LA MOSAÏQUE
SI le Romain pouvait se procurer à bon marché une ornementation peinte agréable, il ne pouvait en être de même pour la mosaïque, qui fut toujours le critérium de l’opulence.
Nous avons vu que la maison du Faune, l’une des plus anciennes de Pompéi (I'r style), et dont les parois de stuc rappelaient les palais alexandrins, fut la plus riche en mosaïques. L’alexandrinisme s’y trahit dans toute son intensité et montre une fois de plus l’influence des Ptolémées chez les Campaniens dont les attaches grecques turent si vivantes.
L’une des plus célèbres mosaïques est la Bataille d' Arbelles. Exécutée dans les tonalités rompues où s’harmonisent les marbres noirs et jaunes, rouges et blancs, verts et bleus, elle offre le tableau le plus complet par sa composition ingénieuse et bien ordonnée, par l’action et le mouvement des figures; cette page historique est probablement la reproduction d’une des œuvres de Philoxène ou de Helena, contemporains d’Alexandre, qui composèrent le même sujet : Alexandre contre Darius.
La frise, placée au bas de la composition, représente les bords du Nil peuplés d’animaux de la terre d’Égypte; aussi est-il presque certain que cette œuvre fut exécutée à Alexandrie par un artiste grec,
Mosaïque de la villa de Diomède.
POMPÉI
D’un artiste grec également est une œuvre qui, tout étant beaucoup moins grande que celle de la Bataille d’ Alexandre, n’est pas moins belle;
Mosaïque représentant la Bataille d'Arbellcs. (Musée de Naples.)
elle se distingue surtout par la gamme des tons de sa riche palette et par sa technique prodigieusement habile : la Scène comique, trouvée dans la maison
dite de Cicéron. (Nous en donnons une reproduction en couleurs, PI. XII, qui ne peut rendre que l’aspect général.)
Ce petit sujet, véritable merveille, est signé en grec : Dioscoride de Samos faisait. Outre l’intérêt qu’oüre la scène, l’examen de l’original ne cause que surprises; la décomposition des tons, exigée par le procédé, est vraiment d’une virtuosité remarquable, que peu de personnes soupçonnent. Des
Mosaïque ; d après Mazois. x 1
petits cubes minuscules et taillés selon la forme a exprimer viennent occuper juste la place indiquée par le dessin où les ombres chaudes se nuancent de reflets, et où les lumières froides frisent dans des irisations bleues ; les prunelles des yeux sont faites de plusieurs
C’est un portrait de jeune femme, mesurant 20 centimètres de hauteur sur 18 eentiti mètres de largeur, et qui était placé au centre d’un dallage ; sa couleur est douce et enveloppée, malgré les irrégularités occasionnées par l’usure des petites pierres. Le cadre est noir et le fond brun jaunâtre, le vêtement est blanc, les cheveux grisâtres à reflets sont attachés avec un ruban foncé ; les sourcils sont noirs et des yeux gris semblent noyés; des pendants d’oreilles et
Mosaïque du prothyrum de la maison dcl Pocla Irjgico. Ull C O I 1 1 0 T de pClléS él VCC boucle d 01 SOllt (Musée de Naples.) N
toute la parure. C est vue a une certaine distance que l’on peut goûter cette réelle œuvre d’art où les tons rompus des
morceaux d’une ténuité extrême : l’un une pointe luisante. Les lignes des
paupières, les ailes du nez, le pli de la bouche formé par le rictus du masque, l’incarnat des lèvres et leur touche lumineuse; tout est senti, mesuré, incomparablement exécuté.
Et quelle harmonie : les jaunes, les bleus, les verts et les roses se juxtaposent et jouent dans un sobre et délicat modelé sur un fond neutre où chantent les couleurs.
Une mosaïque trouvée à Pompéi en 1898, près la maison des Vettii est encore une œuvre unique dans le genre, mais elle ne comporte pas les mêmes qualités que la scène comique
et est d’un autre sentiment d’art.
accentue le brillant de la. pupille en
Portrait en mosaïque, i. Musée de Naples.)
POMPE
chairs et le duvet rose des joues semblent être traduits au pastel, tant le modelé est souple et moelleux. De même nature sont les mosaïques représentant un Combat de coqs, et la composition trouvée hors Pompèi, en 1902, représentant les Sept Sages.
Ces mosaïques appelées emblema étaient recherchées à l’égal des meilleures œuvres d’art. Nous en avons noté une dans la Casa di Apotto (p. 383) appliquée sur le mur; généralement elles prenaient place sur le sol, soit au centre d’un oecus, d’un triclinium , d’une chambre, devant le lit. On ne marchait cependant pas sur l 'emblema qui était entouré d’une bordure,
laquelle était enserrée dans un sol pavé en opus lessellatum . Ces tableaux de mosaïques étaient fixés sur une plaque de marbre, ou sur tuile, dans l’atelier du mosaïste et furent importés.
Ces œuvres offrent toutes une parfaite harmonie de tons et sont toutes fabriquées avec du marbre, aux couleurs naturelles, tandis que les mosaïques décoratives appliquées aux parois sont en verroterie alexandrine. Pour certains motifs dans les tons ordinaires, il a été fait usage du marbre conjointement à la verroterie. Ce procédé alexandrin a surtout été utilisé aux fontaines à grandes niches qui sont placées dans les jardins pompéiens ainsi qu'à de petites niches et à des parements comme celui que nous voyons au musée de Naples, représentant un candclabrnm auquel est attaché un tableautin renfermant un Amour et une biche, sur fond rouge. Le candelabrmn est jaune, le fond est bleu avec cadre vert et ornementation jaune et rouge. Une large bordure extérieure porte une torsade grise sur fond noir. Ces motifs
sont en mosaïque mi-partie marbre et verroterie. De même fabrication sont les colonnes en mosaïque aux motifs d’ornementation égyptisants qui sont au m usée de Naples.
Les mosaïques ordinaires du sol offraient la variété la plus grande dans les motifs généralement géométriques, agrémentés d’animaux, d’objets usuels et de figures humaines dessinées en silhouette. Elles dallaient les prothyrums , les tricli niums et les tablinums.
Nous retrouvons aussi de ces mosaïques que Pline appelle Asorotos Oecos parce qu’elles simulaient un plancher non balayé. Quant aux mosaïques ordinaires elles portaient différents noms. Le plus simple procédé est l 'npus tessellalum qui utilise le dé rectangulaire, toujours identique de dimension dans un même sujet, et disposé en quadrillé. Le vennicalatum, composé de morceaux de marbre de couleur dont la forme varie selon les besoins qu’impose le dessin d’une iorme.
Un procédé peu coûteux et expéditif est Yopus signinam , qui est un mélange de brique pilée et de
. . . , , . . Mosaïque de la villa de Diomède.
chaux, formant ainsi une pâte rougeâtre qui, une lois
étendue, est constellée de morceaux de marbre, de pierre, de porphyre, etc., susceptibles de recevoir le même poli. En ce genre sont les sols de vestibules, de thermes, de cuisines, de salles à manger, de piscines, de fontaines et généralement de toutes les pièces exposées aux intempéries. Des trottoirs étaient aussi recouverts de cet opus signinam : ainsi celui qui se trouve devant la maison du Faune où est inscrit le mot Hâve.
Parfois on place avec symétrie les morceaux incrustés qui sont taillés en cube : tels des semis de cubes, des lignes ponctuées, des encadrements et quelques dessins géométriques, exprimés en blanc sur fond rougeâtre (impluvium de Siricus et salle de la maison du Centenaire). L'optts signinunt devenant de plus en plus historié, devint un jour la mosaïque de marbre où furent figurés des méandres, des cercles, des imbrications d’écailles, des grecques et des entrecroisés en labyrinthe.
Une autre façon de dallage se montre avec Yopus sectile. A Ponrpéi, il est composé de morceaux de marbre de couleur, de tonne triangulaire, liexa-
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POMPÉI
gones, carrés et en losanges, encastrés dans le sol et formant des combinaisons géométriques simples; ainsi dans une chambre de la maison de Cornélius Rufus. Des enseignes étaient aussi exécutées de la même façon. Le marbre qui avait été débité en plaques, et dont il restait des morceaux brisés, était utilisé pour certains placages, particulièrement aux comptoirs de plusieurs marchands.
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