L’ARCHITECTURE
LES ORDRES D’ARCHITECTURE. — COLONNES ET CHAPITEAUX. VOUTES ET MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
Récapitulons les différentes périodes, depuis l’époque grecque jusqu’aux derniers temps de Pompéi ; pour cela, il n’est utile que d’examiner les colonnes et les chapiteaux qui sont encore bien conservés.
L’ancien dorique grec est représenté d’abord par les restes du vieux temple grec du forum triangulaire (VIe ou Ve siècle av. J.-C.), les quelques chapiteaux qui posent sur le sol de la cclla ressemblent à ceux de Paestum et étaient revêtus d’une couche de stuc, servant à boucher les pores du tuf dont sont faits les chapiteaux et les fûts de l’époque samnite (dorique ou ionique grecs) . Ces chapiteaux devaient être polychromes car les gargouilles de terre cuite provenant de ce temple ont des traces de couleurs.
Après ce temple, les vestiges les plus anciens datent du IIe siècle av. J.-C., époque dite du tuf. Ce n’est plus l’art grec des siècles passés, mais un art hellénistique dont on retrouve peu de traces, même en Orient. Aussi à ce point de vue, cette période du tuf offre-t-elle un champ d’étude des plus
curieux et comble une lacune dans l’histoire de l’architecture. Le tuf enduit de stuc était employé pour les colonnes et les architraves quand on cherchait
à imiter le marbre. Quelquefois aussi les chapiteaux corinthiens de cette époque sont coloriés d’un seul ton : en rouge comme ceux de la maison du Faune. D’autres fois, les chapiteaux ioniques se peignaient de couleur rouge, jaune et bleue et les murailles se paraient de blocages de stuc imitant les marbres de couleur. De ce style monumental sont la Basilique, les temples de Jupiter et d’Apollon. Toutefois l’ornementation tend à la confusion des styles et il existe des entablements ioniques supportés par des colonnes doriques. De même les colonnes doriques furent allongées comparativement à leur diamètre ; telles celles de la Palestre.
La colonnade du Forum triangulaire est aussi d’ordre dorique grec, mais les colonnes sont de petite dimension. Viennent ensuite le péristyle de la palestre, avec colonnes plus sveltes
Chapiteau d'angle. (Marbre.)
et sans base, ainsi que les colonnes de la caserne
des gladiateurs qui sont aussi en tuf, mais que l’on avait recouvertes de
stuc; les chapiteaux furent polychromes, et les colonnes, peintes en rouge à leur base, eurent leurs cannelures bouchées. Ce fut, nous le savons, une réforme qu’ont subie beaucoup d’anciennes colonnes cannelées.
Les colonnes du forum civil, primitivement d’ordre dorique grec et en tuf, furent remplacées après l’an 63, sur tout un côté, par des colonnes de travertin, d’ordre dorique romain, sans cannelures.
L ionique à Pompéi dut être utilisé vers le commencement du IVe siècle avant Jésus-Christ et les chapiteaux se rapprochent davantage de ceux des
ré
Chapitcai
monuments d’Asie Mineure et de Sicile; les colonnes élancées et à cannelures étroites reposent sur des bases atliqucs; c’est-à-dire formées d’un tore posé sur le sol, de deux filets et d’une scotie surmontée d’un autre tore plus étroit. Ainsi les colonnes et les chapiteaux du portique d’entrée du forum triangulaire établis à quatre volutes avec oves très ventrues.
Sauf la colonnade intérieure du temple de Jupiter, les chapiteaux ioniques de Pompéi ont les quatre côtés semblables, et étaient généralement enduits de stuc et coloriés ; -les oves blanches se détachaient sur un fond rouge ou jaune, au-dessus desquelles était peint un filet bleu qui souvent
prenait les proportions d’une large bague; au-dessous des oves, deux lilets ou bandes rouges cerclaient le haut de la colonne.
L’ordre corinthien a souvent été mis à contribution à Pompéi , mais avec peu de re-
Clîûpi.eau en marbre. liefs ; UOUS le VOyOllS SUl tOUt
employé pour les temples et dans quelques maisons de Pompéi; ainsi celles del Fauno, dclle Nn^qc d’Argenfo et di Mcleagro. Il y avait aussi des chapiteaux à ligures, rappelant quelques chapiteaux étrusques de la Toscane ; tels ceux du temple de Zeus Meilichios, sanctuaire le plus archaïque de Pompéi, et ceux d’une maison appelée pour cette raison casa de i Capitelli figurât i. Du même genre sont les chapiteaux de l’entrée d’une maison de la voie consulaire qui conduit à la voie des tombeaux. Ceux-ci furent probablement polychromes ainsi que les petits chapiteaux de pilastres des alae de la maison d’Épidius Rufus qui ont
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Chapiteau en marbre.
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POMPÊI
conservé des traces de couleurs. Puis il y avait ceux qui prenaient place sur les pilastres d’angles et représentant des chimères et des sirènes. Plusieurs chapiteaux rappellent les modèles d’Eleusis, de Pergame et de l'Augusteum d’Ancyre.
Jusqu’ici les éléments de l’art architectural à Pompèi sont empruntés aux sources helléniques. Une révolution va s’opérer et cet art va devenir éclectique grâce aux influences orientales et alexandrines. Le caprice remplacera les règles des anciennes perfections. Ce style nouveau comporte de nombreux motifs égyptisants et emprunte aux égyptiens leur harmonieuse palette : les rouges, les jaunes, les bleus chantent sur le blanc du stuc et les bases des colonnes deviennent rouges. Ainsi voyons- nous les colonnes du temple d’Isis et des bains stabiens. 11 y eut aussi des colonnes pentagones comme celles de la maison des Noces d’argent , qui a une architrave décorée dans le nouveau style.
Les spécimens les plus récents et les mieux conservés de ce style pompéien se voient dans le péristyle de la maison des Vettii et dans l’exède couverte de la voie des tombeaux. Ce sont les mêmes données architectoniques vieilles de cent ans, mais les motifs égyptiens ont disparu pour faire place à une décoration dérivée du corinthien. Du reste presque tous les chapiteaux de fantaisie ont presque tous les éléments du corinthien, ainsi que ceux de stuc blanc ou polychrome qui ont des feuilles d’acanthe; mais le stuc ne permettait pas de donner beaucoup de relief aux nervures et aux petites volutes; aussi ces chapiteaux n’ont pas un dessin compliqué, mais la couleur venait leur donner un aspect agréable.
Il existe ensuite une catégorie de colonnes faites de briques recouvertes de stuc et d’ordre dorique romain avec ou sans cannelures; ce sont celles que l’on voit les plus employées à Pompèi ; ce genre était peu coûteux, les chapiteaux sont simples avec filets rouges et bleus, et le haut de la colonne est cerclé d’un bandeau rouge; cette couleur se retrouve presque toujours à la base sur un tiers de la hauteur.
Chapiteau de stuc, style égyptien.
(Palestre des Thermes Stabiens.)
POMPfit
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Enfin il y a encore quelques spécimens de colonnes pentagones de stuc qui doivent dater de l’époque des premiers empereurs, car la décoration qui les accompagne florissait en ce temps-là. .
Quant au plein cintre, on ne le voit guère employé dans les temples, sauf dans quelques absides et dans les monuments de la dernière époque; le temple de la Fortune, la Curie, le temple de Vespasien, l’édifice d’Eumachie, puis dans les bains, les théâtres et l’amphithéâtre; il se rencontre beaucoup dans les parties de la ville qui offrent une vue sur la vallée du Sarnus et où les riches Romains s’installèrent pendant la belle saison.
Dans l’intérieur de la ville nous voyons aussi un grand nombre de chambres voûtées ainsi qu’un péristyle à arcades dans une maison du Vicn di Tesmo, mais le plein cintre a existé à Pompéi avant l’occupation romaine; nous voyons des chambres de l’époque osque avoir des voûtes d’arêtes.
Puis les arcs de triomphe du Forum et la porte d’Herculanum sont des ouvrages romains, élevés en l’honneur des Empereurs, mais les portes de Slabies, de la Marine et de Nola sont de fondation samnite, elles furent seulement restaurées sous les Romains.
A ces considérations sur l’architecture à Pompéi, il est nécessaire de joindre quelques détails concernant les matériaux qui y furent employés durant les six siècles que dura son existence.
Le calcaire du Samo (rivière de Pompéi), dépôt de l’eau du fleuve le long de son cours, fut un des matériaux employés anciennement et contient de nombreuses empreintes fossiles ; il est d’une couleur jaunâtre et impropre à la sculpture.
Vient ensuite le tuf employé pendant la période hellénique de Pompéi : roche volcanique durcie par le contact de l’eau. Ce tuf servait à la construction des murs, des maisons et des colonnes ; quant à ta
Opus reiiculntum.
lave ancienne du Vésuve , elle était utilisée pour le dallage des rues.
Avec l’occupation romaine vient l’usage du travertin qu’on importait de loin et des marbres blanc et de couleur débités en placages, en chapiteaux, en colonnes : ainsi l’ancienne colonnade du Forum, en tuf, fut après l’an 63, reconstruite en travertin, et à l’an 79, ce travail n’était pas achevé.
Après une première visite à Pompéi on pourrait supposer que de nombreux murs ont été élevés avec des briques; mais à l’examen on reconnaît que les angles et les portes seuls sont en briques et encore ne sont-elles employées que comme revêtement. Les briques toutefois formaient le massif de construction pour les colonnes de la Basilique, mais furent moulées d'une façon spéciale, de la forme d’un segment de cercle.
Le fer entra, croyons-nous, dans quelques constructions ; car nous lisons dans Orelli une inscription romaine où il est question d’une voûte de fer et vitrée, concammeratio fer rca et vitrai. Quant au bois, il fut utilisé partout, à toute époque, davantage probablement dans les premiers temps de Pompéi.
La façon de construire varia aussi selon l’époque et les matériaux en usage. Le calcaire du Sarno et le tuf furent débités en gros blocs et constituèrent la construction à grand appareil; ainsi les murailles au nord et autour de la ville et les maisons du premier style comme celles du Chirurgien et de Sa U liste.
L ’opus incertum consistait dans l’emploi de morceaux de pierres, de lave, de ponce, de calcaire du Sarno, noyés dans un mortier. Ce procédé composé se voit assez rarement à Pompéi. Le moellon, par contre, forme la majeure partie des murs qui souvent furent revêtus de Y opus reticulatum. En ce cas les blocs employés avaient une forme pyramidale tronquée offrant leur base à l’extérieur et placés en lignes diagonales. Ce mode commence à l’époque d’Auguste. Des bandes de briques plates placées horizontalement venaient rompre le réseau de cet appareil. Il y eut aussi avant cette époque et aux premiers temps de la colonie romaine le genre quasi-réticulé : les pierres sont posées de même façon mais avec moins desymétrie et grossièremen taillées. L ' opus tcstaceuin n’attire pas l'attention et ne se juge qu’avec un mur miné qui laisse voir le procédé de fabrication qui consiste en un blocage que l’on entoure sur les deux faces de briques triangulaires dont le sommet est pris dans le mortier.
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