‹ Pompei, la ville--les moeurs--les arts;Chapitre 55 sur 76 · LES COULEURS. - L'ESQUISSE. - LES FACTURES. - LES PLAGIATS · texte numérisé non relu

LES COULEURS. - L'ESQUISSE. - LES FACTURES. - LES PLAGIATS

ES couleurs employées et retrouvées à Pompéi en poudre et en boules

sont les suivantes : le blanc crayeux, l’ocre jaune, l’ocre rouge, le

I J cinabre (connu dans l’Inde dès la plus haute antiquité), l’indigo, le bleu égyptien dit vestorien (notre cœruleum); puis du jaune brûlé, une terre violacée, un rose qui ressemblerait à de la garance, de la terre d’ombre, du vert clair, une teinte neutre, une couleur chair, du violet et du noir.

Les Pompéiens avec toutes ces couleurs, dont plusieurs sont le résultat de mélanges, arrivaient à rendre les harmonies les plus délicates comme les tons les plus chauds, donnant l’impression de peintures faites avec des jus d’herbes et de feuilles de roses écrasées, rappelant la transparence de l’aquarelle, en contraste avec les tons ambrés les plus roussis des peintures vénitiennes. Toutes les factures s’y rencontrent; cette constatation a son importance, cela prouve l’existence de peintres individuels, maîtres de la conduite de leurs œuvres, ce qui n’aurait pu exister s’ils avaient été copistes serviles. Certes il dût y avoir des entrepreneurs de peinture, possesseurs de cahiers de modèles où se trouvaient les principaux motifs d’ornements qu’ils combinaient toujours avec la plus grande liberté, car nous ne voyons guère deux décorations absolument semblables, surtout pour l’ornementation. Les mêmes sujets de figures peuvent être reproduits, mais il y a toujours une variante.

Plusieurs murs dégradés de Pompéi laissent voir comment les peintres procédaient, pour la mise en place des figures. Quelques traits, largement

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indiqués avec la pointe d’un style, accusaient en creux la silhouette de la figure à peindre, puis les lignes, quand elles devaient rester visibles, étaient toujours peintes en rouge, couleur qui s’harmonisait avec les tons de chair, aidant à donner ce ton chaud que possèdent presque toutes les peintures de Pompéi.

Une esquisse antique faite au style, et que j’ai calquée sur un niuroù il ne reste que quelques traces de couleurs, est curieuse à signaler. Elle représente Mercure donnant une bourse à Fortuna. Les traits de la reproduction ci-jointe sont tracés en creux sur le mur, et les lignes ponctuées marquent l’extrême limite couverte par la peinture elle-même. Cette façon d’esquisser au style n’était usitée que pour la mise en place des figurines et des danseuses isolées ainsi que pour les sujets qui ne demandaient pas une composition proprement dite.

Le dessin des figures est trop souvent médiocre, mais le trait est expressif, la facture libre à l’excès et d’une habileté surprenante. Cette qualité a été peu comprise ; nous n'avons pour cela qu’à ouvrir les ouvrages les plus riches parus sur Pompéi.

On y sent trop cette préoccupation de retoucher les anciens, de faire mieux qu’eux; on n’arrive qu’au résultat contraire, on détruit leur brio, leur facture, pour tomber dans une convention banale, bien faite pour détourner de l’étude des œuvres de cette époque. Sous ce rapport, la photographie nous rend un grand service en procurant l’exacte reproduction des documents, mais elle a le défaut de prendre, tout indistinctement, confondant les dégradations d’un mur avec le sujet lui-même; aussi est-il souvent nécessaire de copier les œuvres peintes de Pompéi en s’inspirant de la sincérité photographique. Les têtes ne sont pas toujours d’ensemble, les bouches sont peu correctes, les yeux parfois louchent aussi; mais justement ces défauts, pour nous, ne sont pas si grands et viennent détruire cette erreur, qui heureusement commence à se dissiper, tendant à présenter l’art des anciens comme inspiré de trop nombreuses conventions.

Les Pompéiens sont souvent très modernes, et ont cette qualité, que la composition chez eux a toujours une tenue, ils s’inspiraient à bonne école; c’est l’art grec qui jette les derniers rayons dans cette décadence de l’époque

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romaine dont Pline et Pétrone se plaignaient amèrement. Ils avaient raison ; le grand art n’était plus représenté comme jadis, trop souvent on ne faisait qu’interpréter les œuvres réputées. Pétrone attribue cette décadence à l’amour des richesses, lisons plutôt : « Lysippe mourut de faim et Myron ne trouva personne pour accepter son héritage. Pour nous, plongés dans la débauche et l’ivrognerie, nous n’osons pas même nous élever à la connaissance des arts

Esquisse murale. (Région VI, Insula XIV.)

inventés avant nous. Superbes détracteurs de Y antiquité, nous ne professons que la science du vice dont nous offrons à la lois l’exemple et le pirécept.e... Cessez donc de vous étonner de la décadence de la peinture, puisque les dieux et les hommes trouvent plus de charmes dans la vue d’un lingot d’or que dans tous les chefs-d’œuvre d’Apelle, de Phidias et de tous ces radoteurs de Grecs , comme ils les appellent. >/

Les peintres copiaient même les statues et les arrangeaient, leur faisant subir les adaptations les plus diverses. Une preuve suflit.

Le mouvement de V Hercule à lu biche, bronze trouvé à Pompéi, est reproduit plusieurs fois; nous le voyons dans les peintures représentant

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Hercule enfant étouffant les serpents , dans un Pe.nthée tué par les Bacchantes et dans le monochrome d’Herculanum : le Centaure Eurysthée , Hippodam ie et Thésée. Les jambes du petit Hercule, du Penthéeet de Thésée ont la même pose que celles du bronze; le haut du corps est seul changé, mais le plagiat est manifeste.

Nous voyons aussi un exemple frappant d’une interprétation analogue dans le Supplice de Dircé dont nous donnons une reproduction en couleurs (PI. VIII) et qui rappelle dans son ensemble le groupe dit du Taureau Farnèsc, que possède le musée de Naples. Ce système fut surtout adopté dans la dernière époque où l’on devait aussi copier les statues polychromes. Les peintres pouvaient satisfaire les goûts de luxe à bon marché en habiles contrefacteurs des oeuvres de Zeuxis, d’Apelle et de Timanthe.

Si les peintres romains méritèrent les anathèmes de Pétrone, au point de vue du grand art, il ne faut pas méconnaître que bien des petits sujets trouvés à Pompéi, à Herculanum et à Stabies, offrent un réel intérêt par l’originalité de leur composition et la délicatesse des physionomies; il est des peintures qui ont encore conservé un reflet du style ancien et d’autres sujets où la grâce et la nature inspirèrent les obscurs artistes de la Campanie, dont plusieurs étaient certainement grecs : ainsi Alexandre d’Athènes et Dioscoride de Samos qui ont laissé de leurs œuvres à Herculanum et à Pompéi. Nous allons les examiner, et nous trouverons à côté des compositions mythologiques classiques, de charmants tableaux constituant la peinture originale gréco-romaine où l’esprit alexandrin apporte son charme toujours jeune.

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