‹ Pompei, la ville--les moeurs--les arts;Chapitre 48 sur 76 · LES CUISINES. — LES LATRINES. — LES BAINS. — LE VENEREUM · texte numérisé non relu

LES CUISINES. — LES LATRINES. — LES BAINS. — LE VENEREUM

NOUS voici arrivés au peristylimn (i) importé par les Grecs, qui présente le même aspect que Y atrium corinthien, mais il est plus vaste : c’est Y area qui prend de plus grandes proportions, on peut s’y promener et les enfants pouvaient y courir et jouer, quand des plates-bandes ornées de fleurs n’en meublaient pas la plus grande partie, ce qui constituait alors le viridarium ; des piscines aussi occupent le milieu de la cour, des statues, des jets d’eau, de petites cascades, des vasques et des tables de marbre, des hennés, des bronzes, viennent enjoliver ce coin charmant, devenu le lieu préféré; les portiques sont larges, des colonnes nombreuses supportent l’attique, et l’eau des toits, recueillie dans un chenal courant au bas de la colonnade, se perdait dans quelque citerne.

Parmi les peristylia les plus grands, nous pouvons citer celui de la maison del Centenario découverte en 1879, juste 1800 ans après sa destruction (2). L’intérêt qu’offre surtout ce peristylium consiste dans le changement de style qu’on y avait opéré. Les colonnes du portique, dont il reste quelquesunes bien conservées, sont enduites de stuc blanc et peintes en rouge à la

(1) Le peristylium présente la même disposition que les anciens cloîtres.

(2) Cet anniversaire donna lieu à des fêtes et un magnifique recueil intitulé : Pompei e la regione sotterrata... fut édité pour la circonstance.

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base, tandis que leurs chapiteaux toscans sont cerclés de filets bleus et écarlates, mais les colonnes dégradées laissent voir qu’elles avaient été réformées, mises au goût du jour (i) et unies entre elles par un treillage de bois, faisant de V area de ce peristylium un enclos qui a pu servir à enfermer quelques animaux vivants.

Primitivement c& peristylium était d’ordre ionique avec colonnes canne-

Peristylium, (Maison de Holconius.)

lées et construites en tuf, les chapiteaux déposés qui gisent encore le long du mur sont de même matière ; seules les colonnes avaient été conservées et leurs cannelures furent bouchées puis nivelées avec une épaisse couche de stuc; ces nouveaux chapiteaux se rapprochèrent du dorique romain (2). Même certaines colonnes ont été remplacées et construites en briques. La base rouge, du reste, n’est pas d’une époque très reculée et a été mise après coup à beaucoup de fûts de tuf cannelés, car les maisons les plus anciennes n’ont

(1) Cette réfection doit dater de l’an t5 à l'an 63 après J.-C. Une inscription trouvée sur les murs en fait foi.

(2) Les chapiteaux à Pompéi offrent souvent une grande fantaisie qui n’est d’aucun style spécial, ils sont pompéiens et paraissent avoir subi des influences égyptiennes.

POMPÉI

pas de ces cimaises aux colonnes dont plusieurs même n’ont aucune base, comme dans le dorique grec.

Nous trouvons un autre exemple de ces réfections de la dernière époque dans une planche de l’ouvrage de Mazois qui reproduit un atrium tctraslyle où les colonnes dégradées laissent voir une première assise en tuf cannelée, sur laquelle s’élève, en briques, le reste de la colonne ; l’opération du nivellement avait eu lieu pour les cannelures, et une couche de stuc enduisait les colonnes dans toute leur hauteur, mais ici, la cimaise est noire. En principe, il peut donc être établi que les colonnes de briques recouvertes de stuc furent surtout utilisées après l’an 15 de notre ère, et que les colonnes de tuf sont les reliques d’anciennes maisons datant de la période gréeosamnite.

Plusieurs habitations, et non des moins luxueuses, n’eurent pas toujours la place sul lisante leur permettant d’établir un peristylium complet. 11 en existe à trois portiques, puis à deux portiques, quand le jardin occupe un angle ; dans ce cas, des pilastres peints sur les murs font face aux colonnes correspondantes : ainsi dans la maison de Jucundus où entre deux colonnes de milieu, vis-à-vis une exedra, s’élève une gracieuse coupe de marbre munie d’un jet d’eau. Les pilastres sont quelquefois en relief de stuc, tels sont ceux de la maison dette Parete nera qui a un peristylium à trois portiques et de la maison di Adone au peristylium à deux portiques.

11 existe à Pompéi, dans la Casa dette Nojpçe d' Argenta, un peris/vlium rhodien, dont le portique situé vers Y atrium est plus élevé que ceux des autres côtés.

Dans plusieurs peristylia et jardins, il existe quelquefois, adossés au mur principal, des fontaines en mosaïque ou des chàteaux-d’eau munis de niches et de statuettes. Il n’y a guère que les fontaines en mosaïque qui soient bien conservées, elles attirent par leur couleur bleue dominante. Ornées de coquillages dans leurs principales lignes, elles ont un aspect bien rococo qui, dans le cadre pompéien, ne fait pas mauvais effet; des statuettes d’Amours ou de pêcheurs en ornaient les socles. Une de ces fontaines possède, sur les deux montants, des masques servant de lampes que l’on remplissait d’huile ; les flammes passant par les yeux et la bouche

Apotliccu. (Maison do l'aquius l'roculus.)

décoratif, dont le motif de fond représente des animaux sauvages; sur le même plan que la fontaine, des bassins de ciment, qui ont bien pu servit

y a des fontaines

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devaient donner un éclairage quelque peu fantastique, en mosaïque dans les maisons dell’ Orso, dei Sciençati, délia Piccola Foula na, délia Grande Fontana et dans deux autres habitations. Voir planche hors texte, n" XII.)

Une niche en mosaïque existe aussi dans la maison del Centenario, élevée de quelques degrés de marbre, par où l’eau descendait en cascatelle dans une piscine. L’ornementation a un cachet égyptien et une sta-

1 c« • 1 ■ j ' 1 • l’cristylium rkodicn de la Casa de lie Nu::e d'Arsenlo.

tue de oilene, trouvée non loin,

occupait probablement le fond de la niche placée au milieu d’un ensemble

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de vivier, possèdent des ouvertures circulaires où sont enclavés des bouchons

de terre cuite perforés ; sur les parois extérieures sont figurés des canards, des poissons et des cétacés | que l’on voit peints sur un fond bleu vert d’eau, donnant l’illusion d’un aquarium véritable.

Aux fontaines, il y avait de nombreux jets d’eau qui prenaient les formes les plus diverses : aussi au Musée de Naples, trouve-t-on des jeux variés de jets en cuivre : une pomme de pin, ayant ses pointes percées chacune d’un trou; un paon dont la queue en éventail lançait l’eau en nappe; trois dauphins adossés crachant de l’eau, et entre lesquels jaillissait un jet. C’est encore un gobelet avec couvercle terminé en pointe, le couvercle ne touchant pas les bords du vase mais laissant passage à l’eau qui était projetée violemment en cercle d’une façon horizontale ou oblique.

Des chambres s’ouvraient sous les portiques du perislylium , ainsi que situées au-dessus, mais leur place variait selon les besoins ; elles furent plutôt occupées par les serviteurs, et celles qui étaient le mieux décorées durent servir de gynécée, placé, comme l’on sait, dans le lieu le plus retiré de l’habitation ; ou bien, servirent comme les chambres de V atrium , surtout quand celles-ci furent réservées aux

Armoire en bois, Apolheca.

(Reconstitution. Musée de Pompéi.)

étrangers

Oecus corinthien. ( Casa di Melcagro.)

aux hôtes de la

maison, ou même converties en apotheca, car on voit encore sur les murs les clous et les traces laissées par les planches et les rayons.

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O ithi t. \Casa. di Me teagro.)

xystus ou jardin de rapport, qui était situé à l’extrémité de la propriété et où I on cultivait les légumes; les choux de Pompéi étaient renommés et Pline dit qu il était bien agréable d avoir sous la main de quoi se nourrir ; c’était la femme qui s’occupait du potager et qui faisait les conserves au vinaigre.

Sur le penstylium, donnait aussi le triclinium d’hiver placé dans un des angles du portique; quelques-uns donnaient en même temps sur 1 atrium. Cette pièce a souvent une large fenêtre, car il nous semble que les Pompéiens ne durent guère aimer prendre leur principal repas dans l’obscurité, la corna avait lieu ordinairement vers la huitième heure, c’est-à-dire avant trois heures de 1 après-midi. Trois lits spèciaux, triclinium , étaient

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Dans le fond du pcristylium se trouvaient ordinairement Voecus et Yexedra, qui, comme nos salons modernes, étaient des lieux de réunion, où 1 on causait, dansait, lisait, où l’on faisait de la musique. A Pompéi il y eut aussi des oeci corinthiens , c’est-à-dire ornés de colonnes qui, peut être, supportaient une terrasse (maison dcl Laherinto et di Mcleagro). Les jours de fête, Voecus servait de salle à manger; quelquefois, le mur du fond est percé d'une baie (ce qui n’arrive jamais pour les exedraé) donnant sur le

POMPEI

dressés et entouraient la table sur trois côtés, offrant neuf places sur les lits. On mangeait couché et accoudé; aussi poser le coude cher; quelqu'un (i) était-il synonyme de dîner en ville. Cette habitude ne fut pas générale, elle existait surtout chez les gens aisés, et des peintures de Pompêi nous montrent que les légers repas étaient pris assis sur des sièges. Primitivement la salle à manger s’appela coenaculum et se trouvait au premier étage, si bien que les chambres supérieures conservèrent indistinctement le nom de coenaculum ,

tout comme Y oecus s’appela triclinium , même quand il ne contenait qu’un lit.

Il y avait aussi le triclinium d’été, ombragé par un vélum, ou couvert d’une tonnelle chargée de vignes, supportée par quatre piliers sur lesquels sont peints des feuilles de vigne et des grappes de raisin. (Maison située rue de

Triclinium d’été de la maison de Salluste.

Nola.) En ce lieu, les lits n’étaient pas mobiles et sont encore formés de trois massifs de pierre offrant chacun une inclinaison extérieure; sur un des côtés se trouve quelquefois un petit réchaud de briques où se plaçaient les aliments chauds. Au centre des lits s’élève un massif carré ou circulaire recouvert d’une plaque de marbre, même un léger monopodium . C’était la table bien petite, il est vrai, surtout si l’on considère que neuf personnes pouvaient tenir à chaque triclinium; mais n’oublions pas que les esclaves étaient là pour apporter et tenir tout ce que l’on désirait. On devait aussi jeter à terre les restes du repas, car dans les mosaïques des triclinia on figurait des os, des épluchures et des débris de toute sorte ( asarotos oecos, oecus non balayé), ce qui devait être peu propre; aussi les chiens (2), profitaient-ils de ce que

(1) Pétrone, xxvii.

(2) Je ne parle pas des chats, car jusqu’ici on n’a encore dc'couvcrt aucun reste authentique d’ossements de chats. Deux mosaïques de la maison du Faune représentent des chats, mais elles sont probablement des copies de sujets d’Alexandrie. Ces animaux, semble-t-il, furent importés en Europe par des moines chrétiens du vc siècle.

forment ainsi un hiclinium, spécimen que je crois unique dans la ville.

Il nous reste à voir les cuisines munies de larges fourneaux construits en briques et en pierres, et sur lesquels prenaient place des trépieds de fer

Triclinium d'été. (Rég:on IX. Insula V.) Rue de Nola

offrait aux dieux du foyer les prémices du repas.

Parmi les habitations qui possédaient des triclinia d’été nous pouvons citer celles dell’ Ancora, délie Noÿ^e d'Amscnto et de Sali liste. Nous voyons

Monopodium en marbre. ■ • j

aussi, dans une partie de Pompéi que l’on visite rarement (Région I), deux lits de maçonnerie qui, occupait une encoignure,

l’on jetait ainsi. Sur le monopodium on ne posait guère que des gobelets en verre ou des canthares ainsi que des petites coupes, des assiettes de terre, de verre ou d’argent. Des peintures de fond représentaient des scènes de chasse ou simulaient des détails architectoniques; un petit autel était quelquefois placé devant le triclinium d’été ; là le maître de la maison

Biclinium. (Région I. Insula I.)

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munis de leur marmite (, cacabus ) et de grils que l’on a laissés en place,

comme dans la curieuse maison des Vettii. Quelquefois un autel à Fornax décore une paroi ; nous en trouvons un très bien conservé, découvert en 1898, entouré de serpents jaunes peints sur un fond cramoisi ; le fourneau est de même modèle que celui des Vettii, comme bien d’autres du reste. Un modèle de fourneau portatif est représenté

Niche à chien située près d'un atrium. 1

(Région IX. Insula V.)

au Musée de Naples par plusieurs spécimens. Il serrait en même temps de gril et de réchaud , ainsi que nous le voyons dans un dessin où des traverses de fer glissaient sur deux barres latérales en formant un gril à volonté, 11 semble que les Pompéiens ne mirent guère deluxe dans leurs cuisines, elles durent être malpropres, si l’on

La cuisine des Vettii.

en juge par les cuisines modernes des pays voisins qui, pour l’aménagement, ressemblent aux cuisines antiques, car en bien des choses, dans l’Italie méridionale, les habitudes n’ont guère changé.

Pour les latrines, c’est la même chose ; elles étaient souvent placées près de la cuisine, par laquelle il fallait passer pour y aller; elles sont très exiguës et durent être d’une grande obscurité,

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meme 1 air n’y arrivait quelquefois que par la cuisine. Le siège était composé de deux petits massifs de maçonnerie sur lesquels était placée une plaque de'

Brasier en bronze que l'on plaçait dans les bains. (Musée de Naples.)

Robinet en bronze.

(Musée de Naples.)

marbre ou une planche à lunette (plusieurs de ces cabinets ont été reconstitués à Pompéi). Sur le devant du siège, le sol est dallé et incliné vers un

Brasier en bronze. Fourneau et gril ; fer et bronze.

(Musée de Naples.)

petit orifice par où s’écoulaient les liquides; ce système primitif existe encore en Italie (i). Une latrine particulièrement bien conservée est celle des

(i) Les chambres n’étaient pas toujours munies des objets les plus indispensables : témoin ce distique trouvé à Pompéi :

Minximus, in lecto, fateor , peccavirnus, hospes;

Si dices quare : nulla matella fuit.

" Lai sali le lit, je l’avoue, j’ai eu tort, 6 mon hôte; si tu demandes pourquoi? Il n’y avait pas de pot de chambre (i) ! »

(1) Thomas [Rome et l'Empire).

baies de la Casa delle No^e d‘ Argenta : elle est décorée de quelques peintures et éclairée par un œil-de-bœuf. Dans le coin de gauche se trouve un r.obinet de cuivre faisant de ce lieu un véritable lavatory. A Pornpéi nous voyons aussi, dans une maison, une niche creusée dans le mur d’un couloir où dans le bas est placée une cuvette de tuf sans fond; servit-elle d’urinoir ou de vomitorium ? Ce fut peut-être l’un et l’autre.

Quelques maisons importantes possédaient des bains particuliers, entre

Bains de la Casa delle A'o^e d’Argento.

autres les maisons delle Noççe d’Argento, de! Centenario , de! Laberinto, et de Blandus. Ceux de la maison de! Centenario ont encore conservé leur apod vterium , ainsi que le frigidarium découvert, muni de sa piscine où l’on montait par quelques degrés; le tepidarium et le caldarium avaient leurs murs construits de briques creuses. Quant aux bains de la maison dette No^e d'Argeuto, ils offrent un certain pittoresque; dans un jardin est creusée la piscine qu’alimentait une fontaine de marbre; Y apodyterium, où l’on pouvait aussi faire la sieste, est décoré de peintures et communique directement à la piscine par une petite porte. Du côté opposé, une autre

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porte mettait en communication le jardin avec le caldarium en forme de cul-de-four muni d'une tenêtre que l’on aperçoit de la piscine. Ce petit coin de Pompéi a une allure orientale, surtout quand le soleil projetant de grandes ombres bleutées, fait chanter les lumières des murs jaunes.

Avec les bains, dans quelques maisons, nous touchons au venereum ; nous en avons un exemple dans cette maison del Centenario dont le propriétaire, outre de grandes pièces et un double atrium , avait un petit appartement privé dont les bains faisaient partie; il se composait d’un triclinium fort coquet orné de peintures, ainsi que d’un procoeton aux parois décorées de danseuses nues, donnant accès à une pièce destinée aux plaisirs de Vénus, le venereum . Deux peintures obscènes meublent deux panneaux, et sur celui du fond nous voyons Hercule ivre terrassé par l’Amour. Une petite ouverture pratiquée dans le mur qui sépare cette pièce du procoeton (antichambre) se trouve placée un peu plus haut que le visage : c’était probablement par cette lucarne que l’on passait les

Latrines de la Casa délie No\\e d’ArgentO.

aliments et les boissons stimulantes. Entin

une porte dérobée, le posticum, desservait au besoin ce petit appartement par la ruelle voisine.

Un autre venereum , orné aussi d’images érotiques, existe dans une maison toute proche, ainsi que dans une habitation située rue des Théâtres et dans les maisons de Salluste et des Vettii. De même, dans la vieo di Eumacliia, il y a une chambre où se trouvait une peinture (maintenant au musée de Naples), qui représente deux ligures au-dessous desquelles se lit cette inscription connue : Lente impelle.

LES MAISONS MODESTES. — LE SOLARIUM. — LES ESCALIERS. LE COENACULUM. — LES CELLIERS

A côté de ces maisons de Pompéi où le luxe le disputait à l’espace, beaucoup d’habitations ne possédaient même pas A' atrium ni d epcristylium; le tablinum aussi manque quelquefois (maison de Siricus, côté de la strada Stabiana). Ainsi dans cette rue (Rég. IX, II, 5) dans une petite habitation où l’on pénètre par la boutique qui prenait toute la façade, nous voyons un tablinum faire suite au magasin, ainsi qu’un triclinium ouvert d’une large baie, donnant sur une courette où l’on cultivait quelques fleurs ; deux chambres y prenaient l’air et la lumière. Dans le fond un petit escalier conduisait aux chambres du premier étage dont les fenêtres étaient toujours tournées vers la petite cour.

D’autres maisons n’ont qu’un atrium tronqué; telles sont celles dont nous donnons les plans. Dans la figure A, la cuisine et les latrines sont situées à côté du prothyriim qui conduit à Y atrium, et Y impluvium est placé contre un mur ; de chaque côté se trouve un escalier qui dessert les chambres supérieures ( cocnacula ). En face de Y impluvium il y a le tablinum, puis un triclinium et deux chambres ainsi qu’une petite pièce où l’escalier forme en dessous une grande niche voûtée.

Dans la figure B, le plan indique une boutique sur la rue, et la cuisine est située au fond de l’habitation. Cette boutique communique à un petit atrium dont le toit était à triple pente, supporté par deux colonnes et deux demi-colonnes adossées au mur qui bornait un côté de l’ impluvium ; puis

LA MAISON GRÉCO-ROMAINE ?og

une chambre de rez-de-chaussée et plusieurs autres pièces au premier étage.

Quelques maisons, même sans posséder d 'atrium, avaient un espace libre d’une certaine étendue, qui était convertie en viridarinni (jardin d’agrément) orné d’un portique sur un ou plusieurs côtés, des massifs de maçonnerie, évidés dans toute leur longueur et installés entre les colonnes, servirent à planter des massifs de verdure et des fleurs. C’était le coin frais et coquet de la maison simple du petit commerçant, qui, quoique logé à l’étroit, était maître chez lui. Du reste, à Pompéi, chaque famille semble avoir eu son home petit ou grand,

Fis. B.

somptueux ou modeste (i).

Quoi qu’en disent certains auteurs, rien ne démontre mieux les habitudes d’intérieur que la visite des maisons de Pompéi où tout avait été combiné pour rendre la vie aussi aimable que possible et où chaque habitation importante était un petit centre que protégeaient les dieux.

Certes les Pompéiens durent éprouver un grand plaisir à s’entourer de jolies choses et de bibelots, les statuettes de marbre de l'atrium et du peristylium, les couleurs vibrantes des murs aux amoureuses images, les frais portiques ombragés par le velarium , le parfum des fleurs du viridarium , le bruissement des jets d’eau, les douces colombes et les paons brillants qui animaient le peristylium (2), tout concourait à séduire et à parer une existence désœuvrée passée au sein de si jolis écrins.

(1) Beaucoup de maisons simples de Pompéi ressemblent singulièrement h celles qui existent actuellement aux environs et habitées par les paysans; nous y voyons le même escalier, les mêmes terrasses, les mêmes chambres voûtées, le même genre de fenêtres extérieures, généralement placées assez haut : tout rappelle la petite maison antique.

(2) Certaines peintures reproduisent des paons et des colombes auxquels des femmes donnent à manger.

Fig. A.

POMPÉI

3io

Aussi les maisons de Pompéi sont-elles construites avec la plus grande fantaisie et la plus parfaite ingéniosité, selon le goût et la fortune du

propriétaire et suivant la disposition du terrain. Ainsi les maisons qui dominent la vallée offrent une vue admirable, elles sont bâties avec un art et un grand sentiment des beautés de la nature ; les maisons se superposent et ont ainsi plusieurs étages conduisant à des chambres recouvertes de terrasses spacieuses, que le soleil enveloppe toujours et que l'on ombrageait au moyen de vélaria ou de tonnelles dont on voit encore la base des colonnes. C’étaient vraiment les salaria fleuris, délicieux à habiter et où la brise de mer venait adoucir la chaleur du jour ; le soir, de ces demeures privilégiées, que l’on rencontre aussi depuis la porta Marina jusqu’à la villa de Diomède, on assistait au coucher du soleil que la mer semble absorber. Quel charme s’y dégage à jamais ! S’y reposer après une longue promenade dans la ville ; s’asseoir aux mêmes places que les Pompéiens et vivre du passé!

Les maisons situées dans l’intérieur de la ville ont bien aussi quelque vue sur les montagnes par les fenêtres des cénacles supérieurs; un petit solarium souvent était installé sur la terrasse de plusieurs toits. On peut juger de l’effet produit dans certaines peintures qui en représentent la disposition. Enfin beaucoup de toits de Pompéi ont dû être presque plats, en mortier battu ou légèrement bombés; mais ceux qui étaient recouverts de tuiles avaient peu de

pente. Nous pouvons en voir quelques spécimens dans différents dessins.

Quant aux escaliers qui desservaient les pièces supérieures, il y en avait de différentes sortes ; la plupart étaient en bois et ont disparu ; on suit leur trace le long du mur et les premières marches qui existent encore sont en pierre ou formées d’un massif de maçonnerie. Ceux-ci sont praticables, mais leurs marches très hautes offrent peu de largeur; l’escalier ne montait pas toujours d’un seul trait, il se coudait à angle droit, formant un petit palier à mi-hauteur et était souvent supporté par un arc de pierre qui laissait libre une grande niche que quelquefois les Lares occupaient, ou bien servait de placard ou apotheca.

U ne maison de la rue de Nola fait

Escalier. (Région VII, Insula VI.)

exception par la dimension de son escalier qui occupe un espace relativement considérable et donne un champ suffisant pour permettre à trois personnes d’y passer de front. Certaines habitations importantes ont jusqu’à trois escaliers différents; ainsi la maison di Arriana, car le tablinum , Yoecus et le triclinium, parleur haute élévation, venaient interrompre les communications des pièces supérieures où se trouvaient le gynécée, le logement des esclaves (, ergastum ) et des

Escalier. (Rue de Stables. Région VII, Insula II.)

provisions de toute nature ; du reste, il semble que le coenaculum de V atrium et celui du peristyliu m ont toujours lormé des corps de logis distincts ; aussi eurent-ils des escaliers spéciaux.

3 1 2 POMPÉI

Les coenacula que louaient certains propriétaires possédèrent souvent des escaliers particuliers qui donnaient directement sur la rue. Ce furent probablement ces chambres supérieures qu'habitaient les petits boutiquiers [inquiliiii) de Pompéi dont il existe de nombreux magasins n’offrant aucune place actuellement visible pour le logement.

Cellier. (Région VIII. Insula IV.)

Il y a aussi les caves; mais plusieurs sont murées à Pompéi à cause des émanations méphitiques; rarement les maisons en possèdent, il n’y avait guère que les grands propriétaires et les négociants en vins qui en eussent installé. Non loin de la porta Marina, nous voyons d’immenses caves, mais elles ressemblent plutôt à des celliers, leurs soupiraux grillés donnent sur un jardin situé en contre-bas. Certains marchands se contentaient de planter des dulia en pleine terre dans leur jardin.

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