‹ Pompéi, les catacombes, l'AlhambraChapitre 37 sur 40 · Vue de l'Alhambra · texte numérisé non relu

Vue de l'Alhambra

Après la chute complète de l'Empire romain , lorsque de ses débris se forma une série d'États divers divisés eux-mêmes en un nombre considérable de seigneuries, chaque petit potentat voulut être maître chez lui et se créa une plus ou moins grande acropole , suivant l'étendue de son pouvoir.

Le seigneur normand , dans sa maison rurale construite en bois , couverte en chaume et entourée de palissades et de fossés , accueillait auprès de lui les paysans, ses vassaux, pendant les moments de guerre contre les envahisseurs étrangers, mais conservait, au milieu de ce camp retranché, la partie la plus haute, la plus fortifiée, le donjon, pour lui et ses compagnons d'armes.

Du château normand à ceux de la féodalité jusqu'à la fin du moyen âge, nous avons une série d'exemples , fort curieux à étudier, d'habitations seigneuriales : citons surtout les châteaux de Coucy et de Pierrefond , le palais des papes, à Avignon , dont M. Viollet-le-Duc, dans son Dictionnaire d'architecture, a donné de très remarquables restaurations. Nous renvoyons à cet ouvrage qui fournit à l'appui des textes et des renseignements précieux. Nous avons voulu nous rapprocher, autant que possible , de la manière de faire de ce maître en présentant notre vue à vol d'oiseau du palais de l'Alhambra restauré , où nous retrouverons les principaux caractères du système féodal modifié par le luxe et les mœurs fastueuses de l'Orient.

Nous présentons l'Alhambra du côté de la porte de la Tour des Infantes :

mais là n'était pas l'entrée réelle du palais. Pour notre description, nous sommes obligé de faire suivre au lecteur la route du voyageur qui vient de la ville par la rue de los Gomeles , suivant les rampes douces ombragées d'arbres séculaires jusqu'à la tour de la Justice ou du Tribunal , que notre dessin représente presque au milieu de l'enceinte supérieure , à gauche , un peu en saillie sur la fortification , et précédée en dehors d'un hémicycle où , dit-on , les rois Maures rendaient la justice au milieu de leurs sujets : ceci nous rappelle le chêne de saint Louis. Après avoir traversé cette tour, nous nous trouvons dans une avant-cour, deuxième défense, et devant la tour de l'Hommage, qui donne accès, par un couloir long et tortueux, à la cour des Algibes ou des Citernes , sur laquelle fut bâtie une partie du palais de Charles-Quint : nous avons supprimé tous ces bâtiments pour établir notre restitution. C'était probablement là l'entrée réelle du palais : cette cour s'étendait donc de la tour de l'Hommage et de la tour du Vin , à gauche , jusqu'aux bâtiments peu élevés sur la droite de la grande loggia entourant une cour faisant probablement pendant à la cour des Lions. Ces bâtiments , détruits maintenant en majeure partie , contenaient des vestibules et dépendances pour le service des officiers du palais ; puis , sur la droite , la mosquée , adossée à une tour carrée , puis la cour de la mosquée où se faisaient les ablutions ; à son extrémité du côté du rempart s'élève le minaret du muezzin pour l'appel à la prière : la grande tour que l'on voit plus en avant , la plus importante du palais , c'est la tour de Comarès, uniquement occupée à l'intérieur par la fameuse salle des ambassadeurs, précédée de son avant-salle , dite de l'AIberca , donnant accès à la cour qui porte ce même nom : au milieu de la cour est un vaste bassin qu'ombragent des myrtes en fleurs ; c'est la cour monumentale , en un mot cour d'honneur, quoique moins ornée et moins gracieuse que les autres, qui conservent un caractère plus intime. En face de la tour Comarès, en se plaçant dans l'axe du bassin , se trouvait une splendide loggia à plusieurs étages donnant accès au Palais d'hiver et à l'habitation des femmes. Au bas de la galerie, à droite, la porte d'entrée dite porte de la Justice, et, en revenant sur ses pas , les Archives; à gauche, toujours au bas de la loggia^ le passage pour aller à la cour des Lions , puis , en revenant sur ses pas , les bains et la salle du Repos , remarquables , les premiers par leurs trois toits contigus , la seconde par son toit surélevé.

La cour des Lions vient ensuite, en avant du spectateur. On voit au milieu la fameuse fontaine des Lions , ainsi nommée à cause des supports de la vasque principale. Si nous nous supposons sortir de la cour de l'AIberca pour arriver dans celle des Lions, nous voyons à droite le bâtiment qui contient la salle des Abencerrages ; puis , dans l'axe de la cour, au fond , les trois toits égaux recouvrent la salle du Tribunal, enfin, à gauche, le bijou de l'Alhambra, le pavillon des deux Sœurs ou appartements particuliers des rois maures , donnant sur les jardins de Lindaraja que l'on aperçoit sur le premier plan : un petit bâtiment adossé au rempart renfermait les bains de la Sultane. Tout à fait à gauche est la tour des Infantes ; les jardins s'étendent plus haut jusqu'à la maison du Muphti et aux bâtiments des écuries, dont la cour donnait en face du logement d'hiver. Voici l'habitation complète avec ses subdivisions

naturelles, appartements privés d'hiver et d'été, ses bains, ses archives, ses salles de justice et d'audience , son temple : restait le côté militaire. Nous voyons alors , sur la partie la plus élevée du rocher, une vaste esplanade ; c'est une espèce de champ de Mars pour les manœuvres des troupes; plus loin , se voit une autre citadelle plus formidable , au milieu de cette enceinte fortifiée : c'est l'arsenal ou armeria avec plusieurs rangées d'escarpements et de remparts, dominé par la tour de la Vêla ou de la Campana; elle servait autrefois de vigie ( Vêla), et son autre nom vient de la cloche de l'arrosage (Campana de lo8 riegos) , parce qu'elle sert à régler, pour les laboureurs de la \'ega, les heures d'irrigations au moyen des différentes combinaisons des campanadas qu'on frappe pendant la nuit.

A proximité de l'Alhambra, et dans sa dépendance, était TAlcàiceria, qui, placé au pied du roc , dans la ville basse , servait de bazar de vente pour toutes les richesses du commerce mauresque. Il est à remarquer que très fréquemment, comme au palais des Papes, à Avignon, le marché se tenait sous les murs mêmes des palais féodaux et permettait d'opérer plus facilement le prélèvement de l'impôt sur les ventes.

Nous regrettons de ne pouvoir entrer dans de plus amples détails, mais nous renvoyons le lecteur désireux d'approfondir ces intéressantes questions aux auteurs déjà cités dans la bibliographie ci-dessus, et, en outre, aux ouvrages suivants, que nous recommandons, entre bien d'autres traitant les mêmes sujets :

Fiorelli, Plan de Pompéi; Get et Gaudy , Pompeïana,

Pour Pompéi

Pour Borne :

Adam , Roman antiquities ;

Ruperti, Handbuçh der Romischen Altei'thûmer ;

Nibby, Roma antiqua;

Dezobry, Rome au siècle d' Auguste ^if^ édition.

Pour VAlhambra:

Viollet-le-Duc, Dictionnaire d'architecture , -ponr la description des châteaux du moyen âge ; Alex, de la Borde, Voyage en Espagne (Didot, 6 vol. in-8<>) ; Antiquidades arabes de Espaûa;

Monumentos architectonicos de Espana, publiés par le ministère espagnol ; Girault de Prangey, VAlhambra; Owen Jones, L'Alhambra,

Paul BÉNARD, Architecte.

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