressaient la table et les lits.

Parmi les nombreuses pièces de cette vaste habitation, nous signalerons celle où l’on pouvait placer deux tables à trois lits, et dont les fenêtres s’ouvraient comme des portes, afin de procurer aux convives la vue du jardin situé plus bas, et du magnifique panorama qui se déroule : la mer. Les côtes de Sorrente d’un côté ; de l’autre, les villas couchées au pied du Vésuve dans les chaudes couleurs de ses flancs chargés de vignes complètent le tableau.

Une chambre bien agréable était celle qui est en hémicycle et où les fenêtres s’ouvrent sur trois côlés différents, et que Pline signale dans la

description de sa villa de Préneste. Deux autres petites pièces, dont l’une a dû servir à un esclave, précèdent cette chambre à coucher qui, à sa partie rectangulaire, avait une alcôve ( loteca ) fermée par des rideaux attachés par des anneaux de bronze que l'on a recueillis; puis s’élève contre le mur un petit massif de maçonnerie revêtu de marbre où furent retrouvés des flacons remplis de cosmétiques. C’est dans les caves de cette maison, qui contenaient un grand nombre d’amphores ensablées, que furent trouvées dix-huit personnes qui y avaient cherché un refuge. Au moment de la découverte de cette maison, en 1763,

Jl

JÂÛt'îi

Jardin de la villa de Diomède.

POMPE

on ne connaissait pas encore le moyen de conserver l’empreinte des corps; d’après les rapports de l’époque, on distinguait les cheveux, les vêtements, les voiles et les chaussures, car la cendre fine et l’eau ayant pénétré dans les sous-sols, avaient enlisé les malheureux dont les restes n’avaient subi aucune déformation, abrités par les voûtes des caves. On ne

Crypto-portique de la villa de Diomède.

put que recueillir les objets de valeur et les bijoux qui y avaient été apportés dans l’espoir de les sauver, ainsi que des provisions de bouche pour plusieurs jours. Deux autres squelettes, dont l’un tenait encore une clef (p. 19) et l’autre des monnaies, étaient étendus près de la porte de fond du jardin qui communiquait à des champs dont on a retrouvé la trace des sillons antiques.

La décoration générale de cette habitation date de l’époque des premiers empereurs antérieure à l’an 63. Quant au nom donné à cette villa, il n’est

LA MAISON GRÉCO-ROMAINE

guère motivé que par l’inscription d’une tombe, située vis-à-vis l’entrée de la villa, où se lit sur une plaque :

M ■ ARRIVS • I ■ L ■ DIOMEDES SIBI SVIS MEMORIAE MAGISTER PAG • A VG ■ FELIC • SVBVRB •

« Marcus Arrius Diomedes, affranchi de lulie, maître du faubourg

Aupustus Félix, à sa mémoire et à celle des siens. >,

Jusqu’ici, les fouilles du faubourg ( pagus ) n’ayant pas été poursuivies, on suppose que la maison la plus importante, découverte à cet endroit, dut avoir été la demeure du magister pagi .

Bien d’autres maisons de Pompéi mériteraient encore d’être citées : celles i lell‘

Ancora ; di Castore c Polluée , avec ses deux a tria unis par un peristyl iu m . La maison de Cornélius Rufus, dont Y atrium possède un si beau cartabulum de marbre (ch. VI). Celle del Balcone

avec sa vasque surmontée d’un Amour. La maison de Jucundus, au tablinum égyptien (pl. en couleurs n° X). La Casa di Apollo; celle dite di Adone avec sa grande composition représentant Adonis blessé; la casa dette No^e d’Argento, ainsi nommée en souvenir des noces d’argent de LL. MM. le roi et la reine d’Italie, etc.

Trois maisons importantes ce- Vettii et de Marcus Lucretius Fronlo

et la casa di Meleagro.

La maison des Vettii, découverte, en 1895, grâce à la nouvelle méthode adoptée, a conservé ses peintures et ses marbres ; nous la retrouvons à peu près telle que les anciens nous l’ont laissée ; aussi y respire-t-on la vie, il 11’y manque que les Pompéiennes.

pendant nous restent à voir : celles des

324 POMPÉI

L’entrée du prothyrnm possède une peinture obscène, maintenant masquée par un volet, et où le mauvais œil peut servir d’excuse, mais dont

l’expression symbolique tendrait à prouver que la fortune des Vettii était d’un poids égal à leur amour vénal, car dans le sujet il y a une balance. De chaque côté de l’airium toscan était fixé un coffrefort dont les restes ont été laissés en place et recouverts d’une vitre.

Des petites chambres sont adossées au prothyrnm et quelques peintures en décorent les parois blan-

Maison des Vettii. 1

ches : Ariane abandonnée, Héro et Léandre, puis des oiseaux. La décoration générale est du dernier style pompéien et est encore bien conservée, quoique d’une année à l’autre

Atrium de la maison des Vettii et emplacement du coUrc-fort.

quelques beaux rouges, découverts si brillants, noircissent à l’air. Mais la partie la plus séduisante de l’habitation est sans contredit le viridarium qui occupe le milieu du peristylium. Les colonnes supportant l’architrave ont

Intérieur de la Casa dcl Balconc.

Dans le viridarium où l’on a retrouvé la trace des plates-bandes, des plantes vertes et des fleurs y croissent maintenant aux mêmes places que jadis ; on a même reconstitué des toulfes de lierre d’après les spécimens peints

LA MAISON GRÉCO-ROMAINE 3s5

été complétées en partie afin de soutenir la toiture qui garantit de nouveau l’ ambulacrum et les peintures des portiques.

POMPEI

Viridarium de la maison des Vetlii.

existant sur les cimaises du péristyle. Des coupes, des vasques de marbre pur sont placées à profusion dans les allées sinueuses et dans les parterres fleuris ; deux cippes de marbre, autour desquels est sculptée une torsade de liserons, supportent chacun un hennés b if rôtis dont le meilleur représente Ariane et Bacchus barbu. Une statuette de Priape ityphallique, de style égyptien, était située sur un des socles du viridarium ; il est maintenant placé sous les

verrous dans le vcncreum des Vettii dont les murs sont décorés de mauvaises pochades. Les autres statuettes de bronze et de marbre représentant Bacchus et Silène, des Amours et des enfants ( putti ) n’ont pas quitté leurs socles. Les conduites de plomb obstruées ont été réparées, et à certains jours les robinets et les clefs antiques s’ouvrent : alors les Éros de bronze bleu aux yeux d’argent laissent cracher les oiseaux qu’ils tiennent dans les bras, les bassins de marbre s’emplissent et le clapotement de l’eau revient donner discrètement un peu de vie à la maison pimpante où le soleil se joue dans la transparence des vasques.

LA MAISON GRÉCO-ROMAINE

Les peintures que possède cette riche habitation paraissent, pour la plupart, terminées d’hier, les rouges vifs et les noirs profonds se marient dans la pénombre de Yexedra et des oeci, encadrant des sujets mythologiques : Penthée tué pur les Bacchantes , Hercule enfant étouffant les serpents, le Supplice de Dircé (1) forment trois compositions ornant une même salle; puis Ixion, Pasiphaë et Ariane sont les personnages principaux d’autres sujets décoratifs.

L 'exedra qui se trouve dans l’axe du viridarium est la pièce la plus pompeusement décorée; nous y voyons une longue frise placée au niveau de la cimaise, où les Amours et les Psychés qui l’animent se livrent à tous les travaux, et les blonds enfants aux ailes blanches se découpent en rose sur un fond noir. Les murs sont divisés en panneaux rouges (PL en couleurs, n° XI), dont le milieu est occupé par des groupes enlacés de

danseurs et danseuses, puis encadrés d’un large champ noir où des détails très soignés, guirlandes et verdures, s’enchevêtrent en des

Lampe. Luccrna pensilc. (Musée de Naples.)

méandres gracieux peuplés d’oiseaux (2). De

petits sujets d’allégorie mythologique distribués en grand nombre, alternent avec les Amours dans la décoration des frises.

Enfin le laraire (p. 13 1) est placé dans un petit atrium situé non loin du premier, à côté de quelques chambres modestes et de la cuisine dont 011 a laissé les ustensiles en place ; un escalier desservait les petites chambres du premier étage qui donnaient sur le petit atrium au laraire. Dans cette habitation des Vettii, il fait bon d’y rester, d’y méditer longtemps, installé sous le peristyliuni . Là, comme dans un rêve, les visions antiques assiègent l’esprit : quand dans le jardin les fleurs épanouies exhalent leur parfum, quand leurs tiges vertes courbent sous le vent; quand à la douce lumière tamisée sous le portique, les chambres se creusent en des trous sombres qui font vibrer l’éclat des colonnes ensoleillées, sous le ciel radieux d’une belle matinée.

(1) Planche en couleurs n° VIII.

(2) Planches en couleurs nos V et XI.

POMPÊI

Une maison située non loin de celle des Vettii et curieuse à noter est celle de Marcus Lucretius Fronto (Reg. V, IV) qui a été déblayée en 1900. Elle a un bel atrium toscan dont on a reconstitué la toiture. Cela permet de se rendre compte que les atria étaient assez sombres et qu’il y régnait une agréable fraîcheur. Ses parois sont peints en noir avec lambris de couleur violette, à motifs égyptisants. Bien égyptisante est la décoration d’un tablinum qui fait suite à cet atrium. A fond rouge et noir les murailles détaillent de petits

Peristyliura de la Casa di Meleagro.

frontons, des colonnettes, des tableautins suspendus, de petits paysages et des détails de toute sorte placés dans la décoration. Le panneau central de chaque mur latéral comporte un sujet : ligures exécutées avec beaucoup de soin. L’un représente le Mariage de Venus et de Mars, l’autre Bacchus et Ariane dans un char.

Les chambres de cette maison possèdent des sujets intéressants : ainsi celui de Pero et Micon, sur le fond duquel est écrite l’explication du sujet (?) Dans une autre salle, c’est le Meurtre de Neploleme à Delphes; Thésée recevant le fil des mains d’Ariane.

Voici maintenant la Maison de Méléagre [di Meleagro ) située à l’extré-

LA MAISON GRÉCO-ROMAINE

mité cle la rue de Mercure, près des murailles de la ville; elle s’offre à nous comme une des plus fastueuses et sa fondation date de l’époque samnite. Son nom provient, sans trop de raison, d’une très médiocre peinture du proth y mm représentant Méléagre et Atalante, à laquelle faisait face Mercure offrant une bourse à Fortuna.

L'atrium toscan possédait de belles peintures transportées à Naples : Vulcain donnant à Thétis

les armes d’Achille;

Paris et Hélène; puis sous le car tibulum , supporté par des griffons, est creusée dans le sol une case revêtue de marbre , que l’on suppose avoir dû servir à rafraîchir les boissons. Par suite de la disposition du terrain qui s’étendait peu en profondeur, on passait directement de l’ atrium, situé à gauche, au peristylium par une

large baie que fermait une porte à deux battants se repliant chacun par la moitié , et dont le seuil muni de bronzes, en fait voir encore le fonctionnement. Cette entrée sur le peristylium est somptueuse; tout maintenant, dans cette partie de la maison, dénote qu’il devait s’y donner souvent des fêtes. Un portique, aux colonnes de stuc cannelées et à la base rouge, entoure V area du peristylium, au milieu duquel une grande piscine est creusée, semblable à celle de la villa de Diomède ; elle a ses parois peintes en bleu. Au centre s’élève une colonne que surmontait une statuette servant de jet d’eau, et du côté opposé à Voecus se trouve une petite

Lampadaire en bronze. Lychnuchus.

(Musée de Naples.)

Lampadaire en bronze. Lychnuchu, (Musée de Naples.)

POMPEI

cascade de marbre blanc composée de sept gradins, en haut desquels une autre statuette versait de l’eau. Dans un des angles du jardin existe une

Oenochoé en bronze.

Vase en bronze.

(Musée de Naples.)

Oenochoé en bronze.

grande jarre ( dolium ) de terre cuite remplie de chaux ; elle dut primitivement servir de vase pour planter un palmier (i), comme le montre une pein-

Oenochoé en bronze. (Musée de Naples.)

Lampe. ( I.ucerna pensile. Musée de Naples.)

ture de style égyptien (ch. vi). Voecus corinthien, placé dans l’axe du peristylium, est orné de colonnes d’ordre corinthien, unies par des pleins

(i) Suétone parle d’un palmier qu’Auguste éleva dans un compluvium. Suétone. Aug.

MB

LA MAISON GRÉCO-ROMAINE 33 j

cintres qui supportaient la terrasse, aujourd’hui détruite. La décoration est monochrome, tout est peint en jaune, imitant les lambris dorés — car, dit Pline, on dore les murs comme les vases — les colonnes, les murs ainsi que les motifs d’architecture fantastique et les sujets mythologiques, tout est exécuté en camaïeu jaune; le soubassement est en camaïeu rouge orné de figures de Faunes. Les illuminations des fêtes données en ce lieu venaient encore accentuer l’illusion d’un salon doré.

Sur le côté gauche de Yoecus corinthien est placé un deuxième occus plus petit, ouvert librement sur le peristylium, pavé en mosaïque et brillamment décoré de peintures noires, rouges et bleues. Une petite porte le met en communication avec le triclinium d’hiver de vaste dimension, éclairé par des ouvertures en plein cintre assez haut placées, dont l’une donne sur le petit occus, qui devait servir de lieu de conversation et où les invités se réunissaient après ou avant le repas (on appellerait maintenant cette pièce fumoir). Du pcristylium, par une porte cintrée on pénétrait également dans le triclinium, décoré dans sa cimaise noire de gracieuses naïades entourées d’iris ; les murs possèdent de grandes compositions telles que le Jugement de Paris où Hélène présente un casque à son ravisseur; et Achille sous la tente, sollicité par les Grecs. Dans cette habitation furent retrouvés quatorze ustensiles de table en argent : vases à deux anses, enrichis de bas-reliefs ; coupes, passoires, etc., tous objets de luxe comme ceux de Boscoreale. Aussi dans cette maison, dans ce cadre antique, pourrions-nous réunir les éléments propres à une fête pompéienne dont nous trouvons les documents dans la ville même.

Lampe à trois mèches. (Terre cuite.)

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