LES PYGMÉES. — LE PAYSAGE
LES tableaux de nature, morte étaient surtout placés dans les triclinia ; on y voyait (comme dans les peintures de Pyreicus, IVe siècle av. J.-C.) tous les comestibles en usage, ainsi que des fruits de toutes sortes placés dans des coupes de verre dont la transparence, très bien rendue, lut exécutée pour la première fois par le peintre Pausias, au IV' siècle.
Peinture de nature morte. (Musée de Naples.)
Peinture de nature morte. (Musée de Naples.)
Quant aux fleurs et aux plantes elles sont employées dans le sens décoratif. Par un spécimen pris entre mille, on peut juger de l’interprétation ingénieuse et simple (auquel nous revenons un peu maintenant) qui présidait à l’exécution des motifs. Les feuillages surtout entrent pour une large part dans les décorations, particulièrement dans celles du troisième style qui semble réunir toutes les qualités (i).
( i ) L’art de la fleur dut éclore en Asie ; c’est là du reste qu’elle fut toujours sincèrement interprétée.
Chasse au sanglier. (Peinture de la maison des Vcttii.)
chiens et d’un sanglier, qui est inspiré du même sujet en bronze que conserve le musée de Naples et dont nous donnons la reproduction plus loin.
Les coqs et la poule, reproduits ici, proviennent des décorations de Yoecus blanc de la Casa de 1 Centenario, le dessin est peu correct, mais ce ne sont que de simples petits croquis placés dans des feuillages. Le musée de Naples, ainsi que la maison des Vettii, possèdent une collection d’animaux peints où les perdrix, les cailles, sont habilement traitées. Les poissons sont toujours bien dessinés et chaque espèce conserve son caractère.
La cigogne et le serpent provenant de la Casa di Adone, sont d’un bel
Les animaux sont utilisés de plusieurs façons; tantôt ils forment le sujet principal dans les grandes compositions représentant les scènes des vcnatinnes du cirque où taureaux, lions, panthères, chevaux, etc., se battent et se déchirent. Ces peintures brossées librement dans les tons clairs, malgré les attitudes assez justes des animaux, ne donnent pas une impression d’art, un certain nombre d’entre elles ressembleraient plutôt aux toiles peintes de nos
Plantes décoratives. (Peinture de la maison d'Épidius Sabinus.)
dompteurs forains. Mais quand l’animal est traité en petit, il devient plus intéressant, il est souvent rendu sincèrement et avec esprit.
Dans la maison des Vettii, nous voyons un groupe composé de deux
aspect décoratif, ainsi que les canards et les cygnes, animaux toujours indiqués avec liberté et à peu de frais.
Un panneau que nous reproduisons a un cachet exotique prononcé (il existe à Pompéi dans une maison de la rue de Nola, Reg. IX, ilôt V) ; il rappelle, à s’y méprendre, une décoration japonaise. Les peintures de ce genre sont du reste d’origine égyptienne, et les vues du Nil ou d’Égypte sont de la
même main. Nous donnons deux dessins d'après des peintures de la même maison, où des Pygmées nègres se meuvent dans un paysage d’Afrique; l’un porte de l’eau selon le mode en usage de nos jours; un autre traverse un petit pont de bois, semblable à ceux établis dans les marécages d’orient; puis un palmier planté dans une jarre. Mais un crocodile s'avance, faisant fuir deux Pygmées el frayés; l’un d’eux grimpe à un palmier, tandis que plus loin un hippopotame court après des canards. Ensuite un temple au bord de l’eau, au loin une barque et des rameurs. Tout, dans cette peinture sent la charge; c’est bien la caricature qu’Antiphilos P Égyptien mit à la mode; on y retrouve le sentiment humoristique et satirique des Alexandrins qui perce encore davantage dans la parodie du Jugement de Salomon , ainsi que dans celle de 1 Histoire de louas, où au lieu d’une baleine il y a un hippopotame. Rappelons également ici la caricature d hnée qui est assez connue; de même les Pygmées combattant contre les Grues sont aussi
r.,ys
gc égyptien. (Peinture d une maison située Région IX, Insula V.)
POMPEI
quelquefois représentés. Il est à remarquer que les Pygmées sont toujours les héros d’aventures dignes de Pétrone et de Catulle ; ils sont comiques et obscènes.
Nous retrouvons encore le goût exotique dans les petits paysages isolés
(PI. III, n° 3), placés dans des médaillons où nous avons cru voir une influence asiatique.
Ce ne sont que loggias et terrasses, des arbres touffus entourent les maisonnettes qui forment groupe, donnant l'impression d’un petit village ; on y voit des tours d’où la vue pouvait s’étendre et des toitures bizarres surmontées de flèches et de pointes. Ces petites peintures ne peuvent prétendre à rendre la nature dans le sens compris de nos jours, et ces sujets, où maints détails caractériseraient l’architecture de bois de l’extrême-orient, sont habités par des personnages pochés d’une façon si rapide, qu’ils offrent avec leurs manteaux courts l’impression d’épouvan-
Parodie du Jugement de Salomon. (Peinture du Musée ds Naples.)
tails champêtres, ou parfois rappelleraient la silhouette des spadassins d’une eau-forte de Callot. Par leur valeur et par la façon dont ils sont traités, on peut assimiler ces tableautins aux paysages exécutés sur les boites laquées qui décorent tous ces souvenirs en bois verni que les touristes rapportent des villes d’eau. Aussi l’inspiration de la nature n’y est pour rien.
Du reste dans les meilleurs paysages qui nous sont parvenus de 1 antiquité et provenant de l’Esquilin, et où sont représentés Ulysse et les Lestrygous (musée du Vatican), le paysage ne sert que de décor, quoique les personnages soient petits par rapport aux immenses rochers qui bordent la mer.
Parodie de l’Histoire de Jonas. (Peinture du Musée de Naples.)
C’est ce que l’on pourrait appeler le genre dit « historique. ,, Pompéi possède un spécimen qui peut se rapprocher de ce genre et que nous reproduisons en couleurs (PI. III, n° 3). Les fonds bleus et violacés sont harmonieusement chauds, des femmes et un homme, esquissés très sommairement, se baignent dans une source dont on voit la personnification à l’arrière- plan du bord de l’eau; serait-ce la iontaine de Jouvence ?
Le paysage ancien, même quand il n’est pas fantaisiste, n’est que la reproduction matérielle linéaire d’un site, topo-
Paysage égyptien. (Peinture de la Casa di Apolln.)
graphiquement rendu, comme
le fait de nos jours la photographie. Aussi, le peintre alexandrin Deinetrios était appelé topographe ; il exécuta certainement des paysages dans le genre de ceux que nous voyons à la Casa delta piccola Fontana , dont le sens topographique est nettement indiqué, en considérant cette expression comme moderne. Dans une de ces peintures connues, nous voyons à vol d oiseau le delta d’une rivière, et un port traité avec le souci de 1 anecdote.
POMPEI
Ces décorations doivent se rapprocher beaucoup de la manière du peintre romain Ludius dont Pline vante les œuvres et qui imita en Italie le genre des maîtres anciens, des iin/ic/i/i , dont parle Vitruve; il reproduisait des ports,
Port de mer. (Peinture de la Casa délia yiccola Fontana.)
des maisons de campagne, des canaux, des rivières, des euripes, des montagnes, des troupeaux, etc. Ces peintures, nous apprend Pline, avaient l’avantage de ne pas coûter cher, aussi Ludius avait-il imaginé d’en décorer les murs des promenades découvertes.
Paysage exotique.
(Peinture de la Casa del Centenario.)