‹ Pompei, la ville--les moeurs--les arts;Chapitre 60 sur 76 · LES PORTRAITS · texte numérisé non relu

LES PORTRAITS

LUSIEURS des peintures que nous venons de voirsont connues, mais il est une catégorie peu soupçonnée : ce sont les portraits peints de Pompèi. Un seul document de ce genre a été apprécié généralement : le groupe de Paquius Proculus et de sa femme, dont le nom nous est parvenu grâce à l’inscription placée dans la maison de ce personnage qui, pour sa grande popularité, avait été élevé à la dignité de duumvir juri dieu ndo. L’homme vêtu de la toge tient à la main le volumen, et la femme porte à ses lèvres un style. Les têtes, d’un caractère franc, aux grands yeux ouverts, sont d’une honnête simplicité; cette peinture, vigoureuse et d’une gamme chaude se rapprocherait des portraits du Fayoum. Le musée de Naples possède aussi des petites têtes exécutées de même façon et dont plusieurs sont des por-

Portraits du boulanger Paquius Proculus et de s (Musée de Naples.)

riot, qui, habitué de Pompéi, releva la liste d’une soixantaine de portraits (i).

Choisissant les moins dégradés, j’en fis la copie d’une cinquantaine (2), de la dimension des originaux.

Il était naturel de voir les femmes en plus grand nombre ; les portraits d’hommes sont plus rares et les enfants sont au nombre de trois. Ces têtes sont encadrées de bordures rectangulaires jaunes, rouges ou noires, ou placées dans des médaillons, rappelant ainsi les portraits peints sur les écussons que Pline appelle clj’pci en raison de leur forme.

Ces portraits peuvent se diviser en trois catégories : les portraits de famille, les portraits allégoriques et ceux qui reproduisent les traits de quelque célébrité : poète, musicien, acteur.

Deux portraits que nous reproduisons sont encadrés à l’égyptienne et semblent contemporains du style en usage sous les premiers empereurs. Ces deux ligures ont le charme grec, la femme qui tient un flabel-

lum rouge et blanc est vêtue de Y himation violet lilas, et sa compagne dont

(1) Ce fut M. Marriott qui, le premier, publia une étude sur la question : FaCts about Pompei, et Family portraits at Pompei (the archaeological Journal, mars 1897).

(2) Collection actuellement à la bibliothèque de l'École des Beaux-Arts.

LES ARTS 3q;

le menton est voilé porte un manteau de couleur vert tendre; ces deux bustes sont situés assez haut sur le mur, mais d’habitude, ces sortes de tètes sont placées à portée de la main.

Continuons avec ces deux médaillons, dont l'un renferme le frère et la sœur (PI. hors texte Vil , n° 6), l’autre, les deux fiancés, ces deux peintures décoraient la même chambre.

Puis cette femme, coiffée avec recherche (PI. hors texte VII, n° 3), ornée de bijoux et d’un diadème de perles ; elle tient aussi le flabellum et semble parée pour quelque fête. Ensuite cette ligure d’un air inspiré (PL hors texte VI, n° 2), les yeux comme noyés dans un rêve, possède un cachet des temps poudrés que pourraient

' 1 Portrait. (IXinturi-. Région VII. Insulu II. X- 6.)

lui disputer quelques têtes du XVIIIe siècle.

Et ce type asiatique (PI. hors texte VIII , n° 2) , véritable bonze à la bar

biche en pointe, 11’est-il pas aussi curieux que le bambin mal peigné, aux oreilles écartées, dont on rencontre partout le type? (PI. hors texte VII, n" 2.)

Tout autre est ce fier éplièbe vu de profil, pose assez rare à Pompéi, que nous retrouvons aussi dans une petite tête de femme au profil de camée, au musée de Naples.

Puis cette gracieuse jeune fille (PI. hors texte VIII, n° 1) parée de boucles d’oreilles et d’un collier d’or, sait nous intéresser. Malgré les yeux peu dessinés d’ensemble,

Peinture de la maison de I.ucretius. # .

la physionomie est sympathique et la bouche mignonne; un Amour, posé sur l’épaule de la Pompéienne, semble murmurer quelque pensée amoureuse dont le fils de Vénus est prodigue. Les Éros occupent la même place dans presque tous les portraits féminins.

POMPÉI

Dans la figure (PI. hors texte VI,

Peinture de la maison de Holconius.

u° 3) nous voyons une langoureuse jeune femme que l’Amour s’apprête à dévêtir de son voile bleu transparent; c’est la douce épousée dont on voit l’époux impatient.

Ensuite viennent les portraits dont plusieurs s’inspirent de l’allégorie mythologique.

Cette opulente Bacchante, à la belle carnation (PL hors texte VII, n° 5), aux couleurs vénitiennes, est sollicitée par un vieux Silène encore lubrique, souvenir des débauches bachiques des grands jours. Charmante encore cette autre prêtresse de Bacchus, portant thyrse et canthare; le regard malin de sa mine

éveillée savait enjôler les buveurs (PI. hors texte VIII, n° 3). Une autre tête coiffée du p iléus surmonté d’un croissant, par sa chevelure bouclée ressemble aux types de quelques tableaux de la Renaissance. Puis cette fillette et sa poupée (peut-être Ariane et l’enfant Jaccus). Ensuite ce groupe où un jeune satyre à l’œil plein de désirs, au regard hypnotique, fixe une jeune femme; ils tiennent des thyrses et sont prêts aux orgies, de Bacchus. N’oublions pas cette Baccha

Peinture de la maison de Holconius.

:e dont la chevelure nattée est curieuse.

Peinture. Région I. Insula II. N® 3.

Les deux têtes d’hommes présentées dans une planche en couleurs nous donnent l’impression de personnages célèbres. L’un, vêtu de l’ample pallium (PL hors texte VII, n° i), et couronné de feuillages, a l’air noble et martial, il pourrait représenter un philosophe grec, tandis que l’autre portrait (PL hors texte VII, n° 4), par certains détails, permet de le comparer à une mosaïque, trouvée en Afrique, représentant Virgile (1).

Sans insister sur ce rapprochement, il est certain que le personnage couronné de lauriers est un poète latin, et que le type bronzé, vu de profil, que renferme le même médaillon, représente un autre poète romain.

Nous reproduisons aussi en couleurs (PL hors texte, VI, n° 1) une tête de femme coiffée d’une résille et dont il existe au musée de Naples une réplique provenant de Pompéi. Celle-ci, d’un dessin indécis, est plus complète ; on y voit les deux mains, celle de gauche soutient la tablette cirée, et le style posé sur les lèvres, est tenu de la main droite. (Ce style est exprimé en vert sur la reproduction en couleurs.) Ces deux têtes représenteraient-elles les poétesses antiques, Érinna ou Sapho, cette dixième Muse, comme la nomme une

Portrait. (Peinture du Musée de Naples.)

epigramme r

Dans le tibicen au caractère sévère, s’accuse un type bien oriental, les mains sont disposées avec art et coupées avec goût par le cadre. Si la piliysionomie particulièrement déterminée de cette tête donne les traits de quelque (1) Voy. Fondation Piot, t. IV.

POMPE

musicien pompéien, on peut y voir aussi un Marsyas que trahissent ses oreilles de Silène; ce détail n’est peut-être qu’une flatteuse allégorie à l’adresse d’un

musicien. Ces identifications mythologiques se retrouvent dans l’antiquité où les femmes sont représentées en Vénus et accompagnées de l’Amour. Cet esprit se rencontre à toutes les époques et combien de maîtres n’ont pas sculpté ou peint les jolies femmes de leur temps en divinités de l’Olympe !

Nous terminons cette série de types par un croquis tracé en rouge sur les murs de Pornpéi et que j’ai calqué ; il représente un athlète au cou de taureau, à la face de brute; ce n’est qu’un simple trait, mais que l’indication est juste!

J’y joins, en dernier lieu, cette physionomie bien curieuse de Silène que conserve le musée de Pornpéi.

Toutes ces têtes accusent des caractères bien

différents et sont bien utiles à l’histoire de Pompéi ; avec les scènes populaires, ils nous font connaître davantage les habitants de la cité, les coquets minois des femmes, les types accentués des hommes. Ces Pompéiens respirent tous la santé, le bonheur de vivre se peint sur leur visage et la coquetterie féminine s’y révèle gracieuse; les étoffes de couleurs délicates marient les roses avec les bleus tendres, les rouges et les ors pales ; les cheveux blonds généralement frisés ou ondulés, encadrent de jolis yeux, miroirs de la ville. Nous retrouvons encore de nos jours les physionomies antiques dans les belles tilles de Capri et des environs du Vésuve.

Tibicen. (Peinture. Région IX. Insula II. N° 1 6.1

Atlhète. (Peinture. Région IX.

Insula VI.)

Ces portraits ont aussi pour nous un intérêt capital; ils nous montrent un des côtés de la peinture originale de Pompéi ; cela peut nous rendre plus indulgents pour ces peintres qui puisaient aussi dans la nature une partie de leur talent. Cette qualité est encore particulièrement visible dans la reproduction des animaux dont les murs de la v ille sont peuplés, ainsi que les plantes, les natures mortes et les fleurs qui décorent les panneaux.

Tête de Silène.

(Peinture du Musée de Pompéi.)

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